‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 139 sur 179 · SEJOUR DANS LA FAMILLE. VOYAGES · texte numérisé non relu

SEJOUR DANS LA FAMILLE. VOYAGES

moins long le zèle de la famille tombe, et que le malade devenu à charge aux siens, dont il a perdu le respect et lassé l'affection, finit par être abandonné par eux dans un établissement spécial, où son incurabilité le condamne à séjourner jusqu'à sa mort. Encore n'est-il question ici que des formes de folie plus ou moins inoffensives, car dans bon nombre de cas, à ces inconvénients viennent s'ajouter encore les dangers ^que l'aliéné peut faire courir, soit à luimême, soit à la société, et contre lesquels sa situation dans la famille n'offre que des garanties tout à fait insuffisantes.

Le maintien de l'aliéné dans sa propre maison est donc une mesure mauvaise et dangereuse, contre laquelle le médecin doit s'élever presque toujours, et à laquelle il doit préférer tout autre solution, même imparfaite, lorsque le placement dans un établissement spécial, pour une raison quelconque, est reconnu par lui impossible.

Parmi les autres solutions adoptées d'habitude dans le traitement des aliénés à domicile, il faut citer surtout le voyage^ et le placement du malade soit chez un nourricier^ soit dans une communauté religieuse ou un établissement d^iydrothérapie, soit, enfin, dans une maison de campagne appropriée à cet effet.

2° Traitement par les voyages. — Les voyages constituent un agent thérapeutique efficace dans l'aliénation mentale, en même temps qu'un moyen salutaire de diversion. En enlevant le malade à son miheu habituel, ils répondent, en effet, au principe

même du traitement de la folie, l'isolement, en même temps qu'ils entraînent des distractions morales et physiques, susceptibles de réagir favorablement sur l'esprit de l'aliéné. Mis surtout en honneur par Esquirol et quelques-uns de ses élèves qui en avaient retiré de bons effets, ils sont moins pratiqués aujourd'hui en raison des inconvénients et des dangers auxquels ils peuvent donner lieu. Sans les rejeter en principe, il convient en effet de n'y avoir recours qu'avec prudence et en s'entourant de précautions suffisantes. Ainsi, certaines formes morbides, celles, notamment, dans lesquelles les malades deviennent habituellement dangereux, sont absolument incompatibles avec ce moyen de traitement. C'est dire assez qu'on ne doit point, sauf de rares exceptions, faire voyager les maniaques dans leur période aiguë, les fous épileptiques, les persécutés, et, d'une façon générale, les hallucinés. En revanche, les voyages conviennent parfaitement dans les formes mélancoliques, particulièrement au début de la mélancolie aiguë, non seulement parce qu'elles comportent une plus grande liberté pour le malade, mais aussi parce qu'elles sont plus susceptibles d'être heureusement influencées par un traitement moraL Chez elles, le Voyage agit à titre d'agent curatif et peut amener la guérison ou tout au moins une amélioration notable des symptômes. On peut y avoir recours aussi dans certaines folies chroniques, aVec des sujets plus ou moins inoffensifs, mais alors il constitue un simple tiioyen de diversion, susceptible tout au plus de déterminer une accalmie relative. Quels que soient

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