‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 33 sur 127 · RAPPORT SUR UNE LEVÉE DE CORPS · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR UNE LEVÉE DE CORPS

rachitome, ou une scie courbe, on enlève toute la partie postérieure des vertèbres , en se rapprochant le plus possible des apophyses transverses ; il suffit alors d'inciser la dure-mère pour noter l'état dans lequel se trouve la moelle.

Nous avons indiqué déjà (page 14) le mode de rédaction des rapports, nous ne reviendrons pas ici sur ce sujet.

Les règles que nous venons d'exposer pour l'ouverture des corps varient peu, quel que soit l'âge de l'individu ; les indications spéciales , à l'ouverture des fœtus ou des enfants nouveau-nés, trouveront leur place dans le chapitre de l'infanticide.

Les rapports suivants , que nous avons rédigés avec M. le docteur Ollivier (d'Angers), nous paraissent , par les nombreux détails qu'ils renferment , très propres à servir d'exemple dans les cas de levée et d'ouverture de corps.

Double assassinat. — Examen du cadavre du sieur Vandercruse , dit Lacroix , rue de Malte , n° 5.

Dans un petit salon situé à droite dans le corridor d'entrée , était étendu sur le dos , les pieds tournés vers la porte , et la tête près d'un poêle placé au milieu de la pièce , et contre le mur opposé à la porte , le cadavre d'un homme de 70 à 75 ans , qu'on nous a dit être celui du sieur Vandercruse. Il était couvert d'une redingote bleue , d'un gilet de piqué blanc , d'un pantalon de toile grise ; des souliers à boucle étaient à ses pieds. Près de la tête , qui était chauve , on voyait une perruque de l'espèce de celles qu'on maintient appliquées à l'aide d'une préparation emplastique. Près du bras gauche , qui était étendu transversalement , il y avait une pipe en partie remplie de tabac , et une vessie ou sac à tabac se trouvant sous la manche de la redingote. Une autre pipe , dont la tige était brisée , fut également ramassée près du corps, du côté gauche. Le gilet était ouvert, ainsi que la chemise; l'un et l'autre

étaient ensanglantés. Une incision verticale de 11 lignes d'étendue existait sur le bord gauche du gilet. Un petit sachet contenant encore quelques morceaux de sucre pendait au-devant de la poitrine.

La poitrine , ainsi à découvert , présentait sept blessures, toutes de 10 lignes de longueur, à angles aigus , et situées ainsi : quatre occupaient la région du cœur, 1 pouce 1/2 en dedans du mamelon : elles étaient presque dirigées verticalement , et pénétraient manifestement dans la poitrine. Trois étaient placées presque sur le plan , celle du milieu était un peu plus inférieure que les deux autres ; la quatrième était au-dessous , et correspondait au rebord cartilagineux de la sixième et septième côte gauche. Elles étaient distantes les unes des autres de 1 pouce à 1 pouce 1/2.

A droite, deux plaies, presque transversales et très rapprochées , existaient à 2 pouces au-dessus et en dehors du mamelon. Une troisième, oblique en bas et en dehors, pénétrait profondément vers le milieu du bord cartilagineux des côtes droites.

Une excoriation de la peau existait sur la face dorsale du doigt médius de la main gauche ; il n'y avait pas d'autres blessures aux mains. Il y avait 11 excoriations linéaires sur le côté gauche de la face.

Du sang s'était écoulé par la bouche et le nez. On n'observait pas sur les vêtements et autour du cadavre de traces indiquant que le sang eût jailli à quelque distance , au moment où les coups avaient été portés.

Examen du cadavre de Marie-Anne Bouteillier.

Au milieu du corridor d'entrée , en face la porte de la cuisine , et au pied de celle de la chambre à coucher qui lui ?est contiguë , se trouvait un second cadavre ; c'était celui d'une femme de 50 à 55 ans , et qu'on nous a dit

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être celui de la fille Bouleillier, femme de confiance du sieur Vandercruse dit Lacroix.

Le corps était couché sur le dos , un peu tourné à, gauche , le bras de ce côté étendu , la tête inclinée sur l'épaule droite , et les jambes demi-fléchies. Une grande quantité de sang , en partie coagulé , était répandue autour de la tête et du cou ; il s'était écoulé le long du mur du corridor, jusqu'à la porte du jardin , une quantité assez considérable de sang encore liquide. Le corps était couvert d'une robe d'indienne à fond gris et raies roses. Le corsage de la robe était relevé de manière à laisser le genou gauche et une partie de la cuisse à découvert. La manche gauche était aussi relevée , de telle sorte que l'avant-bras et le bras gauche étaient à nu. Un fichu souillé de sang était sous l'épaule droite du cadavre. Les cheveux étaient épars et souillés de sang. Près de la main gauche , on remarquait un gant en tricot de coton de couleur jaunâtre , très usé , et imbibé de sang. Une pipe brisée était près du côté gauche du corps. L'avant-bras couvrait en partie une lame de tranchet longue de 5 pouces 1/2 , large de 10 lignes, à deux tranchants dans la moitié de sa longueur, ébréché dans plusieurs points sur l'un de ses tranchants. Elle était couverte de sang dans lequel elle trempait.

Le cadavre était couvert de nombreuses blessures , on en comptait vingt-sept , situées aux parties ci-après indiquées.

Une à la partie latérale droite et supérieure de la tête; elle avait 11 lignes de longueur, et dirigée obliquement en haut et en avant.

Trois sur la partie latérale gauche supérieure de la tête, de 2 à 3 pouces de longueur, formant par leur réunion un lambeau de peau qui laissait à découvert une grande partie de la région temporale.

Une, presque verticale, longue de 11 lignes, divisant la peau sur la saillie de l'angle orbitaire externe gauche ;

iUS MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.

du même coup l'instrument vulnérant avait brisé l'os de la pommette , et pénétré profondément dans la fosse temporale.

Deux plaies divisant toute l'épaisseur du cartilage de l'oreille gauche.

Une plaie avec fracture et enfoncement de l'os temporal gauche.

Une plaie de 11 lignes pénétrant à 2 pouces 1/2 de profondeur et obliquement à droite dans les muscles de la région lombaire.

Deux plaies à l'épaule gauche , l'une à sa partie supérieure , l'autre à sa partie postérieure ; toutes deux de 11 lignes, et pénétrant à plus de 2 pouces de profondeur.

Une autre plaie , de même dimension , à la partie postérieure du bras gauche , et pénétrant à plus de 2 pouces dans les muscles sous-jacents.

Une , plus superficielle , de k lignes de longueur, à la partie interne du bras.

Trois à la main gauche , dont deux séparaient le pouce de l'index.

Deux à l'avant-bras gauche , de 11 lignes chacune, et faites d'un seul coup de l'instrument qui avait traversé de part en part et transversalement cette partie de l'avantbras ; chacune d'elles était dans la direction de l'axe du membre.

Deux à la main droite , et divisant aussi profondément la peau et les muscles intermédiaires du pouce et à l'indicateur.

Deux plaies contuses et longitudinales à la partie moyenne et antérieure de la poitrine.

Cinq plaies au cou , dont une presque verticale pénétrait à 1 pouce 1/2 de profondeur au-dessus de l'os hyoïde , dans la base de la langue ; deux , dirigées obliquement et se réunissant suivant leur longuenr, formaient une ouverture triangulaire de 2 pouces d'étendue et de 1 pouce à sa

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base , où elles se confondaient avec une quatrième incision verticale qui avait laissé une languette de peau de 2 lignes de largeur, qui s'étendait d'un bord à l'autre de cette large blessure. Une lame de tranchet était fixée dans la plaie , et sortait à droite par une ouverture de 11 lignes. Le cou était ainsi traversé de part en part , en arrière du larynx ; d'après la situation de cette plaie , il était évident que les principaux vaisseaux du cou avaient été divisés au moins du côté gauche.

La lame de tranchet que nous retirâmes du cou avait 5 pouces 1/2 de longueur, 11 lignes 1/2 de largeur; elle était à deux tranchants dans la moitié de sa longueur environ. Sa pointe était brisée, et l'un de ses tranchants ébréché dans deux endroits. La partie du tranchet qui se trouvait engagée dans la profondeur du cou, était de 2 pouces 9 lignes.

La robe et la chemise portaient des incisions dans les points correspondants aux blessures de la poitrine et de l'épaule. Quant à celle des lombes , il n'existait d'incision à la robe que dans sa partie inférieure , ce qui indique que , lorsque la fille Bouteillier fut frappée dans la lutte , sa robe était probablement relevée , de telle sorte que sa chemise seule recouvrait la partie inférieure du corps.

Toutes les blessures que nous venons de décrire , à l'exception de la fracture avec enfoncement de l'os temporal gauche , ont été faites avec les deux tranchets trouvés près du cadavre ; il ne serait même pas impossible qu'un coup violent de la pointe d'un de ces instruments ait pu causer la fracture avec enfoncement circulaire de l'os que nous avons constatée. Le tranchet le plus étroit est celui qui a servi à frapper le sieur Vandercruse. Tous deux ont pu servir à frapper la fille Bouteillier. Nous indiquerons comment les blessures ont causé la mort, lorsque nous aurons procédé à l'ouverture des cadavres. 18 octobre 1838.

Ouverture des corps.

Nous soussignés conformément à l'ordonnance

de M. Salmon, en date du 13 août, nous sommes transportés aujourd'hui, 14 août, rue de Malte, n° 5, à l'effet de procéder à l'autopsie du sieur Vandercruse, dit Lacroix, et de la femme Bouteiller (Marie- Amie); de déterminer les causes de leur mort.

En présence de M*. Croissant, substitut de M. le procureur du roi, et après avoir prêté serment entre les mains de M. Salmon, juge d'instruction, nous avons constaté ce qui suit :

Examen du sieur Vandercruse. — 1° Le corps du sieur Vandercruse, dit Lacroix, est recouvert de ses vêtements ; la roideur cadavérique est totalement dissipée ; des taches marbrées existent à la partie externe des cuisses. Il existait du sang desséché par le froid ; il s'était écoulé de la face et du nez.

Après avoir détaché et enlevé les vêtements dont était couvert le corps du sieur Lacroix, nous avons pu reconnaître toutes les blessures déjà décrites dans le rapport fait précédemment par nous.

Les plaies de poitrine, au nombre de sept , sont toutes pénétrantes. A gauche, dans la région du cœur, deux des plaies les plus externes s'accompagnent de fractures des 4e et 5e côtes; la troisième plaie, située un peu plus en dedans, intéresse le sternum. Cet os a été divisé verticalement dans une longueur de 10 lignes, à sa jonction avec les cartilages ossifiés des 4e et 5e côtes. L'instrument a pénétré entre les lames du médiastin ; il a traversé le cœur à la base du ventricule droit, dans le point correspondant à la cloison interventriculaire ; il a traversé aussi de part en part l'artère pulmonaire à sa base, en pénétrant jusque dans l'oreillette gauche.

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