AUTRICHE -BOHÈME-HONGRIE
L'empire d'Autriche comprend les eaux de la Bohème, celles de la Hongrie, de l'Autriche propremen, dite, de la Transylvanie et du Tyrol. Outre Karlsbad, nous trouvons en Bohême : Marienbad, Teplitz-Schonau et Franzensbad.
Karlsbad, que nos voisins appellent pompeusement le roi des eaux minérales, est dès longtemps réputé pour toutes les affections qui se rattachent à ce que l'on a désigné sous le nom de pléthore abdominale, les maladies du foie, des organes digestifs, les étals dyspeptiques. Cette station, avec une très-grande différence de composition chimique, a de grandes analogies, mais non une similitude complète d'applications médicales avec notre Vichy. Nous empruntons quelques détails sur la cure carlsbadoise au traité de Valentiner et à l'intéressant travail de M. Caulet. Carlshad est situé sur les deux rives de la Tepel, en Bohême; le climat y est variable, le régime sévère; on y trouve peu de distractions. La ville a huit mille habitants; elle est dans le cercle d'Egor, Bohême (ligne de l'Est par Wurtsbourg et Bamberg- Hof; 1184 k. de Paris). — Toutes les sources, d'une température qui va de 40° à 75°, paraissent provenir d'un seul et immense réservoir souterrain . La principale source, le Sprudel, jaillit à 50 mètres de la Tepel, au milieu d'un bassin en cuivre; ce jet d'eau minérale a une température élevée, monte à une certaine hauteur, et couvre les alentours d'une vapeur épaisse. Les eaux de Carlshad sont polymétalliques, complexes. L'élément dominant est le sulfate de soude; on y trouve aussi plus d'un gramme de chlorure de sodium et de carbonate de soude, ce qui donne, on le voit dès l'abord, à ces éléments accessoires une grande importance. L'analyse la pins récente esl celle du professeur Ragski, de Vienne
illi DE LA MÉDECINE THERMALE
(Valentiner, Gaulel). Voici, d'après Lui, la composition du Sprudel :
Sulfate de potasse 0»Vl63&
Sulfate de soude 2 ,3719
Carbonate de soude 1 ,3619
■Carbonate de chaux 0 ,2976
Carbonate de magnésie 0 ,1239
Chlorure de sodium 1 -0307
Carbonate de strontiane 0 ,0008
Protocarbonate de fer 0 .0028
Protocarbonate de manganèse 0 ,0006
Phosphate d'alumine 0 ,0004
Phosphate de chaux 0 ,0002
Fluorure de calcium 0 ,0036
Silice 0 ,0728
Total 5", 4307
En .sus du Sprudel. ou compte encore onze sources principales, la source d'Hygie, la Markbrunnen, etc. Trois grands établissements, dont un construit en 1867 . Le Kurhaus, et magnifiquement installé. On boit l'eau Le malin à jeun : pour les sources très-chaudes, on la laisse un instant refroidir dans les gobelets avant d'en faire usage; on commence par deux ou trois gqbelets de 160 grammes, et on va jusqu'à cinq ou six. La durée du traitement varie de quatre à huit semaines. Pendant tout ce temps, l'alimentation est dirigée d'après des règles spéciales, dontla principale est de la réduire au miuiuum et de ne pas gêner les phénomènes de la cure. On Qxe strictement au malade à quel point il doit s'arrêter pour sa nourriture, point qu'il ne doit jamais, sous aucun prétexte, dépasser. Pour cela, les baigneurs en Irailemenl
vivent à la carte et non à table d'hôte, et il serait à désirer qu'on employât souvent le même système en France.
Le premier phénomène de la cure est une sensation de chaleur à l'épigastre ; puis surviennent des vertiges,, des tintements d'oreilles, de l'accélération du pouls • bientôt la digestion se dérange, la bouche devient pâteuse, amère. Le malade rend des mucosités; il y a Ions les symptômes d'un embarras gastrique spécial. Enfin apparaissent les selles critiques . « Ce sont des évacuations demi-liquides, d'un brun verdâlre, semblables à de la poix fondue, exhalant l'odeur des ceufs pourris, annoncées pendant quelques heurespar de la douleur dans la région du foie, des tranchées, accompagnées de lénesme et d'une sensation de brûlure à l'anus. » (Caulet.) Puis on entre dans la période de tolérance, les fonctions se relèvent, il y a un sentiment de bien-être, une énergie nouvelle des sécrétions; bref le malade, pendant quelque temps, a l'air de relever d'une maladie aiguë.
Ce tableau en raccourci peut donner une idée des singularités remarquables de la cure à Garlsbad, de -a puissance comme moyen d'action dans la pléthore, l'obésité, la lithiase biliaire, les congestions du foier les obstructions, les diarrhées rebelles à l'aide desmodifications produites sur la muqueuse intestinale: le diabète, etc., etc.
Marienbad. — Ressemble beaucoup à Garlsbad comme constitution chimique. La sulfate de soude > est même plus abondant, puisqu'on y en rencontre
plus de 4 grammes; en revanche, toutes ses sources sont froides; aussi y adresse-t-on de préférence les malades atteints des mêmes affections que celles que l'on traite à Carlsbad, mais pour lesquels on crainl une stimulation trop vive. D'après l'analyse de Kerslen, la Ferdmandsbrunnen ou source Ferdinand contient 8,0477 de sulfate de soude. Marienbad est située à environ huit heures de Carlsbad et autant de Franzensbad; l'eau dos sources de Marienbad mélangée à une terre tourbeuse et desséchée pendant tout l'hiver sert à préparer des bains de boue astringents et toniques qui contiennent 12 grammes de sulfate de fer et même davantage (Labat).
Franzensbad. — Située également en Bohême, à une lieue de la ville d'Egra; est surtout célèbre par ses bains de boue. La terre marécageuse (Moorerde) est traversée par une infinité de sources minérales; on l'extrait par morceaux cubiques de la dimension d un pavé, qu'on laisse exposés à l'air et que l'on fait dessécher. On prend les bains de boue dans des baignoires, et on les dislingue, d'après leur consistance, en bains épais ou en bains liquides (Labat). Ils peuvent contenir de 60 à 120 livres de terre, — Il y a en plus des sources isolées du marais, toutes froides, que l'on emploie en boisson et en bains. On fait encore usage du gaz acide carbonique que dégagent certaines eaux et du sel d'Egra, produit que l'on retire des efflorescences salines formées à la surface du marécage.
Les eaux et les houes de Franzensbad sont à la fois
ferrugineuses et salines : elles conviennent dans la débilité générale, dans l'anémie, dans les formes torpides du rhumatisme, etc.
Teplitz-Schonau. — Indéterminée, à haute température, composée des villes de Teplitz el de Schonau, sur les deux rives de la Salsbach, avec plusieurs établissements, bains, douches à tous les degrés. Cette station est située à 1250 k. de Paris, sur le chemin de fer de Paris à Dresde, et de, Dresde à Teplitz. On trouve à Teplitz un hôpital civil, un hôpital militaire; on y traite les paralysies, les sciaticpies, les rhumatismes, plaies par armes à feu. — On pourrait encore mentionner en Bohême : Bilin, Saïdschutz, el les eaux purgatives de Pullna, Sedfttz, sur lesquelles nous n'insistons pas ici, parce qu'elles font partie de la matière médicale et qu'on les emploie à peu près exclusivement transportées.
Ischl. — Dans les Alpes tyroliennes, chlorurée sodique forte. Deux sources froides; la source Marie- Louise est la plus connue; elle, a 10,204 de chlorure de sodium. Station aidant hygiénique que médicale; climat tempéré; moyenne de l'année 9°, 5, de l'été 17o,5.
Wildbad Gastein. — Autre station des Alpes tyroliennes, indéterminée, à haute température, 1047 mètres au-dessus du niveau de la mer; les sources ont de 49°,6 à 28°,8. Indications de toutes les indéterminées; très-fréquentées.
Nous passerons rapidement en revue les autres stations de l'empire d'Autriche: Baden, près de Vienne,
sulfureuse, maladies de la peau el des organes respiratoires; Elopatak ou Arapatak, en Transylvanie, où se rendent chaque année près de trois mille baigneurs (ferrugineuse,; Ail Haide, en Styrie, ferrugineuse également; les sources de la Hongrie, qui arrivent au chiffre de 400 au moins et parmi lesquelles M. Rotureau distingue huit stations principales : Pistycm, dans le voisinage des Karpathes, à -139 m. 03 au-dessus du niveau de la mer, sources variées, les unes sulfureuses, les autres indéterminées; Trenchm-Teplitz, où il y a aussi des sources sulfureuses faibles, à côté de bicarbonatées, toutes froides, dans la vallée du Waag; Skleno, chaudes, sulfatées moyennes, carboniques fortes; Vichnye, ferrugineuses chaudes (40";: Sliacz, ferrugineuses chaudes, 4 sources, à 32°,2, 31<\3, 28«,7 et 2o°,4 ; Bade Pesth, vastes piscines, grands établissements, sources chaudes et froides, indéterminées, sulfatées, ferrugineuses; Fuered ou Balaton Fuered, sur les bords du lac Balaton, indéterminées, froides, ferrugineuses, bains du lac Balaton, bains de houe du lac; enfin Mehadia ou Herciilesbad, bain d'Hercule, situés tout à fait à la partie inférieure du royaume de Hongrie, offre côte à côte des sources sulfureuses chaudes, indéterminées, chlorurées sodiques, et comporte par conséquent un ensemble d'indications des plus complets el des plus remarquables.