Manuel pratique de médecine thermale
Généralités. — L'ensemble des moyens employés pour le traitement des maladies chroniques dans les stations d'eaux minérales constitue, à propremenl parler, la médecine thermale. Nous employons ce terme « médecine thermale ou médecine minérothermale », malgré son incorrection apparente, parce •qu'il nous semble offrir en réalité un sens précis et bien limité à l'esprit. L'expression « Manuel des eaux minérales » n'aurait répondu qu'imparfaitement au luit que nous nous proposons, lequel est, nous appuyant sur des données connues, nous inspirant des ouvrages des maîtres, de formuler des indications qui puissent servir de guide aux praticiens dans les sujets .qui se rapportent à la thérapeutique thermale.
Lés ress ces que cette thérapeutique offre dans
bien des cas sont nombreuses et méritent d'être soigneusement analysées. De ces ressources, les unes ne peuvent être rencontrées qu'auprès de nos stations, d'autres sont pour ainsi dire du domaine public, mais elles se trouvent peut-être offertes aux eaux minérales dans de meilleures conditions, ou du moins ont l'avantage de ne pas y être isolées.
La composition des sources implique leur spécialité d'action, spécialité très-réelle pour beaucoup
d'entre elles.
La Lhermalilé, la réunion de toutes les pratiques de la balnéothérapie moderne, l'influence du climat, du déplacement et bien des accessoires qui sont du ressort de l'hygiène aident au but principal et demandent à ne pas en être séparés. On peut ainsi diviser les moyens dont dispose le médecin en trois catégories : les uns sont spéciaux, les autres généraux, les troisièmes adjuvants. Il serait impossible dans l'application de les séparer les uns des autres. Tous concourent à une même On et contribuent a faire des villes d'eaux de véritables sanaioriu où, par un ensemble de moyens complexes, les uns empruntés à la thérapeutique, les autres à l'hygiène, on obtient des résultats remarquables dans le traitement des affections chroniques et des dialhèses. j
En pareil cas, l'hygiène s'allie à î£"thé»apeutique. ; il serait aussi injuste de le méconnaître qu'il l'a été de rapporter parfois au seul déplacement, au changement dans les habitudes, à des causes morales, la majeure partie des bons effets produits. Il ne s'agit pas ici de
plaider une cause gagnée depuis longtemps, mais simplement de signaler une thèse qu'ont parfois soutenue quelques médecins amis du paradoxe, mais peut-être pas suffisamment attentifs à ce que la physiologie nous apprend sur l'action des sulfureux, des alcalins, des arsenicaux, etc., etc.
Quoi qu'il en soit, les affections chroniques si nombreuses, les dialhèses qui dominent tant d'existences, qui sont dans le sang de l'immense majorité des familles ont été proclamées depuis longtemps « opprohrium artis mcdicœ ». Si désarmés habituellement contre elles, nous avons dans les eaux minérales (les modificateurs plus puissants que ceux que nous pouvons tirer de la thérapeutique ordinaire; par elles, nous favorisons la reconstitution rapide de l'organisme. Nous activons la circulation et les sécrétions : nous voyons disparaître des engorgements tenaces, et changer le modus Vivendi intime des éléments hislologiques. L'eau médicinale naturelle, de quelque nature quelle soit, depuis le moment où elle est introduite dans l'organisme jusqu'à celui où elle est portée au dehors par une des nombreuses voies d'élimination, ne cesse d'avoir une action modificatrice profonde, action dont parfois les effets se font sentir bien après son passage. Il semble dans ce cas qu'une nouvelle direction soit pour ainsi dire imprimée aux foi-ces de la nutrition, et qu'elle ait pour effet de corriger une direction vicieuse due à la maladie diathésique. Indépendamment des faits d'observation , la chose est amplement prouvée par
remmagasinement à Longue échéance de tel ou tel principe dont L'élimination est parfois reconnue plusieurs semaines après. En dehors de ce premier résultai général, plusieurs substances onl pour un organe en particulier une sorte d'affinité élective qui les rend plus aptes à agir contre les maladies de cet organe: enfin, pour aider à ce travail profond et le compléter, L'eau, sous la forme de liquides ou de vapeurs, agit sur les surfaces soit cutanées, soit muqueuses, y produit des excitations tantôt locales, tantôt de tout l'ensemble, sortes de moyens de rappel servant à détourner une fluxion, à réveiller des fonctions assoupies.
Historique. — L'application des eaux minérales à la médecine remonte à la plus haute antiquité. Elles étaient en honneur chez les Grecs, et Hippocrate en fait mention. Mais, de tous les peuples qui ont précédé l'ère actuelle, les Romains sont ceux qui en ont fait Le plus large usage. Les vestiges de thermes somptueux que l'on retrouve encore sur tous les points de leur vaste empire, en Gaule, en Italie, en Germanie, les noms mêmes d'une foule de stations qui conservent le caractère de leur époque, en sont une preuve évidente. Il ne faut pas croire d'ailleurs que, dès celte période reculée, la thermalilé des eaux fût la seule de Leurs qualités qui parût utilisée. Sans doute, les sources chaudes attirèrent d'abord et tout particulièrement L'attention ; mais nous voyons dans Pline que I on connaissait des sources sulfureuses, alumineuses, salines, hilumineuses. Il y en avait, d'après cet auteur, dont la seule vapeur était un grand remède. Enfin, ce n'étaient
pas seulement les plaies, les blessures, les douleurs rhumatismales, qu'on les reconnaissait propres à guérir et à soulager, mais on en citait qui étaient spécifiques pour les yeux, d'autres pour la pierre, d'autres qui déchargeaient le ventre et favorisaient l'écoulement des humeurs mauvaises. Ce n'était donc pas un pur traitement externe que l'on instituait auprès de ces thermes, mais l'expérience avait déjà enseigné que leurs sources possédaient des propriétés diurétiques, purgatives et jusqu'à un certain point fondantes. Nous ne trouvons d'ailleurs rien dans les médecins contemporains qui s'élève sur ce sujet au-dessus d'un vulgaire empirisme. Les maladies chroniques avec leur marche, leurs phases, ce cachet de passivité qui les distingue des maladies aiguës , étaient loin d'avoir encore trouvé leur historien.
On était loin aussi de prévoir les grandes causes qui président à leur éclosion, et leur élude ne faisait que partie intégrante et accessoire de celle des affections aiguës. Ce fut donc à coup sûr tout d'abord un courant populaire qui s'établit inconsciemment vers les eaux thermales, courant qui avait sa raison d'être dans le spectacle des cures obtenues et qui se produisait avant que les gens de l'art leur eussent accordé une attention spéciale. La vogue ne manqua pas à ces sources, et dès ce moment plusieurs acquirent une grande célébrité; mais dépassant le but, on leur attribua des effets merveilleux ; une foule de légendes coururent sur leur compte, légendes accréditées par l'idée que des divinités salutaires présidaient à leur nais-
(i • DE LA MÉDECINE THERMALE
sanee. Près de Rome, les eaux Albules froides élaienl regardées comme souveraines pour les blessures. — La fontaine de Tongres, dans les Gaules (aujourd'hui Spa), avec son goût ferrugineux, guérissait La pierre et les fièvres tierces. Etaient fréquentées aussi les sources d'Acqs, chez Les Aquitains, et elles des monts Pyrénées; Aix en Provence (eaux de Sextius), Aix en Savoie (eaux des Allobroges), Vichy (Viens Galidus). Bertrand voit dans le Mont-Dore les Aquœ Calidœ de Sidoine Apollinaire, tandis que d'autres croienl que la source citée par le poète était la source de Chaudesaigues. Cette simple énumération peut faire entrevoir les états de service de la médecine thermale dans l'antiquité. Avec la chute de la civilisation romaine disparurent les grands édifices, les bains, Les piscines : bien des cités furent ruinées, anéanties, et nombre de villes d'eaux partagèrent ce sort commun.
Au moyen âge, peu de villes thermales se relevèrent de leurs ruines, très-peu d'entre elles jouirent de quelque notoriété. L'esprit était ailleurs, et, comme dit Bordeu, la magie, les songes, l'astrologie judiciaire formaient le fond des connaissances médicales. Quelques stations jouissaient encore d'une vogue restreinte. Les gens d'une province ou deux s'y rendaient pour faire des traitement que dictaient la coutume du lieu et un empirisme brut, bien plutôt qu'une science sérieuse des maladies. Là, on allait aussi chercher des distractions, des jeux, des plaisirs; les joueurs, les baladins. s'\ portaient en foule, et on vcnail les j voir. Ce fut à la Renaissance seule-
ment, sous l'impulsion donnée par Laurent Joubert, médecin de François Ier et de Henri II, en même temps qu'un élan était imprimé par les nouvelles découvertes à toutes les branches des connaissances humaines, que l'on commença à voir plus sérieusement les ressources qu'offraient les eaux minérales. Plusieurs d'entre elles reçurent une grande quantité de soldats blessés pendant les guerres de l'époque. Les premiers essais de réglementation, les premières réformes d'abus et de cette liberté sans contrôle qui régnait aux eaux datent de cette époque et furent repris et complétés sous le règne de Henri IV. Au xvue siècle, plusieurs de nos stations en renom furent honorées de la visite de hauts personnages, et, dès lors, la faveur ne les abandonna plus.
Le xvme siècle marque un moment décisif dans l'histoire de nos stations thermales. En même temps qu'à la suite des progrès de la chimie étaient publiées les premières analyses de quelque valeur, que Rouelle, Bayen, Venel, Bergmann reconnaissaient les principes qui entraient dans la composition des eaux, Bordeu, dans son immortel Traité des maladies chroniques, ouvrage si justement admiré et encore classique aujourd'hui, se faisait le législateur de celte partie de la médecine. La prospérité de nos principales stations suivit un rapide accroissement dans les premières années de ce siècle. Des monographies importantes, des traités généraux furent publiés. Senac, médecin de Louis XV, avait eu le projet d'écrire un traité; mais ce projet, il ne le réalisa pas. Raulin
avait donné le sien en 1774. En 1785, Carrère publia an catalogue de ions les ouvrages publiés sur la matière. Dans des temps plus rapprochés de nous ont paru, pour ne parler que des principaux, les traités de Pâtissier seul, puis de Pâtissier et Boutron Chalard, le Manuel de Julia Fontenelle, le Précis d'Alibert, ceux d'Herpin de Metz et de M. Constantin-James , puis l'ouvrage classique de M. Durand-Fardel, celui de Pélrequin et Socquet, très-complet, très-instructif sur certaines questions, les Leçons de M. Guider et le Manuel de M. le DrLebret. La Société d'Hydrologie médicale de Paris, Société qui est aujourd'hui parvenue à sa vingt-troisième année d'existence, a réuni dans ses annales une collection précieuse de mémoires qui sont actuellement une des sources les plus sûres pour les indications et contre-indications de la médecine thermale.
Les stations d'eaux minérales sont placées sous une législation spéciale. Elles sont régies -par la loi de 1823, qui a résumé les ordonnances et décrets antérieurs, et à laquelle on a ajouté en septembre 1856 et janvier 1860 quelques dispositifs nouveaux.
Avant la guerre de 1870, quelques stations allemandes attiraient une bonne partie de la clientèle française. C'était surtout vers les sources salines comme Soden, Nauheim, Kreusnach, Kissingen, les bicarbonatées telles qu'Ems , ou bien encore le groupe important de la Bohême, que se dirigeai! ce courant. Depuis, par de louables efforts, nos sources similaires, méconnues, ont été mises en lumière ; celles
qui n'avaient que des installations défectueuses les ont perfectionnées, et il est aujourd'hui acquis que nous n'avons plus rien sous aucun rapport à envier aux pays voisins.
Division du sujet. — Le fait qui frappe tout d'abord quand on cherche à pénétrer l'esprit et à connaître le degré de certitude de la médecine thermale, c'est la multiplicité des maladies auxquelles une seule et même source paraît appropriée. Peutêtre bien des travaux pris à un point, de vue particulier pèchent-ils de ce côté et amènent-ils ainsi une confusion difficile à dissiper. Mais il y a une justice à rendre aux auteurs modernes : c'est qu'ils ont tout Aiit pour démêler l'accessoire du principal, montrant très-bien, à côté d'indications banales, celles qui ont un cachet de spécialisation, suivant le mot créé par M. Durand-Fardel. C'est cette tendance que nous chercherons à accentuer, voulant faire surtout quelque chose de pratique et négligeant les nomenclatures interminables des affections qu'une foule d'eaux peuvent guérir, soit parce qu'elles sont chaudes, soit parce qu'elles s'administrent en bains, douches, etc., pour nous restreindre aux notions qui doivent vraiment servir à la direction des malades. Dans cette voie, après avoir tracé une esquisse à un point de vue général de la cure thermale, nous envisagerons les diverses pratiques balnéaires et les formes variées sous lesquelles l'eau est administrée, formes qui ont une importance telle que souvent, par les différences dans le mode d'emploi, les indications de deux sta-
lions viennent à changer complètement. Puis nous passerons en revue les généralités sur les eaux minérales et les médications qui ont une allure bien tranchée, que nous réduirons à cinq : la médication sulfureuse, alcaline, saline, ferrugineuse, indéterminée, tout en accordant la mention qu'elles méritent aux eaux que la présence d'un principe tel que l'arsenic, l'iode, la lithine, etc., distingue des autres. Nous envisagerons les effets de ces médications au double point de vue physiologique et pathologique, résumant les expériences et les indications connues à ce sujet, indiquant les données rationnelles que l'on peut en tirer. Il serait inutile de nous étendre longuement sur les stations de l'étranger, sauf sur quelques-unes placées tout à fait au premier rang: en effet, la comparaison établie prouve que la Franc»' a des ressources par lesquelles elle peut se suffire à elle-même. Cependant un coup d'oeil sur la répartition des eaux minérales dans les diverses contrées, quelques détails sur les plus fréquentées d'entre elles avec la mention de celles qui dans notre pays ont avec elles des analogies, le parallèle des eaux de la France avec celles de l'étranger, trouveront une place naturelle dans cet ouvrage.
Les eaux minérales françaises, réunies dans un tableau d'après leur composition et leur classification, seront ensuite énumérées suivant leur disposition régionale. Cet ordre lopographique nous a paru offrir quelques avantages. D'abord il facilite les recherches, et puis il peid arriver qu'une même station possède
à la fois des eaux de diverse nature et de diverse qualité. Enfin les eaux d'une même région peuvent prêter dans leur ensemble à des considérations intéressantes. Sous le titre Indications spéciales sera placé, après chaque station, le nom des maladies pour lesquelles plus spécialement et plus universellement ses eaux sont employées.
Avant d'aborder la partie purement thérapeutique, il est essentiel de résumer le plus brièvement possible les idées qui ont cours sur les maladies chroniques et les diathèses, idées sans lesquelles toute la thérapeutique hydrominérale deviendrait lettre morte. En effet, on ne saurait pas bien le rôle que jouent toutes ces actions altérantes, résolutives, substitutives, plastiques, si l'on ne concevait d'abord comment, dans la production de la plupart des affections lentes, l'organisme est impressionné au début par une cause générale; la délicatesse des indications est telle qu'un même agent employé différemment donne lieu à des effets opposés. La liste des médicaments diathésiques en thérapeutique ordinaire est courte, si même elle existe. Nous verrons qu'en médecine thermale l'appropriation des sources aux diathèses s< Tofulcuse, arthritique, herpétique, a fait regarder tel ou tel principe faisant partie intégrante des eaux comme leur étant spécialement applicable. Après avoir cherché, dans l'étude particulière des maladies chroniques, à préciser quelles sont celles de leurs périodes, de leurs formes mieux justiciables de chaque source en particulier, nous ne négligerons pas les contre-indi-
calions tirées soil de la marche môme de l'affection, de quelque vice organique, ou dune disposition tlu sujet!
Avant. — Un malade qui vient faire une saison aux eaux thermales, jeté en dehors de ses habitudes, soustrait à ses affaires et à son milieu, est soumis pendant tout le temps que dure son séjour à un régime particulier. Il importe donc avant tout de donner une idée de ce que doit être cette cure, des précautions qui doivent la précéder, et des effets qui peuvent en résulter, de l'examiner en un mot dans ce qui la prépare, dans ce qui raccompagne, dans ses effets consécutifs.
On avait autrefois coutume de faire précéder le traitement de certaines pratiques, aujourd'hui à peu près tombées en désuétude. L'idée, inspirée par la doctrine des crises, qu'on devait pousser à l'évacuation des humeurs, à la coction, suivant l'expression ancienne, indiquait comme préliminaires l'usage des purgatifs, des dépuratifs, etc. Aujourd'hui, la question la plus sérieuse est celle du moment que l'on doit choisir pour l'emploi des eaux. Indépendamment des règles qui seront tirées de l'étude de chaque maladie en particulier, il est une loi générale d'après laquelle ce moment devra toujours être le plus éloigné possihle d'une crise aiguë. Cette règle
ne. souffre guère d'exception; tout au plus doit-on mettre plus ou moins d'inflexibilité dans son application. Mais ici la multiplicité des indications découle de la multiplicité môme des tempéraments , et la façon dont tel ou tel sujet réagit, la nature plus ou moins inflammatoire des accidents qu'il éprouve, serviront mieux que tout le reste à déterminer à quelle distance d'un accès hépatique, d'une bronchite aiguë, etc., doit être entreprise la cure.
La nécessité des renseignements fournis par le médecin traitant s'impose tout d'abord. Il est difficile sans eux de procéder en toute sécurité. Ces renseignements doivent surtout être donnés au point de vue des diathèses, des antécédents de famille, et contenir en quelques mots l'historique de la maladie. Sans eux, rien n'est plus difficile, parfois môme avec un malade intelligent, que de discerner la vérité au milieu des détails souvent contradictoires que l'on obtient.
Pendant. — D'une manière générale, on administre l'eau en boisson à doses graduellement croissantes. On ne peut môme approximativement fixer ces doses, car elles varient suivant les stations ; elles ont aussi souvent varié dans une même station à des époques différentes. On prescrit l'eau par verres ou verrées ; c'est là une mesure qui malheureusement n'a rien de précis, en ce sens qu'on en trouve de toutes les capacités. Cependant la dimension la plus généralement admise est celle de 200 ou 250 grammes pour le verre, divisé en quatre parts par des
lignes transversales. Il serait utile de s'en tenir là.
Les doses employées par les anciens médecins des eaux thermales étaient en général beaucoup plus élevées que celles que Ton emploie aujourd'hui. Là où l'on donne des quarts et des demis, ils prescrivaient un verre entier et plusieurs verres. On ajoute même que leurs malades ne s'en trouvaient pas plus mal; mais, parfois, d'un côté, les accidents de stimulation qu'ils croyaient devoir provoquer avec une grande intensité pour faciliter les évacuations critiques étaient beaucoup plus fréquents, de l'autre on arrive aussi de nos jours à de fortes doses quand il y a lieu, mais l'expérience apprend que ces fortes doses ne doivent être atteintes que progressivement. On procède quelquefois aussi de la façon suivante : on augmente \e> doses jusqu'à un certain point, puis on les diminue de nouveau jusqu'à la fin de la cure. Ce système a quelque chose de méthodique au premier abord, mais ne s'appuie en somme sur aucun raisonnement clinique.
Eau en boissons. — S'il était nécessaire de démontrer à quel point et avec quelle variété les idiosyncrasies influent sur le mode d'action des médicaments, rien ne serait plus apte à cette démonstration que l'examen de ce qui se passe dans une cure aux eaux thermales. Ici plus que jamais, et en dehors des grandes lignes diathésiques, des grandes démarcations des maladies chroniques, la médecine devient individuelle.
Il y a, en dehors des contre-indications définies,
dos intolérances naturelles, rares il est wai; il y a des sujets d'un excitabilité inouïe chez lesquels les premières verrées d'eau, les premiers bains suffisent pour amener de très-vifs phénomènes de réaction. On observe que les habitants des villes sont en général plus exposés à se laisser impressionner. Chez eux, en effet, souvent les névropathes dominent. Les habitants des campagnes parfois absorbent de grandes quantités du médicament sans en paraître ressentir le moindre effet. On voit ces derniers de temps en temps faire de véritables tours de force en fait de doses sans que leur robuste constitution en soi! éprouvée, sans que rien leur fasse porter la peine de leur ignorance et de leur aveuglement, Il faut donc tenir compte des diverses conditions de l'existence antérieure. Il faut qu'une observation attentive décèle les moindres phénomènes de stimulation ou autres survenus durant la cure. Ces derniers sont nombreux et variés suivant les stations auprès desquelles on les observe, mais il en est qui ont un caractère de généralité tel qu'ils doivent trouver leur place ici.
Fièvre thermale. — Ce sont : la fièvre thermale, les différentes formes de la poussée, les excitations locales ou d'organes.
La fièvre thermale est plus ou moins caractérisée: il est relativement peu commun qu'elle arrive à un certain degré d'acuité; au contraire, rien de plus fréquent que de voir au bout de peu de jours les malades accuser une certaine agitation nocturne et surtout de ['insomnie. En dehors de toute complication.
de tout réveil aigu d'une affection chronique, elle n'amène pas une accélération du pouls el uneaugmen- Lalion de la chaleur très-élevées. L'eau en boisson, les bains peuvent également la produire. Quant à l'époque où elle se montre, c'est plus fréquemment dans les premiers buit jours, cl l'interruption du traitement est à peu près toujours le seul moyen dont on ait besoin pour en venir à bout. Tous les sujets peuvent en être atteints, mais principalement les névropathes et souvent aussi les gens à tempérament sanguin; aussi en a-t-on quelquefois distingué deux formes : la forme angiosthénique et la forme névrosthénique. Les bains d'une minéralisation indifférente, ou simplement d'eau douce, aident à sa résolution. Elle n'est en somme que l'effet du retentissement sur le système circulatoire de la médication minérothermale. On voit quelquefois des accès intermittents de lièvre soil quarte, soit tierce, se réveiller avec une très-grande force après un ou plusieurs bains, dans des cas même où les dernières manifestations de l'influence maremnatique remontent à plusieurs années. Les anciens médecins cherchaient souvent à provoquer cette fièvre thermale, el ils voyaient dans sa production le signe d'une action réelle sur l'organisme. Actuellement, elle parait surtout une entrave à la bonne application du traitement, et, comme telle, on l'évite autant que possible en graduant les doses: on la fait disparaître quand elle s'est montrée par une interruption de quelques jours. .Signalée par Pétrequin et Soeipicl comme se montrant dans les
stations alcalines, elle est surtout commune aux eaux sulfureuses ; malgré la plus grande fréquence de son apparition dans la première semaine de la cure, on l'observe aussi vers la fin, sans qu'elle ait alors ni une autre origine, ni une autre signification. C'est toujours l'excitation portée à un haut degré qui la cause, et Ton peut dire que, dans bon nombre de cas où elle arrive à une certaine intensité, elle aurait pu être évitée, grâce à plus de prudence et plus de précautions.
Poussée. — La poussée est liée à la fièvre thermale, en ce sens qu'elle est souvent un phénomène de môme nature, c'est-à-dire de réaction générale, parfois aussi un résultat de l'excitation locale cutanée, ce qui en fait une sorte d'intermédiaire entre la fièvre et les stimulations produites sur les organes dont nous parlerons tout à l'heure. Dans un excellent travail inséré au tome XVII des Annales de la Société d'hydrologie, M. le Dr Tillot divise les poussées suivant qu'elles procèdent de l'intérieur à l'extérieur, ou par action purement topique, en pathogénétiques, et de cause externe. Tantôt elles sont dues au séjour prolongé dans le bain ou dans les piscines : c'est ce qui se passe à Louèche, où l'on reste dans l'eau jusqu'à cinq et six heures; tantôt à l'action nettement irritante de telle ou telle source : de ce nombre sont les sources salines de Kreusnach ; de ce nombre sont aussi les eaux de Badcn(Argovie), où l'on voit se produire des éruptions chez les gens de service, dans les parties en contact avec l'eau; c'est ici le môme
mécanisme rjnc pour l'eczéma manuale vulgaire. M. Ti Ilot attribue pur contre aux eaux cuivreuses de Saint-Ghristau un caractère pathogénétique . c'est-àdire résultant de l'élimination par la peau du sulfate de cuivre. Les caractères dermatologiques des poussées changent suivant les stations et aussi suivant les individus. A Louèche, c'est une éruption érythémateuse, scarlatiniforme ou papuleuse à Bondonneau et Coike, sources bromo-iodurées; c'est une éruption miliaire, pustuleuse, à Kreusnach, etc. La poussée peut être liée à la fièvre thermale, et celle-ci se montrer en môme temps qu'elle avec une grande intensité. La peau dans son ensemble peut en être le siège, ou bien telle ou telle partie de préférence, ainsi surtout le voisinage des articulations.
Un même sujet peut avoir une poussée plusieurs saisons de suite, sans que chaque fois elle affecte la môme forme. Enfin on a observé que certaines années et par l'effet d'une véritable constitution médical»', la poussée était plus fréquente que dans d'autres années. Les poussées consécutives ont été signalées à plusieurs reprises. M. Caillot a noté ces dernières chez la moitié des individus qui ont fait usage des eaux de Bourbon -l'Archambault. Les syphilitiques qui font usage des eaux sulfureuses présentent égalemenl des éruptions qui se rattachent au même ordre de faits. Savoir à quoi il y a lieu d'attribuer ces dernières, est une question qui viendra mieux à sa place a propos de la syphilis.
Réactions locales. - La stimulation, tout en
ayant pour siège la peau ou la circulation générale, peut également se porter sur un organe déterminé, ou bien môme s'exercer sur lui à l'exclusion de tout autre effet. Bordeu, Dumas, Baumès, tout en reconnaissant dans les maladies chroniques une marche beaucoup plus obscure que celle des maladies aiguës, une tendance moins marquée de la nature à lui ter contre les causes qui les engendrent, n'en ont pas moins délimité les périodes d'une manière identique, et ont aussi admis en elles des crises salutaires; c'esl ainsi que pour eux les principaux émonctoires de l'économie, les glandes, l'enveloppe cutanée, les muqueuses, peuvent devenir à un moment donné les agents actifs d'une transformation favorable. C'esl ainsi que chaque organe chroniquement attaqué doil subir une fluxion, un retour artificiel à l'acuité, qui sert de précurseur à des changements plus intimes. Les mois dont on se servait pour exprimer ce travail occulte et profond ont changé. L'évacuation du principe morbifique, sa prétendue coction, n'ont plus aujourd'hui de crédit; mais les faits d'observation sur lesquels sont basées ces interprétations se présentent encore chaque jour à nous. Tantôt c'est à un pur résultat de l'action locale de l'eau que l'on doit attribuer ce qui se passe : ainsi pour certaines a na ines que le gargarisme amène souvent : là où l'on ne voyait qu'une pharyngite glanduleuse accompagnée de urne, d'un peu de douleur sourde, apparaît tout à coup une rougeur vive de la muqueuse gutturale, une difficulté sensible de la déglutition, en un mot me-
angine artificielle aiguë. Ici également, à la suite d'un traitement local, la muqueuse vaginale, le col utérin sont le siège d'une congestion momentanée. Mais, dans d'autres cas , c'est par une sorte de spécialisation, d'action élective, qu'un organe ressent plus activement les atteintes de l'eau minérale. Les bronches, les intestins, le foie, les voies urinaires, suivant les maladies et suivant les stations , sont le siège momentané de ce redoublement d'activité. Ainsi peuvent revenir avec une violence momentanée les accès hépatiques ou néphrétiques souvent suivis de l'excrétion de calculs. Ainsi surviennent des grippes thermales chez des sujets atteints de catarrhe chronique, d'une bronchite de longue date, spécifique ou non. Ces grippes peuvent aussi survenir physiologiquement, c'est-à-dire chez des individus qui n'offraient pas d'affection antérieure des voies respiratoires, et .parle simple effet d'une plus grande sensibilité de ces muqueuses aux agents de la médecine minérothermale qui trouvent là leur voie d'élimination. De môme aussi, les gargarismes dits de précaution, que l'on voit certains individus employer en prévision des maux de gorge à venir, donnent des maux de gorge aigus très-réels à des gens qui en étaient indemnes.
Durée du traitement. — La durée d'une saison thermale n'est pas soumise à des règles inflexibles, comme l'idée en est beaucoup trop enracinée dans le public. Celle durée dépend à la fois des maladies el des sujets en traitement; mais plusieurs préjugés fort anciens à ce sujet seront d'autantplus difficiles à
détruire qu'ils s'accordent avec les intérêts des malades, et qu'il n'est guère possible de trouver des gens disposés à se confier pour un laps de temps indéterminé à une direction médicale; de plus, chacun arrive avec son siège tout fait, et a fixé au débarqué même le jour de son retour. L'idée d'une cure en neuf jours, l'antique neuvaine des Espagnols, ne compte guère de partisans, et, si elle a été rajeunie de nos jours, ce n'est qu'en manière de paradoxe; mais on prend beaucoup plus au sérieux le chiffre de vingt et un jours, qu'il est d'habitude très-difficile de faire dépasser. On n'est pas d'accord sur ce qui a donné lieu à celte tradition des vingt et un jours, et tandis que M. Labat y voit comme un reflet des doctrines hippocratiques, une application de la notion des jours critiques qui se chiffraient par sept, quatorze, vingt et un, M. Durand-Fardcl croit que cette coutume a pour origine l'intervalle qui sépare deux époques menstruelles; plus lard, on l'a appliquée indistinctement.
Il va sans dire que la durée de la cure est aussi subordonnée au traitement mis en usage dans chaque station ; aux eaux purgatives, par exemple, la durée du séjour est habituellement moindre : dix, douze, quinze jours sont la moyenne.
Saturation. — Ce sont surtout les phénomènes de saturation qui peuvent faire juger rationnellement qu'une saison doit se terminer. Or, dans la trèsgrande majorité des cas, la saturation survient du vingtième au vingt-cinquième jour ; quelquefois, il
est vrai, la tolérance dure beaucoup plus longtemps.
Cette saturation se manifeste par un profond dégoût de l'eau minérale, qui jusque-là était bien supportée. Le simple fait d'en approcher des lèvres une dose minime provoque alors de franches nausées, el souvent une interruption ne change rien à celte manière d'être. Elle s'accompagne de symptômes généraux, lièvre, lassitude, courbature, qui reproduisenl assez bien le tableau de la fièvre thermale
Tout ce qui précède se rapporte à une cuir simple; c'est celle qui est le plus souvent mise en usage; l'habitude, le temps limité, d'autres raisons encore font qu'il n'est guère possible en général, quand des indications complexes se présentent, quand deux traitements doivent être faits l'un après l'autre, d'amener les malades à s'y soumettre. Médicalement, on aurait, il est vrai, bien souvent intérêt à combiner deux ou plusieurs médications minéro-thermales auprès de sources différentes. M. le professeur Gubler, dans ses leçons, a montré tout l'avantage qu'il y aurait à agir ainsi. Il admet des cures parallèles, correct ives ou auxiliaires, des cures successives, enfin des cures complémentaires. On peut, quand on craint un effet par trop débilitant, employer simultanément 1rs eaux reconstituantes. Les ferrugineux, dans celle occurrence, rendent de grands services.
Cures complexes. - - Dans une même localité, s'il existe des sources de diverse nature, les nues servent de correctifs aux autres. C'esl ainsi que la Dominique, à Vais, serf à contre-balancer l'influence
des eaux alcalines fortes ; en cas contraire, on fait usage des eaux transportées : telles sont Orezza, Bussang, Spa, que Ton conseille très-souvent aux repas ; ou bien les eaux acidulés et digestives , Saint-Galmier, Gondillac, que l'on emploie fréquemment, que Ton prescrit durant tout le séjour, quand il s'agit d'obvier à des troubles intestinaux assez communs dans les stations de montagnes placées à une altitude élevée.
Les cures successives, auxiliaires, complémentaires ont pour but de combattre successivement deux pbases d'une môme affection, lorsque par exemple on s'attaclie tout d'abord dans l'affection calculeuse à diminuer par une médication spoliatrice la quantité de matériaux concrescibles contenus dans le sang, pour ensuite, à l'aide des altérants, faciliter l'évacuation de ces mêmes concrétions.
Ou bien on cherche à attaquer l'une après l'autre deux affections différentes, deux effets d'une même cause générale, que ces deux affections aient préexisté et ne soient pas justiciables des mêmes moyens, ou que, par une sorte de jeu de bascule dont les exemples sont nombreux, à la première ait succédé la seconde, comme dérivatif et qu'il faille modérer l'intensité de celle-ci. Le tubercule peut naître sur un terrain arthritique ou dartreux. Son évolution a fait taire les manifestations de la diathèse; mais celles-ci, à la suite d'une cure aux eaux sulfureuses ou autres, peuvent reprendre avec une vigueur insolite et qui met dans la nécessité de les combattre à leur tour.
Régime. — Le régime que l'on doit suivre an\ eaux thermales a naturellement pour but d'aider el de ne pas contrarier les bons effets de la médication. Aussi implique-t-il une grande régularité dans les habitudes, un soin particulier à éviter toutes les perturbations brusques, un exercice salutaire, des distractions modérées. Beaucoup de stations sont à une altitude élevée et ont un climat variable ; on comprend aisément qu'il faudra adopter à cette altitude et sous ce climat une hygiène particulière, sous peine de voir entraver par quelque affection intercurrente les progrès de la cure. Si la chose est possible, pendant le même temps on engagera les malades en traitement, à abandonner les préoccupations d'affaires ou autres. Le repos de l'esprit, quand on peut l'obtenir, est déjà une bonne condition morale d'amélioration.
L'alimentation est soumise à des règles particulières dans certaines villes d'eaux, surtout dans celles où l'on traite les affections du tube digestif et de ses annexes. Dans d'autres, elle n'a rien qui mérite d'être signalé : il suffit qu'elle soit saine, suffisamment tonique, que les heures des repas soient bien réglées. L'eau se boit généralement le matin à jeun et aussi dans l'après-midi, dans l'intervalle du repas du malin et de celui du soir. Un détail utile à noter, c'est que dans bien des endroits on n'évite peut-ètiv pas assez la profusion et la multiplicité des mets. Plus de simplicité et moins de variété vaudraient sans doute mieux. Généralement, l'appétit est surexcité
DES MOYENS QU'ELLE MET EN USAGE 2o
les premiers jours, et cette quantité d'aliments variés que Ton absorbe n'est pas toujours étrangère à la production des diarrhées thermales. Le régime des tables d'hôte présente surtout ces inconvénients.
L'eau minérale en boisson a des variétés d'action qui sont en rapport avec les variations de la température extérieure. Suivant que le temps est chaud, frais ou tempéré, les phénomènes de réaction générale ou du côté des organes se prononcent avec plus ou moins de vigueur. On les a quelquefois signalés comme plus prononcés dans les temps chauds. Cependant d'habitude, les temps un peu frais aideront mieux à leur production, ce dont on se rend compte sans peine, si l'on veut réfléchir que dans ce cas les fondions de la peau sont moins actives, que par conséquent l'eau médicamenteuse doit chercher en partie d'autres émonctoires.
On n'emploie pas communément les préparations pharmaceutiques comme complément pendant la cure thermale ; on laisse bien plutôt celle-ci agir seule ; les malades ont déjà été soumis à d'autres traitements quand ils arrivent aux eaux ; il vaut donc mieux voir l'effet de celles-ci dégagé de tout accessoire, sauf des cas laissés a la décision du médecin. Il y a cependant une exception assez habituelle à ce principe : c'est l'emploi à la station même des préparations mercurielles, dont on obtient mieux ainsi la tolérance. Il va sans dire que nous ne pouvons que dans des articles spéciaux indiquer le plus ou moins d'opportunité des cautérisations et d'autres
■Hi DE LA MÉDECINE THERMALE
moyens que Ton a souvent conseillés. En revanche, plusieurs méthodes adjuvantes sont souvent jointes à la cure aux eaux minérales, et, parmi elles, les cures de petit lait, de raisin, de jambon.
Cures de petit lait, de raisin, etc. — Nous n'avons pas en France, même aujourd'hui, de stations uniquement affectées à l'emploi du petit lait, soit en boisson, soit en bains, telles que quelques stations de la vallée du Rhin, Méran dans le Tyrol, Iscbl dans la haute Autriche, Vevey, Aigle. Mon- Ireux, en Suisse. Ce moyen est cependant usité de longue date à Allevard. En revanche, depuis quelques années, les fruitières se sont multipliées : elles sont nombreuses dans les Pyrénées, où Ton se trouve bien de faire boire aux malades un ou deux verres de petit lait en même temps que l'eau minérale. Tout le monde sait comment on obtient cette partie séreuse du lait. Le petit lait contient une proportion remarquable de sels analogues à ceux que l'on rencontre dans le sérum sanguin; il est reconstituant: il est aussi apéritif et stimule vivement les fonctions digestives. C'est un excellent moyen de régulariser ces fonctions, de redonner de l'appétit, des forces, et ù ce titre il mérite d'être utilisé dans les affections qui donnent un cachet de débilité à l'organisme, qui nuisent à l'assimilation. Les bains de petit lait sont avant tout calmants. On les conseille surtout dans les maladies où la surexcitation du système nerveux demande à être modérée
La cure de raisin a des applications analogues à
DES MOYENS QU'ELLE MET EN USAGE lt
celle de la cure de petit lait. Les sels contenus dans le raisin sont aussi essentiellement reconstituants. Ils amènent de légères purgations; en même temps, la réparation des tissus se fait mieux.
Le docteur Carrière , dans son livre , raconte que les gardiens que l'on met dans les vignes en Espagne pour les sauvegarder des voleurs la nuit et qui n'appartiennent pas à la classe la mieux nourrie de la société sortent de là avec un embonpoint tout nouveau contrastant avec leur maigreur antérieure. Les établissements spéciaux pour la cure de raisin sont communs en Suisse et en Allemagne, où cette pratique est très-répandue ; il n'en existe pas en France; beaucoup de stations thermales ne peuvent même pas s'adjoindre ce moyen, à cause de leur situation.
La cure de jambon est une idée allemande à peu près inappliquée en France. On la considère comme utile dans quelques formes de la dyspepsie. Il suffit de la mentionner ici.
Après. — Le traitement thermal doit être suivi d'une période de calme dont la durée ne saurait être invariablement fixée. En premier lieu, il est bon de laisser tomber l'excitation que peut avoir amenée la cure; en second lieu, si l'on venait à faire usage immédiatement après de moyens perturbateurs, on ne saurait guère discerner ce qui se rapporte à ces moyens de ce qui est dû à l'action consécutive des eaux. Ainsi, d'un côté la crainte de surexciter un organisme déjà éprouvé, de l'autre la nécessité d'observer en les dégageant de tout élément étranger les
effets à longue portée des eaux minérales, prescrivent en règle générale L'abstention de toute nouvelle médication. Cette règle souffre évidemmenl des exceptions, mais ces exceptions seront jugées par des circonstances intercurrentes. On les déduira de la complexité des maladies, de leur coexistence sur un même terrain, de l'apparition d'une nouvelle indication. Personne ne conteste après un traitement thermal l'utilité d'un séjour au bord de la mer, mais on s'accorde assez, ainsi qu'il résulte de la dimension à ce sujet insérée dans les Annales de la Société d'hydrologie, à regarder les bains de mer comme devant être souvent évités en pareil cas. Ce ne sera donc qu'après un intervalle variant de six semaines à deux mois que de préférence l'on aura recours à eux. Les médecins qui ont une pratique spéciale de la médication marine ne voient pas de danger à son application immédiatement consécutive, pourvu qu'elle soit réglementée et dirigée prudemment. Mais c'est là en somme le plus difficile à obtenir, le public considérant trop souvent les bains de mer comme un de ces moyens auxquels on peut recourir sans direction aucune, et agissant en conséquence. De là des inconvénients nécessaires à éviter.
Effets consécutifs. — Outre leurs effets immédiats, les eaux minérales en produisent d'autres qui les suivent à des intervalles plus ou moins éloignés. Celte question des elle i s consécutifs des eaux minérales est une de celles qu'il csl le plus difficile.
d'expliquer théoriquement. En fait, on voit tous les
jours les bons résultats se montrer plusieurs semaines ou plusieurs mois après ; les ouvrages spéciaux en contiennent des exemples nombreux, et il est incontestable qu'une observation ne peut être concluante que lorsque, outre le récit de ce qui s'est passé pendant la cure , elle enregistre encore ces résultats ultérieurement obtenus. On ne peut donc nier la réalité des effets consécutifs des eaux minérales. On les a divisés en deux catégories : les uns immédiats, servant en quelque sorte de prolongement à l'action thermale, les autres qui sont séparés d'elle par un intervalle qui peut être très-long. Qu'une poussée se montre quand déjà le traitement est Uni, qu'une excitation généraient lieu dans les mêmes conditions soit par suite d'une réaction tardive, soit à l'aide d'une sursaturation, que des selles vertes, selles Carlsbadoises de Joseph Franck, continuent à s'observer après la cure de Carlsbad, voilà de vrais effets immédiats consécutifs, qui sont la prolongation de ceux qu'a produits la cure thermale et qui, comme eux, ont un caractère de superficialité et pour ainsi dire en même temps de violence. Mais ce n'est là que la première période de tout un travail curatif qui se poursuivra ensuite silencieusement et pour l'accomplissement duquel le médicament n'a nul besoin d'être présent. Les exemples ne manquent pas en dehors même de la médecine thermale de ces évolutions qui s'accomplissent à longue portée. Quant aux explications que l'on en donne, elles ne sauraient avoir l ien de très-précis. On peut concevoir que les êlé-
ments d'un organe profondément altéré, les éléments des tissus qu'une diathèse tient sous son influence ont un mode d'existence vicieux, cl que ce mode esi changé, que la vie normale est réintégrée sous l'influence du médicament. Sans nous attarder dans ces explications , remarquons qu'il est impossible , en médecine thermale, de prendre une bonne observation sans la constatation de ces effets consécutifs éloignés : ce qu'on a sous les yeux n'est que le prélude de toute une série de modifications qui dans les cas favorables viennent à se dérouler ensuite. Enfin, d'un côté, la nature même des affections que Ton traite aux eaux, diathèses et maladies chroniques, demande qu'on oppose à ces affections des agents s'en rapprochant le plus possible, doués d'une force de persistance, de pénétration intime spéciale; de l'autre, si l'on devait s'en rapporter aux seuls phénomènes que l'on observe pendant le traitement, et si l'expérience n'avait pas appris ce que, une fois l'impulsion donnée, on peut espérer de l'avenir, il serait la plupart du temps inutile de recourir à de pareils moyens.