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CHAPITRE XIII

POISONS BTARCOTICO-ACRES.

Aconit napel, tue-loup, napel, aconitum napellus (renonculacées.) — La ressemblance de sa racine avec un petit navet a causé quelquefois des accidents. Les jeunes pousses, beaucoup moins dangereuses, ont été prises quelquefois pour du céleri.

La plante fraîche , appliquée sur la peau, est vésicante. 8 à 12 grammes produisent l'empoisonnement et l'ensemble des symptômes suivants : soif vive , vertiges , céphalalgie , vomissements , fixité des yeux et des mâchoires , dyspnée , dilatation des pupilles , ballonnement du ventre , tuméfaction de la face, sueur froide, véritable état de folie, engourdissement des lèvres et des gencives, et mort rapide.

Toutes les variétés d'aconit sont vénéneuses.

iENANTHE , œnanthe crocata (ombellifères). — C'est une des plantes les plus dangereuses. Son suc surtout jouit d'une grande âcreté ; un morceau de sa racine peut faire périr en une ou deux heures. Il en résulte une ardeur extrême à la gorge , un resserrement spasmodique des mâchoires , du délire, des syncopes, des taches rosées de forme irrégulière, particulièrement au visage, des convulsions et la mort. — Le canal intestinal est enflammé et les poumons gorgés de sang noir. /

Cévadille (cébadille, veralrum sabadilla (colchicacées). — Les capsules sont seules connues et employées. Les semences qu'elles renferment ont une saveur acre et même caustique. La poudre de ces semences , connue sous le nom de poudre du capucin , a une action très irritante , surtout si elle n'est pas mêlée à celle de la capsule qui est beaucoup moins active. Elle doit ses propriétés vénéneuses à la vérarine et à la sabadilline.

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VÉRATRINE. — Alcaloïde qui se trouve dans l'ellébore blanc, et surtout dans les semences de cévadille. C'est une substance solide , friable , à peine colorée , d'apparence résineuse , sans amertume, mais d'une ûcreté excessive, qui provoque une abondante salivation. Elle est inodore et excite de violents éternuments. Elle fond à 115°; elle est presque insoluble dans l'eau , très soluble dans l'alcool , moins dans l'éther ; elle forme avec les acides des sels à peine cristallisables et d'un aspect gommeux.

D'après les expériences de MM. Andral et Magendie , la vératrine est un poison très actif. Il suffit de 5 à 10 centigrammes d'acétate de vératrine pour enflammer l'estomac et les intestins d'un chien ; une dose un peu plus forte accélère la respiration , amène le tétanos et la mort.

Sabamlline. — Se trouve dans la cévadille , la racine d'ellébore blanc , le colchique. Blanche , cristallisée en étoiles , très acre , assez soluble dans l'eau , très soluble dans l'alcool , insoluble dans l'éther, formant des sels cristallisables avec les acides sulfurique et chlorhydrique.

Ellébore noir , rose de Noël , helleboms niger (renonculacées). — L'ellébore noir du commerce est par petites souches noirâtres , d'où parlent beaucoup de radicules. Il est inodore , très acre et très amer. D'après les expériences de M. Roger, 8 grammes d'ellébore en poudre n'ont causé aucun accident ; 30 grammes de racine fraîche, donnée en substance, en infusion, en décoction, n'ont produit qu'une abondante sécrétion d'urine. Cependant les expériences de M. Orfila démontrent que, même à l'état sec, la graine d'ellébore a encore une grande activité qui réside dans sa partie soluble par l'eau.

Les symptômes sont : des douleurs abdominales intenses, une irrégularité très grande dans la circulation et la respiration , une grande faiblesse des muscles , des convulsions et la mort. — On trouve la membrane muqueuse de l'es-

lomac très enflammée , ainsi que celle du rectum , pour peu que la mort ait tardé de quelques heures.

Ellébore blanc, vàràire, ver atrum album (colchicacées). — Racine noirâtre , de la grosseur d'une plume de corbeau, agissant sur l'économie animale comme l'ellébore noir : elle doit ses propriétés aux gallates acides de vératrine qu'elle renferme.

Colchique , tue-chien , veillote , safran des prés , safran bâtard, colchicum autumnale ( colchicées ). — Le bulbe de colchique renferme , comme l'ellébore blanc, de la vératrine à l'état de gaîlate acide, qui ne se forme qu'à une époque de la végétation , et qui paraît être modifié par la dessiccation ,ce qui explique les contradictions des auteurs au sujet des propriétés actives de ces plantes, il renferme aussi de l'inuline, et un alcaloïde (colchicine) très vénéneux, découvert par MM. Geiger et Hesse.

Le bulbe de colchique , à une dose un peu élevée , détermine une sorte de strangulation, de la chaleur, des urines et des seiles abondantes , des tremblements , une roideur tétanique et la mort. On trouve quelquefois l'estomac enflammé ou même gangrené par places ; mais souvent il existe à peine quelques traces d'inflammation.

Scille. — La scille que l'on trouve dans les pharmacies est le bulbe ou les squames du bulbe du scilla maritima (liliacées). A l'état frais, le bulbe de scille est très volumineux : il est formé de tuniques serrées, dont les plus externes sont rouges, sèches, minces, transparentes, presque dépourvues du principe acre et amer de la scille; les squames internes sont blanches, assez épaisses et chargées de sucs , et les squames moyennes , très amples, épaisses, recouvertes d'un épidémie blanc rosé, sont les plus actives. Elles sont pleines d'un suc visqueux, inodore, mais très amer, très acre et très corrosif, propriétés qu'elles ne perdent qu'en partie parla dessiccation.

La scille, employée à trop haute dose, peut déterminer

POISONS NARÇOTICO- ACRES, M\

la cardialgie , des nausées, des purgaiions, la violence des battements du cœur, la dilatation des pupilles, la difficulté de la respiration ; mais le plus souvent on ne trouve dans les intestins aucune trace d'irritation , si la mort a été prompte; le poison a été absorbé et a exercé son action sur le système nerveux ; le cœur est distendu par du sang noir, les poumons sont sains. Un cas d'empoisonnement par la scille a été rapporté par le docteur Wolfring (Gazette des hôpitaux, juillet 1842).

Belladone, atropa belladona (solanées). — Toutes les parties de la plante sont vénéneuses et doivent leurs propriétés délétères à un alcali (atropine) qui se présente sous forme de prismes à éclat soyeux, d'une saveur amère.

On connaît plusieurs exemples d'empoisonnements par les baies de belladone , qui ressemblent assez à une petite cerise. M. Gaultier de Claubry a cité (1) celui de cent cinquante soldats qui s'empoisonnèrent avec ce fruit.

La belladone détermine les symptômes suivants : vertiges, faiblesse, délire, hallucinations, défaillances, nausées, hébétement, injection de la conjonctive, dilatation et immobilité des pupilles, gesticulation, difficulté d'articuler des sons ; pouls petit et débile , lent ; insensibilité de la peau, état comateux et la mort.

La belladone est absorbée , car l'urine des animaux auxquels on a fait prendre de l'extrait est capable d'amener la dilatation de la pupille ; 16 grammes d'extrait font périr les chiens (Orfila).

Administrée en poudre (à la dose de 12 milligrammes à 10 centigrammes par jour), ou en extrait (à dose moitié moindre), la belladone a une action sédative ; mais à doses plus élevées , elle produirait les symptômes que nous avons indiqués.

Datura stramonium , pomme épineuse , stramonium ,

(1) Joum. gén., t. xlvmi, p. 055,

kl'2 MA.NIEL DE MÉDECINE LÉGALE.

endormie (solanées). — D'après les expériences de M. Trousseau, on ne peut saisir aucune différence essentielle entre les effets du stramonium et ceux de la belladone ; mais le stramonium serait beaucoup plus actif et plus dangereux.

Toutes les parties de la plante sont très vénéneuses. Elle paraît devoir ses propriétés a la daturine, alcali végétal découvert par MM. Geiger et liesse.

Le stramonium, à très petite dose, ne provoque pas le sommeil. À dose un peu plus forte , il cause des étourdissements, des vertiges, obscurcit la vue, dilate la pupille, produit un léger délire : ces effets se passent au bout de tinq à six heures. A forte dose , il y a empoisonnement caractérisé par la cardialgie , une soif intense, un sentiment de strangulation, un délire souvent furieux, des mouvements convulsifs, suivis de paralysie et de symptômes de congestion cérébrale. La mort arrive au bout de douze à quinze heures; on trouve l'estomac rouge, enflammé et le cerveau injecté.

M. Devergie a cité (1) un cas d'empoisonnement survenu chez deux individus qui avaient pris, par erreur, une infusion de stramonium. Bien que cette infusion fût très légère, il se manifesta des symptômes effrayants, et ils ne furent guéris qu'au bout d'un certain temps.

Tabac, nicotiana tabacum, nicotiane, petun (solanées). — Plante d'une odeur tireuse , fétide ; d'une saveur amère , acre , surtout quand elle est sèche.

Les émanations du tabac ont souvent suffi pour causer de violentes céphalalgies, des vertiges, des vomissements opiniâtres, comme on l'a observé chez les ouvriers qui le préparent. — Le tabac en poudre, ou la décoction des feuilles sont un violent poison , lorsqu'ils sont introduits dans l'économie à une dose un peu forte.

( ) Médecine légale , 1840, t. in , p. 050.

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