RAPPORT SUR LES OUVERTURES DE CORPS
Le médiastin et le péricarde sont remplis de sang noir coagulé.
La Zi-e plaie du côté gauche, et située la plus inférieurement, pénètre dans la poitrine à travers les cartilages des 6e et 7e côtes. L'extrémité de l'instrument a traversé le péricarde sans léser le cœur, et s'est arrêtée dans les fibres musculaires du diaphragme. La cavité gauche de la poitrine est remplie de deux livres environ de sang en partie liquide et coagulé.
À droite, les deux plaies situées au-dessus et en dehors du mamelon, pénètrent dans la poitrine. L'instrument a brisé les 3e et ke côtes ; le poumon est traversé dans les points correspondants à une profondeur d'un pouce et demi environ, par deux plaies de 9 lignes. La plaie la plus inférieure du côté droit traversait obliquement de haut en bas les rebords cartilagineux des 8e et 9e côtes ; elle pénétrait à une profondeur d'un pouce et demi le diaphragme et le foie.
La section des cartilages et du muscle intercostal correspondant avait plus de 2 pouces de longueur, et démontrait que la lame de l'instrument vulnérant avait glissé obliquement sous la peau avant de pénétrer dans le foie.
Autopsie de la femme Bouteillier.
Nous avons ensuite procédé à l'examen des blessures, au nombre de vingt-sept, situées en différentes parties du corps de la femme Bouteillier, et qui ont été décrites avec soin dans un premier rapport.
Nous ne reviendrons avec détail que sur celles de ces blessures dont l'autopsie nous aurait fait découvrir des particularités qui n'auraient pas été notées dans le premier rapport. À la partie latérale droite et supérieure de la tête , une plaie de 11 lignes d'étendue, et dirigée obliquement en haut et en avant, intéresse toute l'épaisseur des téguments du crâne ; aucun épanchement de sang n'existe au-dessous
de cette section de la peau. A gauche, les os étaient intacts au-dessus du lambeau quadrangulaire résultant des trois coups portés sur cette partie de la tête.
Une infiltration de sang considérable existait à l'entour de l'orbite et de la fosse temporale gauches, par suite de la blessure de l'angle orbitaire externe de ce côté.
A l'ouverture du crâne, nous n'avons trouvé aucune trace d'épanchement sanguin entre la dure-mère et la fracture de la région temporale. La partie correspondante du cerveau n'offrait non plus aucune trace de contusion.
La dissection du cou nous a fait constater que l'instrument avait divisé à gauche la veine jugulaire interne et l'artère carotite externe; que i'épiglotte avait été séparée du larynx à sa base; que la paroi du pharynx se trouvait elle-même incisée transversalement , et de telle sorte qu'une partie des ligaments delà colonne vertébrale étaient eux-mêmes incisés ; la trachée - artère et les bronches étaient remplis d'un sang rouge et écumeux; les contusions de la poitrine n'intéressaient que la peau et les muscles sous-jacents.
Conclusion. — La dissection des parties blessées confirme cette opinion déjà émise dans un précédent rapport, que toutes les blessures ci-dessus décrites ont été faites par les deux tranchets retrouvés près du cadavre de la femme Bouteillier.
2° Les blessures du cœur observées chez le sieur Vandercruse, dit Lacroix, ont dû être suivies d'une mort presque instantanée , en entraînant la chute immédiate du corps : aussi ne restait-il chez lui que de légères traces d'une lutte antérieure à la mort. Ces traces étaient les excoriations de la joue gauche, qui peuvent avoir été produites par la pression des ongles.
3° La multiplicité des blessures de la femme Bouteillier démontre une lutte violente et prolongée de sa part avant de succomber. La mort a été évidemment déterminée par
l'hémorrhagie abondante qui a suivi la section des vaisseaux du cou, et elle a pu être hâtée par l'asphyxie qui est résultée delà pénétration du sang dans les voies aériennes.
D'après les caractères présentés par la fracture du crâne et la plaie de la région parallèle droite, il est vraisemblable que ces deux blessures ont été faites après la mort, ou du moins au moment où la femme Bouteillier venait d'expirer.
Zi° D'après la disposition des localités, la situation relative des cadavres, la présence de deux tranchets auprès de la femme Bouteillier, tandis que l'autre était encore enfoncé dans la plaie du cou, il est très vraisemblable que le sieur Vandercruse a été frappé le premier ; et cette circonstance jointe à la nature particulière de ses blessures, nous porte à penser qu'il a dû succomber avant la femme Bouteillier.
Un grand nombre d'exemples ont démontré tout à la fois l'importance et la nécessité des exhumations juridiques. Les médecins qui peuvent en être chargés ne doivent pas se laisser effrayer par les récits de maladies ou d'accidents qui ont été attribués aux exhalaisons émanées des cadavres exhumés (1). Il leur suffit de s'entourer de quelques précautions fort simples pour ne ressentir aucun effet fâcheux de l'opération à laquelle ils se livreront (2).
Les exhumations ne peuvent être faites qu'en vertu d'une
(1) Ramazzini. Maladies des artisans , p. 205, 1777.
Vicq d'Azyr. Essais sur les lieux et les dangers des sépultures , p. 113.
Navier. Réflexions sur les dangers des inhumations , p. 9, 1775. Fodéré. Médecine légale , t. ni, p. 71.
(2) Thouret. Rapport sur l'exhumation du cimetière des Innocents, 1789, p. 10.
ordonnance du procureur du roi ou d'un juge d'instruction. ( Violation des sépultures punie par l'article 360 du Code pénal. ) C'est donc en présence de l'un de ces magistrats ou de celui qu'ils ont délégué , que l'on vérifie avec ïa plus scrupuleuse attention le lieu de la sépulture et tous les indices qui peuvent contribuer à constater l'identité. A Paris et dans les grandes villes , ces recherches présentent beaucoup de difficultés ; nous les avons signalées dans un travail publié en 1836 (1). Le moyen que nous avons proposé vient d'être adopté à Paris; il consiste dans l'emploi d'une estampille de plomb clouée au cercueil, portant un numéro d'ordre correspondant à celui des registres, et en un chiffre de série. — On comprend facilement toute l'utilité de ce nouveau signe d'identité et son importance dans les cas d'exhumation judiciaire.
Précautions à prendre. — M. Grilla , qui a fait un si grand nombre d'exhumations , donne les conseils suivants : S'il ne s'agit que de l'exhumation ft un seul cadavre enterré dans une fosse particulière , il faut faire l'exhumation de grand matin en été , en raison du dégagement du gaz ; — se munir de linges, d'épongés, d'eau et de chlorure de chaux en dissolution, que l'on répondra autour et non sur la bière ; — faire enlever rapidement le cercueil de la fosse, par des hommes se relayant souvent. — procéder à l'autopsie aussitôt après la sortie du corps du cercueil.
Pour les fouilles nombreuses à exécuter dans un cimetière, les mêmes précautions seront apprendre, en ayant soin d'employer un assez grand nombre d'ouvriers robustes pour qu'ils puissent se relayer fréquemment. — Il ne faut pas que les hommes soient affaiblis ou en état d'ivresse. On leur fera changer chaque jour de vêtements (2).
(1) Mémoire sur la police des cimetières. Annales d'hygiène et de médecine légale , t. xvn.
(2) Exhumation après 10 ans. Annales d'hygiène , t. xxix. Exhumation en août i 830. Annales d'hygiène, t. iv.
Dans les cas d'exhumation des caves sépulcrales, outre l'observation des indications précédentes, on aura soin d'établir des courants d'air et une ventilation très forte, au moyen d'un fourneau disposé à l'ouverture de la cave. — Avant de laisser descendre les ouvriers , on s'assurera qu'une bougie allumée , plongée jusqu'au fond, continue à brûler dans le caveau, et on les suspendra à une corde passant sous les aisselles. — L'emploi du chlorure pour arroser fréquemment le sol , ne devra pas être négligé. — Pour plus de détails , nous engageons le lecteur à consulter l'ouvrage de M. Orfiîa (1) et le rapport de ïhouret.
Les exhumations permettent de reconnaître après plusieurs années le sexe , l'âge , la taille d'un individu dont on ne retrouve que le squelette. — La présence de débris de vêtements , de cheveux , de bijoux , ou certaines particularités de conformation servent à confirmer les probabilités d'identité.
Sexe. — Chez la femme , la tête est plus petite , plus arrondie ; le tronc, le col et les lombes sont plus longs , les cuisses plus courtes , en sorte que la moitié de la hauteur du corps ne correspond plus , comme chez l'homme , au pubis même , mais au-dessus. Le thorax et le bassin sont plus évasés que chez l'homme ; ce dernier est moins haut, plus circulaire et plus incliné sur le rachis. Les membres sont plus petits , plus arrondis; les genoux plus rapprochés, les os plus petits et d'un tissu moins compacte ; leurs aspérités font moins de saillie.
Age. — L'état plus ou moins avancé de l'ossification , le nombre et le développement des dents , la forme de l'os maxillaire , etc. , serviront pour la détermination approximative de l'âge.
Taille. — Lorsque la putréfaction a désarticulé les os, il est impossible de mesurer la taille des individus ; mais en
(1) Orfila. Traité des exhumations , p, 28.
connaissant Ja proportion naturelle qui existe entre la longueur totale d'un squelette et celle de chacune de ses parties , on p§ut déterminer la taille , si on possède le fémur ou l'humérus d'un squelette exhumé.
Sue (1) avait fait déjà un tableau de ces proportions ; mais M. Orfda (2) en mesurant 51 cadavres, et 20 squelettes, a fourni le moyen d'arriver assez près de la vérité. Nous plaçons ici les tableaux des mesures prises par ce médecin. Il faut avoir soin d'ajouter un ou deux pouces à la longueur totale pour tenir compte de l'épaisseur des parties molles et ligamenteuses.
(1) Proportions du squelette de l'homme , t. n , Mémoires académiques des sciences. 1755.
(2) Orfila. Traité de médecine légale.
TABLEAU DES MESURES PRISfcS SUR 51 CADAVRES. 157
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