DE MEMBRES
au 31 déc. 1897
Anvers
Brabant
Flandre Occidentale
Flandre Orientale
Hainaut
Liège
Limbourg
Luxembourg
Namur
Ces sociétés adoptent toutes la forme coopérative prescrite par la loi de 1873; mais leur capital est fictif: Taction étant à 3 francs. La véritable garantie, c'est la responsabilité solidaire illimitée des membres dans cbaque caisse. Ce dernier principe auquel les promoteurs actuels du mouvement tiennent beaucoup, reçoit en fait une double restriction : par la limitation du montant total des affaires et par rétablissement d'un maximum par emprunt.
Elles limitent leur activité à une seule paroisse ou village, afin de' pouvoir organiser de cette façon le crédit personnel, dont le besoin se fait sentir très vivement.
CONDITIONS DE VIABILITÉ
Les affaires financières sont parmi les plus délicates auxquelles la formule coopérative s'est appliquée.
Tout ce que nous avons dit plus haut sur le sentiment de solidarité et de confiance qui doit animer des coopérateurs, reçoit ici son application la plus intégrale.
Le rôle des coopérateurs se réduit à sa plus simple expression ; c'est celui des porteurs d'actions dans une société anonyme: choisir des administrateurs intègres, dévoués et capables.
Les coopérateurs n'ont aucune intervention dans l'affaire même,
et ne sauraient en avoir: ce n'est pas de la coopéralîon, c'est d^ la mutualité de crédit.
Bien plus, leur intérêt personnel se trouvera souvent en contradiction avec l'intérêt de la société: s'ils viennent déposer leurs épargnes, ils désirent obtenir du Conseil d'administration l'allocation du plus haut taux d'intérêt ; or, la société doit pouvoir disposer de capitaux à bon marché. S'ils viennent emprunter, ils désirent obtenir le plus d'argent possible, au plus bas taux. Or, la société doit être prudente dans ses placements, faire l'éducation économique de ses associés avant de leur confier des fonds, et couvrir par un bénéfice suffisant les risques généraux et les frais de gestion.
Les caisses rurales écartent à tel point l'intervention des coopérateurs, qu'elles frappent d'une amende considérable les administrateurs qui révèlent le nom d'un emprunteur.
Au surplus, les banques comme les fabriques de n'importe quoi, ont leurs règles techniques, et leur habileté professionnelle.
Les Unions du crédit, qui font des opérations considérables, proscrivent le'~'(lécouvert et évitent l'avance ; leur crédit est essentiellement réel, et de forme commerciale.
Les Banques populaires essaient quelques opérations à amortissement, et risquent du découvert sous forme de promesses à ordre. Ce n'est pas le vrai crédit personnel, et pourtant cette voie est déjà pleine de dangers; il faut, à côté du client qui emprunte, une association qui prépare et surveille l'emploi de ces fonds, et écarte ainsi les emprunts de consommation.
Les caisses rurales sont pleinement organisées pour faire le crédit personnel. L'intimité des membres, l'exiguité du territoire, le lien puissant de la Ligue agricole permettent des opérations, que toutes les autres combinaisons tentées depuis 50 ans en France, n'avaient pu assurer.
Il n'entre pas dans le cadre de ce livre d'exposer les règles techniques qui doivent présider à la direction d'une banque. H nous suffît d'avertir les lecteurs que le premier venu ne doit pas s'en croire capable.
Même lorsque l'organisme est facilité comme il l'est par les Ligues agricoles, et constamment surveillé, il faut des habitudes d'ordre pour tenir les livres, une certaine connaissance des hommes pour se défier des dévoûments intéressés, une appréciation économique suffisante pour distinguer l'emprunt de consommation et l'emprunt maladroit à la production, de l'emprunt vraiment rémunérateur qui seul doit être autorisé.
Il faut, en outre, une austère observation des règles prescrites pour les délais de remboursements; toutes considérations personnelles doivent être écartées en cet ordre de matières.
Un point qui est commun aux trois institutions dont nous venons de parler, c'est la fixation et la répartition des bénéfices. Toutes trois étant des coopératives, c'est aux coopérateurs que doit aller le profit.
Mais on s'est laissé aller à une grande tolérance sur ce sujet. En certains endroits les retenues sont considérables ; on en a profité pour porter les frais généraux et les appointements à des sommes que les principes coopératifs doivent condamner sans réserve.
La constitution d'un fonds de prévision est chose hautement louable ; mais lorsqu'on a atteint une proportion raisonnable, il est temps de songer à rendre le crédit meilleur marché, et à cesser de capitaliser à outrance.
La distribution de dividendes est chose qui figure agréablement sur un bilan, mais ne semble que médiocrement en harmonie avec les principes de la coopération. On objecte couramment que les porteurs d'actions ou de parts de bénéfices étant les emprunteurs, c'est tout le monde qui profite du bénéfice. 11 y a là une erreur manifeste ; beaucoup d'actionnaires peuvent n'avoir pas emprunté. Ensuite les besoins de celui qui use du crédit sont beaucoup plus intéressants que le désir de lucre de celui qui place son avoir en actions.
Déjà la Banque populaire de Liège prend sur les profits et pertes une ristourne à distribuer aux seuls emprunteurs ; c'est un aveu, qui gagnerait à être tout à fait franc. Les caisses rurales ne font aucun bénéfice. Distribuer le crédit au prix de revient : voilà le principe ; dans ce prix de revient figurent les frais d'administration aussi limités que possible, et la constitution d'une réserve prudente.