POUVANT ÊTRE CONFONDUES AVEC DES LESIONS PATHOLOGIQUES
Ou rencontre souvent certaines altérations cadavériques que l'on pourrait confondre avec des lésions pathologiques; c'est notamment dans ces circonstances que les experts doivent apporter le plus de circonspection, s'ils n'ont pas une grande habitude des autopsies cadavériques pratiquées soit peu de temps, soit longtemps après la mort.
Coloration de tissus ou d'organes.
Lividités. — Pendant les premiers jours qui suivent la mort, la teinte violacée de la peau peut être considérée, à tort, comme le résultat de contusions ; mais il faut noter que ces lividités sont situées le plus souvent dans les régions les plus déclives , relativement à l'attitude occupée par le corps. La liquidité du sang . après l'asphyxie , ou certaines maladies favorisent le développement de ces lividités qui se manifestent à des époques variables avant ou après la mort. Ces lividités sont dues à la stase du sang dans une partie de l'épaisseur du derme , et les incisions que l'on y pratique en font sortir à peine quelques gouttes; tandis que s'il y a eu contusion et ecchymose avant la mort , on trouve dans l'épaisseur de la peau , el surtout au-dessous d'elle, une infiltration de sang noir, en partie liquide, en partie coagulé, dont l'étendue correspond à celle de l'ecchymose.
La peau conserve sa blancheur dans les points qui ont été soumis accidentellement à la pression du vêtement ; les plis graisseux de la peau du cou produisent le même effet, en n'y laissant pas stagner le sang. Cette absence de colora-
tion est naturelle, et ne doit pas être considérée comme résultant de l'application d'un lien.
Les maladies dans lesquelles le sang est altéré, les affections désignées sous le nom de scorbut, produisent à la surface du corps, et dans l'épaisseur des tissus, des colorations et des altérations que l'on pourrait confondre avec les traces de violences. Je les ai étudiées spécialement dans mon mémoire sur le diagnostic différentiel des ecchymoses par cause interne et par cause externe (I). J'ai cité déjà les conclusions principales de ce mémoire, p. 56.
On a cherché à déterminer si les ecchymoses faites après la mort peuvent être distinguées de celles qui existaient pendant la vie. MM. Christison, Dalmas, Orfila, ont fait des recherches desquelles il résulte: 1° que la coloration des parties contuses quelques heures après la mort ne diffère pas d'une manière sensible de celle qui est la suite de contusions reçues pendant la vie; 2Ù que cette teinte résulte le plus souvent de l'épanchement du sang sous l'épidémie ou dans le tissu cutané: ce sang est liquide, noir ; 3° que si ces nuances sont semblables à celles qui résultent d'un coup peu violent porté pendant la vie , il n'en est plus de même lorsqu'un individu vivant a reçu une contusion très forte, car on observe sur le cadavre les signes suivans : une tumeur qui varie selon l'étendue de l'épanchement de sang, des nuances jaunes ou verdâtres qui indiquent que l'ecchymose existait depuis plusieurs jours, et des caillots de sang coagulé qui peuvent, il est vrai, se former par des contusions reçues immédiatement après la mort, mais non pas quelques jours après; A0 enfin, dans les contusions faites après la mort, il n'y a pas de diffusion de sang dans
(1) Ce Mémoire a été couronné par la Société de Médecine légale du grand-duché de Bade, août 1840, qui l'a traduit en allemand et inséré dans Annalen der staais-Azzneikunde, p. 489, 1841. Freiburg im Brcisgau. J'ai publié ce travail dans le t. xxx des Annales d'hygiène et de médecine légule , juillet 1843.
ALTÉRATIONS CADAVERIQUES, 137
le tissu cellulaire, et il n'y a pas cette incorporation du sang avec toute l'épaisseur de la peau; ce qui en augmente la densité et lui communique la couleur noire que l'on observe pendant la vie.
Colorations livides des intestins. — Les taches noirâtres, rouges, que l'on observe sous la membrane séreuse del'estomac et des intestins dépendent de la stase sanguine, et ne peuvent pas être considérées comme des traces d'inflammation. En outre, toute l'épaisseur des organes est occupée par ces taches qui sont nettement circonscrites, et tranchent sur un fond blanchâtre. Les teintes rouges, ramiformes, capilliformes , pointillées et striées (1) , qui sont produites par l'inflammation , s'accompagnent ordinairement de produits de sécrétion puriformequiles distinguent de ces colorations brunes, violacées ou ardoisées propres à la décomposition cadavérique.
Imbibition cadavérique. — La transsudation des divers fluides communique aux tissus qui en sont baignés, des colorations que l'on ne doit considérer que comme le résultat de la décomposition. C'est ainsi que les viscères abdominaux acquièrent une teinte jaune parleur contact avec la vésicule biliaire, une teinte rouge par le voisinage de la rate ou des vaisseaux remplis de sang liquide. Les recherches de Chaussier, celles de MM. Bigot et Rousseau (2) , et l'observation de chacun, ne permettent pas d'ignorer ces faits.
Congestion sanguine du cerveau et des poumons. — La situation du corps, la déclivité de l'une ou l'autre de ces cavités, déterminent l'accumulation du sang dans les organes qu'elles renferment. Les poumons présentent, surtout à leur partie postérieure, cette congestion sanguine qui, sans être le résultat d'une phlegmasie , peut dépendre de la ra-
(1) Billard. De la membrane muqueuse gastro-inlesiinale , 1825.
(2) archives générales de médecine, t. xii et xm , 1826-27. Rousseau et Bigot.
pidité plus ou moins grande avec laquelle est survenue la mort. On reconnaîtra les traces d'une pneumonie aux divers degrés d'hépatisation , et aux teintes différentes des liquides qui baignent le tissu pulmonaire et les bronches.
Les ramollissements cadavériques sont tellement variés qu'il est le plus souvent impossible de les distinguer de ceux qui ont été produits pendant la vie , à moins que la mort ne remonte qu'à un petit nombre d'heures , et que la conservation du corps ne soit parfaite. La consistance du cerveau et de la moelle épinière à l'état normal étant très variable , on conçoit que les progrès de la décomposition s'y manifestent avec rapidité. M. Millet (1) a fait à ce sujet quelques recherches intéressantes , que nous engageons à consulter, ainsi que les observations de Billard (2). Nous n'essaierons pas de décrire les ramollissements du canal digestif; il n'appartient qu'à l'expérience des médecins de reconnaître celles qui résultent évidemment d'altérations vitales.
CONSTATATION BES BECES. — ÏNHUMATÏ0NS.
IiEVÉE ET OUVERTURE BE COUPS.
Afin de prévenir les inhumations précipitées , et de donner le plus de garanties à l'acte de décès , des dispositions législatives ont été prises ; elles sont ainsi conçues :
(Code civil, art. 77.) « Aucune inhumation ne sera faite sans une autorisation , sur papier libre et sans frais , de l'officier de l'état civil, qui ne pourra le délivrer qu'après s être transporté auprès delà personne décédée , pour s'assurer du
(1) Annales d'hygiène el de médecine légale , t. xxv, p. 193. ^2) Traité des maladies des enfants nouveau- nés ,H. j..