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POISONS VÉGÉTAUX. M

Résine de jalap , convolvultts officinalis (convolvulacées) . — Elle est essentiellement purgative et irritante du canal intestinal. M. Cadet de Gassicourt a fait sur cette substance des expériences nombreuses (1).

Coloquinte (cucumis cotocynthis, L. sp. 1435; Rich. , Bot. méd. , p. 532, (fam. des cucurbitacées). — Fruit d'une saveur extrêmement amère. C'est un purgatif drastique qui , à une dose élevée , peut amener la mort en vingt-quatre heures , suivant les expériences de M. Orfila (2) . La muqueuse de l'estomac est enflammée , comme détachée et ulcérée ; on observe des lésions analogues dans le rectum.

Gomme-gutte ( mélange de résine et de gomme qui découle du guttafera mra) (guttifères). — Substance solide, en masses cylindroïdes , jaunes-orangées en dedans, plus foncées en dehors. Elle est inodore , mais sa saveur est extrêmement acre et prend à la gorge. Elle colore la salive en jaune , se dissout entièrement dans l'eau , en partie dans l'alcool. Cette dissolution alcoolique se trouble quand on y ajoute de l'eau. Elle est purgative et irritante du canal digestif. Elle est administrée comme évacuant , à la dose de 20 à 40 centigrammes; elle amène la mort des chiens à la dose de h à 8 grammes (3). Suivant Hahnemann, le sous- carbonate de potasse est l'antidote de cette substance. Bourduc regarde , en effet , les alcalis comme propres à modérer son action.

GAROU, sain-bois , daphne gnidium (thymelées). — L'écorce du garou contient un principe acre et irritant qui le fait employer souvent à l'extérieur comme vésicant. Prise à l'intérieur, elle a une saveur d'abord un peu amère, puis brûlante et caustique , assez persistante , qui se propage au pharynx. Elle a une action éminemment irritante. Dans les

(1) Dissen. inaugur., 1817.

(2) Toxicol. gén., t. n, p. 90, 4e édition, 1S43.

(3) Orfila. ibid., t. h, p. 95, 4e édition, 1843-

expériences faites par M. Orfila sur les animaux (1), l'estomac, après la mort, était très enflammé ainsi que le rectum.

RICIN (palma christi , ricinus communis ( euphorbiacées). — La graine de ricin a le volume et un peu la forme du haricot , luisante ; elle est marbrée irrégulièrement de gris rougeâtre et de blanc , avec quelques points jaunes ; son odeur est nulle , sa saveur est oléagineuse , puis légèrement acre. — L'huile qu'on en retire est de consistance sirupeuse d'un jaune pâle , d'une odeur fade , d'une saveur douce suivie d'une légère âcreté. L'alcool la dissout en totalité , ce qu'il ne fait pas pour les autres huiles. — Les semences de ricin d'Amérique contiennent un principe acre qui se retrouve aussi dans l'huile mal préparée , et qui peut causer de violentes superpurgations et une gastroentérite. On ignore la nature de ce principe : les uns le regardent comme résineux ; d'autres le considèrent comme étant formé d'un acide gras. Quoi qu'il en soit, M.Devergie (2) a vu deux malades mourir en trois heures à la suite de l'administration , à chacun d'eux , de 30 grammes de cette huile.

Les semences entières , à la dose de 2 à h grammes , peuvent amener la mort des chiens. Elles agissent comme irritants locaux et généraux (3).

Euphorbe , suc des euphprbia offîcinarum , antiquorum , et canariensis (euphorbiacées). — Substance jaunâtre, en larmes irrégulières, d'une saveur d'abord peu sensible , mais devenant bientôt acre , brûlante et corrosive ; inodore. Il ne se dissout qu'en partie dans l'alcool froid.

L'euphorbe est un des poisons les plus violents. La moindre quantité cause des douleurs atroces au gosier,

(1) Orfila , Toxicologie, t. n, p. 97, 4 e édit., 1843.

(2) Médecine légale, 1840, t. m, p. 599.

(3) Toxicol. gén.t t. il, p. 100, 4e édition. 1843.

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dans l'estomac , dans les entrailles; des vomissements , des syncopes , des sueurs froides , bientôt suivies de la mort. On trouve à l'intérieur une excessive inflammation des voies digestives. Il tue les chiens à la dose de 8 grammes , quand il est appliqué dans une plaie (1) , et, à celle de 16 grammes , il les fait périr en vingt-quatre heures , lorsqu'il est introduit dans l'estomac.

Sabine, juniperus sabina (conifères). — Feuilles d'une odeur forte et désagréable , d'une saveur chaude et amère. Elles ont une action irritante très énergique. Dans des expériences faites sur les chiens par M. Orfila (2) , la sabine a donné la mort à la dose de 16 à 24 grammes. Elle est essentiellement emménagogue ; mais elle enflamme constamment les parties avec lesquelles elle est en contact. Elle est fréquemment employée pour provoquer i'avortement , à raison de son action sur l'utérus et le rectum ; mais le plus souvent les accidents qu'elle détermine compromettent la vie.

Staphysaigre, herbe aux poux, delphinium slaphysagria (renonculacées), — Les semences de staphysaigre sont anguleuses , comprimées , recouvertes d'un épisperme gris , noirâtre , rugueux ; leur saveur est amère , acre et brûlante ; leur odeur est désagréable. On les emploie surtout pour détruire les poux chez les enfants ; mais leur usage peut déterminer l'inflammation du cuir chevelu et des accidents cérébraux.

La staphysaigre en poudre tue les chiens à la dose de 32 grammes, en donnant lieu à une gastro - entérite aiguë (3).

Elle paraît devoir ses propriétés à une matière alcaline découverte par MM. Lassaigne et Feneuile , et que l'on appelle delphine. Cette substance blanche , incristallisable,

(1) Orfila, Toxicol. gén,, t. n, p. 102, 4e édition, 1843.

(2) Ibid.,y. 113.

(3) ZMd.,p. 121.

est presque insoluble dans l'eau, soluble dans Féther, et surtout dans l'alcool. Dissoute , elle offre la réaction alcaline; l'acide azotique la colore en jaune, mais ne la rougit pas ; l'acide sulfurique concentré la rougit avant de la charbonner; le chlore ne l'attaque qu'à 160 degrés, la colore en vert , puis en brun foncé , et la rend friable.

La delphine donne la mort aux chiens à la dose de 30 centigrammes.

Gratiole , herbe à pauvre homme , gratiola officinalis (scrophulariées). — La gratiole peut déterminer les mêmes accidents et les mêmes lésions que la coloquinte; mais elle paraît de plus avoir une action particulière sur l'appareil génital. On l'a vue plusieurs fois causer la nymphomanie. L'extrait de cette plante tue les chiens à la dose de 12 grammes , en déterminant les symptômes d'une vive irritation. (Orfila.)

Anémone , coquelourde , anémone pulsatilla (renonculacées). — Toutes les parties de la plante, à l'état frais, sont acres et irritantes; elles causent des vomissements, des coliques violentes , et la mort est précédée de diminution de la sensibilité. Sèche , elle n'a presque plus d'influence délétère (1).

Mancenillier , hippomane mancinilla (tithymaloïdes). — Le fruit et le suc du mancenillier, pris à l'intérieur, déterminent la gastro-entérite la plus intense , l'ulcération des lèvres , une éruption de vésicules sur la langue et dans toute la bouche , et le ballonnement du ventre (2).

Pignon d'Inde , jairopha cor cas , medicinù. Ricin d'Amérique (euphorbiacées). —Graine oblongue , d'une teinte brune , qui agit comme irritant des parties avec lesquelles il est en contact , et exerce en outre une influence sur le système nerveux. Deux grammes de semence ingé-

(1) Orfila , Toxicol. gén., t. il, p. 132, 4° édition, 1843.

(2) Ibid., p. 109.

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rés dans l'estomac des chiens , tuent ces animaux au bout de dix heures.

Son huile est beaucoup plus active , puisqu'elle produit les mêmes effets à la dose de quelques gouttes.

Rhus radicans et Toxicodendron (térébenthacées). — Deux variétés de la même plante. Cet arbuste répand , dit-on , autour de lui une atmosphère malfaisante qui produit quelquefois au bout de peu d'heures, d'autres fois après quelques jours seulement , des démangeaisons , du gonflement , de la rougeur et même des pustules vésiculeuses au visage, au scrotum, etc. On cite un cas devenu mortel par suite d'attouchement des parties sexuelles après avoir manié des rameaux de ce végétal. La plante , ingérée dans l'estomac , enflamme son tissu. Seize grammes de son extrait aqueux ont amené la mort d'un chien en vingt-neuf heures (Orfila) (1).

Chélidoine , grande éclaire , herbe à l'hirondelle , chedonium majus (papavéracées). — Toute la plante est remplie d'un suc jaune, caustique, d'une odeur désagréable , auquel elle doit ses propriétés vénéneuses , et dont on se sert pour détruire les verrues et les cors aux pieds. Selon MM. Lassaigne et Chevallier, elle n'aurait pas de propriétés toxiques; mais, d'après les expériences de M. Orfila (2), 120 grammes de suc de chélidoine et 6 à 12 grammes d'extrait aqueux , ont amené la mort des chiens en cinq à six heures.

Narcisse des prés. Porillon , aiault. Narcisse , pseadonar tissus (narcissées). — Quelques auteurs ont avancé que cette plante avait des effets émétiques très marqués ; d'autres les ont niés. Suivant M. Orfila , [\ à 6 grammes d'extrait aqueux de cette plante tuent les chiens assez promptement.

(1) Toxicol. gén., t. n, p. 115, 4e édition, 1843.

(2) Ibid., p. 118.

Créosote. — Cette substance, qui est extraite par distillation du goudron de bois , doit être rangée au nombre des matières végétales irritantes.

Elle est liquide, incolore , ou colorée en jaune brunâtre, oléagineuse , d'une odeur de goudron. Elle coagule instantanément l'albumine.

L'eau en dissout un quatre-vingtième de son poids. Ses dissolvants sont l'acide acétique , l'éther et l'alcool.

Administrée à la dose de 8 grammes à des chiens (1) , elle a amené la mort au bout de deux heures avec des symptômes effrayants , étourdissements , vertiges , etc.

A l'autopsie , on a trouvé des traces d'inflammation dans le tube digestif; les poumons étaient gorgés d'un sang brun , les cavités du cœur renfermaient quelques petits caillots.

La créosote est employée pour calmer les douleurs des dents; mais si on en fait usage sans précaution, elle peut amener des ulcérations sur les gencives.

Mal préparée , elle contient un principe qui a une propriété émétique excessivement puissante.

Substances animales irritantes.

Cantharïdes, meloë vesicatorius , cantharis vesicatoria, lutta vesicatoria. — Cet insecte est de l'ordre des coléoptères, section des hétéromères, famille des trachélydes.

La poudre de cantkarides , employée en thérapeutique , en raison de son action vésicante , est un poison énergique. Elle est d'un gris verdâtre et parsemée , quelque fine qu'elle soit, de points verts, d'un brillant métallique, qui la font assez facilement reconnaître. Elle a une odeur nau-

(1) Mignet, Iiecherches cliim, ci médicales sur la créosote. Paris,

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séabonde , dftà saveur acre ; elle répand sur le feu l'odeur fétide de la corne brûlée.

Les cantharides doivent leur principe vésicant à une substance blanche (canlharidine) qui se dissout dans l'eau bouillante. Aussi la poudre , privée de ce principe par l'cbuîlition dans l'eau , est-elle inerte.

La teinture de cantharides précipite en blanc par l'eau; le précipité est soluble dans un excès de ce liquide. Le ferro-cyanure de potassium donne un précipité jaunâtre; le sulfhydrate d'ammoniaque un précipité jaune clair et grumeleux, les acides chlorhydrique et sulfurique un précipité jaune-verdâtre; l'acide azotique un précipité jaune.

L'empoisonnement par les cantharides est assez fréquent, et il est souvent le résultat de leur emploi comme aphrodisiaque. Dans quelques cas, 1 gramme de cette substance a suffi pour donner la mort.

Les extraits aqueux ou alcooliques agissent de la même manière , mais encore avec plus d'énergie.

Les symptômes de cet empoisonnement consistent en nausées , vomissements abondants , selles copieuses et souvent sanguinolentes, dans lesquels on peut quelquefois reconnaître des points brillants d'un vert bronzé ; des coliques violentes , des douleurs atroces à l'épigastre et dans les hypochondres , une ardeur extrême vers la vessie , des urines sanguinolentes, un priapisme opiniâtre et douloureux, parfois l'horreur des liquides , le plus souvent des convulsions, du délire et la mort.

A l'autopsie , on trouve ordinairement la membrane muqueuse gastrique ecchymosée et d'un rouge noirâtre ; le cerveau est gorgé de sang ; la membrane muqueuse génito-urinaire est phlogosée.

Le camphre passe pour être l'antidote des cantharides.

Le mylabre de la chicorée {meloè cichorii) paraît être la cantharide des anciens , et a des propriétés aussi énergiques que notre cantharide ordinaire.

Le ver de mai (meloe majalis) et le scarabée ou proscarabée (meloe proscarabœus) agissent aussi comme les cantharides , mais avec moins d'intensité.

M. Poumet a indiqué un moyen ingénieux de retrouver sur le cadavre les traces des cautharides (1).

Ce moyen consiste à insuffler d'abord les intestins , puis, après les avoir desséchés et coupés par morceaux , à les examiner au soleil entre deux lames de verre. Alors on reconnaît parfaitement à l'œil nu des parcelles de cantharides, qui se présentent sous forme de points brillants d'un vert d'émeraude ou d'un jaune doré.

Suivant l'auteur, on ne trouve aucune trace de cantharides dans le tube digestif encore humide d'un animal empoisonné par cette substance. Il faut , pour apercevoir ces fragments si ténus , éliminer par la dessiccation les liquides qui ternissaient leur éclat.

Il y a plusieurs coléoptères dont l'aspect pourrait être confondu avec celui des cantharides ; mais aucun de ces insectes n'est nuisible , excepté peut-être le bupreste.

Quant aux parcelles de cuivre ou d'oripeaux , il est impossible , avec un peu d'attention , de ne pas les distinguer des fragments de cantharides.

Le procédé de M. Poumet est simple et suffisant quand les cantharides ont été ingérées en poudre ; mais il n'en est plus de même quand le poison a été administré sous forme de teinture. Dans ce cas , le toxicologiste devra s'attacher à retrouver la cantharidine.

Moules (mytilus edulis , L.). — Ces mollusques sont, dans certaines circonstances et pour certains individus, un aliment dangereux , soit qu'ils aient éprouvé alors quelque altération accidentelle, soit qu'ils contiennent quelque substance particulière , comme la crasse de la mer, soit qu'ils renferment de petites étoiles de mer, comme M. Baumié l'a constaté.

(l) Ann. d'Hygiène et de Mèd. lég., t. xxvm, p. 347.

Les symptômes que les moules déterminent sont des douleurs à l'épigastre , des nausées , quelquefois des vomissements , de la dyspnée , ou même de la suffocation , la petitesse et la fréquence du pouls , le gonflement et la coloration de la face ; souvent la dilatation de la pupille , un prurit général, suivi d'une éruption ortiée sur quelques parties du corps. Quelquefois , si ces accidents ne sont pas immédiatement combattus (par l'éther, à la dose de 8 à 12 grammes, étendu d'eau, ou par l'eau vinaigrée), il survient des convulsions ou un coma précurseur de la mort. On ne trouve à l'autopsie qu'une légère inflammation du canal intestinal.

Le traitement de l'empoisonnement par les moules consiste à faciliter les vomissements, et ensuite à administrer de l'éther étendu d'eau à la dose de 8 à 12 grammes. On peut aussi employer avec avantage l'eau vinaigrée

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