ÉLÉMENTS FONCTIONNELS
1° Troubles de l'activité générale
L'activité générale consiste dans la réaction de l'organisme sous l'influence des impressions psychiques. Cette réaction cesse d'être normale lorsqu'elle est excessive, ou, au contraire, insuffisante. De là, deux troubles différents de l'activité générale : l°le trouble par excès de réaction^ ou excitation^ le trouble par défaut, ou dépression.
L'activité générale n'est pas toujours altérée dans la folie, mais c'est précisément son altération ou son défaut d'altération qui doit constituer la base même de la division des états de folie : 1° folies généralisées ou avec trouble de l'activité générale ; 2° folies partielles on sans trouble de l'activité générale.
Excitation. — Vexcitation ou trouble par excès, consiste dans V excès de réaction générale de r organisme. C'est une exagération de l'expansion de l'être psychique. Lorsqu'elle est très intense et absolument généralisée, elle se traluit par une activité désordon-
AFFAIBLISSEMENT. EXCITATION. DEPRESSION 77
née de l'intelligence, des sentiments, des actes, absolument incoercible. A un degré moindre, elle consiste dans la simple exagération de l'activité normale-, et porte alors plus spécialement sur l'une des trois sphères intellectuelle, morale ou physique. L'excitation est l'élément constitutif des états de manie, dont les variétés tirent leurs caractères du degré d'intensité et de généralisation de cette excitation.
DÉPRESSION. — La dépression est l'état opposé à l'excitation. Elle consiste dans un défaut d' expansion de l'activité générale qui peut aller depuis la simple concentration de la réaction de l'organisme jusqu'à son anéantissement complet. Elle se traduit alors, extérieurement, par l'immobilité absolue ou stupeur. A un degré moindre, elle peut porter plus spécialement soit sur la sphère intellectuelle, soit sur la sphère morale, soit enfin sur la sphère physique, dans lesquelles elle se manifeste par un degré plus ou moins marqué de paresse et détenteur dans le fonctionnement habituel. La dépression comme l'excitation, sert à caractériser une classe de folies généralisées, les folles avec dépression ou mélancolies.
2° Troubles de la sphère intellectuelle
Les principaux éléments constitutifs de la folie, dans la sphère intellectuelle, sont : 1° Isiconceptwn délirante ; 2° ï hallucination ; 3° Villusïon.
a. — Conception délirante.
La conception délirante ou, ce qui revient au même,
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le délire, puisque le délire n'est autre chose, chez un individu, que lensemble de ses conceptions déhrantes, est très difficile à définir. En effet, si, dans certains cas, les idées délirantes sont absurdes et impossibles, dans d'autres cas nombreux elles n'ont rien par elles mêmes d'absurde ou d'incompatible avec l'ordre naturel des choses; elles sont seulement contraires à l'évidence des faits réels, et sans raison d'être dans la bouche de celui qui parle. Un homme se :roit changé en beurre, c'est une conception délirante, et, en même temps, une absurdité ; un autre se croit déshonoré, ruiné, damné ; c'est là une idée qui repose sur une chose possible et qui n'est délirante que par rapport à celui qui l'émet. Leuret disait avec raison : « J'ai cherché soit à Gharenton, soit à Bicêtre, soit à la Salpêtrière, l'idée qui me paraîtrait la plus folle ; puis, quand je la comparais a bon nombre de celles qui ont cours dans le monde, j'étais tout surpris et presque honteux de n'y pas voir de différence. »
La conception délirante n'est pas seulement difficile à définir parce qu'elle est loin d'être toujours absurde par elle-même, mais aussi parce qu'il n'est pas aisé de la différencier de l'erreur. La différence ne consiste pas surtout, comme on l'a dit, dans ce fait que l'idée délirante ne se modifie pas malgré l'accumulation des preuves les plus péremptoires. Il est des erreurs, en effet, plus tenaces peut-être encore que le délire. La vérité est qu'il n'y a pas, à proprement parler, entre les deux de différence essentielle, et que l'idée délirante se sépare surtout de l'erreur par ses causes et
CONCEPTIONS DELIRANTES. HALLUCINATIONS 79
ses conséquences, qui lui donnent un caractère pathologique que n'a jamais l'autre.
Les conceptions délirantes et, par suite, les divers délires sont aussi nombreux qu'il existe de modes dans les manifestations de la pensée humaine.
Cependant, les principales catégories d'idées déli rantes que f on rencontre, dans la folie, sont les suivantes :
l°les idées de satisfaction, de grandeur, de richesses;
2° les idées d'humilité, de désespoir, de ruine, de -culpabilité;
3° Les idées de persécution ;
4° Les idées hypocondriaques ;
5° Les idées religieuses ;
6" Les idées erotiques ;
7° Les idées de transformation corporelle.
L'idée délirante n'étant qu'un élément symptomadque de la folie, ne la constitue pas à elle seule et n'entre que pour une part dans sa constitution. De plus, il peut exister des folies sans délire, celles, par exemple, qui ont été appelées manie et lypémanie raisonnantes.
h. — Hallucinations.
DÉFINITION. — « Un homme, dit Esquirol, qui a la conviction intime d'une sensation aciuellemeiit perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à la portée de ses sens, est dans un état d'hallucination. » M. Bail abrège cette définition en disant : a Vhallwnnation est -une perception sans objet ». Ainsi, un individu qui entend des voix alors que nul