‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 68 sur 127 · EXAMEN DES TACHES DE SANG · texte numérisé non relu

EXAMEN DES TACHES DE SANG

pour peu que la couche soit un peu épaisse. Sur du drap de laine , sur des étoffes de soie , sur des lames de verre, le sang desséché est brun noirâtre brillant et s'écaille facilement. Sur du bois très dur ou vernissé, l'aspect est encore aussi brillant. Il est à remarquer que l'imperméabilité de l'objet ou du tissu contribue à rendre les taches brillantes , puisqu'il n'y a eu qu'évaporation de la partie aqueuse.

Mais si le bois est poreux , facilement perméable , on observe les mêmes caractères physiques que sur des tissus de fil ou de coton; alors toute la partie aqueuse a été absorbée ; la portion albumineuse , dissoute , a été entraînée dans les mailles du ligneux ou du tissu , et la tache de sang est terne : ses nuances varient du brun au rosé. — Dans le cas où un caillot de sang se serait desséché , on retrouverait sur les parties les plus épaisses, et qui sont saillantes , une couche brune , brillante à sa surface.

' La forme des taches de sang varie selon qu'il s'est écoulé lentement , qu'il a été largement répandu , ou bien qu'il a été projeté par rejaillissement ; les gouttelettes sont rondes , ovales, allongées... Les taches faites par essuiement ont aussi leur forme particulière ; il suffit d'en avoir vu deux ou trois fois pour les reconnaître.

La coloration brun-marron, bleue, noire des objets ou des vêtements sur lesquels le sang a rejailli, ne permet pas quelquefois de l'apercevoir au jour; cet examen se fait alors aisément avec une lumière , qui rend brillantes les taches de sang , si on les regarde un peu obliquement et par réflexion (1).

Caractères chimiques. — Le sang desséché sur divers objets, qu'il soit en couches épaisses ou en gouttelettes très petites , présente les mêmes caractères chimiques.

Lorsque l'on examine des taches de sang sur du bois, de la pierre, on gratte et on détache toute l'épais-

(1) Ollivier (d'Angers), Arch. de Mèd., t. i, 2e série, 1833.

seur qui a été pénétrée , et on fait dissoudre ces fragments ou cette poussière dans l'eau contenue dans un verre de montre.

Si les objets sont précieux , ou bien que l'on ne veuille pas les gratter, on fait un petit bassin en cire et l'on y dissout la tache (mais il est nécessaire que cet objet ne soit pas poreux).

Si on opère sur des taches assez larges , on les divise en plusieurs lambeaux étroits que l'on réunit avec un fil ; on les introduit dans un tube de verre fermé à l'une de ses extrémités, et on les arrose d'eau distillée (1).

Après quelques minutes de macération , on voit la matière colorante (hématosine) descendre au fond du tube sous forme de stries rougeâtres , l'albumine se dissout également ; si on retire les lambeaux plus ou moins décolorés, on voit à leur surface une couche adhérente grisâtre , glûtineuse , qui est de la fibrine insoluble dans l'eau froide ou bouillante , mais soluble par les alcalis.

L'eau colorée a une teinte plus ou moins foncée , selon la quantité de sang et l'étendue des taches ; on expose le tube à une chaleur de 90°, le liquide se décolore, devient grisâtre , et laisse déposer des flocons.

Si l'on sépare le liquide des flocons , qui sont un mélange de fibrine et d'albumine , que l'on traite le coagulum par quelques gouttes d'une solution de potasse. On obtient une liqueur colorée en vert lorsqu'elle est vue par reflexion , et en rouge-brun si elle est vue par réfraction. En ajoutant à cette liqueur de l'acide hydrochlorique et du chlore , on obtient des flocons blanchâtres formés par de la matière animale coagulée.

Principe odorant du sang. — Fourcroy considérait Vodeur fournie par le sang comme un des caractères les plus pronoiicés de ce liquide vital. Baruel avait cherché à dis-

(i) Chevallier, ouvrage cilé.

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