DE LA COMBUSTION HUMAINE SPONTANÉE
On désigne sous ce nom un phénomène assez rare, mais dont l'authenticité est démontrée aujourd'hui. La possibilité de la combustion d'une partie ou de la totalité du corps par le contact momentané d'une substance en ignition , et même, comme quelques uns le prétendent, sans l'action de cette cause, mérite l'attention des hommes de la science , et particulièrement des médecins légistes. En 1725, Lecat fit proclamer l'innocence d'un habitant de Reims, nommé Millet , qui avait été accusé d'avoir assassiné sa femme et de l'avoir brûlée. Ce médecin démontra que la mort avait été l'effet d'une combustion spontanée. Le docteur Duncan (1), en Ecosse, fit acquitter deux hommes sur lesquels pesait une pareille accusation.
La cause de ce singulier phénomène n'est pas encore reconnue , et les hypothèses pour l'expliquer ont varié avec les auteurs (2). Marc (3) supposait chez certains individus la sécrétion et l'accumulation d'un gaz inflammable dans le tissu cellulaire, et sa combustion spontanée par un état d'électricité particulière.
L'opinion généralement admise , parce qu'elle s'appuie sur un plus grand nombre de faits (17 sur 20), est que l'u-
(1) annales d'Hygiène, t. vil, p. 148.
(2) Arch. de Méd., t. xxix; p. 430.— Bulletin de Thérapeutique, t. xxvin, 1840.— Journaux américains. — Gazette médicale, p. 10. 1843. — JYouv. Dict. de Méd., Breschet, art. Comiujst. spojstann. — Lancette française, n° 97, 1830, Dupuytken.
(3) Dictionnaire des sciences médicales, art. Combustion spontanée.
sage prolongé des boissons alcooliques , et l'absorption de ce liquide par les tissus , leur communique la propriété de s'enflammer spontanément ou par l'approche d'un corps comburant.
Sur 20 individus, 16 femmes ont été brûlées. Le froid intense paraît avoir exercé une certaine influence. Quanta la cause déterminante , une pipe allumée , une chandelle dont le contact n'était pas immédiat, ont suffi pour entraîner la combustion de la presque totalité du corps.
Dans les cas de combustion humaine , on a observé sur les individus une flamme bleuâtre, mobile, persistant jusqu'à l'incinération des organes ; quelquefois des meubles , des papiers atteints par cette flamme n'ont pas été brûlés.
Le plus communément une fumée épaisse, noire, s'élève du corps et recouvre les objets environnants d'une couche grasse et fétide. La durée de ce phénomène peut n'être que de deux heures, et au bout de ce temps, la petite quantité de cendres trouvées n'est pas en proportion avec la masse et le volume des parties consumées.
De tels phénomènes sont trop inexplicables pour que l'on puisse les confondre avec les caractères des brûlures ordinaires ; mais quelle que soit l'hypothèse que l'on adopte sur la cause intime de la combustion spontanée, l'évidence des faits oblige à ne pas en repousser l'authenticité.