CHAPITRE VI
DES PREPARATIONS ARSENICALES.
Arsenic métallique (régule d'arsenic, cobalt, pondre aux mouches). — Solide, d'un gris presque noir, cristallisé en tétraèdres , possédant l'éclat métallique en quelques points; ou en poudre brillante, quelquefois ternie par son oxidation à l'air. Il est insoluble dans l'eau. Placé sur un test de porcelaine chauffé , ou sur des charbons ardents , il répand à l'air une fumée noirâtre à son origine , blanche alors qu'elle se dissémine dans l'air et exhalant l'odeur d'ail. L'arsenic volatilisé dans un tube ne peut être confondu qu'avec le mercure ou l'antimoine; mais il se distingue du premier métal : 1° en ce qu'il se rassemble sous la forme d'une lamelle cassante; 2° en ce qu'il ne peut pas être ramassé en globules ; 3° en ce que traité par l'eau régale à chaud , le résidu de l'évaporation précipite en rouge brique par l'azotate d'argent.
Quant à ses différences avec l'antimoine, (voy. appareil de Marsh. )
Quand on n'a que de très petites quantités d'arsenic , il n'est pas toujours facile de s'assurer si c'est bien à ce métal qu'on a affaire. Plusieurs moyens ont été proposés pour arriver à le reconnaître : 1° faire bouillir l'arsenic pendant deux heures ; 2° faire passer un courant d'air dans de l'eau où on a placé l'arsenic ; 3° y substituer un courant d'oxigène. Dans ces trois cas , il se forme de l'acide arsénieux précipitable en sulfure jaune d'arsenic , par les aci-
des sulfhydrique et chlorhydrique (1). Le dernier moyen, à l'aide de l'oxigène , est le meilleur. M. Devergie (2) préfère traiter l'arsenic par l'eau régale , évaporer et toucher le résidu avec l'azotate d'argent; on peut employer indifféremment l'un ou l'autre de ces procédés. Mais il faut éviter de traiter l'arsenic par l'acide azotique. Il se formerait alors un mélange d'acide arsénieux et d'acide arsénique qui précipite peu ou point par l'acide sulfhydrique. C'est ce qui est arrivé à MM. Orfila, Devergie et Barruel dans une affaire d'empoisonnement (3).
Acide arsénieux (oxide blanc d'arsenic, oxide d'arsenic, arsenic blanc , mort aux rats , vulgairement arsenic). — Il est solide et peut exister sous deux états différents : ou il est limpide, légèrement jaunâtre, cohérent et a l'apparence du verre, ou bien il est blanc, translucide ou opaque, assez fragile et ressemblant à un émail très fin. Lorsqu'il est en poudre et qu'elle n'est pas trop fine , il a un aspect analogue à celui du sucre.
La saveur de l'acide arsénieux est d'abord très faible , puis elle laisse enfin un petit goût légèrement acre analogue à celui des pommes sures. Il est volatil et répand des vapeurs blanches d'une grande âcreté, lorsqu'on le jette sur un test de porcelaine rougi ; mais si on le place sur un charbon incandescent, il est en partie décomposé, et donne alors des vapeurs alliacées d'arsenic métallique. Lorsqu'on le mêle intimement à du flux noir et qu'on le chauffe dans un tube effilé, on obtient de l'arsenic métallique reconnaissable aux caractères précités. L'acide arsénieux transparent est moins soluble que celui qui est opaque.
La dissolution est incolore : elle a une légère saveur acre. L'acide sulfhydrique y fait naître un précipité jaune serin de sulfure d'arsenic lorsque les liqueurs sont concentrées :
(1) Orfila , Toxicologie, t. i, p. 303, 4e édit., 1843.
(■>) Méd. ttg. , t. m , p. 408.
(3) Devergie, Méd. léy.Tî$A0, t. m, p. 408.
mais si elles sont étendues, la liqueur jaunit seulement et ne donne de précipité sensible que par l'évaporation , et mieux encore par l'addition de quelques gouttes d'acide chlorhydrique. Ce précipité est soluble dans l'ammoniaque, dont il est de nouveau séparé par les acides.
Le précipité de sulfure d'arsenic desséché et mêlé à du flux noir ou à de la potasse et du charbon , donne de l'arsenic métallique. Traité par l'eau régale à chaud , le produit repris par l'eau , évaporé et introduit dans l'appareil de Marsh, fournit de l'arsenic métallique. (Voy. Appareil de Marsh.)
La dissolution d'acide arsénieux offre encore d'autres réactions chimiques , mais qui deviennent inutiles lorsque l'on a obtenu les résultats indiqués plus haut. Elle précipite en blanc par l'eau de chaux (arsénite de chaux) : le précipité est soluble dans un excès d'acide arsénieux ou d'acide azotique. Saturé par la potasse ou la soude , l'acide arsénieux en dissolution donne un précipité vert-pomme d'arsénite de cuivre par le sulfate de cuivre. L'azotate d'argent fait naître un précipité jaune pâle d'arsénite d'argent, l'azotate de plomb un précipité blanc.
Les exemples d'empoisonnement par l'acide arsénieux sont, sans contredit, les plus fréquents; et cela tient à ce que cette substance est employée dans les arts , qu'on s'en sert communément comme mort aux rats, et que par conséquent ce redoutable poison est à la disposition de beaucoup de personnes.
Action sur V économie animale. — Introduit dans l'estomac, l'acide arsénieux détermine les symptômes suivants : saveur âpre , constriction à la gorge , douleurs excessivement vives à l'épigastre , nausées , vomissements de matières diversement colorées , contenant parfois de petits grains blancs quand le poison a été pris en poudre , selles souvent sanguinolentes , accompagnées de violentes coliques ; resserrement spasmodique des mâchoires, hoquet, respi-
ration gênée, fréquente, puis lente; pouls, d'abord fréquent, irrégulier, fort et inégal, s'affaiblissant ensuite en devenant imperceptible ; urine ronge et quelquefois sanguinolente. Alors surviennent alternativement des syncopes et des convulsions ; et la mort arrive , précédée soit d'une insensibilité générale , soit d'angoisses horribles. Si la dose a été très forte , des syncopes alternant avec l'insensibilité sont les seuls symptômes qui se manifestent. On a même rapporté des cas où aucun trouble apparent n'a précédé la mort, survenue longtemps après l'ingestion du poison.
A l'autopsie , on remarque que la bouche , les lèvres , la langue , les joues, offrent souvent une rougeur intense. La membrane muqueuse de l'estomac est tantôt saine, tantôt rouge ou comme macérée ^ et présente çà et là des ecchymoses; quelquefois l'estomac est perforé. Il arrive que lorsque l'arsenic a été pris en poudre , on trouve à la surface de cet organe des petits points blancs , qui sont de l'acide arsénieux ; il ne faut pas les confondre avec des corpuscules graisseux mêlés à de l'albumine, qui s'aplatissent entre les doigts et ne présentent jamais de forme anguleuse.
Ces diverses lé ions de l'estomac ne sont du reste pas constantes, ainsi que l'ont démontré Ghaussier, Marc et d'autres auteurs , en sorte que leur absence ne suffirait jamais pour conclure qu'il n'y a pas eu empoisonnement.
Les poumons sont gorgés de sang comme dans la mort par asphyxie. Le cœur et les vaisseaux renferment un sang noir et sirupeux. La roideur cadavérique est très prononcée.
Si le poison n'avait été introduit dans le canal intestinal qu'après la mort , on le reconnaîtrait à la ligne de démarcation bien tranchée qui existerait entre la rougeur des points en contact avec la substance vénéneuse et l'état sain des parties voisines.
L'acide arsénieux ne parait pas déterminer la mort par
l'action locale qu'il produit , mais bien par l'influence qu'il exerce sur le système nerveux.
Antidote. — On administrera du sesqui-oxide de fer hydraté , suspendu dans de l'eau sucrée. On en fera prendre 60 à 120 grammes , en même temps qu'on provoquera les vomissements.
Recherches chimiques. — Les expériences que l'on doit faire dans les recherches chimiques relatives à l'empoisonnement par cet acide , sont des applications de ce que nous avons dit plus haut.
S'il reste une portion de la matière suspecte qu'on suppose avoir occasionné la mort , on la soumettra d'abord à l'action du feu ; ensuite on en dissoudra une certaine quantité dans l'eau bouillante , et on examinera si cette dissolution se comporte avec les réactifs comme nous l'avons indiqué précédemment.
Si le reste du poison a été dissous dans l'eau , on en fera évaporer une portion dans une capsule de porcelaine pour examiner le résidu , et on agira sur l'autre portion avec les réactifs précités.
Si tout le poison a été avalé , il faudra agir sur les matières des vomissements de la même manière que sur celles de l'estomac et des intestins. Ainsi, il faudra d'abord rechercher si à l'œil nu et ensuite à l'œil armé d'une loupe , on n'aperçoit pas de fragments d'acide arsénieux parmi ces matières , on les extrairait avec une pince pour les examiner en particulier.
Cette première exploration terminée , on lave et on arrose toute la surface de la membrane muqueuse avec de l'eau distillée , on décante toutes les eaux de lavage , et l'on aperçoit souvent au fond de ce liquide des parcelles d'acide arsénieux plus ou moins divisé ; on les isole pour les laver de nouveau et les soumettre à l'analyse de l'acide arsénieux pur.
Alors on réunit les matières liquides et solides trouvées
400 MANUEL DE MÉDECIiNE LÉGALE.
dans l'estomac, aux eaux de lavage et à l'estomac lui-même coupé par morceaux. On fait bouillir pendant une heure avec de l'eau distillée , on laisse refroidir et on opère la filtration du liquide, en ayant soin de mouiller préalablement le filtre avec de Veau distillée. On ajoute à la liqueur filtrée quelques gouttes d'acide chlorhydrique, afin de la rendre acide, puis on y fait passer un courant de gazsulfhydrique.
Si la liqueur renferme de l'arsenic , elle jaunit au bout de quelque temps, puis il s'en précipite du sulfure d'arsenic à l'état de poudre jaune. Souvent le dépôt ne se forme pas immédiatement, mais il est ordinairement rassemblé au bout de vingt-quatre heures ; quelquefois on ne l'obtient qu'au bout de plusieurs jours (1).
On fait passer la dissolution à travers un filtre, et on lave le sulfure d'arsenic. Si la quantité est tellement petite qu'on ne puisse le retirer du filtre, on l'enlève au moyen de l'ammoniaque caustique, qu'on évapore ensuite dans un verre de montre : le sulfure apparaît avec sa couleur jaune lorsque l'ammoniaque a été volatilisée; alors on y verse quelques gouttes de dissolution de potasse, qui se détache facilement; on y mêle du flux noir, et on dessèche doucement le mélange dans un tube à réduction; on chauffe légèrement l'extrémité du tube à la lampe à esprit de vin, afin de dessécher la matière, puis on absorbe au fur et à mesure l'humidité du tube, à l'aide d'un papier roulé sur un fil de fer, et quand il ne se dégage plus de vapeur aqueuse, on effile le tube à la lamps d'émailleur, on fait rougir alors l'extrémité fermée du tube, et on chasse peu à peu l'arsenic jusqu'à la partie rétrécie ; il s'y trouve réparti sur une surface si petite qu'on peut reconnaître les doses les plus faibles.
Appareil de Marsh. — Le procédé que nous venons d'indiquer est aussi sûr qu'exact ; mais aujourd'hui on emploie un moyen beaucoup plus sensible.: nous voulons
(I) Annales d'Hygiène et de Médecine légale, t. ix, p. 410.
PRliPAKATlOiNS ARSElNICALJLS.
/lOl
parler du procédé publié par James Marsh en 1838. Ce procédé est fondé sur la propriété qu'a l'hydrogène à l'état de gaz naissant de réduire les acides arsénieux et arsénique, et de former avec leur radical métallique du gaz hydrogène arsénié, lequel se décompose à une température peu élevée. Il suffit, en effet, de faire passer ce gaz par un tube chauffé au rouge sombre pour le décomposer en hydrogène pur qui se dégage, et en arsenic métallique qui vient se condenser dans la partie antérieure plus froide du tube. D'un autre côté, quand on enflamme le gaz hydrogène arsénié, l'élément le plus combustible, l'hydrogène, brûle le premier; et si l'on place dans la flamme un corps froid, il se dépose de l'arsenic métallique.
Ce sont ces propriétés que Marsh a eu l'heureuse idée de mettre à profit pour démontrer la présence de l'arsenic dans les cas d'empoisonnement
L'appareil qu'il a mis en usage (fig. 1) se compose d'un tube de verre recourbé en siphon , de 2 à 2 centimètres et demi de diamètre intérieur, ouvert à ses deux extrémités ; un tube de métal muni d'un robinet et terminé par une ouverture circulaire très étroite , est engagé au moyen d'un bouchon dans la petite branche du tube. Une lame de zinc est suspendue dans cette branche, à quelques centimètres au-dessus de la courbure ; enfin , tout l'appareil est maintenu dans une position verticale au moyen d'un support.
L'appareil étant ainsi disposé, le robinet ouvert, on verse la liqueur suspecte par la grande branche, après l'avoir convenablement acidulée avec de l'acide sulfurique ; la liqueur s'élève jusqu'à une petite distance du bouchon ; on
Va.
Fig. 1,
ferme le robinet. Le zinc est attaqué, et il se dégage de l'hydrogène qui déprime la colonne liquide dans la grande branche : bientôt le zinc est mis à nu et le dégagement de gaz cesse. On essaie alors l'hydrogène qui s'est produit pendant la réaction ; pour cela , on ouvre le robinet , on enflamme le gaz à sa sortie , et l'on tient horizontalement en contact avec la flamme une lame de verre ou une soucoupe de porcelaine. Si l'hydrogène est mélangé d'hydrogène arsénié, il se forme un dépôt métallique d'arsenic. A mesure que le gaz hydrogène s'écoule, la liqueuracide remonte et arrive de nouveau en contact avec le zinc : le dégagement recommence ; on ferme alors le robinet jusqu'à ce que la courte branche soit de nouveau remplie de gaz, et ainsi de suite.
Ce procédé réussit fort bien lorsque les liqueurs suspectes sont limpides; mais lorsqu'elles sont visqueuses, comme cela arrive presque toujours dans les recherches médico-légales, le dégagement d'hydrogène donne beaucoup de mousse, et il faut attendre souvent longtemps avant que cette mousse soit tombée et qu'elle permette d'enflammer le gaz. Marsh recommandait, pour empêcher la formation de la mousse, de verser une couche d'huile à la surface du liquide. Nous verrons plus loin quels sont les procédés qu'on a conseillés et qu'on suit actuellement pour détruire complètement la matière organique ; à l'aide de ces procédés, on a des liqueurs limpides et qui ne donnent pas de mousse dans l'appareil de Marsh.
Le procédé de Marsh, d'une simplicité extrême, d'ailleurs, peut, comme l'a observé M. Liébig, donner lieu à des erreurs graves, si Ton se contente d'un examen superficiel des taches. Cet habile chimiste a vu, en effet, que l'appareil de Marsh pouvait donner des taches miroitantes, ressemblant beaucoup à celles de l'arsenic, quand la liqueur soumise à l'essai renferme en dissolution une quantité un peu notable de certains métaux, du fer, par exemple, à
l'état de chlorure. Cela tient à ce que le gaz entraîne avec lui mécaniquement des gouttelettes de la dissolution, et alors les sels métalliques sont réduits dans la flamme de l'hydrogène et se déposent sous forme de taches sur la porcelaine.
M. Liébig recommande de faire passer le gaz à travers un tube de verre peu fusible, de quelques millimètres de diamètre, chauffé au moyen d'une lampe à alcool : l'arsenic vient former alors un anneau miroitant un peu en avant de la partie chauffée, tandis que les métaux entraînés mécaniquement avec la dissolution se réduisent par l'hydrogène dans la partie chauffée et s'y arrêtent. Cette modification a des avantages sur le procédé primitif.
L'appareil proposé par Marsh ne fut pas généralement adopté; il était un peu compliqué et le dégagement de Fig. 2. gaz était intermittent. On préféra se
servir des flacons ordinaires des laboratoires, à l'aide desquels le dégagement devenait continu. Ainsi, Mohr employa la lampe philosophique représentée (fig. 2); M. Orfila fit usage d'un appareil très analogue à celui de Mohr ; cependant , il en diffère par la courbure du tube (fig. 3, p. UOU). Afin d'éviter les chances d'explosion , on commence par chasser complètement l'air du flacon au moyen de l'hydrogène pur obtenu par la réaction de l'acide sulfurique seul sur le zinc, et on peut introduire ensuite la liqueur au moyen d'un tube de sûreté adapté au flacon. C'est ce qu'a fait M. Chevallier dans l'appareil qu'il a proposé
(fig. U).
Ce dernier chimiste, conjointement avec M. Orfila, employa, dans une expertise, un appareil où se trouvent mises
Fig. 3. Fig. 4.
en pratique les modifications proposées par MM. Liébig et Berzélius. Le gaz hydrogène se dégage du flacon (fig. 5);
Fig. 5.
on introduit par le tube S !a liqueur suspecte, et on chauffe avec une lampe le tube horizontal ; on enflamme l'hydrogène dans le ballon qui termine l'appareil, et si de l'hydrogène arsénié a échappé à la chaleur décomposante de la lampe, il brûle et se convertit en acide arsénieux qui se dépose sur les parois du ballon, où l'on peut le recueillir pour l'introduire de nouveau dans l'appareil
PREPARATIONS ARSENICALES.
Fig. 6.
M. Orfila a employé en dernier lieu un appareil extrêmement simple (fig. 6).
Il a allongé le tube à dégagement ordinaire du gaz , l'a cambré légèrement dans le tiers de sa longueur, et y a introduit un peu d'amiante. Il maintient une lampe à esprit
de vin allumée sur cette dernière partie. Alors le gaz hydrogène arsénié se trouve décomposé par la chaleur de la lampe, et l'arsenic métallique se dépose sous forme d'un anneau facilement reconnaissable , tandis que l'hydrogène réduit se dégage et vient sortir par la partie effilée du tube. En l'enflammant , il ne déposera que de l'eau , s'il a abandonné tout son arsenic; mais s'il est mêlé d'hydrogène arsénié qui aurait échappé à l'action de la chaleur, celui-ci sera à son tour décomposé, et laissera déposer sur un corps froid , une soucoupe , par exemple , des taches arsenicales sur lesquelles on pourra facilement expérimenter. L'amiante a pour but d'abord de diviser le gaz , et ensuite de retenir les parcelles de solution de zinc qui auraient pu être entraînées , et donner des taches autres que celles du composé arsenical.
Les préparations antimoniales traitées dans les mêmes circonstances par l'appareil de Marsh , donnent des taches noires sur les capsules de porcelaine. Ces taches , que l'on pourrait confondre à la vue avec celles produites par les préparations arsenicales, s'en distinguent, l°en ce qu'elles ne se volatilisent qu'en partie lorsqu'on les expose à la flamme du gaz hydrogène pur ; 2° chauffées avec l'acide azotique , elles sont transformées en acide antimonieux qui n'éprouve aucun changement par la solution d'azotate
d'argent , tandis que les taches d'arsenic fournissent , par le même réactif, de l'acide arsénique, qui précipite en rougebrique par cette même solution.
M. Orfila a fait voir que l'acide arsénieux pouvait être retrouvé après la mort dans le sang , dans les viscères et dans l'urine (1).
Plusieurs procédés ont été conseillés pour détruire les matières organiques et obtenir des liqueurs propres à être introduites dans l'appareil de Marsh.
M. Orfila avait d'abord proposé de traiter les matières animales desséchées par trois fois leur poids d'acide azotique. Il les plaçait dans une capsule sur un feu doux , et lorsque la réaction charbonneuse de l'acide était terminée, il laissait refroidir le charbon obtenu , le traitait ensuite , à l'ébuliition , par de l'eau distillée, et enfin la liqueur filtrée était introduite dans l'appareil de Marsh. — Mais M. Orfila a abandonné ce procédé, et il préfère actuellement le traitement par l'azotate de potasse , lorsqu'on ne peut pas employer le chlore , ainsi que l'a indiqué M. Jacquelain (voyez plus loin ).
Ce procédé consiste à mélanger la matière animale avec le double à peu près de son poids d'azotate de potasse , et à la dessécher dans une capsule de porcelaine , à une douce chaleur, en agitant de temps en temps. Cette opération faite , on chauffe au rouge obscur un creuset de Hesse neuf, et on y ajoute par pincées le mélange organo-salin jusqu'à épuisement de la matière.
Si , dès la première pincée toutefois , le produit de la déflagration, au lieu d'être blanc ou simplement grisâtre, était encore charbonneux, ce serait une preuve que la proportion de nitre n'aurait pas été assez forte pour incinérer toute la matière animale; il faudrait alors ajouter au mélange une nouvelle quantité de sel comburant , ca-
(1) Orfila, Toxicologie, t. i, p. 347. 4e édit., 1843.
pablc de produire un résidu salin , tel que nous l'avons dit.
Lorsque toute ia masse a subi la déflagration , on retire le creuset du feu , et quand il est assez refroidi pour que la matière ait acquis une consistance molle , on verse dans le creuset, et par très petites parties, un peu d'eau distillée , afin de délayer cette matière et de pouvoir la verser dans une capsule de porcelaine. Si une partie de la masse saline restait adhérente au creuset , on la détacherait en faisant bouillir dans celui-ci un peu d'eau , que l'on verserait ensuite dans la capsule.
On décompose ensuite la masse saline par de l'acide suifnrique concentré et pur, que l'on emploie par petites parties et jusqu'à ce qu'il. n'y ait plus d'effervescence: alors on fait bouillir pendant un quart d'heure , une demiheure ou une heure, suivant la proportion de matière sur laquelle on agit , afin de chasser la totalité des acides azotique et azoteux. Pour faciliter le dégagement des dernières portions de ces acides, on ajoute, lorsque la masse est épaissie, une certaine quantité d'eau distillée, et on fait bouillir encore : il est indispensable de chasser complètement les acides azotique et azoteux , pour ne point enrayer, d'une part, le dégagement du gaz hydrogène , et de l'autre pour éviter les explosions.
Cette opération terminée , on reprend par l'eau le produit de l'évaporation saline , et le solutum est introduit dans l'appareil de Marsh. S'il était par trop acide, on le saturerait par de la potasse à l'alcool.
A l'aide de ce procédé , toute la matière organique est détruite : on obtient de l'arsenic ou des taches arsenicales qui présentent tous les caractères physiques et chimiques qui leur sont propres. Ce mode de traitement offre quelques difficultés d'exécution , et il a l'inconvénient d'exiger beaucoup d'acide sulfurique pour la décomposition de l'azotate de potasse ; si la décomposition de ce sel n'est pas
complète , alors on éprouve des difficultés à faire marcher l'appareil de Marsh , parce que l'hydrogène mis à nu réagit sur les éléments de l'acide azotique.
M. Devergie a conseillé un procédé (1) qui consiste à dessécher modérément la matière animale , à la peser et à la faire bouillir avec de l'eau à laquelle on ajoute de la potasse à l'alcool en quantité suffisante pour dissoudre la matière animale. On prend ensuite un poids d'azotate de chaux égal à celui de la matière animale : on ajoute un peu d'eau pour que le mélange soit bien homogène ; car la chaux de l'azotate de chaux est mise à nu par la potasse employée, et la matière s'épaissit et devient très calcaire. L'arsénite de potasse et l'azotate de chaux se décomposent mutuellement, d'où résultent de l'arsénite de chaux fixe et de l'azotate de potasse. Alors , en desséchant le mélange et élevant légèrement la température , la matière animale brûle aux dépens de l'acide azotique de l'azotate de potasse. La combustion est lente ; elle se communique de proche en proche dans la capsule , et on obtient un résidu calcaire noirci par du charbon. On traite ce résidu par l'acide chlorhydrique , jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'effervescence ; on filtre , et on obtient un liquide incolore ou légèrement ambré , qu'on introduit dans l'appareil de Marsh , en s'assurant qu'il n'est pas trop acide , ce que l'on reconnaît en en mettant une portion dans cet appareil.
Enfin , MM. Flandin et Danger ont indiqué un procédé de carbonisation dans lequel on n'emploie qu'un seul réactif, l'acide sulfurique. La matière organique étant placée dans la capsule de porcelaine , on ajoute environ un sixième de son poids d'acide sulfurique , puis on chauffe. La matière entre d'abord en dissolution , puis elle se charbonne pendant la concentration de la liqueur. On évapore en remuant continuellement avec une baguette de verre, et on
(i) Mèd. lég., 1840, t. m, p. 421.
continue à chauffer jusqu'à ce que le charbon paraisse friable et presque sec. On laisse alors refroidir la capsule, puis on ajoute avec une pipette une petite quantité d'acide azotique concentré ou d'eau régale avec excès d'acide azotique , dans le but de faire passer l'acide arsénieux à l'état d'acide arsenique, beaucoup plus soluble; on évapore de nouveau à sec, puis on reprend par de l'eau bouillante. La liqueur filtrée est traitée par l'appareil de Marsh, dans lequel elle ne donne jamais de mousse.
Une modification utile à apporter à ce procédé consiste rait à carboniser la matière en vases clos, dans une cornue munie d'une allonge et d'un récipient. En agissant de la sorte , on serait certain de ne laisser échapper aucune portion du poison.
MM. Danger et Flandin , toujours préoccupés de l'inconvénient que présenterait la destruction incomplète des matières organiques , ont imaginé un appareil particulier dans lequel le gaz hydrogène est complètement brûlé, ainsi que l'arsenic et les matières entraînées. Cet appareil consiste :
Fig. 7.
Fis. 8.
1° En un condensateur cylindrique C portant vers son extrémité inférieure une tubulure et se terminant par un cône dont la pointe reste ouverte ;
2° En un tube à combustion A recourbé à son milieu à
angle droit et pouvant s'adapter à la tubulure du condensateur à l'aide d'un bouchon ;
3° En un réfrigérant B dont la partie inférieure s'engage dans la partie conique du condensateur, et en ferme l'ouverture. Le tout est soutenu par un support (fig. 7 et 8).
La pins grande partie de l'arsenic se dépose à l'état d'acide arsénieux dans le tube à combustion ; une petite partie est entraînée et vient se condenser avec la vapeur d'eau sur les parois du réfrigérant. L'ouverture pratiquée à l'extrémité inférieure du condensateur permet de laisser écouler le liquide et de le recueillir dans une capsule.
L'opération achevée , on enlève le tube à combustion , on fait bouillir dans le tube quelques gouttes d'acide azotique que l'on verse dans la capsule qui a servi à recueillir l'eau condensée , et l'on évapore à sec ; le résidu desséché est mélangé avec un peu de flux noir et introduit dans un petit tube effilé , dans lequel l'arsenic est réduit comme il a été dit précédemment.
La commission de l'Académie des sciences a fait de nombreuses expériences qui l'ont conduite à une série de conclusions , dont nous rapporterons les principales.
Le procédé de Marsh rend facilement sensible 1/1000000 d'acide arsénieux existant dans une liqueur; on obtient même quelques taches avec une liqueur renfermant 1/2000000 environ.
La quantité proportionnelle d'acide arsénieux étant la môme, les taches ne semontrentpas mieux avec une grande quantité qu'avec une petite quantité de liqueur; mais elles se forment pendant plus longtemps dans le premier cas que dans le second. Il résulte de là qu'il y a avantage à concentrer les liqueurs arsenicales : on obtient ainsi des taches beaucoup plus intenses.
Ainsi qu'il a été dit en décrivant l'appareil de M. Orfila , il est indispensable d'interposer sur le passage du gaz un tube de 3 décimètres au moins de long rempli d'amiante ,
PREPARATIONS ARSENICALES. 411
ou , à son défaut, de coton, pour retenir les gouttelettes de la dissolution qui sont entraînées mécaniquement par le gaz ; autrement on est exposé à obtenir des taches d'oxisulfure de zinc qui présentent souvent l'aspect des taches arsenicales.
Lorsqu'on a à faire passer dans une petite quantité de liqueur une portion très minime d'arsenic qui existe dans un grand volume de liquide que l'on ne peut pas concentrer par évaporation ' le procédé de M. Lassaigne peut donner de bons résultats. Il consiste à faire passer le gaz hydrogène arsénié à travers une dissolution bien neutre d'azotate d'argent ; à décomposer ensuite la liqueur par l'acide chlorhydrique ; à l'évaporer pour chasser les acides , puis à essayer sur le résidu les réactions de l'arsenic.
La dissolution d'azotate d'argent peut être remplacée par une dissolution de chlore ou par celle d'un chlorure alcalin.
La disposition indiquée par MM. Berzélius et Liebig , et reproduite avec plusieurs modifications utiles par MM. Kœppelin et Kœmpmann , a été adoptée par les commissaires de l'Institut.
Cet appareil , comme on va le voir, n'est autre chose que l'appareil de M. Orfda , mais un peu plus compliqué. Il se compose (fig. 9) d'un flacon à col droit A , à large ouverture , fermé par un bouchon percé de deux trous. Par le premier de ces trous on fait descendre jusqu'au fond du flacon un tube droit B de 1 centimètre de diamètre , et dans l'autre , on engage Fig. 9.
un tube de plus petit (=^====j^^^^^3==3==sz^!^^2====» diamètre C , recourbé jw* à angle droit. Ce tube JÊ=j?
s'engage dans un autre r|£^ tube plus large D , de w/////â
3 décimètres environ de longueur , rempli d'amiante. Un tube en verre peu fusible , de 2 à 3 millimètres de diamètre
intérieur, est adapté à l'autre extrémité du tube d'amiante. Ce tube , qui doit avoir plusieurs décimètres de longueur, est effilé à son extrémité F ; il est enveloppé d'une feuille de clinquant sur une longueur d'environ 1 décimètre.
L'appareil ainsi disposé , on introduit dans le flacon du zinc , de l'eau et un peu d'acide sulfurique. L'hydrogène qui se dégage chasse l'air du flacon. On porte au rouge le tube dans la partie qui est enveloppée de clinquant , au moyen de charbons placés sur une grille. Un petit écran empêche le tube de s'échauffer à une trop grande distance de la partie entourée de charbons. On introduit ensuite le liquide suspect par le tube ouvert au moyen d'un entonnoir effilé.
Si le gaz renferme de l'arsenic , celui-ci vient se déposer sous forme d'anneau en avant de la partie chauffée du tube; on peut enflammer le gaz qui sort de l'appareil. Souvent on obtient encore des taches , quand on ne chauffe pas une partie assez longue du tube , ou lorsque celui-ci a un trop grand diamètre.
On peut également recourber le tube et faire plonger son extrémité dans une dissolution d'azotate d'argent , pour condenser au besoin les dernières portions d'arsenic.
îl est facile de constater toutes les propriétés physiques et chimiques de l'arsenic déposé dans le tube sous forme d'anneau.
Ainsi, l'on vérifiera facilement: 1° sa volatilité; 2° sa conversion en une poudre blanche volatile , l'acide arsénieux , quand on chauffera le tube ouvert aux deux bouts dans une position inclinée; 3° en chauffant un peu d'acide azotique ou d'eau régale dans le tube , l'arsenic passera à l'état d'acide arsenique très soluble dans l'eau. La liqueur évaporée à sec dans une petite capsule de porcelaine , donnera un précipité rouge-brique quand on versera dans la capsule quelques gouttes d'une dissolution bien neutre d'azotate d'argent ; k° enfin , après toutes ces épreuves on
peut isoler de nouveau l'arsenic à l'état métallique , en ajoutant une petite quantité de flux noir dans la capsule où on a fait la précipitation par l'azotate d'argent , desséchant la matière et l'introduisant dans un petit tube (fig. 10), dont une des extrémités b est effilée , et dont on ferme l'autre extrémité à la lampe , après l'introduction de la matière. En chauffant au rouge , on voit apparaître , dans la partie très étroite du tube, un Fig< 10.
anneau arsenical parfaitement ca- ^
ractérisé. «<*s^ -
Ainsi que nous l'avons dit , et nous ne saurions trop insister sur ce point, il est de la plus haute importance que la matière organique soit complètement détruite ; sans cela , non seulement la liqueur mousse dans l'appareil de Marsh, mais encore elle peut donner des taches que M. Orfila , qui les a observées d'abord , a nommées taches de crasse. Ces taches se distinguent facilement par les réactions chimiques des taches arsenicales ; mais elles pourraient donner lieu à des méprises très graves , si l'expert se contentait des caractères physiques de ces taches.
Quant à l'arsenic que l'on avait annoncé exister dans le corps de l'homme à l'état normal , toutes les expériences faites par la commission de l'Institut , tant sur la chair musculaire que sur les os, ont donné des résultats négatifs.
La commission résumant les instructions contenues dans son rapport, a exprimé son opinion de la manière suivante :
« Le procédé de Marsh , appliqué avec toutes les précautions qui ont été indiquées , satisfait aux besoins des recherches médico-légales, dans lesquelles les quantités d'arsenic qu'il s'agit de mettre en évidence sont presque toujours très supérieures à celles que la sensibilité de l'appareil permet de constater. Bien entendu qu'il doit toujours être employé comme moyen de concentrer le métal
k\k MANUEL DE MEDECINE LÉGALE.
pour en étudier les caractères chimiques , et qu'on devra considérer comme nulles , ou au moins comme très douteuses , les indications qu'il fournirait, si le dépôt qui s'est formé dans la partie antérieure du tube chauffé ne permettait pas à l'expert, à cause de sa faible épaisseur, de vérifier d'une manière précise les caractères chimiques de l'arsenic. »
Depuis l'époque encore récente à laquelle la commission de l'Institut a publié son rapport , des perfectionnements ont été apportés , soit dans la construction des appareils , soit dans le mode opératoire. MM. Chevallier et Barse (1) ont réuni dans leur Manuel tout ce qui a rapport aux modifications successives qui ont été faites à l'appareil de Marsh. Cet ouvrage est le plus complet qui ait été jusqu'à ce jour publié sur ce sujet.
Procédé de M. Jacquelain. — Le 2 janvier 18^3, M. Jacquelain a présenté à l'Institut un procédé à l'aide duquel on extrait , suivant lui , tout l'arsenic d'une matière animale empoisonnée.
Si l'on opère sur de la fibre musculaire récente ou sur des viscères , on commence par les découper et les broyer dans un mortier de marbre. Si l'on expérimente sur des intestins non décomposés, on les coupe également en menus morceaux , puis on les broie encore à sec dans un mortier de marbre , en y ajoutant du sable purifié à l'acide chlorhydrique , et calciné.
On délaie le tout avec de l'eau distillée, de manière à faire un demi-litre, si l'on a pris 100 grammes de matière animale; on soumet ce mélange à l'action d'un courant de chlore, prolongé à froid, jusqu'à ce que toute la matière animale en suspension ait acquis la blancheur du caséum , ce qui exige plusieurs heures.
(1) Manuel de l'appareil de Marsh, î vol. in— S , avril 1843. Paris , Labbé.
Alors, en bouchant le ballon, on laisse réagir jusqu'au lendemain , puis on jette sur un linge fin lavé à l'eau distillée , aiguisée d'acide chlorhydrique.
La solution limpide et incolore doit être ensuite jaugée , portée à l'ébullition pour chasser l'excès de chlore , et enfin introduite avec 80 grammes de zinc dans un appareil composé d'un tube en S, par lequel on verse de l'acide sulfurique , d'un tube courbé à un angle , rempli dans sa branche horizontale d'amiante, calciné avec l'acide sulfurique , d'un tube droit peu fusible , long de h décimètres pour une section de 3 millimètres, qui communique avec un appareil laveur de Liébig, lequel est formé de six boules , et doit se trouver à moitié rempli d'une dissolution de chlorure d'or, représentant 0,5 d'or environ; ce chlorure doit être pur et préparé avec de l'or précipité du chlorure des laboratoires , à l'aide de l'acide sulfureux. Le tube droit , enveloppé vers son milieu d'une feuille de clinquant de 1 dé cimètre de longueur, doit être chauffé avec une lampe à alcool. L'arsenic se dépose , à l'état métallique , dans le tube chauffé au rouge ; ce qui échappe vient réduire le chlorure d'or et former de l'acide arsénieux.
Reste donc à mettre en liberté l'arsenic fixé par le chlorure d'or et à le reconnaître , si toutefois l'arsenic n'est pas condensé dans le tube horizontal , puis à le doser au besoin.
Pour reconnaître comme pour doser l'arsenic , la marche est la même ; à cet effet , on réduit le chlorure d'or excédant par l'acide sulfureux.
On chasse par l'ébullition l'excès du gaz acide sulfureux, on filtre. On distille à siccité la solution dans une cornue tubulée à l'émeri, munie d'un récipient, afin de décomposer une petite quantité de sel d'or qui n'a pas été réduit par l'acide sulfureux.
On lave ensuite la cornue à l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique; on réunit cette liqueur au produit distillé,
pour soumettre le tout à un courant de gaz acide sulfhydrique.
On chasse l'excès de ce gaz par l'ébullition; enfin, on lave par décantation à l'eau chaude , et l'on recueille le précipité, séché à 100°. La quantité de sulfure obtenu indique la proportion d'arsenic métallique , et l'on peut aisément calculer combien cette proportion représente d'acide arsénieux (1).
M. Orfila (2) a fait, de concert avec M. Jacquelain , des expériences comparatives, et il en a conclu : 1° que le procédé de M. Jacquelain est sans contredit le meilleur qui ait été proposé jusqu'à ce jour pour extraire l'arsenic d'une matière organique non pourrie , parce qu'il fournit la totalité du métal que renferme cette matière, et qu'il est indispensable , dans certaines expertises médico-légales où la proportion d'arsenic contenue dans un organe est très faible , d'employer la méthode la plus propre à déceler les plus minimes proportions d'un composé arsenical ;
2° Qu'il est par conséquent nécessaire de le mettre en pratique toutes les fois que l'on voudra doser la quantité d'arsenic renfermée dans une matière organique ; et que dans ce cas il est préférable à celui qui a été proposé par l'Académie des sciences, parce que la destruction de la matière organique par le chlore n'offre aucun des inconvénients que présente la carbonisation par l'acide sulfurique;
3° Que, malgré ces avantages, il n'est guère possible de supposer qu'il soit souvent employé dans les expertises médico-légales , parce qu'il faut pour l'exécuter un appareil compliqué et formé de plusieurs pièces , dont quelques unes même ne se trouvent pas dans les laboratoires les mieux fournis , et que d'ailleurs il se compose d'une série d'opérations nombreuses fort longues et délicates ;
(1) Comptes-rendus des séances de L'Académie des sciences, janvier 1843.
(2) Ouvrage cité, t. i, p. 709.
ti° Que ce procédé n'est pas susceptible d'application dans les cas nombreux où les experts sont obligés d'agir sur des matières organiques exhumées depuis longtemps et déjà pourries , à cause de la quantité de mousse qui se développe alors , et qui empêche l'appareil de Marsh de fonctionner.
Procédé de Reinsch. — Il consiste à aciduler par de l'acide chlorhydrique les liqueurs arsenicales , et à les faire bouillir avec du cuivre métallique , qui bientôt se recouvre d'une couche grisâtre d'arsenic. On soumet les lames de cuivre à la chaleur de la lampe dans un tube contenant de l'air, et on obtient de l'acide arsénieux. Si on fait cet essai sur une petite partie de la liqueur ou des aliments soupçonnés arsenicaux , et que l'on ait eu de l'arsenic, on peut traiter toute la masse par le chlore , ainsi que nous venons de le décrire.
Des réactifs. — Il est indispensable que l'expert essaie préalablement avec le plus grand soin tous les réactifs qu'il doit employer dans ses recherches.
L'acide sulfurique du commerce est souvent arsenical , et suivant M. Orfila , l'arsenic y est à la fois à l'état d'acide arsénieux et à l'état d'acide arsenique. Pour essayer l'acide dont on doit faire usage, il faut en saturer 125 grammes , par exemple , par la potasse , puis essayer le produit par l'appareil de Marsh. S'il donne des taches arsenicales , on peut , comme le propose M. Orfila , laisser cet acide en contact avec l'acide suif hydrique pendant vingt -quatre heures , filtrer, faire bouillir quelques instants la liqueur filtrée, et distiller dans une cornue munie d'un récipient.
L'acide azotique ne contient pas ordinairement d'arsenic. Pour s'en assurer, il faut le saturer par de la potasse à l'alcool , décomposer l'azotate de potasse par de l'acide sulfurique pur y et mettre le sulfate acide de potasse dans l'appareil de Marsh. Toutefois , on sera certain d'avoir de
l'acide azotique parfaitement pur lorsqu'on l'aura distillé sur de l'azotate d'argent.
L'acide chlor hydrique dit pur ou réactif renferme très rarement de l'arsenic. Du reste , s'il en contenait , il serait très facile de le purifier en distillant cet acide et rejetant les premiers produits de la distillation. Quant au moyen de s'assurer de sa pureté , il suffit d'en saturer 125 grammes par de la potasse à l'alcool , et d'essayer le chlorure de potassium formé , dans l'appareil de Marsh dont on dégage l'hydrogène au moyen d'acide cklorhydrique.
La potasse à l'alcool n'est presque jamais arsenicale. On peut s'en assurer, en en saturant 60 grammes par l'acide sulfurique ou l'acide chlorhydrique , et essayant le produit par l'appareil de Marsh.
L! 'azotate de potasse est très rarement arsenical. Pour reconnaître sa pureté, on en décomposera 180 grammes dans une capsule de porcelaine, à la température de l'ébul- 1 ition , par de l'acide sulfurique concentré et pur , ajouté jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeurs orangées d'acide hypo-azotique. On fait ensuite bouillir avec de l'eau distillée , pour dégager le reste de l'acide hypo-azotique , et on sature la liqueur refroidie par de la potasse à l'alcool , car sans cela la liqueur serait trop acide ; et enfin on essaie dans l'appareil de Marsh.
On constate la pureté de Veau en en mettant 3 ou k litres dans un grand appareil de Marsh , et en se servant de zinc et d'acide chlorhydrique purs.
Le zinc et le fer ne sont pas mêlés aussi souvent à l'arsenic qu'on l'a prétendu ; il est même assez fréquent d'en trouver qui en soient tout-à-fait exempts. Au reste , il n'y a rien de plus simple que d'essayer l'appareil pendant un quart d'heure ou une demi-heure avant d'ajouter les liqueurs suspectes.
Le zinc est le plus souvent employé. Le zinc en grenaille doit être préféré au zinc laminé. Ce dernier exige
PRÉPARATIONS ARSENICALES. t\\\)
toujours plus d'acide sulfurique pour le dégagement du gaz , et ce dégagement est toujours longtemps à se faire attendre.
Le zinc doit toujours être renouvelé pour chaque opération. I! résulte, en effet, des expériences de MM. Mohr et Licbig, qu'une partie de l'arsenic métallique réduit se dépose sur le zinc, s'y combine probablement, et se dégage ensuite quand on ajoute une nouvelle quantité d'acide sulfurique.
il est nécessaire que l'expert fasse en même temps , ou immédiatement après l'expérience sur les matières empoisonnées, une expérience de contrôle, en employant les mêmes réactifs et en même quantité que dans l'expérience véritable.
Poudre aux mouches. — Poudre d'un gris noirâtre qui contient une certaine proportion d'arsenic à l'état métallique et d'acide arsénieux. Mise sur un charbon ardent , elle y répand une odeur alliacée; si on la fait bouillir dans de l'eau , elle donne une dissolution d'acide arsénieux , qui se colore en jaune rougeâtre par l'acide sulfhydrique, et précipite par l'addition de quelques gouttes d'acide chlorhydrique. Le résidu chauffé dans un tube ou mis dans l'appareil de Marsh , donne dans les deux cas de l'arsenic métallique.
Les expériences de Renaud montrent que cette poudre est vénéneuse pour les chiens à la dose de 5 grains; deux observations recueillies chez l'homme dénotent aussi ses propriétés délétères (1) — (2).
Oxide noir d'arsenic. — C'est un mélange d'arsenic métallique et d'acide arsénieux : il présente donc toutes les propriétés de la poudre aux mouches. Son action sur l'économie animale est aussi la même.
(1) liapporisiu1 les travaux de la Soc, d émul. de Rouen, frimaire an vu.
(2) Op-fila, Toxicologie, t. î, p. 4G3, 4e édit., 1843.
Poudres et pâtes arsenicales du frère Cosme , de Rousselot, de Dubois , de Bupuytren , etc.
Ces variétés de poudres et de pâtes ont pour éléments actifs l'acide arsénieux et le sulfure rouge de mercure unis au sang-dragon et à la cendre de vieilles semelles. Le sulfure rouge de mercure, qui, dans la poudre de Rousselot' est dans une proportion seize fois plus considérable que l'acide arsénieux , et trois fois plus dans la poudre du frère Cosme , doit jouer un rôle comme matière vénéneuse , quoique la plupart des auteurs n'aient tenu compte , comme substance active , que de l'acide arsénieux. Ces substances appliquées sur des plaies ont promptement amené la mort. M. Roux a publié l'observation d'une jeune fille qui mourut deux jours après qu'on lui eut appliqué la pâte arsenicale , à la suite d'une amputation de sein. La science possède d'autres faits analogues. (Hildani, lib. de gangrœna, cap. v, pag. 777; et cent, vi, obs. 12.)
On séparera facilement les matières qui la composent , en la traitant d'abord par l'eau distillée bouillante , qui dissoudra l'acide arsénieux qu'on séparera par filtration. Les deux dernières substances , après avoir été desséchées à une température peu élevée , seront traitées par l'alcool , qui dissoudra le sang-dragon : en filtrant , le sulfure de mercure restera sur le filtre. L'alcool, évaporé, donnera pour résidu une masse d'un rouge foncé , entièrement combustible. Pour les autres matières , voyez Acide arsénieux et Sulfure de mercure.
Sulfure d'arsenic. — Il existe deux composés chimiques de soufre et d'arsenic , le protosulfure rouge et le bisulfure jaune. Ces deux sulfures se trouvent dans la nature et peuvent aussi être préparés par l'art. Ainsi que M. Guibourt l'a démontré, il y a une grande différence entre les suifures naturels et les sulfures artificiels (1). Ainsi, le sulfure jaune.
(1) Journal de Chimie médicale , mars 1836.
d'arsenic artificiel est presque entièrement formé d'acide arsénieux , tandis qu'il en existe très peu dans le sulfure rouge, et qu'il n'en existe pas dans l'un et l'autre sulfures natifs.
Traités par la potasse et le charbon, ils donnent de l'arsenic métallique. Si on les fait bouillir dans de l'eau, ils fournissent des quantités variables d'acide arsénieux en dissolution, suivant leur espèce.
Ils se distinguent les uns des autres par leurs propriétés physiques. Le sulfure jaune d'arsenic natif est d'un jaune d'or très brillant, transparent, friable. Le sulfure jause artificiel est en morceaux, d'un jaune opaque, demi-vitreux, ou bien en poudre jaune opaque et très fine soluble dans l'ammoniaque. Le sulfure rouge natif est brillant, rougeorangé, tandis que le sulfure rouge artificiel est en morceaux ou en poudre opaque, et de couleur rouge-brique. Le soufre se reconnaît dans tous ces composés, en ce que, chauffés avec la potasse caustique et le charbon, ils donnent de l'arsenic et un résidu de sulfure de potassium capable de dégager de l'acide sulfhydriqueparun acide. Traités à chaud par l'acide azotique et mis dans l'appareil de Marsh, ils donnent de l'arsenic métallique.
Il résulte des expériences de M. Renault qu'il existe une différence d'action très grande entre les sulfures natifs et les sulfures artificiels : il a fait prendre les premiers à la dose de 8 grammes à des chiens de différentes tailles, sans qu'ils en aient été incommodés. Ces différences d'action s'expliquent, du reste, très bien par la composition chimique de ces sulfates.
M. Robert a rapporté un cas d'empoisonnement dans lequel un homme ayant avalé, par méprise, une assez forte dose de sulfure d'arsenic (orpiment), mourut au bout de quelques jours (1).
(1) Devergie, Médecine légale , 1840, t. m, p. 488.
kT2 MANUEL DE MÉDECINE LÉGALE.
Acide arsènique. — Solide et blanc, ou liquide, attirant l'humidité de l'air, rougissant le tournesol. Chauffé dans un tube avec du flux noir, il donne de l'arsenic métallique. Dissous dans l'eau, il ne précipite pas parl'acidesnlfhydrique, à moins qu'on ne fasse bouillir le mélange ou qu'on n'ajoute de l'acide chorhydrique ; il précipite en rouge-brique par l'azotate d'argent, et mieux encore par l'azotate d'argent ammoniacal Mis dans l'appareil de Marsh, il donne de l'arsenic métallique.
Les effets sur l'économie sont analogues à ceux de l'acide arsénieux, mais plus prompts , parce que sa grande solubilité rend son absorption plus facile.
Arsénite de potasse. — Solide ou liquide. Mis sur des charbons ardents, il dégage des vapeurs d'une odeur alliacée ; traité par l'acide suîf hydrique, il ne change pas de couleur; mais si on ajoute un excès d'acide chlorhydrique, il se forme un précipité jaune-serin de sulfure d'arsenic. Ce sel donne, avec l'azotate d'argent, un précipité jaune-serin d'arsénite d'argent, soluble dans l'ammoniaque. Chauffé avec du flux noir, il donne de l'arsenic métallique; dissous dans l'eau, il précipite en jaune-serin par le chlorure de platine. *
Arsénite de soude. — Il présente toutes les propriétés du précédent ; seulement, il ne précipite pas parle chlorure de platine.
Teinture minérale de Fowlcr. — Elle est composée d'eau, d'arsénite de potasse et d'un peu d'alcool de mélisse ou d'esprit de lavande; ft grammes (1 gros) de cette liqueur renferment 25 milligrammes (demi-grain) d'arsénite de potasse. La solution arsenicale de Jacob et le savon arsenical de Bécœur, qui sert pour la conservation des animaux, ont pour base i'arsénite de potasse.
En raison de leur grande solubilité, les arsénites de potasse et de soude sont de tous les composés arsenicaux les
PREPARATIONS DE CUIVRE. /|23
plus vénéneux. M. Gcndrin a rapporté (1) l'observation d'un homme qui avala exprès une once de savon de Bécœur en dissolution dans l'eau, et qui éprouva les symptômes les plus violents de l'empoisonnement par l'acide arsénieux. Toutefois, des soins bien entendus le rappelèrent à la vie. Àrséniates. — Ils offrent les mêmes réactions que les arsénites; ils s'en distinguent en ce qu'ils précipitent l'azotate d'argent en rouge brique (arséniate d'argent), et qu'ils ne précipitent pas par l'acide sulfhydrique, à moins qu'on ne les fasse bouillir avec lui.