FOLIES ASSOCIÉES AUX MALADIES DES APPAREILS ORGANIQUES
(Folies sympathiques)
Les folies liées aux maladies des appareils organiques sont de celles que le praticien est le plus exposé à rencontrer dans sa clientèle privée et que, par conséquent, il lui importe le plus de connaître. Aussi, ai-je cru devoir donner à ce chapitre des proportions qu'il n'a pas ailleurs, en raison de son importance pratique.
La folie sympathique pourrait être définie : « toute folie développée sous rïnfluence d un processus physiologique ou pathologique de ïorgayiisme^ réagissant à distance, et indirectement, sur le cerveau ». C'est dire que la folie sympathique se caractérise surtout : 1° par la nature de sa cause organique, qui peut être aussi bien physiologique que pathologique ; 2° par sa imitation à un viscère ou à un appareil plus ou moins
éloigné du cerveau, ce qui exclut par conséquent de son étiologie les maladies générales et les diathèses ; 3° enfin par Vabsence de lien anatomique ou physiologique direct entre le siège du processus organique et le cerveau, qui n'est atteint que par contrecoup.
Les processus organiques, susceptibles de produire ainsi la folie par contre-coup, sont très nombreux, et peuvent avoir pour siège la plupart des appareils de l'économie. Il est cependant deux fonctions qui affectent des rapports plus intimes et plus étroits avec la vie intellectuelle, même en l'état de santé et dont la souffrance influe plus particulièrement sur le cerveau. Ces deux fonctions sont la fonction génitale et la fonction digestive, Aussi, l'aliénation mentale qu'elles provoquent par leurs divers états morbides, peutelle être regardée comme le type des folies sympathiques, fait qui n'avait pas échappé aux anciens, puisqu'ils considéraient la mélancolie et le suicide comme ayant leur point de départ dans une lésion des organes de l'abdomen.
Le mode d'action sur le cerveau de l'organe où siège le principe du mal est des plus variables. On peut cependant admettre que la sympathie, morbide ou non, est un phénomène d'ordi^e nerveux^ et qu'elle est le ré'sultat d'une action réflexe.
Quoi qu'il en soit de son mécanisme intime, la folie sympathique peut se manifester à un moment quelconque de l'existence du processus organique qui l'engendre, soil à son début, soit pendant son cours soit à son déclin.
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Caractères. - Le début de la folie sympathique est rarement brusque; le plus souvent il est lent et progressif, et précédé d'une période prémonitoire plus ou moins longue, pendant laquelle l'intelligence et le caractère s'altèrent plus ou moins ; dans ce cas, la folie n'est que l'aboutissant final d'une perturbation psychique progressive. La folie sympathique peut, cependant, éclater brusquement, et sans avoir été annoncée par aucunprodrome; mais alors, il est rare que cette apparition soudaine d'un élément nouveau, la folie, ne vienne pas modifier^ dans un sens quelconque, le processus organique dont il est le résultat, soit en étant le signal d'une aggravation sensible, soit plutôt en faisant l'office d'une dérivation salutaire, en se substituant, dans une certaine mesure, à la lésion primitive. C'est alors qu'on peut voir les troubles délirants alterner avec les troubles organiques dont ils sont la conséquence éloignée, de façon qu'il existe une sorte de balancement pathologique entre les uns et les autres.
Quel que soit le mode de début de la folie sympathique et il est, comme nous l'avons dit, le plus souvent insidieux et progressif, son apparition est précédée, d'ordinaire, d'un changement dans la manière d'être du sujet, de modifications intellectuelles et morales qui peuvent exister à divers degrés et persister plus ou moins longtemps avant d'aboutir à l'aliénation mentale proprement dite. Parfois même, tout se borne à cette demi-perversion de l'état mental, qui reste indéfiniment stationnaire.
La folie sympathique revêt, en général, la forme
dépressive. On invoque, pour expliquer le fait, l'action morale exercée sur le sujet par l'affection organique dont il est atteint, et les préoccupations légitimes qu'entretiennent en lui les souffrances qu'il endure, surtout lorsqu'il s'agit d'une maladie chronique et incurable. Mais outre que ce caractère lypémaniaque de la folie sympathique se rencontre non seulement chez des individus au courant de leur mal et qui, par conséquent, s'en affectent à bon droit, mais aussi chez ceux qui ne se savent pas malades, on peut objecter encore que, dans certains cas, la lésion viscérale, ignorée ou non, développe un état mental tout opposé, c'est-à-dire des idées d'optimisme et de satisfaction. Il faut donc admettre que si la folie sympathique se traduit le plus souvent sous des dehors mélancoliques, cela tient, non pas tant à l'effet moral produit par l'affection organique, qu'à la manière spéciale dont le cerveau est impressionné par cette affection.
Parfois, la nature des conceptions délirantes est plus ou moins en rapport avec la nature et le siège de la lésion. C'est ainsi que la folie liée aux diverses étapes de la vie génitale ou aux maladies de l'utérus s'accompagne fréquemment d'idées erotiques. Dans quelques cas, même, le mal local dont souffre le malade, souvent inconsciemment, devient en quelque sorte le point de départ et le pivot de son délire.
Mais ce ne sont là que des particularités cliniques plus ou moins saillantes. Au fond, la folie sympathique peut affecter une variété quelconque de manie ou de mélancolie, depuis le simple état à' excitation ou de dépression ]M?>qu'k la manie ou à la mélancolie aiguës^
en passant parles formes intermédiaires. Parfois, elle revêt un caractère &Hntermittence ou de rémittence plus ou moins marqué ; enfin, elle peut se présenter sous l'état de folie à double forme.
Marche, durée, pronostic. — La folie sympathique a une marche spéciale^ en ce sens que son évolution est subordonnée^ dans son ensemble, à l'évolution du processus organique qui lui a donné naissance. D'habitude, le trouble mental suit de près les fluctuations de l'affection viscérale, s'améliorant ou s'aggravant avec elle, pour persister ou disparaître, suivant que cette affection elle-même devient incurable ou se termine par la guérison. Il ne faut point admettre cependant, comme l'a fait Parchappe, qu'il n'y a de folie sympathique que celle qui se développe avec la souffrance d'un organe et disparaît immédiatement avec la cessation de la souffrance de cet organe. Il est des cas, nous l'avons dit, où l'apparition du délire est le signal d'une amélioration de la lésion organique, et où il s'établit une espèce d'alternance entre ces deux expressions pathologiques, l'une s'améliorant quand l'autre s'aggrave, et réciproquement. Dans d'autres cas, la folie coïncide avec la disparition du trouble organique, et celui-ci ne se reproduit que lorsque la folie disparaît à son tour. Enfin, la folie sympathique peut guérir, la lésion viscérale restant stationnaire, comme cela arrive parfois dans les affections utérines ou, inversement, le processus organique peut prendre fin, la folie persistant quand même, comme dans certains cas de folie puer-
pérale, surtout en récidive, où l'on voit les troubles intellectuels se maintenir et passer à l'état chronique, tandis que la fonction génitale est depuis longtemps revenue à l'état normal. Unies à leur origine, comme dit Marcé, les deux maladies se sont ensuite dissociées pour suivre chacune une marche indépendante.
C'est en raison de cette rupture possible de l'étroite solidarité qui lie entre elles les deux affections que la folie sympathique, bien que souvent consécutive à des processus morbides graves ou même incurables, est cependant le plus habituellement suivie de guérison.
Mais d'ordinaire, le pronostic de la folie sympathique se lie à celui de la modification physiologique ou pathologique qui lui a donné naissance. Bénigne et passagère comme celle-ci, dans tous les troubles fonctionnels, elle prend corps, s'accentue et s'établit d'une manière définitive dans les affections incurables. Aussi peut-on dire, dans une certaine mesure, que la durée et le pronostic de la folie sympathique sont subordonnés à la gravité de l'affection organique génératrice : indication qui peut être précieuse, sans être évidemment certaine, lorsqu'il s'agit de déterminer les chances de guérison de cette forme de folie.
Anatomie pathologique. — Vanatomie pathologique de la folie sympathique comprend trois éléments distincts : l*' les lésions du cerveaw, 2" les lésions organiques qui, par réaction, ont donné naissance au désordre psychique ; 3° les lésions intermédiaires aux deux précédentes.
En ce qui concerne les altérations anatomiques du
cerveau, elles ne diffèrent en rien de celles que l'on olDserve d'habitude dans la folie, et se réduisent comme dans la plupart des délires vésaniques, à des perturbations fonctionnelles, à des troubles circulatoires qui ne laissent que peu de trace à l'autopsie.
Quant aux lésions des organes qui sont le point de départ éloigné de l'aliénation mentale, nous n'avons nul besoin d'y insister ici ; elles sont variables à l'infini, suivant l'appareil ou la fonction qui en sont le siège, et il suffit d'en indiquer la nature pour comprendre les altérations anatomiques qui doivent les accompagner.
Le point intéressant de la question consiste dans l'étude des lésions Intermédiares qui forment la chaîne entre les deux précédentes, et qui servent pour ainsi dire de lien, de trait d'union entre l'affection organique originelle et l'affection cérébrale consécutive. La détermination exacte de cet élément anatomo-pathologique éclairerait en effet d'un jour nouveau le mécanisme de la sympathie morbide, et nous mettrait sur la trace de l'essence même de la folie sympathique. Malheureusement , les recherches ne se sont guère portées de ce côté, pourtant si essentiel, et on en est encore réduit, sur ce point, à des conjectures. Seuls, les résultats obtenus par M. Voisin, quoique incomplets encore, sembleraient ptouver que la folie sympathique est bien réellement, comme on l'avait pensé, le résultat d'une action réflexe, le contre-coup de l'affection d'un organe, transmise au cerveau par l'intermédiaire du grand sympathique.
Diagnostic. — Un cas de folie étant donné, est-il
possible de reconnaître s'il s'agit ou non d'une folie sympathique ?
Si l'on ne s'attache qu'aux caractères symptomatiques, la distinction est, la plupart du temps, impossible, car, ainsi que nous l'avons fait remarquer, la folie sympathique n'affecte pas, d'une façon générale, un type clinique spécial. C'est en vain, par exemple, qu'on tenterait de reconnaître dans un accès de manie aiguë, une folie puerpérale, en l'absence de renseignements, ou après la disparition des derniers vestiges extérieurs de l'état de parturition. Le seul fait qui autorise à rattacher cet accès à la puerpéralité est la connaissance qu'on peut avoir de l'accouchement et des circonstances au milieu desquelles s'est développée la folie ; en dehors de ces commémoratifs, le diagnostic de la folie sympathique est à peu près impossible. J'ai cité plus haut un fait qui me paraît probant à cet égard.
Le diagnostic de la folie sympathique ne peut donc être fait par la seule étude des symptômes^ et il faut chercher ailleurs les éléments de la distinction à établir.
L'important, lorsqu'on se trouve en présence d'un cas quelconque d'aliénation mentale, est de s'éclairer de la façon la plus complète sur les antécédents du malade, sur ses maladies antérieures, les circonstances physiologiques ou pathologiques qu'il traverse ou qu'il vient de traverser, de manière à établir s'il n'y a pas là une condition fonctionnelle ou organique, susceptible d'expliquer l'apparition de la folie.
L'important surtout, en dehors de ces renseignements est de ne jamais négliger, lorsqu'on examine
un aliéné, d'explorer les organes physiques, et de s'assurer de leur état. Trop longtemps les aliénistes ont été de purs psychologues, ne voyant dans la folie qu'une maladie de Tesprit, et n'en cherchant pas ailleurs les phénomènes constitutifs. Il ne faut jamais perdre de vue, comme M. Bail le dit avec Heinroth, que la folie est une maladie de l'être tout entier, et, par conséquent, que V exploration physique est le complément nécessaire de l'étude psychologique de l'aliéné.
Certes, il ne faudrait point tomber dans l'excès opposé, ni, exagérant l'importance de l'étiologie organique de la folie, s'attacher uniquement à Texamen corporel et prendre par exemple, comme on Ta fait, le spéculum pour l'élément essentiel du diagnostic chez les femmes atteintes d'aliénation. D'habitude, on peut se borner à une revue sommaire des divers appareils, sauf à fixer sur eux son attention et à les soumettre à une étude approfondie, dans le cas oi^i certains indices sembleraient faire supposer l'existence d'un trouble quelconque de ces appareils.
La coexistence d'une affection organique et d'un accès de folie étant établie, il ne s'ensuit pas, par cela seul, qiion ait affaire à une folie sympathique, alors même que la maladie physique aurait précédé, pendant plus ou moins longtemps, l'apparition de la folie. On peut se trouver en face d'une simple coïncidence, et il reste encore à établir qu'il existe entre ces deux expressions pathologiques un rapport de cause à effet, à prouver que l'un est la conséquence éloignée de l'autre . >,
Ici, la preuve absolue, indéniable, fait le plus souvent défaut, et en l'absence du lien sympathique qu'il est impossible de saisir sur le vif, on ne peut avoir qu'une quasi-certitude. Le diagnostic se fait, dans ce cas, non seulement d'après cette circonstance d'une folie développée dans le cours d'une affection organique, ce qui, nous l'avons vu, ne prouve rien, mais surtout d'après dévolution réciproque des deux maladies. Si la folie n'est pas d'origine sympathique, elle a, par ce fait même, une existence indépendante de la lésion viscérale, et sa marche n'est en rien liée à la marche de cette dernière. Lorsqu'au contraire la folie est véritablement sympathique, les rapports qui existent entre elle et l'affection qui l'a engendrée par contre-coup rendent leur évolution à toutes deux connexe. C'est alors qu'on voit ces deux états morbides s'améliorer, s'aggraver simultanément, ou au contraire se substituer l'un à l'autre et se remplacer chacun leur tour dans une sorte de balancement plus ou moins complet.
Enfin, le traitement est encore, dans ces cas, d'un grand secours, car il sert pour ainsijdire de pierre de touche et il apporte fréquemment la preuve matérielle qui avait fait défaut jusqu'alors, en déterminant l'amélioration ou la disparition d'une des deux maladies par l'amélioration ou la guérison de l'autre.
Traitement. — Le traitement de la folie sympathique, pour être logique, doit s'adresser évidemment à la lésion organique qui a été le point de départ des accidents cérébraux. C'est là, en effet, le plus souvent,
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rindication à remplir. Il est des circonstances cependant, où le rôle du médecin devient difficile, et oià il est permis de se demander, comme l'ont fait remarquer certains auteurs, de quel côté doit se porter l'intervention. Cette difficulté thérapeutique se présente surtout dans les cas où les deux maladies se remplacent mutuellement, et où, par conséquent, le traitement opposé à l'une d'elles doit presque fatalement entraîner le retour de l'autre.
En règle générale, toutefois, c'est V affection primordiale quil faut combattre de préférence^ car de cette façon, c'est en somme à la cause première qu'on s'adresse, et on a, ainsi, bien plus de chance de voir se rompre le balancement pathologique, et les deux états morbides disparaître finalement l'un et l'autre.
Quant aux indications thérapeutiques applicables à chaque cas, on comprend qu'elles varient avec la nature de l'affection viscérale qui est en cause, et que, par conséquent, il est impossible de les énumérer ici.
§ H. — FOLIE LIEE AUX MALADIES DES ORGANES GÉNITAUX ET GÉNITO-URINAIRES
A. — Maladies de l'utérus et de ses annexes
[Folie utérine)
Si les processus physiologiques qui ont pour point de départ les organes de la génération sont fré-
quemmenl l'objet de troubles intellectuels, les maladies de ces organes le sont] peut-être plus fréquemment encore.
En raison des liens si étroits qui unissent la vie génitale à la vie cérébrale, il n'est pas une seule affection de Fappareil génito-urinaire qui ne puisse, à la longue, retentir sur le cerveau et amener l'aliénation mentale.
C'est ainsi que, chez l'homme, on voit souvent Vonam'sme, les pertes séminales, les maladies de Vurèthre et, en particulier la blennorrhagie et la blennovrhée affecter l'intelligence, déprimer l'individu, et amener progressivement, soit de Vhypochondrie, soit même un état mélancolique délirant avec tendance au suicide. Les auteurs et en particulier Lallemand dont on connaît l'ouvrage célèbre, ont rapporté un certain nombre de ces faits. Mais, en somme, les troubles psychiques liés aux affections des organes de la génération sont relativement rares dans le sexe masculin, tandis qu'au contraire ils sont assez fréquents dans le sexe féminin.
La plupart des femmes atteintes de maladies organiques de V utérus lomhQni, peu à peu, en effet, dans la tristesse, la morosité, l'hystéricisme ; elles changent de caractère et deviennent irritables à l'excès, souvent même emportées et violentes; parfois, enfin, elles franchissent unde^ré de plus et entrent de plain-pied dans le domaine de l'aliénation mentale.
Il résulterait de l'opinion générale des observateurs que le plus souvent, la forme que revêt l'aliénation mentale dans ces cas, est la forme mélancolique avec
tendance à V homicide et surtout au suicide. M. Azam qui est allé plus loin encore dans la voie de celte affirmation, a établi, en se basant sur de nombreuses observations, que les folies sympathiques d'origine utérine prennent le plus souvent le type de la lypémanie suicide ou homicide^ et que la fréquence de ce rapport sympathique est suffisant pour autoriser le praticien à rechercher, même en présence d'une cause morale apparente, s'il n'y a pas de lésions utérines chez toute lypémaniaque suicide ou homicide.
Il n'est pas douteux, en effet, que dans la plupart des cas, la folie liée aux affections utérines revête les caractères de la mélancolie, et que la propension au suicide y soit des plus fréquentes.
C'est surtout dans cette variété d'aliénation qu'on voit survenir, en même temps que des idées erotiques et mystiques plus ou moins marquées, ces hallucinations bizarres du sens génital qui font éprouver aux malades des sensations extraordinaires ayant un caractère de volupté pénible, et qui impriment une forme spéciale à leur délire. Ce sont ces aliénées qui prétendent qu'on se livre sur leur corps à des attouchements honteux, qu'on leur fait subir des épreuves dégoûtantes, qu'on leur introduit dans les parties toutes sortes d'objets, qu'on les viole la nuit en les forçant d'éprouver elles-mêmes la sensation du coït, qu'elles sont enceintes et sentent remuer leur enfant, qu'elles ont des animaux dans le ventre, qu'elles vont accoucher, etc., etc. Ce sont elles encore qui, pour se soustraire de toutes leurs forces à ces soidisant attentats, iuiaginent et inventent les procédés
de protection les plus bizarres, s'attachent les jambes l'une sur l'autre pendant leur sommeil, se tamponnent la vulve à l'aide de vieux chiffons ou de serviettes, et même introduisent des corps étrangers profondément dans leur vagin. Parfois même il arrive que c'est le propre récit que font les malades de ces sensations extraordinaires qui attire l'attention sur leurs organes génitaux, et, en amenant la constatation d'une altération quelconque, permet de rattacher l'aliénation mentale à sa véritable cause.
La plupart des affections utérines sont susceptibles d'engendrer, par sympathie, l'aliénation mentale, et il ne paraît pas y en avoir, dans le nombre, qui soient douées à cet égard, d'une puissance spéciale. Il faut remarquer, cependant, que la plupart des cas qui ont été cités se rapportent soit à des tumeurs fibreuses, soit à des déplacements de la matinée, ce qui semblerait indiquer l'influence plus grande de ces deux états morbides sur les troubles de l'esprit. Mais de simples ulcérations ou granulations du col utérin, avec ou sans leucorrhée, sont suffisantes pour déterminer ces mêmes troubles. Quant au carcinome, il s'accompagne très fréquemment aussi de folie, en général lypémam'aque ; mais ici, surtout aux dernières périodes, on peut invoquer, en même temps que la réaction sympathique, la généralisation de l'affection à toute l'économie et les effets directs de la dyscrasie sur le cerveau.
Quant aux maladies des ovaires, elles peuvent avoir aussi, quoique plus rarement, une certaine influence sur le développement de l'ahénation mentale. Le
docteur David Skae a même décrit une manie ovarique qui serait, suivant lui, le partage des vieilles filles, et se manifesterait le plus souvent par des troubles de la passion sexuelle, des idées erotiques^ des hallucinations génitales. Quelques-unes de ces malades deviennent les héroïnes de procès scandaleux, et accusent devant la cour des hommes honorables de les avoir violées. Suivant l'auteur, cette maladie mentale se lierait toujours à une affection des ovaires ou des organes voisins.
Très souvent, le plus souvent pourrait-on dire, les désordres psychiques suivent exactement les phases des troubles utéro-ovariens, s'accentuant avec eux ou, au contraire, s'améliorant et disparaissant lorsque ceux-ci s'améliorent et disparaissent eux-mêmes. On a même cité des faits de disparition de la folie aussitôt après le redressement de la matrice par un pessaire, dans le cas de prolapsus utérin.
Ces faits, qui sont très curieux, établissent péremptoirement la relation qui existe entre le trouble mental et la lésion utérine, et la subordination de la marche du premier au processus de la dernière.
Toutefois, il n'en est pas toujours ainsi, et parfois, comme nous l'avons déjà fait remarquer, on voit soit la lésion utérine disparaître, le trouble intellectuel persistant, soit plutôt le trouble intellectuel se dissiper, f affection utérine restant stationnaire.
Il n'en est pas moins vrai qu'il ne faut jamais perdre de vue la fréquence de cette relation sympathique et porter son attention sur les organes de la génération non pas peut-être, comme le voulait M. Azam, chez
toutes les mélancoliques avec tendance au suicide ou à l'homicide, mais tout au moins chez les aliénés qui font intervenir l'appareil génital dans leur délire, et qui éprouvent ces hallucinations bizarres du sens génésique dont nous avons parlé plus haut.
B. — Affections des reins. Maladies de la vessie.
Les maladies des reins ne paraissent pas avoir une grande importance dans Fétiologie des maladies mentales. Il peut bien y avoir quelques cas où la folie présente une certaine relation avec ces maladies; mais le fait doit être rare, et il n'est pas possible de le généraliser. La plupart du temps, lorsqu'il survient des troubles psychiques sous l'influence d'aff'ections rénales, il s'agit bien plus de phénomènes cérébraux directs produits par Vintoxication urémique, que de véritables phénomènes sympathiques.
Les maladies de la vessie et des conduits urinaires paraissent avoir une influence plus réelle sur le développement de la folie. Ce qu'il y a de certain, c'est que les individus aff'ectés de lithiase et surtout de cystite et de rétention d'urine, sont pour la plupart, mélancoliques, déprimés, hypochondriaques , sujets au découragement et à l'inertie, parfois même portés au suicide. Il est bien établi, en eff'et, que la fonction urinaire est très souvent le point de départ de préoccupations maladives, et que les lésions chroniques de cette fonction engendrent fréquemment un état plus ou moins profond de lypémanie, qui peut, à la longue, aboutir à la folie proprement dite.
§ III. — FOLIES LIÉES AUX MALADIES DES VOIES DIGESTIVES, AUX MALADIES DU FOIE, AUX VERS INTESTINAUX.
A. — Affections des voies digestives
Il existe un rapport des plus étroits entre l'état intellectuel et l'état des fonctions digestives. Lorsque celles-ci sont troublées d'une façon quelconque, il est rare que ce trouble, s'il persiste, ne soit pas suivi d'un retentissement plus ou moins profond sur l'intelligence.
La simple constipation suffît; parfois, pour provoquer la dépression, la tristesse, même la mélancolie, et l'on connaît l'histoire de cette personne dont parle Guislain qui, chaque fois qu'elle était constipée, avait des hallucinations auditives et visuelles cessant avec la constipation. Il en est de même des hémorrhoïdes, dont le retour détermine, chez certains individus, des modifications du caractère et des sentiments plus ou moins marquées.
Vangine sùnple peut produire l'aliénation mentale. Vembarras gastrique est également susceptible de provoquer du refus d'aliments, des hallucinations du goût, du délire et de la folie.
Quant aux maladies de rinfestin, elles ont aussi une action très puissante sur le développement de l'aliénation mentale. On sait qu'Esquirol, généralisant trop vite quelques observations que le hasard avait réunies sous ses yeux, a affirmé que la mélancolie était