DES SONS FOURNIS PAR LA PERCUSSION
Les parties percutées rendent des sons qui varient suivant leur structure anatomique et celle des organes sous-jacents, comme aussi suivant l'état de ces derniers. On comprend combien il importe de bien apprécier la nature et les caractères particuliers de ces bruits divers, puisque c'est d'après ces caractères que nous jugeons si les organes ainsi explorés sont à l'état physiologique, ou s'ils ont subi quelques altérations. Malheureusement, il n'est pas facile, comme le dit très-bien Skoda, « de rendre compte d'une manière satisfaisante de toutes les différences de son que l'on rencontre dans la percussion du thorax et de l'abdomen ; » et il est peut-être plus difficile encore d'expliquer clairement par des mots les diverses nuances que nos sens sont aptes à percevoir. C'est ce dont on peut se convaincre par l'examen de toutes les tentatives faites par les auteurs pour définir, classer et dénommer les différentes espèces de bruits fournis par la percussion.
AvENBRUGGER admettait cinq espèces de sons^ qu'il distinguait par les épithètes de altior^ -
profundio7\ — clarior, — oôscurior, — propè suffocatus; c'est-à-dire que le son, d'après cet auteur, peut être plus ou moins aigu (1) ou grave ^ — clair ou obscur, — ou tout à fait mat,
Laennec n'admet dans les sons de percussion qu'une seule série, allant du son tympanique au son clair et de celui-ci au son mat, en passant par de nombreuses nuances intermédiaires.
PiORRY, qui a étudié avec tant de soin tout ce qui a rapport à la percussion, pose en principe que chaque organe, à l'état physiologique, rend un son particulier, qui lui appartient en pro-
(1) Nous traduisons avec M. Aran altior et profundior ^ds pliLS aigu et plus grave; mais nous devons reconnaître que le sens de ces mots n'est pas certain et a beaucoup embarrassé les commentateurs. — Rozièrë de Lachassagne, le premier traducteur d'AvENBRUGGER, traduit altior par élevé ; Corvisart le traduit par superficiel^ tout en avouant ne pas très-bien comprendre le § xii, ainsi conçu : « Si in aliqua parte thoracis sonora, eadem intensitate percussOy sonus altior; morbosum if)i. subesse notât, ubi altitudo major. — H est impossible, comme le dit Corvisart, que l'auteur ait voulu dire « qu'un son plus superficiel évoqué d'une partie sonore de la poitrine, indique que là il y a maladie. » — Au contraire, un son plus aigu qu'à l'ordinaire, plus élevé dans l'échelle diatonique, peut très-bien, dans certains cas, être le signe d'une lésion du poumon dans le point correspondant à celui où s'observe ce son plus élevé, ubi altitudo major. — Voilà pourquoi nous adoptons la traduction de M. Aran.
pre, et qu'il importe de bien connaître, attendu que toute altération de ce bruit spécial et normal est le signe d'une altération dans la structure ou la texture de Torgane percuté. Partant de là, il donne aux différents bruits de percussion des noms tirés des organes qui, dans leur état physiologique, donnent un son analogue.
C'est ainsi qu'il distingue un son pulmonal, fourni par le poumon sain et plein d'air; — un son jécoral^ fourni par le foie ; — stomacal^ par l'estomac ; — rénal^ par le rein ; — intestinal^ par l'intestin ; — fémoral^ semblable à celui obtenu par la percussion de la cuisse ; — ostéal^ à celui donné par un os couvert seulement par la peau, etc., etc. — Il reconnaît, en outre, quelques autres bruits toujours pathologiques, quelle que soit la région sur laquelle on les obtienne ; tels sont les bruits tympanique^ hydf*o-aérvjue, de pot fêlé, et le bruit, ou mieux le frémissement hydatique.
Tout en reconnaissant que ces distinctions établies par M. Piorry ne sontpoint dépourvues de fondement, qu'elles reposent sur une analyse très-fine et en général très-exacte des phénomènes physiques de la percussion, on peut leur reprocher d'être trop compliquées, trop minutieuses, et d'une application souvent difficile dans la pratique usuelle. On critique en outre la terminologie, parfois un peu bi-
zarre, proposée par cet auteur pour désigner des nuances de son, souvent si voisines les unes des autres que Toreille la plus exercée ne parvient pas toujours à les saisir. Mais, sous ce dernier rapport, la conciliation est facile, M.PiORRY déclarant lui-même qu'en définitive, il n'attache pas une grande importance aux mots qu'il a proposés pour désigner ces bruits.
Skoda, peu satisfait de tout ce qui a été fait avant lui, propose à son tour une nouvelle classification des bruits de percussion fondée sur les principes suivants :
Cet auteur range ces bruits en quatre séries principales, comprenant plusieurs nuances et des degrés nombreux, variant du plus au moins ; ce sont: l'* la série allant du son plein au son vide ; 2° celle du son clair au son sourd; 3* celle du son tympanique au son non tympanique ; 4* celle du son aigu au son grave.
Cette classification a rencontré peu de faveur en France, et cela, pour les raisons suivantes : — Et d'abord, l'auteur allemand donne aux expressions son plein^ son vide, une acception toute particulière, et fort différente de celle que nous leur ^Irmnpriftjps çnTrnnrp, dans le langage usupJ^$Qiirllu^'%f^feWem n'est pas celui que^OTrnit un organe pleiiî^dins le sens habituel/mi mot L.c'esV»utCik3 « avaint une cer-
PEOCUSSION. o^
taine persistance, se répandant sur une assez large surface. » Le son du poumon rempli d'air serait le type à peu près exact du son plein. Le son vide serait le contraire du premier; son type parfait serait le son « fourni par la percussion de la cuisse, » c'est-à-dire d'une partie tout à îaiii pleine^ suivant le sens que nous attachons à ce mot; il répondrait donc à ce que tout le monde connaît en France sous le nom dematité. Mais, indépendamment de l'inconvénient qu'il y a à détourner ainsi les mots de leur sens habituel pour leur donner une signification arbitraire, qui peut facilement prêter à la confusion, il y a bien d'autres difficultés. En efiFet, on pourrait croire, d'après ce qui précède, que tout organe creux qui contient de l'air (ou un gaz quelconque) doit donner un son plein, d'après les idées de Skoda ; tandis que tout organe privé d'air, — c'est-à-dire plein, d'après les idées courantes, — doit donner un son vide.
Cela est vrai, en général, mais non toujours ; car si, d'après l'auteur, « l'estomac distendu par de l'air fournit un son plein, » l'intestin grêle, dans le même état, « donne un son vide ; » il en est de même d'une « excavation du poumon, superficielle, de dimensions médiocres, et entourée *par du parenchyme induré.» On voit, d'après cela, qu'il n'est pas facile de se faire une idée' exacte de ce que l'auteur
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a voulu désigner par ces expressions nouvelles.
Les mots : « son clair, — son obscur, — son tympanique, — son non tympaniqiie, » ne sont pas mieux définis par Skoda, et ces nuances ne sont pas mieux décrites par lui ; si bien que, dans beaucoup de cas, il est assez difficile de savoir au juste quelle idée précise il attache à chacune de ces expressions. C'est ainsi, par exemple, que, pour le médecin de Vienne, « une petite portion d'intestin, en contact avec les parois abdominales, et remplie d'air, peut fournir un son très-clair, mais vide, si l'air a été chassé du reste de l'intestin par un épanchement péritonéal ; » c'est ainsi encore qu'une « portion quelconque du poumon infiltrée de sérosité, de sang ou de matière tuberculeuse, sans être entièrement privée d'air, fournit à la percussion un son tympanique plus ou moins vide et sourd. »
Il est évident que des idées ainsi exprimées, quel que puisse être d'ailleurs leur mérite intrinsèque, manquent tout au moins de ce degré de clarté et de précision que nous exigeons, en France, des auteurs qui aspirent à devenir classiques ; et si celles de Skoda ne sont pas mieux connues parmi nous, peut-être en faut-il accuser uniquement cette obscurité de langage, qui rend si difficile la lecture de son ouvrage, même dans la traduction française.
Au surplus, il faut reconnaître qu'il est extrêmement difficile de caractériser par des mots les sensations perçues par le sens de Touïe, de donner, par la parole, une idée exacte des nuances que Toreille perçoit pourtant si nettement, en un mot, de décrire des sons. C'est pourtant ce que nous devons essayer de faire à notre tour.
Au point de vue pratique, il nous semble que Ton peut réduire à cinq les variétés fondamentales de sons que Ton peut percevoir à Taide de la percussion ; variétés que nous désignerons ainsi qu'il suit : 1° son clair; — 2° son mat; — ^^ son tympanique; — 4** bruit de pot fêlé, ou hydro-aérique ; — 5° bruit ^ ou mieux frémissement hydatique,