‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 70 sur 127 · TACHES DE SUCS DE PLANTES · texte numérisé non relu

TACHES DE SUCS DE PLANTES

tache de sang pur desséché sur du fer une goutte d'acide chlorhydrique , la tache ne jaunit pas > ne disparaît pas, et le métal ne reprend pas son brillant.

Dans le cas où les taches de rouille existantes sur un tissu qui a été lavé ne céderaient plus rien à l'eau , il suffirait de les traiter par l'acide chlorhydrique étendu , qui les décolorerait et fournirait une solution jaune , où Ton reconnaîtrait la présence du fer.

Les taches brunes de peinture à l'huile , si elles sont anciennes , ne se dissolvent pas dans l'eau. — L'alcool bouillant ou l'éther séparent une partie des matières grasses qui la constituent.

Les taches de peinture rouge à la détrempe cèdent à l'eau une matière animale (la gélatine). La liqueur filtrée ne se trouble pas par la chaleur ; le résidu du filtre se compose de la matière colorante , le plus souvent de l'ocre , et par l'acide chlorhydrique fournit une solution de fer (1).

Taches formées par des substances végétales. — Il est un assez grand nombre de plantes dont les sucs desséchés communiquent aux tissus une coloration brun-rougeâtre , jaunâtre , qui a pu faire croire à l'existence de taches de sang ; le fait suivant en est un exemple :

Un garçon de ferme est arrêté sous l'inculpation de meurtre , et on lui représente que sa blouse et son pantalon en toile bleue portent un grand nombre de taches brunes , rougeâtres , ayant l'aspect de taches de sang , qui paraissent avoir été faites par essuiement L'instruction se

poursuit , et l'analyse chimique démontre que ces taches proviennent de sucs végétaux. — Le prévenu , interrogé à ce sujet , répond que la veille de son arrestation il avait arraché avec ses mains de l'herbe où il se trouvait beaucoup de pavots, et qu'il l'avait apportée dans sa blouse après l'avoir foulée avec son pied.

(1) Chevallier, ouvrage cité.

Au mois d'août 1840, M. A. Chevallier m'a remis plusieurs linges colorés par des sucs végétaux. Voici le résultat de mes observations sur quelques uns d'entre eux.

Taches de sonchus oleraceus (laiteron). — Un linge blanc de tissu de fil a été taché par le suc lactescent du sonchus oleraceus , laiteron , plante herbacée de la famille des chicoracées. — Les taches sont d'un brun rougeâtre , et leur aspect a une assez grande analogie avec des taches de sang mêlées de boue. Le tissu est roide et empesé , les parties tachées sont ternes. Une portion mise à macérer prend une teinte brune plus terne. Le liquide de macération est jaunâtre, sans odeur particulière; chauffé, il ne se trouble pas ; l'acide nitrique n'y forme pas de précipité.

Les taches formées par le sonchus paiustris ont une teinte rougeâtre semblable à celles que produit la sérosité sanguinolente. — Roideur du tissu. — La macération le décolore en partie et laisse à sa surface une couche blancrosé. — Le liquide de macération est jaunâtre. — La chaleur ne le trouble pas. — L'acide nitrique y détermine un dépôt nuageux.

Les sucs de lactuca virosa (laitue vireuse) et du tragopogon (majus) donnent des taches dont l'aspect sur les tissus blancs diffère davantage de celui des taches de sang ; mais sur les étoffes foncées on peut encore les confondre.

Les linges ne se décolorent pas , et la surface tachée par la laitue prend une teinte blanc-violacé , tandis que le tragopogon laisse une coloration jaune-verdâtre semblable à celle des matières fécales. Il me serait facile de consigner ici le résultat de mes recherches comparatives sur un grand nombre de plantes dont les sucs peuvent simuler l'aspect du sang , mais je pense que les citations que je viens de faire suffiront pour fixer l'attention des experts et prévenir des erreurs fâcheuses.

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