DE L AIR NON RENOUVELE
Par le seul fait du défaut de renouvellement de l'air dans une chambre où se trouve un grand nombre de personnes, la proportion d'acide carbonique augmente au point de pouvoir déterminer un véritable empoisonnement. En outre , l'air est vicié par la diminution d'oxigène libre , par la prédominance de l'azote , et par la présence de la vapeur aqueuse animalisée qui s'exhale par la transpiration cutanée et la transpiration pulmonaire.
M. Dumas a établi , par des expériences , qu'un homme consomme par heure tout l'oxigène contenu dans 90 litres d'air à peu près, et qu'il sort des poumons par'heure 33 centimètres cubes d'air, dans lesquels il y a en moyenne 4 p. 100 d'acide carbonique.
M. Péclet évalue de 6 à 10 mètres cubes d'air la quantité nécessaire à un homme , par heure , pour maintenir la respiration dans de bonnes conditions.
M. Leblanc conclut des expériences de Séguin et de M. Dumas que la quantité de vapeur aqueuse animalisée exhalée par un homme dans les vingt-quatre heures peut s'élever en moyenne à 80O grammes qui suffisent pour saturer 60 mètres cubes d'air sec, ou 120 mètres cubes d'air humide, à la température de 10 degrés centigrades.
Une chandelle de 12 au kilogramme absorbe le tiers de l'oxigène contenu dans 340 litres d'air ; une bougie de 1 0 au kilogramme consomme le tiers d'oxigène renfermé dans 435 litres d'air; et une lampe à gaz, pendant qu'on y brûle 42 grammes de combustible , absorbe le tiers de l'oxigène contenu dans 1,680 litres d'air.
Nous avons insisté sur ces détails pour que l'on comprenne avec quelle promptitude l'air insuffisamment renouvelé , s'altère dans les lieux de réunion occupés par la foule, et qui sont éclairés par un grand nombre de lumières.
508 manuel de .médecine légale.
gaz de l'éclairage.
La composition do gaz de l'éclairage varie suivant la nature des corps qui l'ont fourni , et la température à laquelle il a été produit.
Il est délétère par lui-même ; son action toxique doit être attribuée aux gaz hydrogène bicarboné , aux carbures d'hydrogène qu'il tient en suspension , et surtout au gaz oxide de carbone.
Les corps en ignition ne déterminent l'explosion du gaz que lorsqu'il forme plus du onzième de la composition de l'atmosphère; mais dans une proportion moins forte, ce gaz peut occasionner l'empoisonnement , même lorsque les lumières ou le charbon brûlent comme à l'ordinaire. Un quinzième suffit pour tuer les lapins en quelques minutes.
Symptômes. — On observe ordinairement au début des nausées , de la céphalalgie , des étourdissements ; mais il y a peu de gêne de la respiration et absence de toux. La perte totale de connaissance, la prostration complète, la paralysie ou les convulsions se manifestent sous l'influence d'une action plus intense du gaz délétère , et bientôt le trouble de la respiration annonce les phénomènes de l'asphyxie.
Altérations cadavériques. — On a signalé fréquemment la coagulation du sang, au lieu de la liquidité, commune dans l'asphyxie. ■ — Le tissu pulmonaire et la membrane muqueuse bronchique ont une coloration rouge vif toute particulière. Une écume abondante remplit les voies aériennes. Le système veineux cérébral est congestionné , et l'on a trouvé du sang coagulé épanché entre la duremère et le canal osseux (1).
Traitement. — Il faut combattre les congestions cérébrale, rachidienne et pulmonaire , et remédier à l'asphyxie.
(1) Tourdes, Relation mèd. de Fasphijxie par le gaz de l'éclairage. Strasbourg , 1841.