ASPHYXIE PAU SUSPENSION
3° La présence d'écume sanguinolente dans les voies aériennes ou dans la bouche , la congestion sanguine du cœur, des poumons ou du cerveau , varient selon que la mort est le résultat de l'asphyxie ou de l'apoplexie , ou de ces deux causes réunies. Ces signes sont donc encore communs à tous les genres d'asphyxie.
U° L'impression ecchymosée de la corde serait un caractère très essentiel pour établir que la suspension a eu lieu pendant la vie , s'il ne manquait pas très souvent , ainsi que l'ont constaté Klein (1) , Esquirol (2) , Fleichmann (3) , M. Devergie (h) , contrairement à l'opinion de Remer (5).
L'injection ou la coloration violacée des lèvres du sillon se manifestent, selon M. Devergie, dans les cas où le lien a été appliqué immédiatement ou peu de temps après la mort.
5° L'existence d'excoriations sanglantes de la peau, ou d'ecchymoses dans le tissu cellulaire ou dans les muscles de la partie antérieure et postérieure du cou , si elles ne résultent pas de contusions faites pendant la vie ou aussitôt après la mort , prouvent que la suspension a eu lieu pendant la vie.
6° La déchirure des muscles des régions sus et soushyoïdiennes , la fracture de l'os hyoïde ne fournissent pas un caractère probant, car ces lésions peuvent être le résultat de violences pendant la vie ou plusieurs heures après la mort.
7° La congestion des organes génitaux et la présence du sperme clans le canal de l'urètre s'observent assez souvent après la suspension pendant la vie ; mais ces phénomènes n'en sont pas une preuve , car M. Orfila les a con-
(1) Journal pratique de Hufeland.
(2) Arch. gèn. de Méd., janv. 1823.
(3) Médecine légale, t. n, 395.
(4) Ann. d'Hyg., octobre 1832, t. vin.
(5) Jbid., oct. 1830, t. iv.
statés chez des individus qui, après avoir succombé à divers genres de maladies , étaient restés couchés sur le dos, ainsi que sur des corps d'individus qui avaient été suspendus plusieurs heures après la mort.
Nous avons constaté, ainsi que M. Ollivier (d'Angers) (1), que la congestion des organes génitaux n'existait pas chez deux pendus qui s'étaient suicidés , et que cependant il y avait écoulement de sperme.
8° La rupture des tuniques interne et moyenne des carotides a été signalée par M. Amussat en 182^. M. Devergie ne l'a constatée que deux fois; d'une autre part, M. Malle l'a déterminée deux fois sur des cadavres, de telle sorte que l'on ne peut tirer de ce signe aucune importance.
9° Les déchirures et les ruptures des ligaments , les fractures et les luxations des vertèbres , ainsi que des ecchymoses et des épanchements de sang, peuvent également exister sur un individu assassiné comme sur un corps qui aurait été meurtri peu de temps après la mort et avant de le pendre; ces lésions, considérées en elles-mêmes, ne permettent donc pas d'affirmer que la suspension a eu lieu plutôt pendant la vie qu'après la mort.
En résumé , aucun des signes précédents , pris isolément, ne peut établir d'une manière certaine que la suspension a eu lieu pendant la vie.
La constatation sur le cadavre de tous les signes de la mort par asphyxie , par apoplexie ou par ces deux causes réunies et l'état parcheminé de la peau du sillon , la coloration brune de leurs bords , l'absence complète de traces de violence sur le corps, suffisent, quoiqu'il n'existe aucune lésion au cou , pour faire présumer que la suspension a eu lieu pendant la vie , et qu'elle est le résultat d'un suicide ; mais le cadavre d'un individu qui aurait été étouffé ,
(1) Annales d'Hygiène, t. 24 , ann. 1840, p. 314.