‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 14 sur 127 · RAPPORTS SUR LES BLESSURES · texte numérisé non relu

RAPPORTS SUR LES BLESSURES

Cette fracture a intéressé tout à la fois le tibia et le péroné , et ces deux os ont été brisés à la réunion du quart inférieur de la jambe avec ses trois quarts supérieurs. Aujourd'hui que la consolidation est parfaite , nous avons reconnu que le tibia a été fracturé transversalement , et le péroné est réuni de telle sorte que l'extrémité du fragment inférieur correspond à un pouce et demi environ au-dessous du niveau de la fracture du tibia.

La peau est intacte autour de cette fracture , et le sieur C... nous a dit qu'il n'y avait eu aucune plaie , aucune déchirure de la peau par les fragments au moment de l'accident. Il n'existait qu'une meurtrissure due à l'épan chement de sang sous la peau autour des fragments et des parties molles plus ou moins déchirées dans le voisinage des os fracturés.

Le sieur C... ne peut encore marcher qu'à l'aide de béquilles , et il commence à appuyer le pied à plat dans les mouvements de progression. La peau est uniformément violacée , œdémateuse dans toute la moitié inférieure de la jambe ; les mouvements de l'articulation du pied sur la jambe sont roides , bornés , mais sans douleur.

Conclusions. — 1° la jambe gauche du sieur C... a été fracturée complètement ;

2° II est impossible de déterminer si cette fractnre a été produite plutôt par un coup directement porté sur le membre que par suite de la chute faite par le sieur C...

Toutefois , nous devons faire remarquer que les fractures de la jambe qui résultent de cette dernière cause n'intéressent ordinairement que le péroné, quoiqu'il soit également très possible qu'une brisure des deux os soit la conséquence d'une simple chute. Ajoutons qu'ici l'absence de toute contusion de la peau est une circonstance qui tend à faire admettre que chez le sieur G... la jambe a pu être fracturée uniquement par le fait de la chute, qui a bien évidemment été déterminée par les coups que lui a portés

par derrière le sieur Georges. La hauteur à laquelle cette fracture a eu lieu vient encore à l'appui de cette opinion. 3° D'après l'état actuel du sieur G..., nous ne pensons pas qu'il puisse reprendre ses travaux ordinaires avant un mois , attendu la roideur et la difficulté des mouvements du pied sur la jambe, et l'impossibilité où se trouve le blessé de pouvoir marcher encore sans appui.

Suicide. — Fractures comminutives de la face et du crâne. — Deux coups de pistolet.

Nous soussignés, Ch.-P. Ollivier (d'Angers), membre de l'Académie de médecine, H.-L. Bavard, docteur en médecine, nous sommes transportés aujourd'hui, 10 octobre 1839, aux Prés-Saint-Gervais, rue Piâtrière n° 22, au domicile du sieur L. . . ; et là , en présence de M. de Charancey , substitut de.M. le procureur du roi, et de M. Labour, juge d'instruction, entre les mains desquels nous avons prêté serment , nous avons recherché les causes de la mort du sieur L.

Dans une chambre située au second étage de la maison , nous avons aperçu, étendu sur un lit placé dans l'alcôve, le corps d'un homme âgé. La tête était inclinée à droite, la face horriblement mutilée , du sang s'était écoulé des deux oreilles. Une grande quantité de sang coagulé baignait la chemise, le gilet de flanelle du sieur L..., et s'était surtout épanché à la gauche du cadavre. Le bras gauche était fléchi , rapproché du corps , et placé sur lés couvertures ; le pouce , l'indicateur et le médius , et l'intervalle qui sépare le pouce de l'indicateur, étaient noircis par de la poudre dont ils exhalaient l'odeur. Le bras droit était étendu le ong de la cuisse droite , et placé sur la couverture ; on observait la même coloration noire aux mêmes doigts de cette main. Un pistolet à deux coups et récemment déchargé

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était en avant à quelque distance de la main droite. Dans l'angle de l'alcôve, à gauche et au-dessus de la tele, existait au plafond un trou circulaire et fait récemment , dirigé un peu obliquement de bas en haut, et de droite à gauche relativement à la position du corps. Cette ouverture avait le caractère de celles faites par la pénétration d'une balle; les recherches qu'on pourra faire clans l'épaisseur du plafond feront sans doute retrouver ce projectile.

Le cadavre était encore chaud , quoique présentant un état de rigidité assez prononcé. La moitié inférieure de la face était irrégulièrement déchirée par l'explosion récente d'une arme à feu. Cette mutilation consistait en lambeaux irréguliers qui tous s'étendaient de la circonférence de la bouche : aucun des bords de ces déchirures n'était noirci par la poudre. Tous les os de la face, ainsi que la mâchoire inférieure, étaient brisés en un grand nombre de fragments. La langue n'avait plus de forme distincte.

Les téguments du crâne étaient intacts ; mais en les touchant , on sentait que les os étaient brisés , notamment à gauche au-dessus de l'apophyse mastoïde. L'ouverture du crâne nous a fait trouver une balle déformée par les os qu'elle avait traversés (nous la joignons à notre rapport ). La substance cérébrale , dans le trajet qu'avait suivi la balle , était déchirée , et mêlée de sang et de poudre. Une bourre de papier y a été retrouvée. — L'explosion avait déterminé la fracture du temporal et du pariétal gauche , ainsi que des os qui composent la base du crâne.

La mort du sieur L... a été le résultat des fractures multipliées du crâne , ou destruction du cerveau , déterminées par l'explosion de ces deux coups de feu , qui ont été tirés à bout portant dans la tête. La coloration noire que nous avons constatée sur la peau , l'indicateur et le médius de chaque main , la situation du cadavre , et les lésions que nous avons constatées dans le crâne , sont autant de circonstances qui confirment l'opinion que le sieur L... s'est

suicidé en se tirant le pistolet tenu à deux mains , le canon introduit dans la bouche.

Il est vraisemblable que le sieur L... était alors assis sur son séant , et que le mouvement imprimé au pistolet au moment de l'explosion aura fait légèrement dévier le canon à gauche, de telle sorte qu'une des deux balles a frappé le plafond au-dessus de sa tête après avoir traversé la joue gauche.

Plaies pénétrantes de l'abdomen et de la poitrine faites par un couteau-poignard. — Guérison.

Nous soussigné , H.-L. Bayard , commis par ordonnance de M. Geoffroy-Château, juge d'instruction, nous sommes transporté , le 10 octobre 1839 , rue du 29 Juillet , n. 7 , au domicile des demoiselles D. .., que nous avons trouvées couchées. L'une d'elles (mademoiselle Joséphine) se plaignait de douleurs dans le ventre , de coliques. Elle avait de la fièvre. Sa sœur ( mademoiselle Eugénie ) paraissait être dans un état plus satisfaisant. Nous désirions visiter les blessées en présence de l'un des médecins qui les soignaient, et compléter ainsi les renseignements qui nous étaient nécessaires. Nous nous y sommes de nouveau transporté le 11 octobre, et en présence de M. le docteur Hours, nous avons constaté ce qui suit :

Mademoiselle Joséphine, âgée de 36 ans , a été frappée dans le ventre. Il existe à 5 centimètres au-dessous et un peu à gauche de l'ombilic une plaie à angles aigus, à bords nets, longue de?m centimètre , dirigée de haut en bas, un peu obliquement de gauche à droite. Cette [plaie donnait passage à une portion d'épiploon , lorsque M. le docteur Hours a donné ses soins à la blessée. La réduction a été faite promptement. Des sangsues au nombre de soixante , une saignée du bras , tels sont les moyens actifs et habilement dirigés dont l'emploi a prévenu les accidents très

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graves qui accompagnent habituellement les plaies pénétrantes de l'abdomen.

Aujourd'hui, cinquième jour, la plaie est en voie de réunion ; des bandelcitcs aggluîinalives, un bandage compressa*, sont appliqués sur le ventre; le météorisme est peu développé. Les coliques qui hier soir tourmentaient la blessée ont cédé à i'usage des lavements émollients. Pouls 108. Peau bali tueuse, moiteur. La bouche est pâteuse, sans sécheresse. La soif n'est pas vive. Il n'y a pas d'envies de vomir. L'état de la blessée est satisfaisant.

Eugénie D a reçu dans le dos un coup d'instrument

tranchant à droite de la colonne vertébrale. Au niveau et à 3 centimètres de la quatrième vertèbre, il existe une plaie à angles aigus, à bords nets et écartés , longue de un centimètre, dirigée obliquement de droite à gauche, et probablement de haut en bas.

Après avoir été frappée , mademoiselle Eugénie a craché du sang, et des symptômes d'inflammation du poumon droit se sont déclarés. Des ventouses sur le siège de la blessure ont dissipé l'épanchement du sang qui s'y était formé ; quatre saignées du bras ont arrêté les progrès de la pneumonie. Aujourd'hui , cinquième jour, nous constatons en arrière, et à la base du poumon droit, de l'engouement. On y entend de la respiration bronchique ; il y a matité à la percussion.

Nous devons faire remarquer que, il y a plusieurs mois, mademoiselle D... avait été atteinte d'une inflammation de poumons ; et la dernière fois, les symptômes se sont manifestés avec d'autant plus de rapidité, que l'organe respiratoire était incomplètement guéri.

Les crachements de sang onteessé aussitôt après les émissions sanguines. Nous n'avons pas aperçu de crachats rouilles ou même safranés pendant nos deux visites. Le pouls est élevé, et se maintient à 100 pulsations. Il y a de la transpiration , et la gêne de la respiration a diminué, Toutefois la toux persiste. 9.

Conclusions. — 1° Mademoiselle D... (Joséphine) a reçu près de l'ombilic un coup d'instrument piquant et tranchant qui a pénétré dans le ventre. La forme de cet instrument est celle d'un couteau-poignard.

2° Les soins qui ont été donnés immédiatement, et le traitement énergique employé , ont prévenu les conséquences très graves d'une pareille blessure. S'il ne survient ultérieurement aucune complication, mademoiselle D. J... sera complètement guérie dans douze jours.

3° Mademoiselle Eugénie D. . . a été frappée à la partie supérieure du dos et à droite avec le même instrument qui a blessé sa sœur. Il est à présumer que l'extrémité de l'instrument a pénétré dans la poitrine , et qu'il a atteint légèrement le poumon droit. Les accidents inflammatoires ont diminué , mais ils exigent la continuation de soins prolongés.

k° Mademoiselle E... ne sera pas guérie entièrement avant une vingtaine de jours.

En physiologie on définit la mort par la cessation de la vie ; et on ne peut définir la vie. En médecine légale , ce qui est important , c'est de rechercher quels sont les divers modes selon lesquels la mort peut survenir. La mort est naturelle, ou accidentelle; dans l'un ou l'autre cas , elle résulte de la cessation d'action de l'un des trois organes principaux : le système nerveux , les poumons ou le cœur. Il est donc essentiel pour déterminer la cause de la mort de rechercher quel est l'état anatomique de ces organes , et quel est celui d'entre eux qui a cessé le dernier d'agir.

Les idées émises par Bichat , et qui sont adoptées par la plupart des physiologistes, sont trop connues pour qu'il nous

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