EXAMEN DES BLESSURES APRÈS LA MORT, OUVERTURE DU CADAVRE
Plusieurs des indications que nous venons d'exposer sont applicables lors de l'examen après la mort. Ainsi , la description minutieuse des vêtements, du siège, de l'étendue, de la profondeur des blessures, rénumération de leurs caractères particuliers, devront être faites avec méthode en parcourant successivement chacune des régions du corps. Mais il est en outre certaines précautions prescrites par les auteurs (Chaussier, Fodéré, Orfiia) , et que l'expérience pratique engage à suivre.
Dans une blessure de la poitrine , par exemple , il ne faut pas inciser les bords de la plaie, et détruire ainsi les rapports nouveaux formés par l'instrument vulnérant , mais , au contraire, conserver intacte cette plaie , détacher les tissus à 5 ou 6 centimètres d'elle , les disséquer par couches , en pénétrant jusque dans la cavité viscérale dont on ouvre la voûte osseuse. On reconnaît alors si la blessure a intéressé des organes essentiels à la vie , et quels ont été les vaisseaux ouverts par l'instrument ou par le projectile dans le trajet qu'il a parcouru.
Ce que nous venons de dire pour une blessure située à la poitrine s'applique à toute autre blessure, quel que soit son siège. Dans les fractures du crâne on notera le nombre et la direction des fragments , leur degré d'enfoncement , la quantité de sang épanché , la compression qu'il a exercée , le décollement ou la déchirure de la dure-mère , la présence du pus , etc. . .
On se rappellera qu'il existe un certain nombre de signes propres à déterminer si les blessures ont été faites pendant ia vie ou après la mort.
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Ainsi, on ne peut pas confondre les plaies par instrument tranchant , les piqûres ou les plaies d'armes à feu , faites peu de temps avant la mort , avec celles faites plusieurs heures après , parce que dans ces dernières, les lèvres de la division, dont la rétraction peut être assez considérable , sont liâtes, sans gonflement et sans aucune trace de caillot adhérent à leur surface. A moins d'atteinte d'un gros vaisseau veineux , il n'y a pas d'infiltration sanguine dans les aréoles du tissu cellulaire environnant.
Quant à la distinction des blessures faites quelques jours avant la mort et celles faites après , la marche de la cicatrisation éclairera la diagnostic.
Si tout un membre a été coupé , la section présente des différences marquées. Sur un cadavre , la section est uniforme en procédant de la peau aux parties profondes. Toutes les parties sont sur le même plan. La plaie est pâle , décolorée , blafarde , les artères sont vides , béantes , leur paroi est blanche.
Pendant la vie , au contraire , la peau est rétractée , à moins qu'on ne l'ait tendue , la surface de la section des muscles est inégale, les vaisseaux y sont enfoncés, rétractés , les muscles sont colorés , couverts de sang. S'ils étaient décolorés , l'air fait reparaître la coloration rouge , le tissu cellulaire se boursoufle , proémine , s'injecte d'air.
Pendant la vie , un phénomène constant des plaies est l'écoulement de sang qui varie en raison, 1° du volume des vaisseaux ouverts ; 2° de la nature des vaisseaux ; 3° de la quantité de vaisseaux capillaires sanguins dont la partie est pourvue; 4° de la plasticité variable du sang.
Or , après la mort , un vaisseau peut être ouvert et donner lieu à l'issue du sang ; mais si le refroidissement du corps était complet , le sang ne se coagulera pas. La coagulation ne serait qu'imparfaite avant le refroidissement. Quant aux infiltrations et épanchements de sang intérieurs, après la mort et même avant toute extinction de chaleur,
ils sont très limités , le sang est peu coagulé , et non pas incorporé avec les tissus comme si c'eût été pendant la vie.
La putréfaction rapide peut modifier ces résultats comme nous le verrons en faisant son histoire. — Nous avons déjà tracé les caractères distinctifs des brûlures faites après la mort. On se rappelle qu'une ligne étroite, rouge, entourant la partie affectée , et non susceptible de disparaître sous la pression du doigt, persiste sur le cadavre si la brûlure a eu lieu pendant la vie; que des phlyctènes remplies de sérosité ne se développent pas si la mort a suivi de très près la brûlure. Sur le cadavre , ces phlyctènes ne sont remplies que d'air.
Le but principal de l'ouverture du corps étant de rechercher la cause de la mort , l'expert aura soin de décrire les altérations importantes , les traces de maladies d'organes qui n'ont pas été atteints par la cause vulnérante , mais qui ont pu influer sur la rapidité de la mort.