‹ Manuel pratique de médecine légaleChapitre 96 sur 127 · PRÉPARATIONS MERCURIELLES · texte numérisé non relu

PRÉPARATIONS MERCURIELLES

action sur le cœur et sur les poumons. Ce sont là , disonsnous , les effets du sulfure de mercure du commerce , mais quand il a été obtenu bien lavé et bien pur, il exerce peu d'action sur l'économie.

On a constaté que les confiseurs colorent quelquefois les pralines et autres sucreries avec le bisulfure de mercure , et qu'il en résulte des accidents graves.

Cyanure de mercure. — Solide , cristallisé en prismes quadrangulaires , coupés obliquement , d'une saveur styptique métallique; son odeur est nulle. Desséché à une température peu élevée , puis chauffé dans un tube fermé par une extrémité , il se décompose en fournissant du mercure métallique qui s'attache en petits globules aux parois, du cyanogène gazeux et un résidu noir charbonneux.

On reconnaît facilement le cyanogène à son odeur forte et pénétrante, et à la flamme purpurine avec laquelle il brûle lorsqu'on vient à l'enflammer. Le cyanure de mercure est peu soluble dans l'alcool ; mais l'eau le dissout facilement, et en plus grande quantité à chaud. Sa dissolution n'est pas troublée par les alcalis ; l'acide sulfhydrique et les suifhydrates simples y produisent un précipité noir de sulfure de mercure qui, recueilli et chauffé dans un tube, avec de la potasse , donne des gouttelettes de mercure. Une pile de Smithson , mise dans ce liquide , y décèle la présence du mercure.

Le cyanure de mercure , introduit dans l'estomac à la dose de quelques centigrammes, détermine les symptômes suivants : odeur particulière de l'haleine , salivation abondante et infecte , soif vive , douleurs dans l'abdomen , qui le plus souvent est insensible à la pression; vomissements de matières sanguinolentes , urines rares ; pouls d'abord fort , céphalalgie , convulsions générales suivies de prostration. Dans une observation communiquée par M. Kapeler à M. Orfiîa , le pénis était en demi- érection, et les bourses avaient pris une teinte violette. La mort survient ordinai-

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renient au bout de quelques jours , précédée d'une grande faiblesse , de petitesse et de contraction du pouls.

M. Ollivier d'Angers a fait sur les animaux des expériences dont les résultats coïncident avec ce qui a été observé chez l'homme. Les effets de ce poison sont plus prompts quand on l'injecte dans le tissu cellulaire que lorsqu'il est introduit dans l'estomac. Il paraît agir localement en irritant les parties qu'il touche, et d'une manière générale par absorption.

A l'autopsie , on trouve les lèvres , la langue , l'intérieur des joues parsemées d'ulcérations grisâtres , si le poison a été pris en dissolution concentrée. La muqueuse gastrointestinale est rouge et boursouflée , les poumons sont sains.

Proto-iodure de mercure. — Jaune, verdâtre, insoluble dans l'eau. Chauffé dans un petit tube de verre fermé, il fournit des vapeurs violettes. Mêlé à de la potasse , et chauffé fortement dans un tube effilé , il donne du mercure métallique qui se volatilise , et laisse un résidu d'iodure de potassium , reconnaissante aux caractères indiqués. (Voy. lodure de potassium.)

Bi-iodure de mercure. — Il est d'un rouge vif ; il jaunit quand on le chauffe, et se comporte avec les réactifs comme le proto-iodure de mercure ; mais sa couleur suffit pour le distinguer de ce poison.

Ces deux composés sont vénéneux. Le proto-iodure est moins actif; il paraît être au bi-iodure ce qu'est le protochlorure au bichlorure de mercure.

Proto-azotate de mercure. — Il se présente en cristaux prismatiques, d'une saveur acre et très styptique. Chauffé sur les charbons ardents, il ne fuse pas, mais il exhale une vapeur rutilante ayant l'odeur d'acide hypo-azotique ; le résidu devient jaune, ensuite rougeâtre, et se dissipe par une plus forte chaleur. L'acide sulfurique et la solution de protosulfate de fer dans l'acide sulfurique agissent sur lui comme sur les autres azotates.

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La solution aqueuse précipite en noir par les alcalis, en blanc par l'acide chlorhydrique, en jaune verdâtre, par l'iodure de potassium ; une lame de cuivre en sépare du mercure métallique.

Bi-azotate de mercure. — Ce sel est blanc, acide, plus acre et plus caustique que le proto-azotate. Mis en contact avec l'épidémie , il le tache en noir. Il absorbe l'humidité de l'air; l'eau le décompose en le transformant en un sel acide qui se dissout et en un sel basique insoluble. Il fournit par la chaleur les mêmes produits que le proto-azotate ; il se distingue aisément du proto-azotate en ce que sa solution aqueuse est précipitée en jaune par la potasse, la soude ou l'eau de chaux en excès , en blanc par l'ammoniaque ; l'iodure de potassium donne un précipité rouge vif; enfin, ni l'acide chlorhydrique étendu d'eau, ni la solution d'un chlorure alcalin n'y forment de précipité, comme cela a lieu dans le proto-azotate de mercure.

Azotate acide de mercure. — Ce composé, employé en chirurgie, est une solution de h grammes d'azotate de mercure dans 2 grammes d'acide azotique. Cette liqueur offre les caractères de l'acide azotique et ceux du sel qui s'y trouve dissous. Pour distinguer une pareille liqueur de la dissolution de bi-azotate de mercure , il suffirait de la distiller au bain de chlorure de calcium ; on obtiendrait une grande quantité d'acide azotique que l'azotate acide ordinaire ne peut pas donner à cette température.

Ce composé est devenu la source d'empoisonnement. On a rapporté un exemple (1) dans lequel un garçon boucher mourut trois heures après avoir avalé, dans l'intention de se suicider, une cuillerée à thé d'azotate acide de mercure. Les symptômes consistèrent en douleurs horribles dans le pharynx, l'œsophage et l'estomac, une anxiété extrême, les extrémités froides, le pouls petit, des coliques et des

(I) Bigsley, Ihe médical Gazelle-, décembre 1831.

selles abondantes ; puis survint une faiblesse générale et la mort. A l'autopsie , on a trouvé une vésication à la partie postérieure de la langue , des escarres imparfaites sur le pharynx, un épaississement considérable des parois de l'estomac, les intestins grêles, étaient rouges et injectés; le rectum tout-à-fait sain.

M. Ollivier d'Angers a rapporté (1) un cas dans lequel des accidents survinrent à la suite de l'emploi de l'azotate acide de mercure, étendu d'eau , en frictions sur diverses parties du corps qui étaient le siège de démangeaisons. Les gencives se recouvrirent de pellicules blanchâtres, une salivation désagréable se manifesta, l'haleine était fétide, et les dents avaient perdu leur blancheur.

M. Martin Solon a vu le gonflement des gencives, avec fausses membranes et salivation abondante, survenir à la suite de cinq ou six cautérisations faites en dix jours pour des verrues développées à toute la surface du corps d'une femme âgée.

Proto-sulfate de mercure. — Solide, blanc, et présentant tous les caractères de l'azotate de protoxide de mercure, excepté le dégagement de vapeurs d'acide azotique par l'acide sulfurique; il s'en distingue encore en ce que, dissout dans l'eau bouillante, il fournit avec le chlorure de baryum un précipité blanc de sulfate de baryte, insoluble dans l'eau et dans l'acide azotique.

Bisulfate de mercure. — Solide, blanc, d'une saveur acre, caustique, se décomposant par l'eau de manière à donner un bisulfate acide soluble et un bisulfate basique, jaune et insoluble (turbith minéral). La liqueur rougit le tournesol, précipite en blanc par le chlorure de baryum (sulfate de baryte), et se comporte en outre avec les réactifs comme le bichlorure de mercure dissous. Le corps insoluble (turbith) est jaune, pulvérulent, insipide; traité par la potasse,

(1) Annales d'Hygiène et de médecine légale, t. xxvm, lre partie.

il donne du sulfate de potasse soluble, et le dépôt peut être transformé en bichlorure de mercure par l'acide chlorhydrique.

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