‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 15 sur 179 · PERIODE GRECO-ROMAINE · texte numérisé non relu

PERIODE GRECO-ROMAINE

ment, celle notamment qui est relative au traitement du délire maniaque ne nous est pas parvenue. Il est permis de supposer cependant, d'après ce qui nous reste de lui à cet égard, qu'une réaction s'était déjà produite en faveur des aliénés depuis Gelse, car Arétée ne mentionne nulle part ni liens nidigatures dans ses descriptions concernant les phrénétiques même furieux.

SoRANUs d'Ephèse (95 après J.-C), dont les œuvres ont été perdues, n'est connu que par Gœlius Aurelianus qui s'en donne, dans ses écrits, comme le traducteur et le commentateur.

Il est impossible de déterminer dans l'œuvre admirable de Gœlius Aurelianus, ce qui appartient à l'auteur et ce qui revient au commentateur. 11 est probable cependant que Gœlius Aurelianus a dû, sur un grand nombre de points, exprimer des vues absolument personnelles.

Gœlius Aurelianus a vécu un siècle environ après Soranus, dont il fut, comme nous venons de le voir, le traducteur et le commentateur.

Au point de vue de la pathologie mentale proprement dite, Gœlius Aurelianus a très peu ajouté aux magnifiques descriptions laissées par Arétée ; il s'est borné à compléter sur plusieurs points les idées de son prédécesseur. G'est ainsi qu'il signale la distinction entre la phrénésie ou délire fébrile et l'aliénation mentale proprement dite , et qu'il insiste sur les troubles des fonctions organiques qui accompagnent la mélancolie au sujet de laquelle il dit : « In melancholicis stomachus, in furiosisverô caput afficitur».

Mais c'est surtout le chapitre relatif au traitement de la folie qui constitue la partie capitale de l'œuvre de Gœlius Aurelianus. Il y a là un admirable exposé des règles du traitement physique et moral des aliénés, un éloquent plaidoyer en faveur des mesures de douceur et, par suite, de la suppression des moyens de coercition ; en un mot, l'énoncé complet de cette méthod e qui devait ressusciter de nos j ours sous le nom àQno-restraint. Gœlius Aurelianus s'y élève avec force contre les médecins qui ont recours par principe aux moyens violents de contention. Il y a surtout un passage qui mérite d'êlre cité : « Ils semblent plutôt délirer eux-mêmes, dit-il de ces médecins, qu'être disposés à guérir leurs malades, lorsqu'ils les comparent à des bêtes féroces qu'on adoucit par la privation des aliments et par les tourments de la soif. Séduits sans doute encore par la même erreur, ils veulent qu'on les enchaîne cruellement sans penser que leurs membres peuvent être meurtris ou fracassés, et qu'il est plus convenablaet plus facile de les contenir par la main des hommes que par le poids souvent inutile des fers. Ils vont jusqu'à conseiller les violences corporelles, le fouet, comme pour forcer le retour de la raison par une pareille provocation : traitement déplorable qui ne fait qu'aggraver leur état, ensanglanter leurs membres et leur offrir le triste spectacle de leurs douleurs au moment oii ils reprennent l'usage de leur intelligence.»

Dans un autre passage, Gœlius Aurelianus dit encore, après avoir conseillé de faire maintenir les malades difficiles et agités par des surveillants habitués :

PÉRIODE GRÉCO-ROMATNE 15

« Si la vue des hommes les irrite, et seulement dans des cas très rares, on emploiera des ligatures, mais avec les plus grandes précautions, sans aucune secousse , en recouvrant attentivement toutes leurs articulations, et avec le soin de ne se servir que des liens d'une texture molle et délicate, car les moyens de répression employés sans ménagement augmentent et même font naître la fureur, au lieu de l'apaiser. » On ne saurait plaider plus éloquemment la cause de l'humanité, ni formuler de plus sages préceptes au sujet des moyens de contention chez les aliénés.

Galien (150 ans après J.-G.) le célèbre médecin dé Pergame qui écrivit cinq cents livres et dont les idées eurent une si immense influence sur son époque qu'elles retentirent avec la même puissance sur les quatorze siècles qui suivirent, a peu porté son attention surTaliénation mentale. Ce qui domine à ce point de vue dans ses écrits, c'est la division qu'il s'attache à étabUr entre la folie idiopathiqiie et la folie sympathique ou par consensus, et l'importance qu'il accorde à cette dernière dans sos descriptions.

Après Galien, tout retombe dans l'obscurité et la confusion. Alexandre de Traites ( 560 après J.-C.) et Paul d'Egine (630 après J.-G.) n'exposent aucune vue nouvelle sur la folie, et quant aux médecins arabes Avicenne, Rhazès (x^ siècle), ils se bornent à développer les idées de Galien sur la folie par consensus, dont ils placent le siège dansles diff'érentes viscères, et surtout dans le foie et la rate.

Page 1