FOLIE GASTRO-INTESTINALE
intimement lié à la dyspepsie, qu'il n'est pas un seul sitiophobe qui ne présente, à un degré quelconque, des troubles gastriques. Le second symptôme consiste dans l'existence presque constante de ces troubles de la sensibilité qui ont été désignés sous le nom d'hallucinations ou illusions internes, et qui font croire aux malades que leur estomac ou leur abdomen sont le siège de maladies extraordinaires, qu'ils sont empoisonnés, que leurs aliments sentent le phosphore ou l'arsenic, qu'ils ont des animaux vivants dans le ventre, qu'ils sentent mauvais, qu'ils sont pourris, etc., etc. La conséquence habituelle de cet état mental est la tendance au suicide, qui, en effet, est très marquée dans la folie d'origine gastrique.
Le pronostic de Taliénation mentale, dans tous ces cas, est presqu'entièrement subordonné a la nature et à la gravité delà maladie organique qui lui a donné naissance. Il n'est donc réellement sérieux que dans celles qui, par essence, sont peu susceptibles d'amélioration. Quant aux autres troubles symptomatiques, ils cèdent facilement, et c'est le cas du refus d'aliments dont nous parlions plus haut, sous l'influence de la médication, qui fait disparaître le trouble viscéral lui-même.
B. — Affections du foie et des canaux biliaires
[Folie hépatique)
h^s affections de foie et de ses annexes ]0\iQY\i, dans la production delà folie sympathique, un rôle assez im-
portant ; de tout temps leur action a été admise, etîa théorie ancienne qui fait du foie le point de départ exclusif delà mélancolie, n'est, au fond, que l'exagération de l'influence réelle de cet organe sur le fonctionnement de l'intelligence. De nos jours encore, un certain nombre d'auteurs, Burrow et Hammond entre autres, attribuent aux troubles hépatiques une des premières places dans le développement de l'aliénation mentale.
Parmi les affections du foie qui paraissent influer réellement sur l'état psychique, Vhypertrophie et surtout les abcès de cette glande viennent en première ligne. Dans un mémoire récent, lu à la société neurologique de New-York, le professeur Hammond a essayé d'établir, en s'appuyant sur plusieurs observations personnelles, que les abcès du foie s'accompagnent presque toujours d'un état plus ou moins marqué de mélancolie ou àliypochondrie, et que la ponction de cet organe, en guérissant le mal local, détermine consécutivement la disparition des accidents intellectuels. Poussant les déductions pratiques de ce fait au delà peut-être des limites permises, le médecin américain conseille, dans tous les états d'hypochondrie ou de mélancolie, d'explorer avec soin la région du foie, et même si la fluctuation ne peut-être perçue ou si faucun autre signe d'abcès n'est découvert, l'aspiratioQ, étant une opération sans danger, devra être pratiquée.
Sans aller aussi loin que le professeur Hammond, il est certain que les affections du foie peuvent devenir, dans certaines conditions, le point de départ
de troubles intellectuels qui prennent le plus souvent, dans ces cas, comme on Ta fait observer de tout temps, les caractères de la mélancolie et surtout de Vhypochondrie.
En dehors de Thypertrophie et des abcès, les principales lésions du foie qui ont été signalées chez les aliénés sont des tubercules de différente grosseur, disséminés dans le parenchyme de la glande, des dégénérescences graisseuses^ des kystes hydatiques, des adhérences avec le diaphragme, enfin la conformation vicieuse et la situation anormale de cet organe.
Les affections organiques de la vésicule du fiel et des conduits biliaires agissent probablement de la même manière que les lésions du foie lui-même. Dans certains cas, on a trouvé des obstructions des canaux biliaires; dans d'autres, la vésicule était atrophiée et remplie d'un liquide légèrement visqueux et presque incolore. Hayner a rencontré des vers dans le foie et dans la vésicule biliaire d'une femme affectée de délire mélancolique avec penchant au suicide.
Quant aux calculs hépatiques^ ils sont extrêmement fréquents chez les ahénés, surtout chez les mélancoliques et les hypochondriaques, et il n'est pas d'observateur qui n'en ait trouvé, à l'autopsie de ces malades, souvent en quantité considérable, et d'un volume tel qu'on s'étonnait du peu de réaction par laquelle ils avaient manifesté leur présence .
Les lésions des viscères abdominaux que nous venons de passer en revue n'existent pas toujours isolément; elles se combinent souvent les unes aux autres, comme si elles étaient le résultat d'une modification des
plexus nerveux ganglionnaires qui enlacent tous ces viscères. De fait, Pinel et Romberg ont trouvé, dans certains cas, les ganglions du grand sympathique anormalement développés, et Bichat a vu le ganglion semi-lunaire cartilagineux sur le cadavre d'un homme amené à l'Hôtel-Dieu pour une manie périodique. Nous avons également cité plus haut les deux observations de M. Aug. Voisin, établissant l'altération du grand sympathique dans certains cas de folie par consensus.