EXEMPLES DE RAPPORTS SUR LES RLESSURES
Contusions , plaies confuses , morsures.
Nous, soussigné, Henri-Louis Bayard, docteur en médecine , conformément à l'ordonnance en date du 9 juillet , de M. Voizot , juge d'instruction , qui , vu la procédure commencée contre les époux Fabre , nous commet à l'effet de constater (es blessures du sieur Normant (François-Placide), de déterminer leur gravité et la durée de V incapacité de travail ;
Nous nous sommes transporté aujourd'hui, 10 juillet, quai des Ormes, n° kl\, au domicile du sieur Normant. Là, ayant été informé que le sieur Normant avait été porté , par les soins de M. le commissaire de police du quartier, à l'Hôtel-Dieu, nous nous y sommes rendu, et nous avons trouvé le sieur Normant couché au n° 78 de la salle Sainte-3!arthe,
RAPPORTS SU!* LtS BLESSURES. 93
Le blessé nous a donné les détails suivants sur l'accident qui lui est arrivé :
Dimanche dernier, 7 juillet, un individu de petite taille, qui lui est inconnu, se présenta à huit heures du soir à son domicile , réclamant une somme de trois francs qui lui étaient dus, disait-il. Sur le refus du sieur Normant de payer cet argent, l'assaillant le mordit au sourcil, à la langue, à Ja main gauche, et enfin lui porta sur la tête des coups d'un bâton qu'il tenait à la main et qui se brisa en frappant.
Aujourd'hui, 10 juillet, quatrième jour depuis l'accident , nous constatons :
1° Au côté externe de l'œil droit, sur l'arcade surcilière, une plaie vive formée par l'enlèvement d'un lambeau de peau de forme quadrangulaire , longue de trois centimètres, large de deux centimètres. La moitié de la longueur du sourcil a été arrachée ; les paupières droites sont fortement ecchymosées ainsi que la peau qui recouvre l'os de la pommette du même côté ; toute cette région est douloureuse; les paupières gauches présentent aussi une ecchymose de couleur violacée.
2° Sur la partie antérieure du crâne, à l'union de l'os frontal et des pariétaux , une plaie contuse de 2 centimètres d'étendue ; sur le sommet du crâne , et au niveau de la bosse pariétale gauche, deux plaies confuses de même étendue, recouvertes, ainsi que la première, de croûtes formées par du sang coagulé et desséché. Le sieur Normant accuse beaucoup de sensibilité à la tête , il se plaint aussi d'étourdissements et de pesanteur quoiqu'il ait été largement saigné au bras lors de son entrée à l'hôpital.
3° A la partie médiane et à la pointe de la langue , une plaie vive ; un lambeau d'environ un centimètre a été enlevé à toute l'épaisseur de la langue. Le sieur Normant nous a dit que cette blessure lui avait été faite tandis qu'il était renversé à terre, et que son agresseur, couché sur lui , avait placé sa bouche sur ia sienne.
U° A la main gauche , entre le pouce et l'index , une plaie vive , longue de deux centimètres , large d'un centimètre , formée par l'arrachement d'un lambeau de peau de cette étendue.
5° A la partie interne et à la partie inférieure du genou gauche, plusieurs excoriations superficielles de la peau.
Conclusions. — 1° Nous avons constaté sur le sieur Normant une plaie au sourcil droit , une à l'extrémité de la langue et une à la main gauche. Ces trois plaies ont été faites par arrachement et peuvent résulter de violentes morsures.
2° Les trois plaies superficielles du crâne ont été faites par un corps contondant tel qu'un bâton.
3° Les excoriations du genou gauche paraissent résulter de coups de pied.
k° Les piaies résultant de morsures seront guéries dans douze jours ; mais par suite de l'arrachement d'une partie du sourcil droit-, le sieur Normant conservera dans cette région de la face un peu de gêne et de la difformité. Le sieur Normant , âgé de soixante ans , est d'une vigoureuse constitution, et jusqu'à présent les contusions qu'il a reçues sur la tête n'ont pas été suivies d'accidents graves.
5° S'il ne survient ultérieurement aucune complication, le sieur Normant sera en état de reprendre ses occupations dans douze jours, et la durée d'incapacité de travail ne sera que de dix-huit jours.
Fracture de la mâchoire inférieure.
NouSj soussigné, Henri-Louis Bayard, docteur en médecine , demeurant à Paris , conformément à l'ordonnance en date du 26 juillet dernier, de M. Salmon , juge d'instruction, qui nous commet à l'effet de visiter le sieur Hyacinthe Dubuisson, dit Guèpin, de constater la nature et la gravité de ses blessures , de déterminer la durée de Vincapacité de travail ;
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Nous nous sommes transporté aujourd'hui , 27 juillet, à l'hôpital Neckcr, où nous avons trouvé le sieur Dubuisson couché au n° 9 de la salle Saint-Pierre.
Le blesse ne nous a donné que fort peu de détails sur les circonstances qui ont accompagné ses blessures. Il aurait été frappé à coups de poing , mais il penserait que les agresseurs tenaient des corps contondants dont il ignore la forme et la nature. Le sieur Dubuisson n'a pas été renversé à terre , il n'avait pas de plaie sur la face , mais il rendait beaucoup de sang par la bouche.
Le 11 juin, le jour même où il avait été blessé, le sieur Dubuisson a été reçu à l'hôpital Nccker, et M. le chirurgien de garde a constaté une double fracture de la mâchoire inférieure.
La première à gauche , à l'angle formé par la branche ascendante et la branche horizontale , au niveau de la dernière grosse molaire , le fragment inférieur était croisé sur le fragment supérieur un peu obliquement de droite à gauche.
La seconde fracture était située en avant et à droite au niveau de la dent canine ; l'action des muscles qui s'insèrent sur l'arcade mentonnière l'avait fait dévier en bas et un peu à gauche. Un appareil convenable fut appliqué pour maintenir réduits les fragments des deux fractures ; mais des accidents graves ne tardèrent pas à se manifester : il y eut un gonflement énorme de la face, des abcès entre les fragments mi du délire pendant trois jours. La congestion cérébrale ?eéda à l'emploi des émissions sanguines, et les complications disparurent quelque temps après.
Aujourd'hui, 27 juillet, le quarante-sixième jour depuis l'accident, le sieur Dubuisson est dans l'état suivant : un bandage maintient la mâchoire inférieure , dont les fragments sont réunis, avec chevauchement, en avant et à droite du fragment droit sur le fragment gauche , et à gauche du fragment inférieur sur le fragment supérieur.
Il n'existe sur la face aucune cicatrice de plaie récente ou ancienne ; aucune dent n'a été enlevée de son alvéole.
Conclusions. — 1° Le sieur Dubuisson est en traitement d'une double fracture de la mâchoire inférieure.
2° Ces fractures sont le résultat de coups violents portés sur la mâchoire, et selon toute probabilité, simultanément et en direction inverse.
3° En raison des symptômes graves qui se sont manifestés et qui ont retardé la consolidation des fragments , la guérison ne sera complète que dans trois semaines, si toutefois il ne survient pas ultérieurement de nouveaux accidents.
4° Le sieur Dubuisson conservera une légère déviation à gauche de la mâchoire inférieure , et un peu de gêne dans les mouvements d'abaissement et d'élévation.
5° La durée de l'incapacité de travail peut être évaluée à soixante-dix jours à dater de l'époque de l'accident.
Fracture de jambe.
Nous soussignés, Ch.-P. Ollivier (d'Angers), H. -L. Bavard, docteur-médecin, nous sommes transportés aujourd'hui 15 septembre, à Bercy, au domicile du sieur C..., à l'effet de donner notre avis sur la fracture de la jambe gauche qui a eu lieu le 11 juin dernier, attendu qu'il importe de savoir si cette fracture est le résultat d'une violence telle que celle qui proviendrait d'un coup de pied , ou si elle a été causée par la chute qu'a faite le sieur C
La jambe n'était enveloppée que d'un simple bandage roulé. Et après l'avoir enlevé , nous avons pu constater que la fracture de la jambe gauche n'était pas bornée au péroné, comme on l'avait présumé d'après la seule inspection de l'appareil qui était appliqué sur le membre , quand le sieur C... fut visité au mois de juin dernier.