‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 11 sur 179 · ÉPOQUE PRIMITIVE · texte numérisé non relu

ÉPOQUE PRIMITIVE

premières de leur évolution. Aux premiers temps de leur existence, tout est rapporté par eux à l'intervention céleste, et la folie elle-même, ils la considèrent comme la possession de l'homme par quelque divinité bienfaisante ou vengeresse.

Il en fut ainsi chez les Juifs, ainsi qu'en témoignent les épisodes relatifs aux emportements maniaques du roi Saûl et à l'accès de lycanthropie de Nabuchodonosor.

Chez les Égyptiens \ on retrouve des croyances et des pratiques analogues.il existe à la Bibliothèque de Paris une stèle égyptienne datant du treizième siècle avant J.-G. dont l'inscription rappelle le fait d'une princesse asiatique possédée d'un esprit, qui fut guérie par l'iatercession du dieu Khons. On sait aussi qu'il existait, en Egypte, des temples dédiés à Saturne, où l'on purifiait les insensés dans le but de les guérir.

Dans la Grèce antique, il en est de même et les noms oai{j.ovojÀ'/]Toi, ÔsoXvjTTToi, £vepYou{ji.£vot, démoniaques^ possédés des dieux, énerguinènes qu'on donnait aux êtres privés de raisou, prouvent assez à quelle origine on attribuait leur folie.

Tout le monde connaît l'histoire du malheureux

1 Le cadre étroit de ce livre ne nous a pas permis de citer, à chaque page, tous les auteurs, français et étrangers, auxquels nous avons fait quelque emprunt d'idée ou d'expression, et nous ne pouvons que renvoyer, pour la bibliographie de chaque chapitre, aux traités spéciaux et aux articles des Dictionnaires. Nous ne pouvons nous empêcher de dire ici, cependant, combien nous nous sommes aidé, pour la rédaction de cet historique, des travaux de Trélat. Lasègue et Morel, Marcé, Ball^ et surtout de l'excellent ouvrage de M. Semelaigne.

Méléagre, celle du parricide Oreste, et celle non moins célèbre des filles de Prétus, roi d'Argos, qui, frappées par Junon d'une sorte de lèpre, se crurent transformées en vaches et mugissaient à l'instar de ces animaux. La tradition rapporte qu'elles furent guéries par le berger Mélampe à l'aide de l'hellébore, de purifications et de cérémonies religieuses.

Les fous n'étaient pas tous considérés, cependant, comme la proie des divinités infernales. Parmi eux, il s'en trouvait qui,, en raison de leur exaltation délirante, passaient, au contraire, pour les amis des dieux, pour des inspirés, et qui prophétisaient l'avenir.Parmi ces derniers, la Pythie de Delphes a été l'une des plus célèbres.

Avec de telles croyances sur la nature de la folie, le traitement des insensés devait évidemment consister en cérémonies religieuses et être confié à des prêtres. C'est ce qui avait lieu. En Grèce, les Asclépiades, sorte de prêtres médecins, qui dirigeaient les temples d'Esculape, étaient spécialement chargés du soin de les guérir. Hippocrate, qui flétrit plus tard ces prêtres charlatans et dénonça leurs pratiques curatives où la spéculation jouait évidemment le principal rôle, nous a laissé un récit détaillé du traitement qu'ils employaient à l'égard des aliénés.

La cérémonie avait pour prélude une adjuration à la divinité malfaisante ; on la sommait de sortir du corps du possédé. Après quoi, celui-ci était soumis à des purifications, des expiations, des jeûnes, des exorcismes, des ablutions avec de l'eau lustrale ou du sang d'une victime expiatoire.

PERIODE HTPPOCRATTQUE 5

Parfois, à ces cérémonies religieuses étaient jointes les pratiques de la plus sage hygiène : les spectacles, les distractions, la musique, les promenades, le séjour aux sources thermales, les exercices dans les gymnases attenants. Aussi arrivait-il que certains malades guérissaient de leur délire, ce qu'on ne manquait pas alors d'attrihuer à l'apaisement de la divinité offensée, et ce qui aboutissait nécessairement à des offrandes du plus haut prix, dont les prêtres s'enrichissaient.

Telles étaient, dans les temps primitifs, les idées qu'on se faisait de la folie et les moyens de traitement qu'on employait pour les guérir. Il nous faut passer rapidement sur cette période, d'ailleurs confuse, de l'histoire de l'aliénation mentale, et, après avoir mentionné les philosophes pythagoriciens qui, aux iv*^ et v*" siècles avant J. -G., arrachèrent des mains des prêtres les notions médicales qu'ils possédaient pour les confondre tantôt avec la philosophie, tantôt avec la physique et la métaphysique, nous en arrivons à Hippocrate avec lequel commence réellement la médecine antique.

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