CHAPITRE IL
DES BIal3SSlJB.ES.
Avant de rapporter le texte des articles de la législation relative aux blessures , nous ferons remarquer que l'on a considéré dans la graduation des peines : 1° la volonté de l'auteur des blessures; 2° les conséquences de ces blessures et le dommage plus ou moins grave qu'elles ont entraîné ; 3° la qualité de la personne blessée.
Nous verrons que la détermination par les experts , des conséquences des blessures , de leur durée pendant moins ou plus de vingt jours , fait varier la marche que suit la procédure, et peut diminuer ou aggraver la pénalité. Nous ne saurions trop appeler l'attention des experts sur les devoirs qui leur sont imposés dans cette appréciation , car la crainte de faire infliger aux coupables une peine très grave De doit pas les engager à modifier leur opinion intime sur
DES BLESSURES. Ut
la durée de l'incapacité de travail ou de la maladie. En acceptant leur mission, ils ont juré de fidèlement la remplir; ils doivent s'attacher à n'exprimer que la vérité.
Législation. — Meurtre, coups et blessures volontaires.
Cod. pén. Art. 295. L'homicide commis volontairement est qualifié meurtre.
Art. 296. Tout meurtre commis avec préméditation ou de guet-apens est qualifié assassinat.
Art. 3o2. Tout coupable d'assassinat sera puni de mort.
Art. 3o3. Seront punis comme coupables d'assassinat, tous malfaiteurs quelle que soit leur dénomination, qui, pour l'exécution de leurs crimes, emploient les tortures , ou commettent des actes de barbarie.
(La loi a laissé à la conscience des jurés à déterminer quels actes doivent être réputés actes de barbarie. Arrêt du 9 février 1 8 1 6 ; Dalloz, in, 3 1 3.)
Art. 3o4- Le meurtre emportera la peine de mort, lorsqu'il aura précédé, accompagné ou suivi un autre crime. — Le meurtre emportera également la peine de mort , lorsqu'il aura eu pour objet soit de préparer, faciliter ou exécuter un délit, soit de favoriser la fuite ou d'assurer l'impunité des auteurs ou complices de ce délit. — En tout autre cas, le meurtre sera puni des travaux forcés à perpétuité.
Art. 309. Sera puni de la réclusion tout individu qui^ ■volontairement , aura fait des blessures ou porté des coups, s'd est résulté de ces actes de violence une maladie ou incapacité de travail personnel pendant plus de vingt jours. — Si les coups portés ou les blessures faites volontairement ^ mais sans intenîion de donner la mort , l'ont pourtant occasionnée, le coupable sera puni de la peine des travaux forcés à temps. (Ce dernier paragraphe a été ajouté par la loi du 28 avril i832.) L'art. 463 du Code pénal réduit à la réclusion ou à un emprisonnement de deux à cinq ans , la peine des travaux forcés à temps; et il change contre un an
l\6 MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.
de prison , la peine de la réclusion portée par le premier paragraphe de l'art. 309.
Art. 3 10. Lorsqu'il y aura eu préméditation ou guetapens , la peine sera , si la mort s'en est suivie, celle drs travaux forcés à perpétuité, et si la mort ne s'en est pas suivie, celle des travaux forcés à temps.
Art. 3ii. Lorsque les blessures ou les coups n'auront occasionné aucune maladie ou incapacité de travail personnel de l'espèce mentionnée en l'art. 3oÇ), le coupable sera puni d'un emprisonnement de six jours à deux ans, et d'une amende de iG IV. à 200 fr.5 ou de l'une de ces deux peines seulement. — S'il y a eu préméditation ou guet-apens , l'emprisonnement sera de deux ans à cinq ans * et l'amende de 00 fr. à 3oo fr.
Homicide , coups et blessures involontaires.
Cod. pén. Art. 3ig. Quiconque par maladresse, imprudence ^ inattention, négligence, ou inobservation des règlements, aura commis involontairement un homicide, ou en aura involontairement été la cause, sera puni d'un emprisonnement de trois mois à deux ans, et d'une amende de 5o fr. à 600 fr.
Art. 32o. S'il n'est résulté du défaut d'adresse ou de précaution que des blessures ou coups, l'emprisonnement sera de six jours à deux mois, et l'amende sera de 16 fr. à loofr.
Art. 4^3. Si les circonstances paraissent atténuantes , les tribunaux correctionnels sont autorisés , même en cas de récidive , à réduire l'emprisonnement même au-dessous de six jours et l'amende même au-dessous de 16 fr. : ils pourront aussi prononcer séparément l'une ou l'autre de ces peines, et même substituer l'amende à l'emprisonnement, sans qu'en aucun cas elle puisse être au-dessous des peines de simple police.
Une sage-femme qui, dans un accouchement difficile, néglige d'appeler un médecin ? est coupable , en cas de mort
DES BLESSURES, hl
de la mère ou de l'enfant , d'homicide involontaire par im— prudence et par inobservation des règlements : elle est p;issil»!e des peines portées en l'art. 3io, (arrêt du 18 septembre 18 17 ; Dalloz, xii, 973). Mais cet article n'est pas app'icable au médecin ou chirurgien qui aurait commis une erreur dans la pratique consciencieuse de son art.
Bien que les art. 3oo, et 3ii parlent de coups et de blessures, au pluriel, il n'est pas nécessaire que plusieurs coups aient été portés ou plusieurs blessures laites, puisqu'un seul coup peut avoir des suites plus graves que plusieurs coups moins violents (arrêt du 5 mars t 83 1 , n° 42).
Cette disposition de la loi , qui répute criminelles les violences qui ont produit une maladie on incapacité de travail pendant vingt jours , ne doit pas non plus être entendue en ce sens que ce seraient seulement les marques de violence qui auraient duré pendant plus de vingt jours (arrêt du 17 décembre 1819; Sirey, xx, i45). Elle ne s'appliquerait pas non pins au cas où l'empêchement du blessé n'aurait duré que juste vingt jours (arrêt du 9 juillet 1812 ; Sirey, xiii, 65). Il faut que la maladie ou l'incapacité de travail personnel ait duré plus de vingt jours; et lors même que Jes marques de violence et de sévices auraient persisté au— delà de cette époque , l'art. 3og n'est pas applicable, si l'individu frappé ou blessé a pu reprendre son travail personnel avant le vingt-unième jour (arrêt du 17 novembre 1819, n° 1 35).
Les citations que nous venons de reproduire sur l'interprétation que les jurisconsultes donnent à l'art. 309, font comprendre aux médecins qu'ils sont de véritables juges lorsqu'ils évaluent la durée d'incapacité de travail. Nous devons discuter ici cette question si controversée par les auteurs de traités de médecine légale.
Quelle a été l'intention du législateur par la détermination d'une incapacité de travail personnel ayant duré plus de vingt jours?
M. Devergie admet que c'est l'incapacité de travail, définie en ce sens que la partie blessée n'est pas rentrée dans l'état normal où elle existait avant la blessure, de manière à ce qu'elle puisse se livrer à toutes les fonctions qu'elle était capable de remplir antérieurement à la blessure reçue.
Cette interprétation n'est pas conforme à la jurisprudence adoptée par la Cour de cassation , qui a établi par plusieurs arrêts, que : de ce qu'un individu, par suite de la blessure qu'il a reçue, ne peut plus se servir de l'un de ses membres depuis plus de vingt jours, il n'en résulte pas la conséquence nécessaire qu'il a été pendant plus de vingt jours incapable de tout travail personnel
On ne doit pas non plus avoir seulement égard à la profession de la personne blessée , car dans beaucoup de cas l'incapacité de travail absolu ne pourrait pas être déterminée.
La conduite que doit tenir l'expert nous paraît indiquée par l'interprétation que la Cour de cassation a adoptée. Ainsi , le médecin doit évaluer 1° la durée probable de la maladie ou du temps nécessaire à la guérison des blessures; 2* il donnera aussi quelques détails sur la profession de la personne et sur la possibilité ou l'impossibilité où elle se trouve de reprendre ses occupations habituelles dans un laps de temps donné. <
Avec ces renseignements, les magistrats peuvent apprécier les faits révélés par l'instruction et imprimer à la procédure une marche sûre.
Si un individu , déjà atteint d'une maladie qui le met en danger de mort , venait à recevoir des coups ou blessures, et qu'il fût reconnu que ces coups ou blessures ont pu causer la mort ou du moins concourir à la donner , il y aurait lieu d'appliquer l'art. 3o9 , encore que la personne déjà malade ait pu mourir autrement que par suite de ces violences.
Celles-ci ne pourraient être considérées comme de simples délits punissables seulement de peines correctionnelles , sous prétexte qu'il eut été impossible aux juges de fixer la durée de la maladie ou de l'incapacité de travail que ces blessures ou coups auraient occasionnées (arrêt du 7 octobre 1826 ; Sirey, xxvn, 35 1).
La loi, avons-nous dit, ayant égard à la qualité de la personne blessée, il est important que les médecins connaissent les dispositions suivantes du Code pénal.
Art. 228. Tout individu qui, même sans armes ^ et sans qu'il en soit résulté de blessures, aura, frappé un magistrat dans l'exercice de ses fonctions , ou à l'occasion de cet exercice , sera puni d'un emprisonnement de deux à cinq ans. Si cette voie de fait a eu lieu à l'audience d'une cour ou d'un tribunal , le coupable sera en outre puni de la dégradation civique.
Art. 23o. Les violences de l'espèce exprimée en l'art. 228, dirigées contre un officier ministériel ou un agent de la force publique, ou un citoyen chargé d'un ministère de service public , si elles ont eu lieu pendant qu'ils exerçaient leur ministère ou à cette occasion , seront punies d'un emprissonnement d'un mois à six mois.
Art. 23 1. Si les violences exercées contre les fonctionnaires et agents désignés aux art. 228 et 23o^ ont été la cause d'effusion de sang , blessures ou maladie , la peine sera la réclusion : si la mort s'en est suivie dans les quarante jours , le coupable sera puni des travaux forcés à perpétuité.
Art. 232. Dans le cas même où ces violences n'auraient pas produit d'effusion de sang , blessures ou maladie , les coups seront punis de la réclusion, s'ils ont été portés avec préméditation ou de guet-apens.
Art. 233. Si les coups ont été portés ou les blessures faîtes à un des fonctionnaires ou agents désignés aux art. 228 et a3o , dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs
fonction^Vivec intention de donner la mort, le coupable [W sera puni«0 ni or
Les lois établissent , dans certains cas , une distinction entre les «wts violences, coups , blessures , et elles distin- ^f* guêUt (art/213, Cod. peu. ) les blessures avec effusion de OanS des Iflessures sans effusion de sang. En médecine légale , on comprend sous le nom de blessures , toute lésion locale , avec ou srins solution de continuité , produite par une cause vulnérante, soit qu'elle ait été dirigée contre le corps , soit que le corps ait reçu une impulsion contre elle.
Nous avons à étudier sous cette dénomination de blessures les contusions , les commotions , toutes les plaies , quelle que soit leur cause, les luxations, les brûlures.
Chaque auteur d'un traité de médecine légale a proposé un mode de classification des blessures qui offrît quelque différence avec les classifications déjà publiées ; et aucune n'a pu être complète , parce qu'il est impossible de ramener toutes les blessures à quelques types principaux. On doit reconnaître avec Fodéré que les blessures ne peuvent être jugées qu'individuellement.
Nous ne chercherons donc pas à présenter notre classification , qui serait aussi vicieuse que les autres; mais comme, pour être compris , il faut être méthodique, nous étudierons les blessures dans l'ordre suivant :
1° Blessures légères n'entraînant pas une maladie , ou une incapacité de travail de plus de vingt jours.
2° Blesaures grâces, qui occasionnent une maladie , ou une incapacité de travail de plus de vingt jours.
3° Blessures suivies d'infirmités temporaires ou permanentes.
4° Blessures mortelles.
Premier ordre. — On peut y réunir toutes les blessures qui n'intéressent que l'épaisseur de la peau et les muscles superficiels ; les contusions peu profondes, les excoriations,
les plaies , qui se réunissent par première intention , les brûlures dites au premier degré, et qui ont peu d'étendue. La résorption du sang épanché, la cicatrisation des plaies, se font ordinairement d'une manière rapide, et n'entraînent pas une incapacité de travail de plus de vingt jours.
ihuxiemc ordre. — .Les blessures graves sont celles qui occasionnent une incapacité de travail de plus de vingt jours. Les contusions violentes avec aUritiôn des tissus, les plaies de la peau avec perte de substance, les plaies pénétrantes dans les articulations , dans la poitrine, l'abdomen , avec hémorrhagie ou épanciietrient dans ces cavités, ou compliquées de lésion d'un des organes contenus ; les entorses, les luxations, les fractures quelles qu'elles soient; les brûlures superficielles d'une grande partie du corps ou celles qui sont aux 3e, ke et 5e degrés.
Troisième ordre. — Un grand nombre de blessures peuvent être suivies d'infirmités temporaires ou permanentes. Le médecin doit en faire mention , car son opinion sert de base à l'appréciation des indemnités qui sont allouées au blesse. Les plaies et les brûlures profondes des extrémités des membres , toutes les plaies et les fractures nécessitant une amputation , les fractures avec raccourcissement , les luxations non réduites , les ankyloses articulaires , les plaies de l'œil , les hernies , la castration , etc.. , sont autant de causes d'infirmités.
Quatrième ordre. — Les blessures le plus communément mortelles sont celles qui ont atteint avec pénétration les organes essentiels, le cœur , les poumons, le cerveau, les intestins , ou un vaisseau artériel important. Mais en déclarant que la blessure qu'il constate peut être une cause rapide de mort , l'expert se rappellera combien sont puissantes les ressources de la nature , et qu'il y a dans les annales de la science un assez grand nombre de guérisons improbables et inespérées.
Il existe des circonstances individuelles , ou fortuites , dont l'examen ne doit pas échapper au médecin , parce qu'elles influent sur les suites des blessures , et qu'elles ne doivent pas être imputées à leur auteur. Ainsi , l'âge du blessé , sa constitution , peuvent retarder la guérison d'une blessure légère ou la rendre très grave. L'état particulier dans lequel se trouve un homme ivre, infirme, une femme grosse , peut entraîner des accidents , des complications auxquels ils n'auraient pas été exposés sans ces circonstances.
Un individu atteint d'une maladie cancéreuse, vénérienne , scrofuleuse , sera obligé de suivre un traitement spécial et long pour obtenir la guérison d'une plaie superficielle ou d'une contusion légère.
Le défaut de soins , l'indocilité du blessé , les écarts de régime , les excès sont autant de causes qui peuvent prolonger la durée d'incapacité de travail , et qu'il est du devoir de l'expert de faire connaître aux magistrats , afin qu'elles ne soient pas mises à la charge de l'accusé.
Contusions. — Les contusions sont des blessures faites par le choc ou la pression d'un corps dur , non tranchant ni piquant , sans perte de substance ni déchirure de la peau. Lorsque la contusion est légère , la partie frappée est un peu douloureuse ; elle se tuméfie , devient rouge , puis ces phénomènes se dissipent sans laisser de traces.
Mais si la mort survenait immédiatement par une cause rapide , la peau qui aurait été le siège de cette légère contusion se dessécherait en jaunissant , et par son durcissement aurait l'aspect de parchemin ; on y apercevrait un grand nombre de vaisseaux capillaires injectés. Cet effet, qui est produit par le refoulement momentané d'une partie des liquides hors des lames cellulaires de la peau et sa dessiccation très prompte, a lieu également sur un cadavre lorsqu'on exerce une forte pression sur des parties molles; mais dans ce dernier cas les vaisseaux capillaires ne conjervent pas l'injection colorée.
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C'est à torique M. Devergie dit qu'il est impossible de
déterminer si c'est un phénomène vital ou cadavérique , car cet effet ne s'observe pas chez l'homme continuant à vivre. On le remarque dans les cas où la mort a suivi promptement la contusion: ainsi, au cou sur les pendus; aux jambes, aux bras , lorsque des liens ont été appliqués pour faciliter un meurtre ; l'application du pouce au devant du cou , pour déterminer la suffocation , produirait le même résultat.
Si la contusion a été assez violente pour déterminer la rupture des vaisseaux capillaires , il y a ecchymose; c'est le nom que l'on donne à l'épanchement de sang.
L'ecchymose par infiltration consiste dans la dissémination du sang dans les aréoles des tissus cutanés ou du tissu cellulaire; l'ecchymose par èpanchement résulte de l'accumulation du sang en une partie où les tissus ont été désorganisés, les vaisseaux déchirés ; l'ecchymose apparaît au moment même de l'action du corps contondant, si son siège est à la peau , sous les ongles ; si l'ecchymose est dans l'épaisseur du tissu intermusculaire , ou dans la profondeur des membres , elle ne se manifeste qu'au bout de plusieurs heures , ou même de quelques jours.
La contusion détermine ordinairement une tuméfaction plus ou moins considérable. S'il n'y a que de l'infiltration, la partie lésée est dure , tendue ; s'il existe un èpanchement de sang , la tumeur est rénitente , fluctuante ; lorsqu'elle a son siège sur un plan résistant, à la tête, aux mains , on la désigne vulgairement sous le nom de bosse sanguine.
Lorsque l'ecchymose se manifeste aussitôt après l'action du corps contondant, la peau présente une teinte rouge , bleuâtre , noirâtre , plombée , qui s'écîaircit par degrés, et devient successivement violacée , jaunâtre , citronnée , mais en conservant une teinte plus foncée au centre qu'à la circonférence. Ces nuances varient en durée et en iu-
tensité selon la violence de la contusion , son siège , superficiel ou profond , l'âge , la constitution du blessé. En général , la coloration bleuâtre paraît du second au troisième jour, la nuance noir-vert du cinquième au sixième , et la teinte citronnée du septième au dixième ; le plus souvent il ne reste aucune trace vers le quinzième jour.
Si des contusions violentes ont donné lieu à une ecchymose profonde , plusieurs jours peuvent se passer sans qu'il y ait aucune coloration de la peau; mais dès son apparition les nuances violacées, citronnées, se manifestent successivement.
L'étendue de la coloration varie selon le siège de la contusion , la finesse de la peau et la résistance du plan sur lequel reposent les parties molles. Les ecchymoses des paupières se manifestent par la cause la pius légère. À la suite des entorses avec épanchement de sang autour de l'articulation, on voit souvent la presque totalité de la jambe prendre une teinte violacée ; cette dissémination du sang dépend de la direction des aponévroses ; il en sera de même a la cuisse , au bras , dans la région dorsale. Cette remarque est importante, car elle évitera des erreurs de pronostic au médecin , et ne lui fera pas attribuer à une blessure légère une gravité qu'elle n'a pas.
Il arrive quelquefois qu'il n'y a aucune apparence extérieure des désordres existant profondément. À l'ouverture du corps d'un soldat atteint par un boulet , Dupuytren a trouvé tous les muscles de la région lombaire, les musles abdominaux , le rein gauche déchirés ; les apophyses transverses des vertèbres lombaires et les dernières côtes brisées; les cavités abdominale et thoracique remplies de sang, sans que la peau présentât aucune altération.
Le docteur J. Raid a consigné (dans le numéro de janvier 18^1 du Journal des sciences médicales d'Edimbourg) plusieurs observations d'épanchements considérables de sang dans les tissus sans aucune lésion extérieure.
Quelques uns de ces faits offrent de l'intérêt pour l'élude des diverses modifications que présente le sang , suivant les tissus dans lesquels il est épanché et le temps qui s'est écoulé depuis l'action de la cause vulnérante.
Dans les cas comme celui que nous venons de citer, il y a désorganisation des tissus, altération profonde de leur texture. On désigne ce résultat d'une contusion très violente par le mot d'altrilion; les suites en sont ordinairement graves, et si elles ne sont pas mortelles, la suppuration donne lieu à des abcès, et les lésions d'organes entraînent une longue maladie.
Si l'action d'un corps contondant produit une solution de continuité de la peau, il y a plaie contuse. La perte de substance ou Yattrition des tissus ne permet pas le plus souvent une guérison prompte si la plaie contuse est étendue, car la suppuration lui fait suivre la marche des plaies.
Dans un travail spécial (1) j'ai étudié sous le rapport médico-légal , en les désignant sous le nom d'ecchymoses spontanées, celles qui, par l'action de causes internes, se produisent non seulement d'une manière locale , mais générale, et que l'un confond sous la dénomination d'ecchymoses scorbutiques. Quand le peu d'intensité des signes extérieurs rend le diagnostic incertain, il devient possible, par l'examen attentif des divers symptômes morbides , de reconnaître qu'une exhalation de sang s'est produite spontanément. Après la mort cet examen devient plus facile; car à l'ouverture du cadavre, on aperçoit l'infiltration du sang dans des parties où la coloration saine de la peau ne les eût pas fait soupçonner.
Il est cependant un cas très délicat , celui où les individus d'une constitution hémorrhagique sont atteints de
(1) Recherches médico-légales sur le diagnostic différentiel des ecchymoses par causes ex'ernes et par causes internes. Annales d'Hygiène , t. xxx , lie partie, 1843.
blessures. L'expert doit distinguer ici attentivement ce qui est le résultat de la violence , de ce qui provient de phénomènes idiosyncrasiques.
Le défaut d'espace ne me permet pas de faire ici l'étude de chacune des espèces d'ecchymoses spontanées; je me bornerai à présenter un tableau comparatif des principaux signes qui les différencient avec les ecchymoses traumatiques.
ECCHYMOSES Traumatiques. Spontanées.
Causes.
Elles sont le résultat de Elles sont l'effet de causes causes externes. internes.
Formes.
Quelquefois elles s'éten- Elles sont limitées à une dent beaucoup, mais locale- petite étendue , mais les tament , et il n'existe qu'un ches sont nombreuses, seul épanchement de sang.
Marche.
La tumeur plus ou moins Elles existent souvent sans élevée, souvent élastique, ré- tuméfaction ; la teinte noirânitente, présente rapidement tre change peu, et elle ne clisdes changements de colora- paraît que lentement. La coution. Au début , la couleur leur est le plus souvent bruest livide ou plombée , elle nâtre ou lie de vin. devient violacée et jauneverdâtre.
Ces ecchymoses ont une Les ecchymoses ont une
partie centrale où la colora- nuance uniforme, tion noire est plus fortement prononcée.
La température est élevée. La température n'est pas
élevée.
Le sang épanché en quan- Le sang ne s'épanche qu'en
tité considérable ne se coa- petite quantité; il ne se coagule pas et provoque des ab- gule pas. ces.
Siège.
Le siège est tout-à-fait in- Les ecchymoses générales déterminé et accidentel. s'observent sur tout le corps ;
les ecchymoses locales se manifestent le plus souvent sur les membres et notamment sur les membres inférieurs.
Caractères anatomiques.
Les vaisseaux capillaires Le système capillaire est sont déchirés ; la coloration intact ; le plus souvent la coudes tissus disparaît par la ma- leur ne disparaît pas par la cération. macération.
Complications.
La complication avec une Une maladie ou des soufmaladie , ou des souffrances frances générales , ou une générales, est seulement ac- maladie organique , précècidentelle. dent presque toujours et pro-
voquent l'ecchymose.
Les hémorrhagies des Les membranes muqueumembranes muqueuses sont ses sont fréquemment le siège le résultat de causes acci- d'hémorrhagies spontanées, dentelles.
Commotion. — La commotion est l'ébranlement, la secousse plus ou moins forte qu'éprouve une partie du corps par l'effet d'un coup, d^une chute ou d'un choc.
Cette commotion se communique aux organes environnants en raison de l'intensité de la violence , de la structure et du siège des parties lésées ; les fonctions du système nerveux éprouvent un trouble qui varie depuis leur interruption momentanée jusqu'à une cessation complète.
Si les os ont reçu une violente percussion , ils transmettent la secousse avec toute son intensité aux parties voisines, et souvent même à des points fort éloignés. Ainsi, une chute sur les pieds, les genoux ou sur les fesses , détermine une commotion du cerveau, de la moelle épinière ou du foie. Dans ces cas le parenchyme de ces organes présente des déchirures ; il en est de même de la rate , des poumons ou de l'estomac, de la vessie, de l'utérus, lorsque ces viscères sont distendus par les liquides qu'ils contiennent.
Bupuytren (1) désignait sous le nom de stupeur cet état particulier d'anéantissement que l'on observe chez les individus qui ont ressenti une commotion assez violente pour porter atteinte au principe même de la vie. Mais il ne faut pas s'exagérer les effets possibles de la commotion , même lorsque des désordres étendus ont été produits, car les conséquences ne sont pas toujours aussi graves qu'on peut le supposer. Nous avons cité plusieurs faits de ce genre qui méritent de fixer l'attention des experts (2).
Plaies. — Une plaie est une solution de continuité des parties molles, le plus souvent accompagnée d'hémorrhagie. En médecine légale , on distingue les plaies en ayant égard à leur cause et à la forme ou à la nature de l'agent vulnérant.
1° Plaies faites par les instruments tranchants.
2° Plaies par instruments piquants et perforants .
3° Plaies par arrachement et déchirure. — Plaies contuses.
Plaies par instruments tranchants. — L'effusion de sang et l'écartement des bords de la plaie résultent ordinairement du mode d'action et de la forme de ces instruments, qui agissent en coupant les tissus avec d'autant plus de
(1) Leçons oral, cliniq. chirurgicales. 1839, t. v, p. 261.
(2) De la commotion cérébrale ( Annales d' Hygiène , tome xxvi , p. 197).
DES 1U.V.S.SIÎRES. T>9
netteté qu'ils sont mieux ai^uisrs ou que la pression a ûiè plus forte. L'écartement des bords de la plaie varie selon l'élasticité, la tension du tissu divisé et sa contractililé. Ces phénomènes de rétraction servent à distinguer , comme nous le verrons , si les plaies ont été faites pendant la vie ou après la mort.
En général, les plaies faites par un instrument tranchant ont des dimensions plus grandes que celles du corps vulnérant.
Lorsqu'une plaie ne renferme aucun corps étranger et que les bords peuvent être rapprochés , il suffit de les maintenir pour que l'adhésion se fasse promptement. La réunion est dans ce cas immédiate ou par première intention. Si les lèvres de la plaie restent béantes, écartées, le contact de l'air y développe un état inflammatoire qui donne lieu à une sécrétion de sérosité pendant un jour ou deux ; au troisième commence l'exsudation d'une matière séro -purulente , et vers le cinquième jour la suppuration est établie. L'étendue et la profondeur de la plaie, la nature différente des tissus intéressés, font varier la durée de la suppuration vers la fin de laquelle s'organise un tissu cellulo- fibreux. Une plaie simple, sans perte de substance, est fermée du quinzième au vingtième jour ; la cicatrice est rosée pendant quelques jours, puis elle se raffermit, perd de sa coloration , et devient blanche du trentième au quarantième jour.
Si la plaie a été compliquée de perte de substance , au milieu de la suppuration, on voit se former et s'élever des bourgeons charnus, d'abord spongieux, mous, saignants au moindre attouchement ; bientôt ils se rapprochent, s'unissent par la matière cellulo-fibreuse et forment la cicatrice. Ce travail réparateur s'opérera avec une lenteur d'autant plus grande que la solution de continuité aura été plus étendue, ou suivant la nature des tissus intéressés, les conditions particulières au blessé.
Un certain nombre d'opérations chirurgicales sont pratiquées d'après la connaissance de ce fait , qu'un lambeau tenant au reste du corps par une partie de ses bords conserve de la vitalité ou contracte des adhérences avec une surface dénudée. Les experts peuvent être interrogés sur la possibilité de ces réunions complètes après ablation , et ils ne doivent pas ignorer les faits cités par Dupuytren dans le Traité des armes de guerre.
Plaies par instruments piquants et perforants. — Ces plaies sont produites par des instruments de peu de largeur , et présentant une extrémité plus ou moins aiguë , qui agissent en écartant les mailles des tissus, et en les déchirant , comme un poinçon , une baïonnette , une lame d'épée, etc.
Le mode d'action de ces instruments mérite une étude particulière ; et il résulte des remarques faites par Dupuytren , Sanson , que si un instrument piquant et tranchant pénètre perpendiculairement à la surface des téguments également tendus en tous les sens , la plaie conserve à peu près la forme de l'instrument ; la solution de continuité est en général moins longue que la largeur de l'instrument , et elle présente souvent plus d'écartement que l'instrument n'a d'épaisseur ; ce dernier phénomène est dû à la conlractilité des tissus divisés.
Lorsque l'instrument n'est tranchant que sur un de ses bords . un couteau par exemple , on distingue sur la plaie l'extrémité obtuse formée par le dos de la lame , de l'extrémité aiguë produite par le tranchant.
Si l'instrument est seulement aigu, comme un poinçon, les plaies qui en résultent sont allongées , leurs angles aigus. M. Filhos, qui a fait ces observations, a reconnu que la longueur de ces plaies était en raison directe de la profondeur à laquelle avait pénétré l'instrument ; que la direction de la plaie varie suivant la région du corps , et qu'elle est la même dans chaque région : ainsi, sur les ré-
gions latérales du cou , ces plaies sont dirigées obliquement de haut en bas, et d'arrière en avant; à la partie antérieure du cou, elles sont transversales; à la partie antérieure de l'aisselle , ainsi qu'à l'épaule elles sont verticales; au thorax , elles sont parallèles à la direction des côtes ; les plaies sont obliques sur les côtés de l'abdomen.
La direction des fibres musculaires produit ces variations dans la forme des plaies , et un même instrument pourra faire des plaies de formes très différentes, selon le degré de tension des parties frappées.
Les plaies par instruments piquants donnent lieu à des accidents inflammatoires dont la gravité dépend de la profondeur à laquelle ils ont pénétré , de la perforation des vaisseaux artériels et veineux , et enfin de l'étroitesse de l'ouverture extérieure, qui augmente les phénomènes d'étranglement en ne donnant pas d'issue aux liquides épanchés.
Plaies par arrachement et déchirure. — Plaies confuses.— Ces plaies, faites par des corps ou par des instruments tels que les crochets, les crampons , les rouages de machines , se distinguent des plaies que nous venons d'étudier, par l'écartement irrégulier des bords, et leur gonflement. La rétraction des divers tissus dont se composent les parois des vaisseaux artériels prévient les hémorrhagies , et diminue le danger de ces blessures , qui ont une durée variable selon leur étendue et le développement de la suppuration.
Les plaies contuses compliquent les contusions , comme nous l'avons dit ; leur marche est la même que celle des blessures précédentes , et les phénomènes qui les accompagnent dépendent aussi de l'étendue delapertede substance.
Blessures par armes à feu. — Les effets si variés que déterminent les projectiles lancés par les armes à feu dépendent de la structure particulière des parties atteintes ou du degré de résistance qu'elles présentent. La forme et la nature des projectiles sont également la source d'une
foule de particularités qu'un examen approfondi des blessures fait souvent constater.
Nous ne pouvons rappeler ici que les principaux caractères de ce genre de blessures, et nous engageons à consulter les ouvrages suivants (1).
Lorsque l'arme a été tirée à bout portant , toute la surface de la plaie et ses bords sont noircis et brûlés , la peau est parsemée de poussière noire et de grains de poudre adhérents , les bords de la plaie sont contus, secs , tuméfiés. La combustion de la poudre , lors même qu'elle n'est pas comprimée par une bourre, donne lieu à des blessures fort graves, et qui sont de véritables brûlures. Les bourres, les corps mous agissent comme des projectiles durs lorsque l'arme est tirée à peu de distance. La forme , la nature et le nombre des corps lancés par les armes à feu produisent des effets très divers. Ainsi le plomb de chasse du degré le plus fin fait une blessure semblable à celle d'une balle lorsque le coup est tiré à bout portant. Quant au mode d'action des balles , il est tellement variable , leurs effets sont si bizarres , que la lecture des nombreuses observations qui sont consignées dans la science peut seule les faire apprécier.
L'expérience a fait reconnaître que, presque toujours, V ouverture que fait une balle en pénétrant dans les parties molles a un diamètre plus petit que celui de la balle ellemême , et que le canal qu'elle creuse dans son trajet va en s' élargissant ; le plus souvent aussi, /' 'ouverture de sortie a un diamètre beaucoup plus grand que l'ouverture d'entrée.
Il y a des exceptions à ces caractères. (M. Oilivier d'Angers) a cité (Annales d'hygiène et de méd. lég., tom. xxil, pag. 318) deux faits dans lesquels la plaie d'entrée était double en largeur de la plaie formée par la sortie de la bai!e.
En général , si une balle frappe perpendiculairement la
(1) Dupuytren, ouvrage cité. — Pf.rcv , Manuel du ehiriïrtjieii d'armée.
DES BLLS.SUitiiS. 63
surface du corps, la plaie d'entrée est arrondie , sa circonférence est déprimée et enfoncée de dehors en dedans, et les bords de la plaie de sortie sont inégaux , déchirés , saillants et renversés de dedans en dehors. Lorsqu'une balle frappe un os , quelquefois elle le contourne sans le briser, ou bien elle le fracture avec esquilles. Les os spongieux peuvent être traverses par une ouverture sans que le choc détermine d'au très lésions. — La déformation des projectiles rend les plaies plus contuses et ajoute à la gravité des accidents. Les causes qui font dévier les projectiles et augmentent ou diminuent leurs effets fâcheux, sont: la vitesse d'impulsion , la distance à laquelle l'arme est tirée , la différence de densité des milieux qui sont traversés.
Une circonstance qu'on rencontre fréquemment, c'est l'entraînement dans la plaie des bourres de l'arme ou des vêtements qui recouvraient la partie frappée. Tantôt le morceau d'étoffe n'est que poussé à l'entrée de l'ouverture, et il suffit de le retirer pour ramener le projectile ; tantôt , au contraire , il a été emporté dans la blessure , et on ne l'extrait que par lambeaux.
L'examen des vêtements est très important , car les caractères que présentent les trous faits par le projectile, sont tels , qu'ils peuvent suffire pour indiquer la direction que la balle a suivie dans son trajet. Le tissu, quel qu'il soit, présente, à l'ouverture d'entrée du projectile, un trou avec perte de substance, plus ou moins arrondi, tandis qu'à la sortie il n'y a qu'une déchirure simple ou à lambeau (1).
Le séjour de ces corps étrangers aggrave toujours la maladie et en retarde la terminaison. Soit que le médecin expert ait à se prononcer sur les suites probables d'une plaie d'arme à feu , soit qu'il ait à déterminer les circonstances qui l'ont accompagnée , il devra ne poser ses conclusions qu'avec une grande réserve.
. (l) Annal. d'Hyg. , toiïî. xxu, 2e partie.
DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC DES BLESSURES CONSIDÉRÉES DANS LES DIVERSES PARTIES DU CORPS.
Blessures à la tête. — Les contusions des téguments du crâne donnent lieu à une ecchymose ou à une bosse sanguine , lorsque l'instrument a agi perpendiculairement. La tumeur est fluctuante si les tissus ont été frappés obliquement , et le sang épanché nécessite quelquefois une ponction. Ces blessures, lors même qu'elles se compliquent de plaies , se terminent ordinairement par résolution , et l'incapacité de travail ne dure pas vingt jours. Il n'en est pas de même lorsqu'il y a eu commotion et fractures du crâne- Les fractures peuvent se produire sur tous les points de ces os et exister au point même de la percussion , ou bien se produire par contre-coup dans une partie plus ou moins éloignée du lieu frappé. En médecine légale, la disposition des fractures, leur forme, peuvent fournir des indices précieux sur l'instrument vulnérant , sa force d'impulsion, etc. Ainsi, on se rappellera que si un corps agit par une surface peu étendue, l'extrémité aiguë d'un marteau par exemple, les effets directs en sont nlus marcfiiés , le tissu osseux est détruit. Dans le cas oùlasurface de l'instrument est trèslarge et sa pression violente , comme par un maiilet , un pavé , les fractures se produisent plutôt par contre -coup , il y a affaissement des 03, et toute l'action transmise se porte à la circonférence, ou dans un point diamétralement opposé. Si la fracture est étoilée , le centre des rayons aura toujours été le siège de la percussion. La texture des os , leur épaisseur variable , leur friabilité plus ou moins grande , l'âge , le sexe du blessé, sont autant de circonstances qu'il suffit d'énumérer pour faire comprendre leur influence sur la facilité avec laquelle les fractures se produisent. Les fractures du crâne peuvent s'accompagner de la rupture des vaisseaux de la dure - mère , de son décollement. L'épanchement du sang , s'il ne se fait que lentement , ne
donne pas lieu immédiatement aux phénomènes de compression , et permet au blessé de se mouvoir, de parler, pendant plusieurs heures ou quelques jours. Les faits de ce genre ne sont pas rares, et ils peuvent acquérir une grande importance dans certaines affaires criminelles.
Nous en avons publié plusieurs observations dans les Annales d'hygiène et de médecine légale (lom. xxvi, p. 200).
La commotion du cerveau est la complication la plus fréquente et la plus grave des fractures du crime. Ses principaux signes sont la perte subite de connaissance , l'assoupissement ou état comateux , l'anéantissement de l'action musculaire , la paralysie , l'expulsion involontaire des matières fécales. La commotion peut être assez violente pour causer instantanément la mort. La contusion du cerveau , cette déchirure qui s'opère dans la substance elle - même est presque toujours suivie d'accidents mortels. Les plaies faites aux tégumentsdu crâne par un instrument tranchant, même celles qui forment des lambeaux, guérissent communément dans l'espace d'une quinzaine de jours.
Les plaies à la tête par un instrument piquant , lorsqu'elles sont simples et qu'elles se réunissent par première intention , se terminent aussi heureusement que les précédentes ; mais si elles se compliquent d'accidents inflammatoires caractérisés par la tuméfaction et la rougeur des bords de la plaie, un empâtement des téguments qui conservent l'impression du doigt , et enfin par des abcès et de la suppuration, il peut survenir un érysipèle simple ou phlegmoneux qui prolonge la maladie.
Si l'instrument vulnérant a intéressé les os , il en résulte des exfoliations qui , jusqu'à leur expulsion complète, entretiennent un état inflammatoire local.
Les contusions et les plaies du globe de Vœil méritent un examen particulier des experts, car elles sont fréquemment suivies d'accidents forts graves ; l'épa richement du sang sur la conjonctive peut aussi se produire spontanément sans
aucun coup porté ; dans les deux cas il se dissipe aisément ; mais l'épanchement sanguin dans le globe oculaire ou la confusion des humeurs de l'œil , sont suivies de cécité. Il en est de même après l'écoulement de l'humeur vitrée. Les plaies de la cornée avec écoulement partiel ou total de l'humeur aqueuse et sortie du cristallin se guérissent au contraire ; la cicatrice de la cornée nuit à l'exercice de la vision en raison de son étendue.
L'inflammation du globe oculaire peut avoir été fort légère , et pourtant que la blessure soit une cause d'amaurose , de 'névralgie ou de trouble dans la vision. Afin de porter un pronostic exact , le médecin devra , dans l'examen de ces lésions , visiter à plusieurs reprises le blessé , avant de donner ses conclusions sur la durée d'incapacité de travail ou les infirmités qui en sont la conséquence.
Blessures du nez. — Les plaies du nez avec perte de substance peuvent entraîner des difformités et une gêne permanente de la respiration. La fracture comminutive des os du nez se reconnaît, à la mobilité des fragments; la consolidation se fait vers le dix-huitième jour.
Les blessures des sinus frontaux s'accompagnent d'inflammation avec écoulement de matière purulente , floconneuse, épaisse, blanchâtre, dont l'aspect, semblable à celui de la substance cérébrale , pourrait faire croire à une lésion beaucoup plus grave qu'elle ne l'est réellement.
Les plaies du sinus maxillaire , surtout si elles sont compliquées de fractures ou de la présence d'un corps étranger, suppurent pendant, longtemps avant de se fermer.
Lorsque la substance cérébrale a été atteinte, la mort en est ordinairement une suite nécessaire. Il y a toutefois des faits exceptionnels , de ces cm rares dans lesquels des individus ont vécu , malgré l'issue d'une certaine quantité de substance cérébrale , ou la présence de corps étrangers qui s'y étaient logés.
Ce que nous venons de dire s'applique aux blessures par
armes à feu, qui sont des plaies contuscs simples ou compliquées de tous les accidents que nous avons successivement étudiés.
Blessures à la face. — Les blessures des sourcils se terminent presque toujours d'une manière assez prompte; mais elles donnent lieu quelque lois à des amauroses ou à des névralgies frontales.
Les contusions et les plaies des paupières ne sont graves que dans les cas où la perte de substance est assez large pour que le rapprochement des parties divisées ne s'opère pas , ou qu'il y ait un renversement en dehors (ectropion).
L'ecchymose des paupières se produit avec une grande facilité par la plus légère contusion ; mais elle se manifeste aussi lors même que les paupières n'ont pas été frappées. Cette ecchymose est alors un signe d'une fracture.
M. Marlhieurat-Lagémar a publié (1) des faits fort curieux sur ce phénomène, comme pouvant servir de moyen de diagnostic dans les plaies de tête.
Les plaies de l'angle interne de l'œil peuvent être suivies d'une fistule lacrymale.
Le pronostic des blessures des joues n'offre pas de gravité , et la division de la glande parotide ou des joues donne lieu à des fistules salivaircs facilement curables. Ces blessures entraîneraient une incapacité de travail relative et un dommage si les individus atteints exerçaient la profession de musicien d'instruments à vent, de souffleur de verres , etc. Les blessures des oreilles , celles des lèvres , sont ordinairement très simples.
Les blessures de la bouche résultent le plus souvent de l'action des corps contondants ou d'armes à feu. L'inflammation de la muqueuse buccale, le gonflement de la langue, causent une gêne très grande au blessé , tant par la gêne de la respiration et de la déglutition, que par l'odeur fétide qui s'exhale de la bouche ; mais la terminaison se fait heu-
(i) Archives générales de Médecine , t. n, 184 ï. p. 310,
reusement. La perte de substance de la iangue apporte de la difficulté dans la prononciation. M. Biessy ( Manuel de médecine légale) évalue à trois années le temps nécessaire pour que toutes les fonctions se rétablissent à peu près dans leur état naturel. On peut donc sans crainte considérer comme blessure grave l'ablation partielle de cet organe.
Les fractures de la mâchoire inférieure se reconnaissent en portant les doigts sur les bords de l'os pour constater le déplacement des fragments , et la crépitation qui se produit dans les mouvements que l'on fait exécuter par le blessé. Ces fractures guérissent aisément; celles des condyles se consolident lentement en raison de la difficulté de les maintenir réduites.
Les luxations de l'os maxillaire inférieur sont caractérisées par son abaissement persistant , par une dépression au-devant du conduit auditif externe et sous l'extrémité postérieure de l'apophyse zygomatique , ainsi que par la saillie dans la bouche de l'apophyse coronoïde. La réduction de ces luxations se fait très aisément.
Blessures au cou. — Elles méritent une étude attentive; car le nombre et l'importance des vaisseaux et des nerfs, les organes qui y sont situés , modifient la gravité des lésions qui y sont faites. Les contusions violentes sur la région cervicale postérieure ou latérale déterminent une commotion mortelle ou la paralysie (1).
Les piqûres ou la section des nerfs pneunio- gastrique, diaphragmatique , etc. , déterminent une gêne plus ou moins grande de la respiration , et même l'asphyxie. Arabroise Paré a cité le fait d'un jeune homme qui perdit la voix , et eut le bras paralysé par la lésion du nerf récurrent et du plexus brachial ; il a rapporté aussi l'observation d'une plaie de la trachée-artère par un coup d'épée , à la suite de laquelle se développa un emphysème qui s'étendit
(1) Olljviek (d'Angers), Traité de la moelle épinière , p. 268 , et observ. 34, p. 37;}, t. i.
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à la face et à tout le reste du corps. A ces accidents on doit joindre l'hémorrhagie , qui peut devenir mortelle , moins par la quantité de sang qui s'écoule que par son introduction dans la trachée.
M. Dielïenbach (1) attribue aux plaies superficielles du cou une gravité qu'elles n'ont que par exception , et l'inflammation ou la gangrène du tissu cellulaire ne sont pas heureusement dans ces cas une terminaison aussi fréquente que ce chirurgien le pense.
Si les plaies du cou sont transversales, la rétraction de la peau et des muscles détermine un écartement considérable des deux bords, et les rend béantes. A la partie antérieure, l'ouverture de la trachée ou du larynx donne issue à l'air et se complique d'hémorrhagies , soit que la plaie siège entre le cartilage thyroïde et l'os hyoïde , soit qu'elle existe au-dessus de la glotte ; il y a aphonie si les cordes vocales sont intéressées, ou si la blessure est au-dessous d'elles. Dans tous ces cas le pronostic est grave , et varie selon les accidents qui se développent.
Les plaies latérales du cou atteignent souvent les troncs vasculaires , et la mort est inévitable si un vaisseau artériel important a été ouvert. La compression peut suffire pour arrêter l'hémorrhagie de la veine jugulaire ; mais les blessures profondes sont presque toujours très graves.
Nous examinerons les lésions produites au cou par l'application d'un lien sur le cou , en faisant l'histoire de la mort par suspension ou par strangulation.
Blessures à la poitrine. — Ces blessures acquièrent de la gravité en raison de la lésion des viscères qui sont renfermés dans sa cavité ; on les distingue en blessures non pénétrantes et en blessures pénétrantes.
Blessures non pénétrantes. — La gravité des contusions des parois de la poitrine dépend de la force avec laquelle a
(1) Arch. de Méd., t. v, p. 235.
agi le corps contondant; chez les femmes, l'inflammation des seins , leur suppuration , leur induration , et par suite leur dégénérescence cancéreuse , peuvent résulter d'une contusion assez légère. Lorsque la percussion a été violente, les viscères et les principaux vaisseaux reçoivent une commotion qui peut être suivie d'accidents inflammatoires très intenses.
Les plaies par instrument tranchant ou piquant se guérissent rapidement , si elles ne sont pas compliquées d'hémorrhagies abondantes par l'ouverture de vaisseaux artériels. Dans ce cas , s'il se forme un vaste épanchement de sang dans le tissu cellulaire , on doit se hâter de lui donner issue par des incisions convenables, afin de prévenir la formation d'abcès.
La blessure des artères axillaire ou sous-clavière est presque toujours mortelle.
Blessures pénétrantes. — L'issue d'une portion du poumon par un des espaces intercostaux est un accident assez rare et moins grave qu'il ne semble devoir l'être , soit que l'on réduise la portion herniée, soit que l'on l'excise après avoir fait une ligature. L'observation démontre que les blessés qui ont subi cette opération n'éprouvent par la suite qu'une douleur légère sans oppression et une toux peu incommode.
Le danger des blessures des poumons est relatif à l'hémorrhagie et à l'inflammation qu'elles déterminent ; si elles sont fort étendues, les blessures sont mon elles. La pénétration de l'air dans la cavité thoracique n'est très dangereuse que si la quantité d'air introduite comprime les poumons.
La lésion du péricarde est ordinairement mortelle; il en est de même de l'ouverture de l'aorte , des vaisseaux pulmonaires, de la veine azygos (1) , du canal thoracique.
(1) Breschet, Rapp/méd.-lég. sur une plaie d'arme à feu. 1826.
Les plaies qui pénètrent dans les cavités du cœur sont toujours mortelles. Sur GU observations de plaies du cœur réunies par M. Ollivier (d'Angers) (1), 29 avaient leur siège au ventricule droit, 12 au ventricule gauche, 9 dans les deux ventricules, 3 à l'oreillette droite, 1 à l'oreillette gauche. Les lésions du ventricule droit sont les moins rapidement mortelles : sur vingt-sept blessés , aucun n'a pas vécu moins de deux jours ; d'autres ont vécu depuis quatre jours jusqu'à vingt-huit jours. La présence de l'instrument dans la plaie a toujours retardé l'époque de la mort.
Les plaies du cœur qui n'intéressent que ses parois peuvent se guérir ; les exemples en sont assez nombreux.
Blessures de l'abdomen. — Les contusions des parois de l'abdomen peuvent, sans produire de lésions extérieures, donner lieu à des accidents mortels. Nous avons vu plusieurs fois une péritonite se développer consécutivement à des coups de pied et entraîner la mort en trois à quatre jours. L'autopsie ne faisait constater que les traces d'un épanchcment plus ou moins abondant de liquides puriformes.
Plusieurs organes sont déchirés sans qu'il existe de traces extérieures de désordres. M. Davat a démontré par des expériences nombreuses avec quelle facilité s'opère la rupture du diaphragme pendant sa contraction. Les déchirures du foie ont leur siège sur sa face convexe ou sur sa face concave ; elles ont une profondeur de 3 à 6 centimètres, et n'intéressent que très rarement toute l'épaisseur de l'organe. Ces déchirures ont leurs bords peu écartés, granuleux comme la substance du foie ; elles ne contiennent que peu de sang; ce liquide, en partie fluide ou coagulé, s'accumule dans les parties les plus déclives du bassin. L'épanchement de sang n'est pas, en général, en rapport avec les désordres que l'on observe sur cet organe.
La rate se déchire avec facilité, et si l'action contondante
(1) Ollivier (d'Angers), art. Cofatr, Dict.méd.
a été très violente , sa substance se réduit en une sorte de bouillie par l'afflux du sang dans son parenchyme. Les contusions des viscères creux amènent assez souvent leurs ruptures, lorsque surtout ces organes sont pleins. Le pronostic de ces blessures, si on les reconnaît, est toujours fort grave, et i'autopsie seule fait constater les désordres que nous venons de décrire.
Les plaies de l'abdomen , lorsqu'elles ne sont pas pénétrantes, doivent être considérées comme des plaies simples ; leur étendue peut cependant, après leur cicatrisation, exposer le blessé à une hernie.
Les plaies pénétrantes, sans déchirures de viscères ou de vaisseaux, donnent lieu le plus souvent à l'inflammation du péritoine ; la durée de la maladie dépend de son intensité, de l'énergie ainsi que de la promptitude des soins administrés. Les blessures des intestins, de la vésicule biliaire, de l'uretère, sont suivies d'un épanchement de liquides qui déterminent une inflammation rapidement mortelle.
Il est d'observation que les blessures de l'estomac sont d'autant plus graves qu'elles ont leur siège à ses extrémités cardiaques ou pyloriques, et selon l'état de plénitude ou de vacuité de cet organe. Si les reins ne sont atteints qu'à leur partie postérieure, la guérison peut se faire assez promptement , comme nous en avons vu récemment un cas. L'affaissement ou la distension de la vessie feront varier le danger des blessures de cet organe; l'infiltration de l'urine ou son épanchement dans le péritoine ou dans le tissu cellulaire sont suivis d'accidents mortels.
Les lésions des mésentères et des épiploons s'accompagnent d'hémorrhagies abondantes qui présentent la même gravité que les blessures des gros troncs artériels et veineux.
Les contusions et les plaies des parties molles du bassin se guérissent facilement si elles sont simples; mais si la percussion a été violente, que les os du sacrum ou du coc-
DLS BLESSURES. lo
cyx se nécrosent, il survient des abcès et une suppuration difficile à tarir. La commotion peut suffire pour occasionner la paralysie des membres inférieurs.
Blessures des organes génitaux chez V homme et chez la femme. — Les contusions violentes des testicules peuvent être suivies de symptômes graves d'inflammation, ou d'une induration squirrheuse qui nécessite leur ablation. Les plaies de la verge guérissent par réunion , lors même que les corps caverneux ont été intéressés. Mais outre des dangers de l'hémorrhagie, il en résulte une infirmité plus ou moins grave , car l'érection devient incomplète du côté blessé , et il y a inclinaison de la verge. Les déchirures du canal de l'urètre se cicatrisent en formant des brides et des rétrécissements.
L'étranglement de la verge par un lien , ou son introduction forcée dans un anneau très étroit, donnent lieu à des accidents d'autant plus graves que l'on éprouve plus de difficultés à en détruire la cause.
La section du cordon des vaisseaux spermatiques entraîne la mort par l'abondance de l'hémorrhagie. L'enlèvement d'un ou de deux testicules est suivi de diminution ou de cessation de la fonction génératrice.
La castration, dans quelque but qu'elle ait été faite, est toujours un crime, si ce n'est lorsqu'une lésion organique incurable réclame les secours de la chirurgie.
Toute personne coupable du crime de castration subira la peine des travaux forcés à perpétuité. Si la mort en est résultée avant l'expiration des quarante jours qui auront suivi le crime, le coupable subira la peine de mort. (Cod. pén.. art. 3i6.)
Néanmoins, le crime de castration, s'il a été provoqué par un outrage violent à la pudeur, sera considéré comme meurtre ou blessure excusable. (Art. 325.)
Nous devons noter ici que, par castration, le législateur
1k MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.
n'a pas entendu seulement l'ablation des testicules: l'amputation d'un organe quelconque nécessaire à la génération constitue le crime de castration ( arrêt de la Cour de cassation, 1er septembre 181/i). L'amputation complète du pénis constitue le crime de castration , lors même que les testicules , organes sécréteurs de la semence , seraient restés intacts. Le crime existe (Cod. pén. , art. 2) du moment où les parties génitales ont été en totalité ou en partie l'objet d'une amputation ou de blessures volontaires tendant à leur amputation.
Blessures de la vulve et du vagin. — Les contusions et plaies superficielles ne sont pas dangereuses , mais des hémorrhagies mortelles peuvent survenir , ainsi que le prouvent les deux faits rapportés par M. Alex. "Watson (1), et dont voici l'extrait :
Chez la femme Pollœk , qui était morte subitement , on trouva , en écartant les grandes lèvres de la vulve , une plaie de 15 lignes de longueur à la face interne de la petite lèvre du côté droit ; elle résultait d'une section nette et parallèle à la direction de la petite lèvre; le doigt introduit dans son intérieur pénétrait à un pouce et demi de profondeur , dans quatre directions différentes : en haut et en arrière vers la division de l'artère iliaque ; en arrière vers la tubérosité de l'ischion ; latéralement vers l'articulation coxo-fémorale , et en haut vers le mont de Vénus. Aucun vaisseau principal n'avait été ouvert , ce que démontra une injection d'eau chaude poussée par les gros troncs vasculaires. Du côté droit , l'arme avait pénétré jusqu'au péritoine sans intéresser cette membrane, en sorte qu'une quantité considérable de sang s'était épanchée à sa surface. Une autre plaie très petite , nette et superficielle , existait à côté de la première. Du reste , tous
(1) The Edinburgh med. Journal, juillet 1831. Traduit dans les Arch. gèn. de Méd.t t, xxvm, p. 413.
DKS BLESSURES. 75
les autres organes , ainsi que la surface extérieure dli corps , ne présentaient pas de traces de lésion. Un rasoir avait servi à faire la blessure.
Dans le second cas , celui qui est relatif à la mort de la dame Bridget Calderhaed , morte le 1er janvier 1831, on trouva les vêtements teints de sang au voisinage des parties génitales ; une plaie de 10 lignes environ de longueur existait a la grande lèvre gauche, dirigée parallèlement à son bord externe; la plaie conduisait à une petite cavité remplie de sang coagulé et capable de contenir un petit œuf de poule; elle se prolongeait ensuite dans trois directions différentes : en haut vers la symphyse du pubis, en bas vers le périnée , et en arrière le long du vagin et du rectum. La partie la plus profonde avait 2 à 3 pouces d'étendue. Plusieurs vaisseaux avaient été ouverts, et particulièrement la grande artère du clitoris.
Les blessures de la matrice dans l'état de vacuité sont rares en raison de son peu de volume et de sa situation profonde ; mais lorsqu'elle contient un produit de conception , les contusions sur les parois de l'abdomen déterminent souvent une métrite ou l'avortement. Une blessure par instrument piquant ou tranchant est dans ce cas ordinairement mortelle.
L'introduction par le vagin d'instruments propres à percer les membranes et à provoquer l'avortement, amène aussi des accidents fort graves par leurs suites immédiates ou consécutives. Nous reviendrons sur ce sujet en étudiant l'avortement.
Fractures des os du tronc. — Une fracture, en général, ne se consolide pas avant le trentième jour : aussi cette blessure entraîne-t-elle le plus souvent une incapacité de travail personnel de plus de vingt jours. Cette estimation dans la durée d'incapacité de travail varie cependant , selon le siège de la fracture , son état de simplicité ou le nombre des fragments; on devra tenir compte de l'âge du
blessé , de sa constitution , de sa profession. Toutes ces circonstances ne changent pas la matérialité du fait , mais elles peuvent influer sur le jugement des magistrats et des jurés, et atténuer ou aggraver la position du coupable.
Nous allons énumérer les diverses fractures des os qui composent le thorax , en insistant sur les complications fâcheuses qui les rendent mortelles ou qui prolongent la durée de la maladie.
Les fractures simples des côtes et sans déplacement des fragments se consolident facilement et sans danger ; mais s'il y a des esquilles et qu'elles soient déplacées et enfoncées en dedans, elles peuvent déchirer la plèvre ou le poumon , et déterminer des accidents graves.
La luxation de l'extrémité sternale de la clavicule résulte le plus souvent d'un choc qui a frappé l'épaule d'avant en arrière ; on la reconnaît à la saillie que forme en avant l'extrémité libre et à la dépression de l'épaule. La luxation de l'extrémité numérale est caractérisée par la saillie de l'épaule , la mobilité de la clavicule ; on obtient sa réduction en portant la tête de l'humérus de bas en haut et de dedans en dehors ; mais on ne maintient que très difficilement les surfaces articulaires, et il en résulte fréquemment une difformité.
La fracture du sternum n'est pas une maladie grave s'il n'y a pas de déplacement des fragments , et si la contusion n'a pas été violente ; la mort peut être au contraire instantanée, si les poumons ou le cœur sont déchirés par suite de la commotion, de l'enfoncement des fragments.
Les fractures des vertèbres sont toujours très graves et souvent mortelles. La commotion ou la contusion de la partie intérieure de la moelle épinière déterminent une paralysie temporaire ou définitive des extrémités inférieures, de la vessie et du rectum ; si la fracture occupe la région cervicale , l'asphyxie peut être immédiate par la paralysie des muscles inspirateurs.
Les [raclures des os des iles n'ont lieu que par suite de contusions très violentes ou de chutes d'un lieu élevé ; elles sont très difficiles à reconnaître en raison de l'épaisseur des parties molles; elles sont fréquemment mortelles , parla commotion de la moelle ou la déchirure des vaisseaux et des viscères contenus dans le bassin.
Blessures des membres. — Ces blessures , quoiqu'elles n'intéressent point les organes essentiels à la vie , sont quelquefois fort graves et même mortelles , malgré les secours les plus prompts. Les lésions de l'artère ou de la veine crurale au pli de l'aine sont dans ce dernier cas ; celles des artères fémorale, poplitée , brachiale , sont toujours suivies d'accidents sérieux.
La blessure des nerfs s'accompagne de douleurs d'autant plus vives que leur section n'a pas été complète; et elles causent des phénomènes convulsifs ou une perte de sensibilité souvent longs à disparaître , quelquefois suivis du tétanos (1).
Les contusions et les plaies des membres présentent les différents degrés de gravité que nous avons étudiés. Il suffit de se rappeler ce que nous avons déjà dit.
Pour compléter ce qui est relatif aux lésions des os ou des articulations , nous allons énumérer celles des extrémités supérieures et inférieures.
Les f raclures du corps de Y omoplate , celles de l'apophyse acromion et de l'angle inférieur, ne sont point graves par elles-mêmes et guérissent promptement. Celles de l'apophyse coracoïde , et celles du col qui supporte la cavité glénoïde , sont au contraire très graves, parce qu'elles sont constamment accompagnées de contusions profondes , d'écrasement des parties molles voisines , ou de lésions des organes thoraciques. Si le blessé ne succombe pas , une gêne plus ou moins considérable des mouvements de l'arti-
(1) J» Descot , Thèse inaugurale sur les blessures des nerfs. 1822.
culation , ou même l'atrophie et la paralysie du membre , sont les suites ordinaires de ces fractures.
Les fractures simples du corps de l'humérus se consolident vers le cinquantième jour ; celles du col de cet os, que l'on pourrait considérer quelquefois pour une simple luxation , sont presque toujours produites par un coup sur la partie supérieure et externe du bras ; mais elles peuvent arriver aussi par un contre -coup, lors d'une chute sur le coude ou sur la main , le bras étant écarté du tronc. Cette fracture est plus grave que celle du corps de l'os , parce qu'elle se complique de contusion profonde ; et souvent , malgré les soins les mieux entendus , il reste de la difformité et de la gêne dans les mouvements de l'articulation. La consolidation est toujours plus difficile et plus longue.
La fracture de l'extrémité inférieure de l'humérus est également grave , et laisse souvent une fausse articulation : dans ce cas , la mobilité contre nature , la difformité et l'infirmité qui en résultent , varient suivant le mode et la direction de la fracture.
Les fractures de Volécrâne résultent de coups ou de chute : lorsqu'elles sont simples elles guérissent facilement; mais elles se compliquent souvent de lésions de l'articulation , et sont suivies d'ankyloses.
Les fractures du cubitus, ou du radius, ou de ces deux os ensemble sont assez communes , et se consolident assez rapidement. Les fractures des os de la main ne sont produites que par écrasement ou par les projectiles d'armes à feu ; dans tous les cas elles sont fort graves, et peuvent nécessiter l'amputation.
Les luxations de l'humérus sont le plus ordinairement le résultat d'une chute , dans laquelle le coude, étant écarté du corps , appuie fortement sur le sol ou sur un corps ré: sistant ; cependant celte luxation peut aussi avoir lieu lorsqu'un coup violent a porté sur le moignon de l'épaule. La luxation peut avoir lieu en bas, en avant ou en arrière.
Dans la luxation en bas , qui est la plus fréquente , la tète de L'humérus fait dans le creux de l'aisselle une tumeur arrondie, saillante, non anguleuse; l'angle inférieur de l'omoplate est entraîné en dedans ; l'épaule et le coude du bras luxé , vus postérieurement , paraissent plus bas qu'à l'autre membre ; le coude ne peut être rapproché du corps. Lorsque la luxation est en dedans , le coude est très écarté du corps , la tête de l'humérus fait saillie sous l'apophyse coracoïde plutôt que dans le creux de l'aisselle; il y a aplatissement très prononcé du deltoïde en arrière. Dans la luxation en arrière , le bras est dirigé en avant et en dedans ; c'est aussi en avant qu'est la dépression du deltoïde ; la saillie de la tête de l'humérus est en dehors de l'angle antérieur de l'omoplate , au-dessous de la base de l'acromion.
La luxation de V avant-bras dans l'articulation humérocubitale a lieu le plus ordinairement en arrière , et résulte d'une chute sur la paume de la main , l'avant-bras étant un peu fléchi sur le bras. Cette luxation , qui pourrait en imposer, dans certains cas , pour une fracture de l'humérus , guérit en peu de temps , lorsqu'elle est exempte de complication : dès le huitième ou dixième jour, on commence à faire exécuter à l'articulation quelques mouvements pour prévenir l'ankylose. Le plus ordinairement on la reconnaît à la tuméfaction des muscles biceps , brachial et brachial antérieur , à la saillie que fait en arrière l'olécrâne , et à celle que font en devant les deux condyles de l'humérus. Mais souvent il y a en même temps déchirure de l'artère brachiale et du nerf médian.
La luxation du poignet en dehors ou en dedans résulte d'un coup sur le côté de la main , d'une chute , ou d'un renversement brusque sur l'une des parties latérales de l'avant-bras. Si la luxation a lieu en avant , la main est étendue , le carpe fait saillie en avant , les doigts sont fléchis ; lorsqu'elle a lieu en arrière , le corps fait saillie de
ce côté , et les muscles extenseurs sont fortement tendus.
Les fractures du corps du fémur résultent souvent d'une violence directe , mais quelquefois aussi elles ont lieu par contre-coup , dans les chutes sur les pieds ou sur les genoux. La consolidation est complète ordinairement du trentième au quarantième jour chez les enfants , du cinquantième au soixantième chez les adultes, et seulement vers le soixante-dixième chez les vieillards : mais , quelque bien appliqué qu'ait été l'appareil , il arrive fréquemment que le membre blessé reste plus court que l'autre , et , dans tous les cas , le blessé ne doit marcher pendant assez longtemps qu'à l'aide de béquilles.
Une chute sur les pieds ou sur les genoux peut aussi fracturer le col du fémur : néanmoins , sur 30 fractures du col observées par Desault , 1k dépendaient d'une chute sur la hanche. Même dans leur plus grande simplicité , les fractures du col du fémur ont été longtemps regardées comme incurables : du moins est-il certain qu'il y a presque toujours raccourcissement du membre et claudication. Cependant , Dupuytren a prouvé qu'on pouvait obtenir une consolidation complète et sans raccourcissement , mais qu'il fallait pour cela que le blessé séjournât dans l'appareil pendant 120 à 130, et même 140 jours. — Quelquefois la forme des surfaces fracturées est telle qu'elles ne se séparent point immédiatement , et que le blessé peut encore marcher plus ou moins longtemps , et même pendant plusieurs jours , avant que leur déplacement ait lieu.
La fracture de l'extrémité inférieure du fémur est beaucoup moins grave , et ne demande guère plus de temps pour sa guérison que celle du corps de l'os.
Les contusions du genou exigent un repos très longtemps continué, et peuvent avoir les suites les plus graves, lors même qu'elles ont été traitées avec soin. Un coup violent sur le genou peut déterminer une tumeur blanche de celle articulation; mais } dans ce cas, la violence n'est le
DliS BLESSI RES. 81
plus souvent que la cause occasionnelle de la maladie : la mauvaise constitution du blessé en est la cause déterminante-; les plaies du genou avec pénétration dans l'articulation sont graves en raison de l'inflammation qui ne manque pas de s'y développer.
La fracture de la rotule peut être produite par une contraction trop brusque des muscles extenseurs. Elle est alors presque toujours transversale. Quelle que soit la cause de la fracture, la consolidation de l'os n'est complète qu'au bout de plusieurs mois.
Les fractures de la jambe, c'est-à-dire du tibia et du péroné à la fois , sont plus fréquentes que celles d'un des deux os seulement. Elles sont ordinairement l'effet d'un coup porté directement sur le corps de ces os, et elles ont le plus souvent lieu à peu de distance au-dessus des malléoles. Quelquefois le tibia seul est fracturé , et le blessé peut continuer de marcher , les fragments étant maintenus en rapport par le péroné ; mais souvent aussi , le péroné , incapable de supporter le poids du corps , se rompt à son tour. Le diagnostic des fractures du tibia exige , par conséquent , dans certains cas , une très grande attention.
La fracture du péroné peut arriver soit que le pied ait été violemment tourné en dedans, soit qu'au contraire son bord externe ait eu à supporter tout le corps. Dans le premier cas (lorsque le pied a tourné en dedans) , son bord externe refoule le péroné de bas en haut, et cet effort tendant à exagérer sa courbure le fait éclater. Dans le second cas , l'extrémité inférieure de l'os est fracturée par l'effort de traction qu'exercent sur elle les ligaments distendus. Ces fractures peuvent avoir lieu dans la moindre chute , et ne dépendent souvent que d'une position accidentelle du pied , circonstance qui doit être prise en considération.
Les fractures de la jambe ne se consolident que vers le quarante-cinquième ou le cinquantième jour ; ce n 'est qu'au bout de ce temps que le blessé peut commencer à marcher
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avec des béquilles , et en prenant de grandes précautions. La consolidation est à peu près aussi longue , lors même qu'il n'y a qu'un seul os de fracturé.
Les luxations du fémur, du tibia , du péroné , ont lieu moins souvent que celles du membre supérieur ; elles entraînent toujours une maladie de plusieurs mois.
DES BRULURES.
Les brûlures ne sont considérées par la loi que comme des blessures ordinaires , soit qu'elles résultent du contact d'un corps en ignition , ou qu'elles soient produites par des agents chimiques. Dans un rapport, il faut préciser les désordres qui ont eu lieu , et les décrire avec soin.
Nous ne rappellerons ici que très succinctement les signes principaux des cinq degrés de brûlures adoptés par Dupuytren.
1er degré. Rubéfaction de la peau, s'efîaçant sous le doigt. Douleur vive , qui disparaît en quelques jours.
2e degré. L'épiderme est soulevé et forme des phlyctènes pleines de sérosité citrine.
3e degré. Le corps muqueux et la surface papillaire du derme sont détruits.
Le ke degré est caractérisé par la désorganisation de toute l'épaisseur du derme , qui se détache par escarres au bout de plusieurs jours , et laisse à découvert une plaie irrégulière profonde , dont la guérison s'accompagne souvent de difformités et de gêne dans les mouvements selon la partie qui en est le siège.
5e degré. La brûlure intéresse toute la profondeur de la partie qui est carbonisée, et nécessite son ablation. Le pronostic de ces brûlures dépend de leur intensité , de leur étendue , et de la douleur qui les accompagne. La réaction inflammatoire , et surtout l'abondance de la suppuration, augmentent beaucoup leur gravité. Les deux der-
DES BLESSURES. — BRULURES, 83
niers degrés entraînent presque constamment des difformités ou des infirmités.
Une question fort importante est celle de savoir comment on peut distinguer une brûlure faite pendant la vie de celle qui aurait eu lieu après la mort. Le professeur Christison a fait, pour résoudre cette importante question, des expériences (1) d'où il résulte ce qui suit :
De tous les effets qui suivent l'application de la chaleur au corps vivant , le plus immédiat est le développement d'une rougeur plus ou moins étendue. Ensuite se forme une ligne d'un rouge vif, étroite, séparée du point où siège la brûlure par un espace d'un blanc mat, bornée de ce côîé par une ligne de démarcation bien nette, et se fondant insensiblement de l'autre côté avec la rougeur non circonscrite, mais ne disparaissant pas comme elle sous une pression modérée. Cette ligne rouge se montre constamment au bout de quelques secondes ■: elle peut avoir 3 à 6 lignes de largeur ; elle est située autour de l'escarre et à peu de distance de son bord , et elle persiste quelque temps après la mort. Lorsque le corps qui a produit la brûlure est un liquide , les pblyetènes se montrent ordinairement au bout de quelques minutes ; quelquefois cependant, surtout chez les enfants, il n'y a pas de traces de vésication, même au bout de quelques heures. Si la brûlure a été produite par un corps solide , la vésication est encore moins constante. Le plus souvent, au contraire, elle se manifeste très promptement après une brûlure ordinaire, par exemple lorsque le feu a pris aux vêtements.
Ces deux phénomènes : 1° la formation d'une ligne étroite, rouge, entourant la partie brûlée et non susceptible de disparaître sous la pression du doigt ; 2° les pblyetènes remplies de sérosité , sont les seuls qui , apparaissant immédiatement après l'accident , persistent sur le cadavre. Le
(t) annales d'Hygiène et de Méd. lég., t. vu , p. 148.
premier est conslant; le second n'est observable qu'autant que la mort n'a pas suivi de trop près l'accident ; et il est , comme nous venons de le dire, moins constant que le premier. Ces phénomènes , premiers effets de la réaction vitale, n'ont point lieu lorsque le calorique est appliqué sur un cadavre f pour peu qu'il se soit écoulé quelques minutes depuis la mort : on doit donc les considérer comme des signes certains que la brûlure a eu lieu pendant la vie.
M. Devergie (1) prétend qu'une brûlure faite pendant la vie ne laisse pas toujours des traces de son existence après la mort. Cette remarque ne peut s'appliquer sans doute qu'à une brûlure tellement légère que la peau ait été à peine rubéfiée.
M. Leuret a publié (2) une observation qui mérite plus d'attention : un réchaud appliqué 2U heures après la mort sur la peau d'un cadavre infiltré, a fait paraître des phlyctènes remplies d'une sérosité rougeâtre ; mais il n'y avait pas de phlyclènes , si la partie brûlée n'était pas infiltrée.
Les brûlures qui sont le résultat de caustiques ont des caractères physiques très variables et qui n'ont pas encore été décrits avec soin ; Baruel (3) a indiqué les procédés à employer pour reconnaître et distinguer entre elles les taches jaunes des tissus faites par l'acide nitrique , l'iode ou la bile, et qui consistent à verser quelques gouttes de solution concentrée de potasse sur la partie tachée, qui devient rouge pourpre si elle est due à l'acide nitrique , se décolore immédiatement si elle est produite par l'iode , et enfin conserve sa nuance jaune si elle est formée par de la bile.
Mais les escarres consécutives à des brûlures par les acides sulfurique, chlorhydrique, par la potasse concentrée, sont difficilement distinguées entre elles , et , nous le répétons ,
(1) Devergie, Médecine légale, Ve édit., p. 172, t. li(
(2) Ann. d'Hyg. et de Mèd. légale, t. xiv, p. 370,
(3) Annales d'Hygiène, t. i, p. 270,