‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 11 sur 127 · DES BLESSURES* — CICATRICES · texte numérisé non relu

DES BLESSURES* — CICATRICES

remplir celte lacune : son Mémoire est le résume; le plus complet que l'on ait publié jusqu'ici sur ce sujet. Aussi , quoiqu'il ne contienne pas de faits nouveaux , nous y renvoyons le lecteur.

La cicatrice est formée , comme on le sait , par un tissu de nouvelle formation que Dupuytrcn appelait tissu de cicatrice, Delpech tissu inodulaire, et qui est toujours identique, quelle que soit la solution de continuité qu'il remplace. A son début, ce n'est qu'une trame celluleuse qui devient ensuite fibreuse , et , selon Delpech , peut passer à l'état cartilagineux dans certains cas. La nature et l'origine des plaies font varier la configuration des cicatrices qui leur succèdent : ainsi les cicatrices d'une brûlure se distinguent par leur aspect des traces de la variole ou des abcès scrofuleux. Quant à la forme de la cicatrice, M. Martel a reconnu qu'elle était le plus souvent linéaire dans les parties où la peau est lâche, concave au pli de l'aine , à l'aisselle, dans l'intervalle des doigts (1). La cicatrice est elliptique selon la tension de la peau , la connexité des parties sous-jacentes, et l'action des plans musculaires sur lesquels elle repose. M. Martel admet une forme circulaire lorsque la tension de la peau est très forte dans un point et nulle dans un autre.

Les cicatrices qui succèdent aux brûlures ont été parfaitement décrites par Dupuytren (2) ; elles n'ont jamais l'étendue des pertes de substance qu'elles recouvrent , et la profondeur variable des tissus détruits concourt à leur donner cet aspect couturé, ces bords rugueux, inégaux, qui caractérisent ce genre de cicatrice.

Les cicatrices qui proviennent d'abcès scrofuleux ont de l'analogie avec celles des plaies d'armes à feu ; mais leur siège dans la région cervicale et leur multiplicité aideront à les reconnaître. Citer les cicatrices de la vaccine , celles

(1) Martel, Thèse. 1 837.

(2) Ouvrage cité.

qui sont consécutives à la variole confluente, etc. , c'est rappeler à chacun des signes physiques qu'il a été à même d'observer souvent, aussi nous bornons-nous à ce très succinct exposé.

En résumé, lorsque l'on constate sur une personne vivante une cicatrice , il faut en noter exactement le siège, l'étendue, l'aspect, la forme, la coloration, le degré d'organisation ; on s'assure par de légères tractions si elle est adhérente aux tissus sous-jacents, si les bords de la cicatrice sont indurés ; on constate les dilatations variqueuses des veines , la facilité de la partie qui en est le siège à s'infiltrer et à s'cedématier. Lorsque la cicatrice occupe l'extrémité d'un membre, on lui imprime certains mouvements dans le but d'apprécier le degré de gêne qu'elle peut apporter dans la fonction. L'état général de la personne , sa constitution, ne doivent pas être oubliés.

A l'aide de ces renseignements, on peut déterminer approximativement la profondeur de la blessure à laquelle a succédé la cicatrice , évaluer l'époque probable de cette blessure , et enfin reconnaître si le libre exercice de quelque fonction en a souffert.

RÉSUMÉ DES RÈGLES A SUIVRE DANS L'EXAMEN MÉDICO- LÉGAL DES RLESSURES PENDANT LA VIE.

Lorsque l'on visite un blessé qui est encore vivant, on lui fait exposer toutes les circonstances qui ont précédé , accompagné ou suivi sa blessure, et on se fait représenter les vêtements qu'il portait ; on note la forme des ouvertures faites aux étoffes , leur situation , leur dimension , la quantité plus ou moins grande de sang dont elles sont tachées. Il faut chercher à connaître la forme et la nature de l'instrument vulnérant, l'examiner s'il a été saisi et le rapprocher des incisions faites aux vêtements. Si la blessure était déjà couverte d'un appareil et que l'on craignît de

DES BLESSURES PENDANT LA VIE. SfJ

provoquer une hémorrhagie , ou que l'on eût besoin de l'assistance d'un confrère , on remettrait à un examen ultérieur la description de la blessure, en ayant soin toutefois d'énoncer dans son rapport les motifs qui ont engagé à apporter ce retard.

Dans la description de la blessure, que ce soit une contusion, une plaie, une fracture, une luxation ou une plaie d'armes à feu, le médecin notera la situation, l'étendue des parties intéressées, la direction, la forme de la blessure, l'époque où elle a été faite, si elle est ancienne ou récente. Il indiquera son état de simplicité ou ses complications.

Si la blessure paraît légère , l'expert peut , dès sa première visite , déclarer que' la guérison aura lieu dans l'espace de quelques jours , à moins de circonstances im~ prévues. Cette restriction est nécessaire , puisqu'il arrive souvent que les lésions en apparence très simples ont des suites fort graves.

Si la blessure est grave par son siège, son étendue, etc., le médecin expose son opinion sur le traitement et les soins particuliers qui sont nécessaires, ainsi que sur la terminaison qu'elle peut avoir. Au bout de plusieurs jours , il visite de nouveau le blessé , et après avoir indiqué les changements divers qui sont survenus , il fixe d'une manière approximative la durée de la maladie. À cette époque , on ne peut pas toujours déterminer si la blessure entraînera ou non une infirmité , et on ne doit le faire qu'avec circonspection.

Le danger des blessures qui ne sont pas immédiatement mortelles s'apprécie d'après les désordres existants ou les complications survenues; ces dernières dépendent de la mauvaise constitution du blessé, de ses écarts de régime ou du défaut de soins convenables , de l'insalubrité du local ou de l'atmosphère , enfin de la mauvaise direction donnée au traitement.

L'expert doit en outre noter avec soin tout ce qui peut contribuer à établir si les blessures sont le résultat d'un

accident, de violences étrangères ou d'un suicide ; ou bien si elles n'ont pas été aggravées ou simulées afin d'obtenir des dommages plus considérables.

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