DEUXIÈME ÉPOQUE
{Époque médicate antique)
V PÉRIODE HlPPOCRATIQUR
Hippocrate, le créateur de la Médecine Mentale, appartenait à cette famille de prêtres, les Asclépiades, qui prétendaient venir d'Esculape et possédaient,
ainsi que nons venons de le voir, dans la Grèce antique, le monopole de la cure de la folie.
Il naquit, comme on le sait, dans Tile de Gos, 460 ans avant J.-G. Bien qu'il n'ait point traité d'une manière spéciale de l'aliénation mentale, on peut aisément juger, à la lecture attentive de ses œuvres, qu'il avait une connaissance assez précise de ce genre de maladies. Même avant lui, des distinctions s'étaient produites à cet égard, car c'est à la tradition qu'il paraît avoir emprunté les mots dont il fait usage '.phré- 7iitis, manie^ mélancolie, mal sacré.
Hippocrate décrit la phrénitls d'après son étymologie, à côté de la pleurésie et de la pneumonie, et il en place le siège an centre phrénique. Elle consistait, pour lui, en un délire continu dans une fièvre aiguë. Sa cause était réchauffement du corps entier par le sang, échauffé lui-même par son mélange avec la bile, qui le déplace et le change en sérum, lui ôte son mouvement et sa constitution habituelle. Quant aux symptômes, ils se trouvent indiqués en entier dans cette formule aussi succincte que précise qui résulte du livre des Epidémies et des Affections : <« Délire aigu avec fièvre intense, carphologie, pouls petit et serré». L'affection, dont la durée variait entre les limites extrêmes de trois et de cent vingt jours, se terminait plus souvent par la mort que par la guérison.
Bien qu'il soit difficile de préciser ce qu'Hippocrate et les anciens entendaient par phrénitis, il est permis de penser qu'ils comprenaient sous cette désignation la plupart des folies aiguës idiopathiques ou symptomatiques, et, en particulier, le délire aigu fébrile.
PERIODE HIPPOCRATTQUE 7
Si les indications relatives à la phrénitis sont confuses dans les livres hippocratiques, celles qui ont trait hla manie ]e sont bien davantage encore.
Scientifiquement, les auteurs anciens, y compris Hippocrate, considéraient la manie comme un délire violent, aigu ou chronique. Dans la collection hippocratique, on la trouve généralement confondue avec la phrénitis et la mélancolie.
La Mélancolie n'avait pas non plus de signification bien précise. Ses deux principaux caractères, pour Hippocrate, paraissent avoir été la crainte et la tristesse. Le tableau différait d'ailleurs, suivant que l'altération du cerveau était produite par la pituite ou par la bile. Dans le premier cas, il n'y avait pas d'excitation, dans le second, cet état général était, à divers degrés, le principal caractère de la maladie.
En dehors de la phrénitis, de la manie et de la mélancolie, Hippocrate paraît avoir connu la folie de la grossesse et la folie alcoolique. En tous cas, il semble en avoir observé des exemples.
Dans le domaine des maladies nerveuses, il possédait quelques notions vagues sur Thystérie^ mais c'est surtout Yépilepsie qu'il connaissait à fond et qu'il a décrite avec le plus grand soin. H avait même remarqué que l'épilepsie pouvait se compliquer de délire.
Hippocrate n'eut pas seulement le mérite de reconnaître, le premier, la nature pathologique de la folie. Avec une insistance des plus louables, il s'appliqua à combattre les pratiques médico-religieuses des Asclépiades, pour leur substituer un traitement plus ration-
nel et plus médical. Dès lors, aux ablutions, aux exorcismes et aux incantations succédèrent la saignée, les purgations, les vomitifs, la balnéation, la diète végétale, les exercices hygiéniques, la musique, les voyages : en un mot, tous les moyens médicaux dont on pouvait disposer à cette époque. C'est lui qui régularisa l'usage de rhellébore (veratrum album), employé empiriquement depuis la plus haute antiquité comme spécifique de la folie, et qu'on engageait les malades à aller cueillir eux-mêmes à Anticyre, petit village de la Thessalie, où croissait l'espèce la plus renommée. Hippocrate paraît s'être également servi, comme médicament spécial, de la mandragore^ dans les cas de mélancolie suicide.
Quant à la question de savoir ce qu'on faisait des aliénés, s'il existait pour eux des- établissements spéciaux, et si on employait à leur égard des mesures coercitives dans les cas graves et difficiles, nous en sommes malheureusement réduits, sur ce point, aux conjectures. Il paraît probable que les malades calmes et inoffensifs étaient laissés en liberté, ou tout au moins dans leur demeure, sous la surveillance de leurs domestiques oudeleursproches,et que cei tains étaient traités dans des maisons de santé (tarpta), ainsi que semble l'indiquer un passage de Plutarque relatif à Antiphon, médecin de Gorinthe. De même, une histoire d'aliéné , rapportée par Hérodote, permet de supposer que les moyens de contention les plus rigoureux étaient employés chez les anciens contre les aliénés dangereux. Il y est dit, en effet, que Gléomène, roi de Lacédémone, étant tombé dans une phrénésie