‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 129 sur 179 · ALIENES DANGEREUX · texte numérisé non relu

ALIENES DANGEREUX

de ce jour, ils deviennent essentiellement dangereux. Gomme l'a dit Lasègue, ce ne sont plus alors des persécutés, ce sont des persécuteurs. Ils s'acharnent après leur soi-disant ennemis, et n'ont de repos que lorsqu'ils les ont frappés. Je ne citerai qu'un exemple entre mille. Un de ces malades, que j'ai connu à l'asile de Ville-Evrard, croyait d'abord qu'on lui volait sa pensée avant qu'elle fut émise ; petit à petit, il en vint à dire que c'était les aliénistes qui agissaient ainsi sur son cerveau à l'aide du magnétisme et de tuyaux acoustiques; puis, un jour, ce ne furent plus les aliénistes, ce fut l'un d'eux, précisément le professeur Lasègue. A dater de ce moment, le malade résolut de se venger, et, un jour que le maître sortait de la Pitié, l'aliéné se précipita sur lui, et le frappa au visage à l'aide d'une cravache qu'il tenait à la main. Dans les asiles, les persécutés continuent à être essentiellement dangereux ; le plus souvent leur haine se porte sur les médecins qu'ils accusent de les séquestrer illégalement, de les tourmenter, de les soumettre à l'action de l'électricité, etc., etc. La liste des médecins d'asile tués ou frappés par ces malades est déjà malheureusement bien longue, et il ne se passe pas d'années que ce triste martyrologe ne s'augmente de quelque nom nouveau. Il ne faut donc jamais oublier que les persécutés sont des aliénés essentiellement dangereux et qu'avec eux, il ne peut y avoir d'hésitation, ils doivent être rigoureusement séquestrés.

Beaucoup d'épïlep tiques, au moment et surtout après leur attaque, sont également pris d'une espèce de fureur aveugle, pendant laquelle ils frappent

inconsciemment tous ceux qui les entourent ou se livrent à des actes criminels et perdent après jusqu'au souvenir de leur action, ce qui est, comme on le sait, le propre de cette névrose convulsive.

Je m'arrête là dans cette énumération qui, bien qu'imparfaite, peut servir dans la pratique pour apprécier dans quels cas un malade est ou n'est pas dangereux. Mais il me semble qu'il est possible de préciser encore davantage, et qu'il existe un symptôme qui, sans être un critérium absolu, dénote presque toujours, lorsqu'on le constate, les états dangereux d'aliénation mentale. Ce symptôme est V hallucination^ surtout V hallucination bien caractérisée de Vovde. A mon avis, et je crois qu'il n'est guère possible de formuler une indication plus applicable en pratique, tout aliéné qui a des hallucinations nettement caractérisées de l'ouïe, est un aliéné dangereux et qu'il importe par conséquent de séquestrer.

En résumé, l'appréciation médicale de l'opportunité de la séquestration doit être basée sur un certain nombre de considérations, dont les principales sont : 1^ la condition sociale et la situation de famille du sujet ; 2° le degré de curabilité de la maladie ; 3° le caractère plus ou moins dangereux des tendances morbides.

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