PLACEMENT CHEZ DES NOURRICIERS
la forme morbide et le but qu'on se propose, le médecin ne doit conseiller ou accepter le voyage d'un aliéné qu'à la condition que le malade ne soit pas accompagné d'un de ses parents, au moins les plus rapprochés ; que la direction en soit confiée à un individu expérimenté, de préférence à un jeune médecin; enfin, que toutes les mesures de précautions soient prises pour parer, dans la mesure du possible, à toute éventualité fâcheuse et à tout accident. Il est bon aussi d'éloigner suffisamment le malade, souvent même de l'expatrier, comme aussi de le changer fréquemment de séjour et de lieu ; enfin, il faut que le voyage ait une durée assez longue, de quelques mois ou de quelques années, suivant les cas, et, s'il paraît produire quelque heureux effet, il importe de le prolonger jusqu'à ce que l'amélioration soit solidement établie.
3° Traitement chez des nourriciers. — Le placement du malade hors de son domicile peut s'effectuer, comme nous l'avons indiqué, de plusieurs façons différentes. Dans certains cas, les parents le confient à une famille plus ou moins éloignée, habitant la campagne, peu aisée en général, et qui, moyennant salaire, se charge de le garder et de le nourrir, comme on fait des enfants en bas âge, d'où le nom de nourriciers donné à ces individus. Dans les pays où le traitement à domicile n'est pas encore réglementé, comme en France, ce système de placement de malades chez des nourriciers, peu pratiqué d'ailleurs, a donné les résultats les plus déplorables,
Peu à peu, en effet, les soins mercenaires deviennent moins empressés, moins suffisants , et l'aliéné , négligé, maltraité, passe bientôt à l'état de ces malheureux nourrissons abandonnés de leurs familles qui subissent mille privations et mille tortures. On a vu de pauvres fous, après plusieurs années passées ainsi, revenir presque à l'état sauvage et désapprendre de parler. Le médecin ne doit donc jamais consentir au placement d'un aliéné dans une famille étrangère à moins d'exercer ou de faire exercer sur elle cette surveillance étroite que l'administration reconnaît la nécessité de s'attribuer désormais dans la nouvelle loi. Les inconvénients de ce système de placement ne sont plus les mêmes, évidemment, lorsque le malade est confié non plus à une famille de nourriciers quelconque, mais à la famille du médecin lui-même, comme cela se pratique quelquefois à l'étranger. Il est rare^ d'ailleurs, que le médecin consente à accepter ainsij pour lui et pour les siens, les inconvénients d'un contact perpétuel avec un insensé. Le placement d'un aliéné dans une communauté religieuse ne constitue pas, à proprement parler, un système de traitement à domicile, et il y aurait beaucoup à dire sur les inconvénients qu'il peut présenter ; aussi devons-nous nous borner a le signaler comme une mesure à laquelle certaines familles ont quelquefois recours, lorsqu'il s'agit de malades du sexe féminin et plus ou moins inoffensifs.
4° Traitement dans un établissement hydrothérapique. — Il n'en est pas de même du placement dans
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un établissement hydrothérapique, qui est pratiqué sur une large échelle, surtout vis-à-vis des aliénés au début de leur maladie et de ceux qui paraissent ne pas être dangereux. C'est, en effet, cette solution que les familles acceptent le plus volontiers, non seulement parce que le placement de leur malade dans un établissement de ce genre n'entraîne pas les mêmes formalités, ni les mêmes conséquences pénibles que dans une maison spéciale de santé, mais encore parce qu'elles peuvent, de la sorte, satisfaire à leur désir de ne point quitter l'aliéné, et surtout parce qu'elles sont convaincues, comme on l'est en général dans le public, que le meilleur traitement à opposer à la folie, quelle qu'en soit la forme, est l'hydrothérapie. En principe, le placement du malade dans une maison d'hydrothérapie, n'a rien en soi de fâcheux, et, il est, en tous cas-, préférable à son maintien dans son propre domicile ; mais il faut reconnaître qu'il n'est guère applicable qu'aux nerveux et aux semi-aliénés et non aux aliénés proprement dits, pour lesquels le défaut de règle et de discipline, une liberté trop grande, le contact de la famille et l'absence d'une surveillance méthodique constituent une situation fâcheuse et qui n'est pas exempte de dangers. Au reste, aux termes mêmes de la loi future, les aliénés traités dans les établissements hydrothérapiques seront de la part de l'administration, l'objet d'une intervention analogue à celle qui s'exerce sur les malades traités dans les établissements privés. Mais ce contre quoi on ne saurait trop s'élever, c'est contre l'usage qui se
répand de plus en plus d'instituer un traitement hydrothérapique dans chaque cas d'aliénation mentale, quel qu'il soit. La douche, surtout la douche froide, dans la folie, est une arme à deux tranchants susceptible d'améliorer, mais aussi d'aggraver l'état du malade et il n'est pas de pratique plus détestable que celle qui consiste à appliquer indifféremment les douches à tous les aliénés. Gomme nous l'avons déjà indiqué dans la première partie de cet ouvrage, l'hydrothérapie doit être proscrite d'une façon générale dans tous les états d'aliénation qui s'accompagnent d'une hyperhémie plus ou moins marquée de l'encéphale, et surtout dans la paralysie générale^ à toutes ses périodes et sous toutes ses formes.
5° Traitement dans une maison de campagne. — Le placement dans une maison de campagne est encore le mode de traitement préférable, lorsque l'internement n'est pas possible. La règle à suivre, en pareil cas, consiste essentiellement à organiser la maison de campagne en calquant de plus ou moins près le système des maisons de santé. Il est surtout trois points principaux que le médecin ne doit pas perdre de vue : 1" ne pas autoriser la cohabitation de la famille avec le malade, et les séparer autant que possible l'un de l'autre ; 2° conserver exclusivement au médecin, dans l'ensemble et les détails, la direction du traitement; 3° établir auprès dii malade une surveillance étroite, continue, intelligente, à l'aide d'individus exercés^ et n'avoir jamais recours à des gens inexpérimentés qui, faute d'habitude, ou par