‹ Manuel pratique de médecine mentaleChapitre 31 sur 179 · TRAITEMENT CURATIF · texte numérisé non relu

TRAITEMENT CURATIF

Le traitement curatif de l'aliénation mentale comprend 1° le traitement moral ; 2° le traitement physique.

A. Traitement înoral

Le traitement moral se compose surtout de Visolement, de la direction morale^ des occupations', des distractions, des voyages, etc.

Isolement. — lu' isolement , constitue, dans la plupart des cas, la hase même du traitement de la folie. Quelles que soient les objections, surtout d'ordre sentimental, qu'on puisse faire à la mise en pratique de ce principe, il n'en reste pas moins l'élément capital de la cure des maladies mentales, et on peut presque ériger en loi cette formule : « La folie ne guérit jamais bien dans le milieu et l'entourage où elle a pris naissance ». Il faut donc considérer l'isolement, non seulement comme une mesure de sécurité à laquelle on n'a recours qu'à la dernière extrémité, mais comme le moyen curatif le plus puissant et le plus efficace dont on puisse disposer.

oS PATHOLOGIE GENERALE

Il existe plusieurs façons de pratiquer risoleiuent, qui varient suivant Fétat du r^alade et sa position sociale. Le premier est le placement dans un établissement spécial, asile d'aliénés ou maison de santé. Dans la grande majorité des cas, c'est à cette mesure radicale qu'il faut avoir recours et les atermoiements, les temporisations plus ou moins prolongées ne font, le plus souvent, qu'aggraver l'état du malade et démontrer la nécessité de plus en plus impérieuse de la séquestration. C'est parce que beaucoup de familles attendent et reculent de jour en jour devant le placement de leurs malades que les crimes ou les scandales commis par les aliénés sont encore si fréquents, et, c'est aussi pour la môme cause, qu'un certain nombre d'affections mentales qui, traitées à temps dans les asiles, eussent pu guérir, sont devenues incurables. Dans l'intérêt de l'aliéné comme dans l'intérêt de la société, il convient donc de recourir d'aussi bonne heure que possible à l'isolement dans un établissement spécial. Là, le malade subit presque malgré lui, dès son entrée, les effets salutaires d'une bonne hygiène, d'une règle fixe, d'une discipline, d'une hiérarchie, dont il a constamment des exemples sous les yeux, en même temps qu'il se trouve entre les mains de médecins spéciaux, expérimentés, plus à même qu'au-' cun autre de diriger d'une façon rationnelle le traite-, ment de son affection. La plus grande erreur du public en dehors de l'injuste prévention qu'il nourrit, par tradition, contre les maisons d'aliénés, est de s'imaginer que la séquestration produit un effet moral désastreux sur le malade, et que son affection peut

s'aggraver soas l'influence de la privation de sa liberté et surtout sous l'influence du contact des autres insensés. L'influence de ce milieu spécial est, au contraire, des plus favorables et la séquestration, subie ou non, produit toujours un eff'et salutaire. Ce qui le prouve mieux que tout, c'est que certaines folies, amendées et mêmes guéries dans un établissement d'aliénés, reparaissent aussitôt après le retour des malades dans leurs fa miles, et ne s'amendent à nouveau que sous l'influence d'une nouvelle séquestration. Quant à la question de liberté individuelle, autour de laquelle on fait souvent grand brait, il faut avouer qu'elle est habituellement hors de cause et que les aliénés vraiment guéris sont les premiers à reconnaître plus tard la nécessité de la mesure qui a été prise envers eux. Un autre mode d'isolement consiste à placer le malade soit chez des colons, soit dans une maison de campagne organisée à cet eff'et, et plus ou moins calquée sur le système des maisons de santé. Ces moyens ne peuvent être employés que dans les cas où le malade n'est pas absolument dangereux;ils sont d'ailleurs fort coûteux et loin d'être à la portée de toutes les positions de fortune. Quel que soit le mode d'isolement adopté, son principe même réside dans Véloigneraent du malade de sa famille et de son milieu habituel. Dans leur généreuse ignorance , les parents sont presque toujours convaincus que rien ne saurait remplacerleur dévouement et leur aff'ection, alors que leur contact et les soins dont ils entourent le malade sont, au contraire, un aliment de plus à son délire. Aussi, ne peuvent-ils comprendre, en général, ni accepter

la séparation conseillée par le médecin, et surtout Tabstention de toute visite.

Quant à la question de la durée de l'isolement, elle ne peut être tranchée d'une façon absolue. En principe, il vaut mieux attendre que la guérison soit certaine que de procéder à une sortie prématurée de l'asile. Il existe du reste, à cet égard, un moment psychologique à saisir qu'il ne faut ni devancer ni dépasser outre mesure, pour obtenir un bon résultat de la cessation de l'isolement.

Direction morale. — La Direction morale^ est, avec l'isolement, un des éléments les plus importants de la cure de la folie. Elle ne doit appartenir qu'au médecin, seul en mesure par sa situation^ sa profession, son autorité et son caractère de la mener à bien. La direction morale consiste donc, en fin de compte , dans l'action morale que le médecin exerce ou fait exercer sur le malade dans le but d'arriver à la guérison. Toutes les affections mentales ne comportent pas, à cet égard, les mêmes indications, et il en est qui sont plus particulièrement susceptibles d'être influencées par ce mode de traitement. De ce nombre est la mélancolie, dans laquelle la direction morale joue effectivement un rôle capital.

L'action médicale s'exerce de façon bien différente suivant les cas, et elle demande un tact, une habileté, un savoir-faire qui ne s'acquièrent qu'au prix d'une longue habitude. On peut dire sans exagération que le médecin, oar sa seule présence et l'action morale dont il dispose vis-à-vis de son malade, influe beaucoup sur saguérison. Il faut voir, dans les asiles, avec

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quelle impatience la visite du médecin est attendue, quelle heureuse impression ses encouragements et ses conseils produisent chez certains mélancoliques, pour se rendre compte de Tinfluence qu'il peut avoir. Règle générale, le médecin doit témoigner la plus grande politesse et la plus grande sympathie à ses malades. Pour si absorbés qu'ils soient, en effet, par leur délire, les aliénés sont toujours sensibles aux prévenances et aux marques d'intérêt qu'on leur prodigue, et c'est là un des meilleurs moyens de gagner leur bienveillance et de s'emparer de leur esprit. Il faut les écouter , les traiter avec autorité quoique avec douceur ; leur faire sentir qu'ds ont dans leur médecin, un conseiller, un appui moral ; ne pas se moquer ouvertement de leurs conceptions même les plus déraisonnables, ni les heurter trop carrément de front ; se garder cependant de les approuver et de considérer leur délire comme l'expression de la réalité ; les encourager lorsqu'ils commencent à douter et faire pénétrer peu à peu la vérité dans leur esprit ; dans certains cas, lorsque leur obstination, leur indocilité, leur persistance dans une idée fixe ou l'accomplissement d'un acte morbide l'exigent, changer d'attitude, faire acte d'autorité, se montrer sévère, et essayer de l'intimidation, sans toutefois en venir jamais aux procédés violents. Tous ces moyens sont excellents et ont une grande valeur entre les mains de médecins expérimentés ; mais ce sont des armes à deux tranchants qu'il ne faut employer qu'avec prudence et à bon escient. On sait que Leuret avait fait du raisonnement et de l'intimidation Ja base d'un traitement systéma-

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tique qu'il appelait traitement moral. Ce traitement consistait, en fin de compte, à co7ivaincre de gré ou de force l'aliéné de ses erreurs. Erigé en principe unique, ce système n'est évidemment pas acceptable et, d'ailleurs, il n'est guère susceptible de produire des résultats bien satisfaisants. On rebute ainsi les malades, on les humilie, on les aigrit, on les oblige à se reconnaître malades sans les convaincre ; on les place en un mot, dans la situation de ces patients qu'on forçait autrefois par la douleur à s'avouer coupables bien qu'ils fussent innocents. Car il faut ne pas connaître les aliénés pour ne pas savoir que leurs erreurs ne sont pas de celles qu'on arrache de vive force, et qu'il faut les laisser s'user elles-mêmes et disparaître spontanément.

Occupations. Distractions. Spectacles. Voyages. — Des occupations variées, des travaux peu pénibles et récréatifs, des distractions de toutes sortes, des spectacles, delà musique, des visites, organisés à propos et adaptés à l'état du malade, sont aussi des moyens excellents et qui complètent utilement le traitement moral. Quant aux voyages, ils peuvent avoir une heureuse influence, surtout dans certains cas de mélancolie et au début de quelques maladies mentales, à titre de diversion. Mais ils ne sauraient convenir à tous les cas indistinctement, et on ne doit y avoir recours qu'avec prudence.

B. Traitement physique

Le traitement physique de l'aliénation mentale comprend : le traitement hygiénique et le traitement

médical proprement dit, divisé en intei'ne et externe,

1° Traitement hygiénique. — Le traitement hygiénique de la folie se compose des règles habituelles de l'hygiène concernant les vêtements, l'habitation, le coucher, l'alimentation, etc.

Les vêtements desahénés ne comportent pas d'indication spéciale, si ce n'est qu'ils doivent être amples et larges^ et surtout ne pas comprimer les vaisseaux du cou, en raison des congestions possibles, surtout chez certains malades. L'habitation étant en général un établissement d'aliénés, nous n'avons pas besoin d'indiquer ici les règles bien connues qui doivent présider à leur construction et à leur aménagement ; rappelons seulement que les chambres des malades doivent être saines, bien aérées, modérément chauffées et, autant que possible, aurez-de-chaussée. L'alimentation doit être saine, tonique et réparatrice ; les excitants et surtout le vin et les alcooliques, sans être proscrits d'une façon absolue, doivent être employés avec modération. Chez les paralytiques généraux, surtout dans les dernières périodes, on ne donnera que des aliments coupés menu et des viandes hachées pour éviter l'asphyxie. Quant au coucher, il ne présente rien de spécial, si ce n'est chez les gâteux qui nécessitent des soins particuliers de propreté. Il faut seulement tâcher, autant que possible, de régldariser les heures de repas des aliénés, et les amener à se coucher de bonne heure et à se lever tôt.

2° Traitement médical interne. — Le traitement médical interne de la folie, n'est autre que le traitement pharmaceutique. Nous devons nous borner ici

à réniiméralion des principaux médicaments employés chez les aliénés.

Purgatifs. — En première ligne, viennent les ]">urgatifs, en nsage de tout temps dans la curedel'aliénation. Les purgatifs sont employés soit pour combattre la constipation, si fréquente chez les aliénés, soit pour opérer une révulsion sur le tube intestinal. On peut se servir à peu près indistinctement de tous les genres de purgatifs ; cependant, les pilules à base d'aloès sont en général préférables, surtout lorsqu'on veut congestionner le reclum et même rétablir un flux hémorroïdaire disparu.

Émissions sanguiiies. — La saignée, très en usage autrefois, est tombée aujourd'hui en désuétude comme on le sait; on lui préfère, toutes les fois qu'il paraît nécessaire de provoquer une émission sanguine, l'application de sangsues, soit à la tête, soit à l'anus.

Calmants. — Les calmants sont les médicaments les plus employés. Ij'opium et la morphine peuvent être donnés sous toutes les formes, mais ils congestionnent parfois le cerveau et produisent, par suite, un eflet tout opposé à celui qu'on en attend. Ils sont plutôt indiqués, par conséquent, dans la mélancolie que dans la manie. Le chloral et le bromure déterminent de meilleurs effets et produisent le sommeil. Une des meilleures préparations calmantes dans la folie, est l'association du chloral et des bromures alcalins.

On peut encore ranger parmi les calmants le tartre stibié, très usité en Angleterre comme dépressif, l'alcool, emploj^é également comme stimulant, surtout

chez les alcooliques, eafîn la belladone et la digitale, dont l'emploi est surtout indiqué dans le cas où les fonctions circulatoires sont troublées.

Toniques. Anti-périodiques. — Les toniques, tels que quinquina, arsenic, alcool, ferrugineux, amers, ont une grande utilité chez les aliénés, souvent sujets à l'anémie. Le sulfate de quinine a été préconisé dans certaines folies périodiques et notamment dans !a folie â double forme et la folie liée à la fièvre intermittente, où il a paru donner quelques bons résultats.

Stimulants diffusibles. — Les stimulants diffusibles tels que le thé et le café sont en général peu utiles.

Haschisch. Emménago gués, etc. — Quant aux autres médicaments en usage, ils tirent surtout leur indication de circonstances particulières. C'est ainsi qu'on a employé, sans grand succès, le haschisch contre les hallucinations, et, avec plus de raison, les emménagogues dans le cas de troubles menstruels.

3" Traitement médical externe- ^ — Hydrothérapie. Bains. — Letraitementmédical externe se compose en premier lieu des bains et des douches quij ouent un certain rôle dans le traitement des maUdies mentales. Ce sont, en effet, des moyens excellents, mais dont il ne faut user qu'avec réserve. Pour le public, et même pour quelques médecins, l'emploi de l'eau et surtout de l'eau froide constitue le spécifique de la folie et, qui dit aliénation dit, pour eux, hydrothérapie. Or^ c'est là une pratique détestable, car, si les douches peuvent être utiles dans certaines affections, telles que lamélancolie, où il s'agit de secouer et de réveillerl'or-

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Planisme endormi, il n'en est plus de même dans les affections mentales, très nombreuses, qui s'accompagnent d'un état plus ou moins marqué d'hyperhémie cérébrale. Dans tous ces cas et notamment dans la paralysie générale, même au début, les douches d'eau froide sont plutôt nuisibles et dangereuses qu'utiles. Quant aux bains, il n'en est pas de même, et il est peu de cas où ils ne trouvent leur emploi en médecine mentale. Rien ne réussit mieux en particulier pour calmer les grandes agitations que des bains quotidiens, prolongés pendant plusieurs heures, quelquefois pendant une journée tout entière. Il faut toujoua:'s avoir soin, chez les aliénés, de pratiquer des affusions d'eau froide sur la tête pendant toute la durée du bain dont la température ne doit pas, en général, dépasser 28° à 32" centig. Les Anglais et M. Bail ont préconisé également chez les agités, l'emploi de bains sinapisés c'est-à-dire de bains tièdes auxquels on ajoute 1 kilog. de farine de moutarde. Ces bains sinapisés m'ont paru mieux réussir chez les mélancoliques, chez lesquels ils contribuent à rétablir la circulation périphérique et amènent, quoique parfois au bout d'un temps assez long, une rubéfaction salutaire delà peau. On peut aussi leur adjoindre, dans le même but, des frictions sèches ou humides, l'enveloppement dans le drap mouillé, etc. . etc. Il faut être plus réservé en ce qui concerne les bains de mer et surtout les bains sulfureux qu'on a vus souvent, après une saison inlempestive, amener une recrudescence des troubles cérébraux, surtout dans le cas où il existait un exanthème. Électricité. — L'électricité est peu employée en

aliénation mentale; on s'en sert quelquefois, dans les cas de stupeur, pour essayer de réveiller la sensibilité, ou dans la sitiophobie, pour déterminer, au moyen du courant, l'ouverture de la bouche et des mouvements de déglutition.

Révulsifs. — Les révulsifs ne sont peut-être pas employés assez fréquemment. En présence des heureux résultats que détermine l'apparition spontanée des suppurations, chez les aliénés, on est en droit de conclure à Tefficacité de la révulsion artificielle. La 7'évulsion d la nuque^ sous forme de vésicatoire permanent, deséton, de pointes de feu au thermo-cautère, a été souvent suivie de succès notamment dans certains cas de paralysie générale au début. Quant aux frictions stibiées sur le cuir chevelu préconisées par certains auteurs, toujours dans la paralysie générale, elles sont inefficaces et par dessus tout très douloureuses.

On a encore conseillé d'autres moyens, tels que Faction de la lumière colorée, l'obscurité, le balancement dans un lit suspendu etc, qui sont à peu près abandonnés aujourd'hui.

Il nous reste encore à parler , pour terminer ce qui a trait au traitement médical externe, de l'alimentation forcée des aliénés, des moyens de contention et du no- Restraint.

Alimentation forcée. — Il existe un certain nombre d'aliénés qui refusent absolument de prendre toute nourriture et qu'on est obligé d'alimenter de force. Ces malades soniles sitlophobes. Leur refus d'aliments porte le nom de sitiophobie et la réunion des procédés

employés pour les nourrir de force, celui d'alimentation forcée.

La sitiopobie tient, chez les aliénés, à diverses causes que nous énumérerons en traitant des formes de folie dans lesquelles on la rencontre. Bornons-nous à dire, dès maintenant, qu'elle n'est ni constamment ni unique ment la conséquence immédiate du délire. L'élément physique, c'est-à-dire une perturbation quelconque des fonctions organiques, digestives surtout, en est bien plus souvent la cause. Dans certains cas, ce trouble physique est suffisant, à lui seul, pour provoquer l'anorexie ; dans d'autres, il n'est, il est vrai, que très léger, mais alors il peut servir de base au malade pour l'édifice de conceptions délirantes nouvelles et devient encore quoiiiue indirectement, le point de départ du refus d'ahments. Enfin, la sitiophobie peut être uniquement d'origine intellectuelle. Le refus d'aliments est plus spécial à certaines formes de folie telles que la mélancolie, dans laquelle il est pour ainsi dire la règle, et le délire de persécution. Il est beaucoup plus rare et presque toujours passager dans les états maniaques.

Lorsqu'un aliéné refuse de manger, il faut, en premier lieu, chercher la cause de ce refus, et s'assurer s'il ne tient pas à un état organique défectueux, auquel cas le traitement et la cure de cet état pathologique sont le premier but à poursuivre.

En second lieu, il est nécessaire de mesurer l'intensité et la persistance de ce refus en essayant sur le malade l'effet des moyens moraux (raisonnement, prières, promesses, puis intimidations, menaces, etc.,

etc.). Lorsque tous ces moyens ont échoué, il faut recourir à l'alimentation forcée à l'aide de la sonde œsophagienne, car nous laissons ici de côté tous les autres procédés plus ou moins défectueux qui ont été préconisés. (Le manuel opératoire sera décrit dans le chapitre de la pratique médicale de l'aliénation mentale.)

Les aliments, forcément liquides, qu'on fait prendre ainsi aux malades, doivent consister surtout en lait, houillon, œufs, peptones de viande, chocolat, vin, huile de foie de morue, etc., etc., auxquels on ajoute, suivant les cas, des toniques, des ferrugineux, etc..

Le sitiophobie étant très fréquemment sous la dépendance directe ou indirecte d'un trouble des fonctions digestives, surtout de l'estomac, j'aiproposé,en 1880, de pratiquer le lavage de Vestomac chez les aliénés qui refusent les aliments. Il m'est arrivé souvent et d'autres observateurs ont, depuis, corroboré le fait, de voir la sitiophobie céder à ce moyen curatif, qui me semble mériter de passer dans la pratique courante. Bien entendu, il faut renoncer à se servir du tube de Faucher et c'est la pompe stomacale qui seule peut permettre de pratiquer le lavage, a moins qu'on n'adapte un long tube de caoutchouc flexible à l'extrémité évasée de la sonde œsophagienne qui émerge des fosses nasales.

Moyens de Contention. No-Restraint. — En principe, les moyens de contention doivent être proscrits chez les aliénés. Il existe des circonstances, cependant, comme dans les cas d'agitation très violente, de

tendance irrésistible à la mutilation volontaire, au suicide, etc., où il devient nécessaire de maintenir le malade. La camisole de force, mise adroitement, sans brutalité, et de façon à ce qu'elle ne gêne en rien le jeu de Tappareil respiratoire, est le seul procédé auquel on doive avoir recours.

Dans les asiles, on tend déplus en plus à restreindre l'emploi des moyens de contention et il faut reconnaître que si, en les proscrivant d'une façon absolue et en allant même jusqu'à préconiser le système des asiles à portes ouvertes, les partisans du no-Restraint ont dépassé réellement la mesure, ils ont contribué, pour une certaine part, à la suppression d'un véritable abus.

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