‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 92 sur 127 · DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX · texte numérisé non relu

DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX

nue et traiter par l'eau la matière carbonisée. Si, après avoir filtré, on ajoute dans cette liqueur un peu de dissolution d'amidon , puis quelques gouttes de chlore , l'iodure de potassium sera décomposé et on obtiendra une coloration violette de l'amidon (1).

L'iode peut être absorbé; M. Cantu, de Turin, et M. Bonnerscheidt l'ont retrouvé dans l'urine , la sueur, la salive et le sang des malades qui en ont fait usage intérieurement ou extérieurement , et le docteur O'Shaugnessey a reconnu l'iode dans l'urine des chiens empoisonnés par cette substance (2).

Iodure de potassium (hydriodate de potasse , iodure potassique).— Substance solide, incolore ou blanche, cristallisable en cubes et surtout en trémies cubiques, hygrométrique, très soluble dans l'eau. Sa dissolution est décomposée par le chlore , qui en sépare de l'iode. Si elle est très étendue , elle devient seulement brune ; mais elle prend une teinte bleue lorsqu'on y délaie de l'empois d'amidon.

L'azotate de protoxide de mercure y détermine un précipité jaune-verdâtre ; l'azotate de bi-oxide un précipité rouge vif (bi-iodure de mercure) , qu'il peut redissoudre lorsqu'il est en excès. Le chlorure de platine lui donne une teinte brune-jaunâtre foncée (iodure de platine).

A la dose de 2 ou 3 gros (4ou6 grammes ) , il détermine comme l'iode une vive irritation. M. Devergie a trouvé la membrane muqueuse gastrique soulevée par de l'emphysème développé entre elle et la musculeuse , et présentant ça et là de petites tumeurs arrondies, rosées et crépitantes, séparées par des ecchymoses et des ulcérations (3). Il est absorbé comme l'iode.

Brome. — Liquide noirâtre vu par réflexion , rouge-

(1) O'Shaugnessey, Lancet, 1, 612.

(2) Journal de Chimie médicale, p. 291 et "04.

(3) Devergie, Médecine légale , 1840, t. m, p. 182.

hyacinthe par réfraction; répandant à l'air des vapeurs orangées analogues à celles de l'acide hypo-azotique, d'une odeur excessivement forte et irrespirable. Gomme l'iode , il tache la peau et les tissus végétaux en jaune. Chauffé , il répand des vapeurs rouge foncé. L'eau en dissout fort peu, mais l'alcool eti'éther en dissolvent davantage. Il a, comme le chlore , la propriété de décolorer la dissolution sulfurique d'indigo , l'encre et la teinture de tournesol. Mis en contact avec le nitrate d'argent , il donne un précipité blanc , floconneux , insoluble dans l'eau et les acides , mais soluble dans un grand excès d'ammoniaque. Enfin , en agitant la solution aqueuse de brome avec une petite quantité de limaille de zinc , la couleur jaune-orangé disparaît , et il en résulte du bromure de zinc incolore qui reste en dissolution. Le chlore versé dans celle-ci en fait reparaître la couleur et l'odeur.

Les accidents de l'empoisonnement par le brome sont les mêmes que ceux causés par l'iode , excepté que les déjections ne sont point de couleur jaune. La muqueuse gastrique est ramollie , enflammée , parsemée d'ulcérations grisâtres : on trouve le duodénum et le jéjunum dans le même état , mais à un moindre degré (1).

Dans un cas d'empoisonnement , si le brome a encore sa couleur et son odeur, on peut traiter l'estomac par l'éther, qui enlèvera tout le brome libre. Si la couleur a disparu , on calcinera l'estomac après avoir saturé par la potasse les acides libres qui peuvent exister, puis on opérera comme nous l'avons dit pour l'iode.

Bromure de potassium (hydro-bromate de potasse, bromure potassique). — Solide, cristallisé, blanc. Traité par le chlore ou l'acide sulfurique, il s'en sépare du brome, reconnaissable à son odeur et à sa couleur. Le brome mis à

(1) Barthez, Dissert. z'naz^ur. Paris, 1820. — Rutsre, Archives gén. de Méd.y xxiv, 289.

DES ACIDES. ohl

nu et repris par l'étlier donnera ensuite les réactions propres à ce corps.

Le bromure de potassium exerce sur les animaux la môme action que l'iodure de potassium (Barthez).

Page 1