‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 20 sur 127 · DE LA STRANGULATION ET DE LA SUSPENSION · texte numérisé non relu

DE LA STRANGULATION ET DE LA SUSPENSION

La strangulation et la suspension sont deux genres de mort qui présentent , dans leurs causes déterminantes et dans leurs phénomènes , une grande similitude ; on doit cependant distinguer ces deux expressions , afin de préciser le sens qu'on y attache.

La strangulation consiste dans une compression exercée sur une étendue plus ou moins considérable du cou, de manière à ne pas laisser pénétrer l'air dans la poitrine , quelle que soit l'attitude du corps sur le sol ou sur toute autre partie solide.

La suspension n'est qu'un mode de strangulation opérée, le corps étant suspendu par le cou ; mais la mort peut s'effectuer sans que la suspension soit complète , alors que les pieds , les genoux touchent le sol , ou que le corps est soutenu par un plan presque horizontal.

La strangulation ou la suspension peuvent ne pas être suivies de la mort ; la position du lieu et sa constitution font varier la rapidité des phénomènes d'asphyxie , qui ne se produiront qu'avec lenteur, dans le cas , par exemple , où le lien serait placé sur le cartilage thyroïde ; la compression du lien au-dessous du cartilage cricoïde fait ordinairement saillir la langue hors de la bouche. Selon la remarque de Belloc , cet organe est refoulé en arrière , et ne sort pas si l'os hyoïde est pressé par le lien situé au-dessus du cartilage thyroïde. Le docteur Fleischmann a traité ce sujet avec détails (1).

(1) Ann. d'Hijg. et de Mèd. lég., t. vin, 1832.

La mort par la strangulation ou par la suspension résulte de l'asphyxie ou de la congestion cérébrale, ou de ces deux causes réunies.

Le lien , quelle que soit sa nature, imprime sur la peau un ou plusieurs sillons qui sont en rapport avec sa forme et le nombre de ses tours. Le sillon peut être unique et dirigé plus ou moins obliquement d'avant en arrière , en se relevant en haut jusque sur la nuque, ou bien il est presque transversal.

La présence d'écume dans la trachée est assez fréquente, et elle dénote qu'un certain temps s'est écoulé avant que la mort fût complète.

Les médecins ont à examiner : 1° si la strangulation ou la pendaison ont été opérées pendant la vie ; 2° dans le cas d'affirmative, sont-elles l'effet du suicide ou de l'homicide ?

Ces importantes questions ont été l'objet d'expériences nombreuses et de recherches très détaillées. Le travail le plus récent sur la suspension, et à notre avis, le plus logique est celui que M. Orfila a lu à l'Académie de médecine, au mois d'octobre 1840. Nous exposerons successivement les divers signes indiqués par les auteurs de médecine légale (1).

1° La lividité et le gonflement de la face et des lèvres , la tuméfaction des paupières à demi fermées et bleuâtres, la rougeur et la proéminence des yeux , sont des signes fréquemment observés chez les individus qui ont été pendus; mais très souvent aussi ils ont manqué chez des suicidés.

2° La tuméfaction , la lividité de la langue , peuvent exister dans tous les genres d'asphyxie ; sa sortie hors de la bouche et surtout l'impression avec ecchymoses par un lien établissent quelques probabilités de suspension pendant la vie.

(l) Mémoires de VAcad, royale de méd.} t. IX. -^Mémoire sur la suspension.

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