ALIENES DANGEREUX
qui en sont atteints. On n'a qu'à se reporter au tableau que nous avons tracé de ces deux formes mentales pour comprendre toute l'intelligence, toute Tastuce, et toute la fourberie que mettent ces malades au service de leurs instincts pervers. Avec des apparences de raison, ou tout au moins avec une apparente conservation des facultés intellectuelles qui fait qu'ils en imposent au public pour des individus sains d'esprit et trouvent moyen de présenter comme réelles leurs calomnies et leurs inventions machiavéliques, ce sont peut-être de tous les pires des aliénés.
C'est précisément, d'ailleurs, parce que la folie hystérique et la folie à double forme^ dans sa période d'excitation, sont fréquemment constituées par ces variétés d'excitation maniaque ou de manie raisonnante, qu'elles rendent si dangereux, de la même façon, les malades qui en sont atteints.
Dans la folie alcoolique aiguë et subaiguë, les tendances aux violences, à l'homicide, et surtout au suicide, sont des plus fréquentes. On sait, en effet, que sous l'influence d'hallucinations qui déterminent chez eux une terreur panique, la plupart des malades se mettent à fuir, aff'olés, devant des persécuteurs imaginaires, et finissent très souvent par se jeter du haut d'une fenêtre ou dans la rivière, pour leur échapper.
Mais c'est surtout dans les folies partielles et dans la folie épileptique qu'on trouve les aliénés véritablement dangereux.
En ce qui concerne, en efi*et, les folies partielles, quelle que soit la forme du délire, les tendances véritablement offensives sont pour ainsi dire constantes.
Les mystiques, outre qu'ils se soumettent à des pratiques de jeûne, d'ascétisme, à des violences corporelles et à des mutilations plus ou moins graves, attentent souvent à la vie d'autrui, pour obéir à la divinité qui les inspire. Les uns croient avoir reçu du. ciel la mission de frapper un personnage considérable qu'ils croient représenter le mal sur la terre ; les autres, toujours pour être agréables à Dieu, renouvellent le sacrifice d'Abraham et immolent en holocauste leurs propres enfants.
Les mégalomanes, ces fous partiels qui se croient rois, ducs, princes, et possesseurs d'une immense fortune, sont souvent dangereux, également. Il n'est pas rare, en effet, de les voir réclamer avec instances leurs richesses et leurs titres soit aux autorités publiques, soit à des banquiers connus, et se livrer à la violence, dès qu'on refuse satisfaction à leurs prétentions maladives.
Mais de tous les fous partiels, les plus dangereux sans contredit, sont les persécutés. La plupart des crimes pathologiques dont les journaux nous entretiennent, sont, en effet, commis par ces malades. Et cela est facile à comprendre. Tant que les persécutés n'ont point systématisé leur délire, tant qu'ils se bornent à ces locutions indéterminées : « On m'en veut , on me faitdu mal », ils ne sont que peu à redouter. Tout au plus se bornent-ils alors à se plaindre aux commissaires de police ou à la magistrature, des persécutions dont ils sont l'objet. Mais, du jour où ils ont systématisé leur délire, du jour où ils ont donné des traits et un nom à la personne qui leur fait du mal,