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Phosphore. — Solide , ordinairement en bâtons cylindriques , incolore et demi-transparent ou coloré. Quelquefois sa surface est nette ; d'autres fois elle est couverte d'un enduit blanc ou rougeâtre. Le phosphore peut aussi être noir ou opaque. Il est lumineux dans l'obscurité et répand des vapeurs blanches dans l'air humide. ïî est mou et flexible à peu près comme la cire. Il a une odeur analogue à celle de l'ail. Chauffé, il fond à 43°, et peut être distillé sans altération , pourvu qu'il soit privé du contact de l'air. Dans le cas contraire , il brûle vivement en répandant d'abondantes vapeurs blanches qui excitent la toux.
Le phosphore introduit dans l'estomac donne la mort en déterminant l'inflammation du canal digestif. Lorsqu'il est en dissolution dans un véhicule , comme l'alcool ou l'éther, sa combustion devient plus rapide , et des vapeurs blanches sortent de la bouche et des narines (1). Alors, les douleurs sont atroces , les vomissements opiniâtres , et la mort arrive au milieu d'horribles convulsions. L'action du phosphore présente un phénomène très caractéristique; c'est une vive excitation de l'appareil génital et souvent même le priapisme : aussi a-t-on des exemples d'empoison-
(1) Mageindie, Expér. pour servir à V hist. de la respiration pulmonaire. Mémoire lu à l'Institut en ïSil, p. 10.
DES POISONS IRRITANTS MINÉRAUX. ,'iûo
mcnts accidentels par cette substance employée à titre d'aphrodisiaque (1).
A l'autopsie , on trouve la muqueuse gastro - intestinale enflammée , parsemée de taches noires ou ardoisées : et quelquefois elle est gangrenée ou perforée. On a trouvé des taches semblables sur diverses parties du corps et jusque dans les poumons (2).
Pour rechercher le poison après la mort , on examinera si l'estomac et les intestins ne renferment point de phosphore solide. Les propriétés physiques de ce corps sont si tranchées qu'il n'est pas possible de le confondre avec une autre substance. D'ailleurs , chauffé avec l'acide azotique faible , il est peu à peu transformé en acide phosphorique qu'on distingue facilement par ses caractères particuliers. Dans le cas où on n'en découvrirait pas de traces , il faudrait recueillir les matières solides et fluides du canal intestinal , afin de s'assurer si elles ne contiennent pas des acides du phosphore produit par la combustion développée dans l'estomac.
Iode. — Solide , d'un gris noirâtre , sous la forme de petites écailles cristallisées , d'un éclat métallique comparable à celui de la plombagine. Il a une odeur forte, analogue à celle du chlore ; une saveur acre , persistante. Il tache la peau et le papier en jaune: mais ces taches disparaissent bientôt à l'air ou à l'aide de la potasse ; ce caractère peut servir à distinguer les taches produites par l'iode de celles formées par l'acide azotique , qui rougissent par la potasse , et de celles produites par la bile , qui persistent sans changer d'aspect (Barruel).
Chauffé dans un vase de verre , à une température inférieure à la chaleur rouge, l'iode se sublime en formant de belles vapeurs violettes qui se condensent , par le refroi-
(1) Worbe, Mémoire lu à la Soc. méd. d'Emulation. 1825.
(2) Julia le FojNTEîvelle, Revue médicale, 1829, t. ni. p. 429.
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dissement , sous la forme de petits cristaux lamellaires et brillants. L'eau le dissout à peine; mais l'alcool et l'éther le dissolvent facilement en le colorant en rouge brun foncé.
L'iode à l'état solide , ou dissous dans l'alcool , mêlé avec une petite quantité d'empois récemment préparé et délayé dans l'eau , s'y combine en donnant naissance à un composé d'une couleur bleue-noirâtre très foncée. Combiné avec les métaux, à l'état d'iodure, il est séparé de ses combinaisons par le chlore , et une dissolution renfermant des traces d'un iodure peut colorer l'empois en bleu , lorsqu'on y verse une dissolution de chlore.
D'après les expériences de M. Orfila (1), l'iode introduit dans l'estomac, à la dose de k à 8 grammes , détermine des nausées, de l'ardeur à la gorge, une douleur vive h l'estomac, des vomissements de matières tachées de jaune et d'une odeur d'iode , et des selles analogues. La mort survient avec tous les symptômes d'une vive irritation. On trouve la muqueuse gastrique recouverte d'un enduit jaunâtre, enflammée dans toute son épaisseur et présentant ça et là des ulcérations bordées d'une auréole jaunâtre : l'intestin grêle est tapissé par un enduit muqueux, jaune, mêlé de sang ; les poumons , resserrés sur eux-mêmes , sont crépitants ; les organes exhalent une odeur d'iode.
Dans un cas d'empoisonnement par l'iode, s'il colore le canal intestinal , il faut essayer les taches par la potasse et le papier amidonné ; mais s'il a été transformé en acides iodique et iodhydrique, ce qui est arrivé souvent dans les expériences qui ont été faites sur les chiens , il faut laver la surface interne du tube digestif avec une solution faible de potasse , faire bouillir et filtrer; puis faire passer dans la liqueur un excès d'acide sulfhydrique ; concentrer et dessécher le mélange ; le calciner dans une cornue; casser la cor-
(1) Toxicologie générale, t. i, p. 72. 1843.