CHAPITRE VIII
MAL A DIES CACHECTIQUES
Le traitement de la phtlrisie pulmonaire esl un des problèmes les plus intéressants de la thérapeutique rainêrothermale. Par son origine, ses causes, ses formes, cette maladie fournit des indications et des contre-indications qui demandent à être analysées avec soin. C'est là un sujet des plus délicats el dans lequel il faut se garder aussi bien d'une confiance que d'un scepticisme excessifs, les deux écueils contre lesquels sont venus échouer beaucoup d'observateurs. On ne saurait trouver ici, pas plus que dans foui l'arsenal de la pharmacologie, de ces panacées trop imprudemment \ antées, de ces remèdes qui aienl prise sur l'essence même du mal et rôgénèrenl une constitulion minée dans sa racine, mais des agents éminemment utiles dans certaines formes, certaines périodes, certains accidents de la tuberculose, nuisibles au contraire dans d'autres. Ce sonl ces Cormes . ces
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périodes, ces accidents que Ton doit déterminer, sans oublier un instant que l'emploi des eaux thermales n'est pas tout le traitement du phthisique, mais que la vie entière de celui-ci, à partir du jour où il est atteint, ne doit avoir qu'un objectif, lutter par tous les moyens que l'hygiène et la thérapeutique mettent à notre disposition contre l'envahissement du mal. C'est ainsi que se réunissent dans un même but les changements de climat, l'hivernage dans les pays chauds, l'emploi de substances dont rémunération serail ici trop longue, les inhalations de vapeurs de l;oute sorte, et enfin la cure aux eaux thermales. Suivant les théories médicales régnantes, on esl toujours tenté d'attendre d'un moyen en vogue plus qu'il ne peul donner, pour ensuite, quand la vogue a passé, ne, plus même avoir recours à lui dans les cas où il offre des ressources. C'est eu ne portant pas trop haut ses espérances, en se pénétrant bien de cette idée que la thérapeutique de la tuberculose est faite d'indications et d'opportunité, que l'on évitera ces engouements excessifs et les déceptions qui les suivent. Au\ uns et aux antres, les eaux minérales n'ont pas échappé. Pour bien se rendre compte de ce qu'où est en droit d'attendre d'elles, il faut envisager de quels éléments se compose la phthisie pulmonaire. Nous en Irouvons deux qui dominent la scène : la diathèse, et sa manifestation locale directe, son produit dans l'organe, le tubercule. Le tubercule lui-môme n'est pas isolé : il s'entoure, quand il esl en état d'activité, d'une zone inflammatoire, d'un processus irritatif, à l'aide des-
quels naissent de nouvelles granulations et se (ail l'invasion de proche en proche. Que ce soient des granulations isolées, que ce soit des noyaux de volume varié on de grosses niasses caséeuses, nous savons aujourd'hui, d'après les recherches de MM. Thaon el Grancher, confirmées par la haute autorité de M. le professeur Charcot, que le point de départ est identique. Ce. fait, qui nous ramène à l'ancienne opinion de Laënnec sur l'unité du tubercule el qui nous éloigne du dualisme allemand el de toutes ses conséquences, n'avait cessé d'être tenu comme probable par la clinique qui se rangeait mal aux distinctions qu'avait voulu introduire I'anatomie pathologique. Il nous montre déjà que nous ne devons pas cherche] nos différentes indications dans la division en pneumonie caséeuse et tuberculose vraie. Mais ce produit morbide, universellement le même dans la diathèse el qui n'est qu'une agglomération de cellules du tissu conjonctif, pauvres, misérables, incapables d'arriver à leur complel développement, en quoi esl-il atteint par les moyens que nous avons à notre disposition? Nous abordons ici une des grosses questions de cet article, celle de la curabilité de la phlhisie pulmonaire el du rôle qu'\ jouenl les eaux minérales.
Que des tuberculeux puissenl guérir, c'est-à-dire que des individus porteurs de tubercules puissenl parvenir à une vieillesse avancée, mourir (l'une maladie étrangère, avec de ces produits dans* les poumons qui n'onl pas mi nui cessé d'avoir un retentissement sur l'état général, le fait si soinenl cité des aulopsies
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faites à Bicêtre suffit à le prouver. Que s'est-il donc passé en pareil cas? Sans doute la maladie a manqué d'aliment ; le dépôt pathologique s'est isolé dans l'organe et n'y a pas tenu d'autre place qu'un corps étranger enkysté. Quant à la résorption totale, à la disparition du tubercule, elle ne peut être à la rigueur que la très-rare exception. Esl-il admissible que cette résorption puisse avoir lieu par l'action de l'eau minérale sur la granulation déjà déposée ? En d'autres termes, est-ce sur la granulation directement que se porte cette action, comme on Ta soutenu quelquefois? ou n'y a-l-il, suivant l'opinion la plus généralement admise, qu'une nouvelle direction imprimée aux parties saines qui avoisinent celle qui est déjà atteinte et les rendent réfractaires aux envahissements de l'irritation? L'examen des faits que nous possédons répond assez bien à cette question. On trouve en effet d'habitude que les malades qui. traités dans de bonne condition, se sont améliorés, ont présenté, suivant l'époque de la cure à laquelle on les a examinés, des phénomènes caractéristiques. Si, au début, des râles -ers et (les râles humilies s'étendent sous l'oreille et sont simultanément perçus, si du souille, de la respiration rude se joignent aux autres signes, plus lard, quand l'affection vient à être enrayée, quand on peut dire à-juste titre qu'il 3 a gnérison momentanée, tout ce qui impliquait un processus d'invasion a disparu. [| ne reste el on n'entend que les signes de la lésion brute, mais sommeillant, mais au repos, le souille, la rudesse, l'imperfection de la respiration. La bron-
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ointe concomitante a cessé ses manifestations, el avec tout cela coïncide un remontemenl de l'étal général, un étal de santé aussi satisfaisanl que possible. Ces temps de repos pendant lesquels la lésion reste inerte peuvent durer longtemps; ils peuvent môme durer toujours el c'esl la guérison la plus à souhaiter, celle que l'on obtienl communément. La phtliisie marche tantôt avec une continuité non interrompue . tantôl par poussées successives dans 1'inlervalle desquelles se produit un calme plus ou moins long. Ces poussées peuvenl devoir leur éclosion à une foule de causes occasionnelles. Il n'est pas exact de dire d'une manière absolue que la période d'activité contre-indique l'usage des eaux minérales, qui ne devraienl alors être employées que lorsque la lésion ne progresse pas. C'est plutôt le contraire qui sérail vrai, avec des restrictions que l'expérience fait connaître. — On a également revendiqué pour certaines eaux thermales une action différente de celle qui consiste à limiter dans l'organe le processus tuberculeux. M. le docteur Pidoux entre autres y insiste particulièrement à propos des Eaux-Bonnes et des sulfurées. Ce ne sérail pas la reconstitution ordinaire, ce phénomène banal que l'on retrouve un peu partout, à toutes les eaux et
sous toutes les latitudes, mais un ell'el plus profond, antidiathôsique dans le sens restreint que l'on peut donner à ce mot et s'opposanl à la genèse de nouveaux tubercules. L'autorité en pareille matière de l'écrivain que nous venons de nommer donne un grand poids à celle opinion el sert à expliquer la spéciali-
sation incontestable des sulfurées dans cette maladie.
Parmi les stations qui ont acquis une notoriété de longue date dans le traitement de la phthisie pulmonaire, les unes appartiennent à la classe des sulfurées sodiques : Eaux-Bonnes, que sa proportion de sulfure de calcium fait plutôt une source intermédiaire aux deux classes ; Cauterets , sulfurée sodique stable à minéralisation moyenne. Beaucoup d'autres sources de la même famille sont aussi préconisées et servent de succédanées aux précédentes, suivant les convenances individuelles ou de lieu ou quelques indications spéciales. Parmi les sulfurées calciques, Sainl-Honoré, Àllevard, Enghien sont surtout conseillées. On fait aussi usage des sulfurées dégénérées, qui servent parfois à traiter des malades pour lesquels les sulfurées fortes seraient trop énergiques. Dans un tout autre ordre d'idées, nous trouvons les eblorurées sodiques, \ aillées surtout en Allemagne, et Soden entre autres, dont les docteurs Kolb et Thilénius avaient proclamé les excellents effets. C'est même la constatation de ces effets qui avait engagé M. Amédée Latour à proposer le chlorure de sodium dans le traitement de la phthisie, médication tombée en désuétude aujourd'hui. — La médication bicarbonatée sodique était représentée par Ems, qui fut longtemps le rendezvous de beaucoup de tuberculeux tant allemands que français et qui csL aujourd'hui remplacé par Royat, station similaire à bien des litres. — Enfin le Monl- Dore, que les dernières classifications rangent parmi les indéterminées, contenant un peu d'arsenic, reven-
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diquesa large pari dans La lliérapeulique de la même affection. La Bourboule, sa voisine, répond bien mieux encore aux cas dans lesquels l'usage de l'arsenic paraît devoir ôtre conseille.
En France, la question se pose entre les eaux sulfurées d'un côté, le Monl-Dore de l'autre. Bien des circonstances accessoires d'anémie, de chlorose, bien des étais précurseurs du tubercule peuvent trouver ailleurs une amélioration. Seules les deux médications précédentes constituent des types bien complets et que l'on voil en dernière analyse répondre à des étals différents. 31. le Dr Pidoux a l'ait magistralement ressortir ce que la statistique avait de défectueux au sujet îles résultats de la pbtbisie. Ce n'est pas une (•numéral ion de succès même très-réels, faite indistinctement, qui constitue les \rais étals de service d'une station. Il faut avant tout tenir compte des conditions dans lesquelles s'est produite la maladie, car, suivant ces conditions, elle offre des facilités bien diverses aux moyens curai ifs. La phthisie des gens pauvres est infiniment moins variée dans ses causes que celle des gens riches ; celle-ci, diathèse ultime, expression de la misère physiologique résultant soit de l'épuisement de l'organisme, soit de l'existence de diathèses antérieures dans la race, procède ainsi la plupart du temps de maladies différentes d'elle. Les anciens avaienl admis une phthisie, une consomption
par l'arMii'ilis, par la sxpbilis. par la scrofule. L'école anatomo-palhologique nivela ces distinctions trèsréelles et dans lesquelles il faut chercher le secret du
succès ou de l'insuccès de bien des méthodes thérapeutiques. Selon que la phthisie reconnaît pour point de départ la dégénérescence de telle ou telle dialhèse antérieure dont au milieu même de la consomption il reste des vestiges, il arrive que la diathèse même qui lui a donné naissance soit dans l'indhidu, soit dans des ascendants, sert de contre-poids, d'antagoniste contre ses effets destructifs ; l'arthrifis en est l'exemple le plus frappant Souvent, tout le bénétice d'une cure thermale tient à ce qu'on a réveillé ainsi chez un tuberculeux des manifestations arthritiques, manifestations dont l'apparition dans les urines de dépôts d'urates et d'acide Etriqué , si communs aux eaux sulfureuses, est une des plus régulières. Quand celte ressource manque, quand il y a phthisie complète, quand en un mot la tuberculose, expression d'une décomposition plus avancée, a pris le pas sur les diatl lèses qui lui ont frayé la voie, la marche est invariablement fatale et au-dessus -des tentatives de l'art. Ces quelques lignes peuvent donner une idée de la complexité du problème ; on voit par là combien, quand on remonte aux causes, sont variés les pronostics des diverses phthisics et combien par cela il est indispensable que les observations tiennent lieu de tous les "antécédents. Quoi qu'il en soit, une division pratique dont les termes ne sont pas acceptés par (oui. le monde, mais cependant sont généralement usités, a classé les phlhisies pulmonaires en lorpides el éréthiques-. Les mois peignent la chose. On a mis d'un cùlé tuules les phlhisies lorpides, et un en a l'ail
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un lot pour les sulfureuses h> perslénisantes, de l'autre les phthisies éréthiques, que l'on a regardées comme l'apanage des sulfureuses douces, des indéterminées, des bicarbonatées, suivant les régions.
Nous n'y contredisons pas: mais, ainsi prise dans un sens absolu, cette distinction va trop loin. Suivanl l'état du moment, le même phtbisique peut avoir besoin d'une classe d'eaux minérales ou d'une autre, comme il peut aussi avoir besoin de tel ou tel médicament. C'est, donc en suivanl pas à pas les périodes et les phénomènes qui les accompagnent que l'on se guidera mieux que par ces notions générales.
L'eau minérale est, employée en boisson à des doses plus légères ici que partoul ailleurs. Dans certaines slalions, aux Eaux-Bonnes par exemple, on commence par une ou deux cuillerées coupées ou non avec du lait ou du sirop. On va en augmentant graduellement sans se départir d'une prudence rigoureuse. Il est reconnu, quand il s'agit des eaus sulfureuses, que la circulation elle (issu pulmonaire sont directement influencés par cette eau ingérée. Le l'esté du traitement ne sert que de palliatif, de correctif, s'adresse à tel ou tel symptôme, cherche à prévenir une congestion que l'on crainl toujours; ce sont : les bains de pieds chauds de S à S minutes; les demi-bains, qui dans les slalions des V\ rénées, comme dans celles de l'Auvergne, sonl d'une pratique forl ancienne ei forl vantée par les médecins qui mil autrefois ôcril sur la matière. On ne l'ail que trèsexceplionnellemenl usage de douches révulsives,
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quoiqu'elles puisent quelquefois être employées avec fruit. Mais, se conformant à l'adage « primum non uocere », on n'oublie pas que l'on a entre les mains des sujets d'une délicatesse excessive et pour lesquels toute excitation trop vive serait funeste. Les demi-bains, les pédiluves à une haute température tiennent une bien plus large place dans la médication du Mont-Dore par exemple, ainsi qu'il ressort de La lecture de Michel Bertrand, qui a été comme le législateur de celte station, et de ceux qui ont écrit après lui. Un autre moyen dont on se sert aussi beaucoup et dont on retire d'excellents effets est l'inhalation de vapeurs minérales. Mascagni disait que, le jour où l'on trouverait un spécifique pour la phthisie, il serait porté sous forme de vapeur sur la muqueuse pulmonaire. Sans que cette confiance ail été justifiée, il est certain que les inhalations à une douce température, d'abord courtes, puis plus prolongées, produisent un effet sédatif remarquable succédant à une excitation première. Ouïes a recommandées dans le cas d'hémoptysie, et on a cité des cas nombreux où elles faisaient cesser cet accident. L'inhalation se pratique encore à Àllevard, Enghien, toujours dans ce même but. On avait beaucoup vanté la pulvérisation à sa naissance dans les affections pulmonaires. Aujourd'hui, ce moyen est à peu près uniquement réservé aux affections de l'arrière-gorge et du larynx. Le humage n'est pas davantage usité en pareil cas.
En résumé , parmi les deux genres de sources minérales que l'un conseille dans la phthisie pulmo-
nairc, les unes, plus appropriées, plus spéciales incontestablement, sont à redouter par l'excès môme de leur énergie. Aussi étoignera-t-on d'elles tous les cas où tine excitabilité trop marquée permet de craindre par leur usage un redoublement des symptômes, tous ceux que M. Pidoux range parmi les phthisies complètes et dans lesquels le médecin ne sait pour ainsi dire où se prendre. La maladie recevrait un coup de fouet fatal de quelques quarts de verre d'eau sulfureuse, et il n'est pas nécessaire pour cela que la lésion soit bien avancée; parfois elle esl à peine soupçonnée, et le retour sera suivi d'une recrudescence, d'une marche galopante. Ces malades n'ont rien à voir avec des eaux quelconques; mais sans doute qu'une minéralisation indifférente el de peu d'énergie les affectera moins et même pas du tout. Il faut savoir dans ces cas dangereux se limiter à l'hygiène et aux ressources tirées de la climatologie, ressources dont l'ouvrage du docteur Bennet, celui plus récent de M. Thaon monlrenl bien l'étendue. Mais ces cas dangereux, à quoi les reconnaîlra-t-On? Sans doute aux antécédenls, quand ils pourront être 'soigneusement consultés , mais aussi à cet éréthisme vrai, à celle intolérance du médicament dont tout médecin qui observe aux eaux est bien vite frappé.
Le rôle de l'arsenic dans la thérapeutique hydrominérale de la phthisie pulmonaire esl aujourd'hui assez considérable. 11 a élé invoqué pour l'explication des lions effets du Mont-Dore. Eu raison de l'importance qu'on lui a attribuée, on a songé à diriger les
phthisiques vers La Bourboule, bien plus riche en arsêniate que sa voisine. La présence de ce principe \ient certainement compléter une médication qui doit ses succès très-réels en même temps aux moyens accessoires que nous avons énuniérés , à des méthodes de révulsion et d'excitation cutanée, qui, il est vrai, ne sont pas toujours également bien supportées. Pour M. le professeur GuMer, s'il y a une forme subinflammafoire, le type des eaux inoffensives et calmantes est le Mont-Dore; seulement il faut diminuer la balnéothérapie à outrance et les inhalations de vapeur forcées. La Bourboule, fortement arsenicale, semble trouver son indication dans la fièvre symptomatirpie des lésions tuberculeuses. Si l'affection ne progresse pas trop rapidement, si elle laisse en somme un peu de [irise à une médication active, il faut les eaux sulfureuses fortes. — Quand Féréthisme existe réellement et qu'il s'agit de le diminuer, on peut préférer les sulfurées caleiques ou les sulfureuses dégénérées.
Si maintenant nous reprenons [ouïes les périodes el les formes de la phthisie pour décider auxquelles s'applique le mieux le traitement hydrominéral, nous trouvons les auteurs partagés à ce sujet. Tous sont d'accord sur l'importance prophylactique de ce traitement. Avant toute lésion , lorsque des circonstances tirées de l'hérédité, de l'état général, foui craindre avant longtemps une poussée tuberculeuse, peut-être a-t-on dans l'excitation produite par un traitement thermal modéré le meilleur moyen de la
prévenir. C'est dans l'enfance et l'adolescence, dit Cyprien Camus, avant l'apparition d'aucune douleur, quand les malades n'ont encore éprouvé ni toux, ni enrouement, ni mal de gorge, ni expectoration (rancune espèce, que ces eaux sonl surtout favorables. Elles sont encore bienfaisantes quand une partie des accidents est déjà à l'état de réalité: mais le moment presse : quelques jours encore, et leur effet pourrait être incertain et dangereux. Le pouls chez les sujets pour lesquels on peut espérer une amélioration est resté calme et la peau sans chaleur; mais le teinl se flétrit, la fraîcheur disparaît, les épaules deviennent saillantes, la voix s'altère, et bientôt, si l'on n'a rien fait pour en arrêter la marche, les sympathies se réveillent, la circulation s'ensuit, et les symptômes de la phthisie, si souvent énumérés, grandissent et s'accumulent; leur emploi nécessite alors de la prudence et de l'habileté et souvent des modifications variées que l'expérience seule suggère. Nous ne déciderons pas si c'est à l'époque du tubercule cru. ou dans la période où se produit le ramollissement, que les eaux sont surtout utiles; l'une et l'autre opinion ont été soutenues, cl elles ont chacune une pari de vérité. On est aujourd'hui bien plutôt disposé à voir dans la diathèse qui a conduit à la phthisie, qui la tient sous sa dépendance, dans l'idiosyncrasie du sujet, sa luire de résistance, sa constitution plus ou moins altérée,
la forme torpide el éréthiq lu mal. la source des
indications el des contre-indications des moyens liydrominéraux. Le porteur d'une caverne peul être
encore très loin de la cachexie, tandis qu'un malade dont la lésion esl presque au début n'offre déjà plus prise à aucune action salutaire.
La phtliisie scrofuleuse a toujours été regardée comme celle que l'on pouvait arriver à modifier le [tins aisément.
La phtliisie arthritique esl également considérée comme offrant beaucoup de ressources , par suite d'une sorte d'antagonisme qui, à l'aide du réveil des déterminations normales de la tliathèse, ferait taire ou diminuer la progression du travail tuberculeux. — Les formes de tuberculose avec ôréthisme, la phtliisie chez les gens nerveux, irritables, à réactions excessives, sonl les plus difficiles à manier, celles dans lesquelles il faut le plus souvent s'abstenir ou ne faire appel qu'à des eaux comme les sulfureuses dégénérées, les indéterminées, les bicarbonatées douces ; c'esl surtout à ces malades que l'on pourrait appliquer ce que l'un dit parfois du retour funeste des eaux; ce sonl eux qui offrent dans la pratique le tertain le plus ingrat au médecin; c'est à eux que se rapportent surtout ces cas fâcheux dans lesquels une explosion aiguë a. suivi de très près la cessation du traitement.
Pendant la cure aux eaux minérales, le premier phénomène que l'on esl à même d'observer, quand elle esl favorable, après Le remontement de l'état général prononcé dès les premiers jours, est le redoublement de l'expectoration, qui atteint parfois des proportions excessives chez les gens qui portent en eux
des cavités et est suivi d'une période de sécheresse. L'impulsion communiquée aux sécrétions et à la circulation pulmonaire, comme aussi celle ipii retentit sur l'ensemble circulatoire, peut amener par son excès des accidents qui ne sont autres que le retour de la fièvre, l'intolérance du médicament, et l'hémoptysie thermale. S'il est permis d'admettre qu'un tuberculeux fébricitant ne se trouvera pas ma! d'un séjour aux eaux, pourvu que sa fièvre ne soit pas de trop longue durée et réponde au troisième type de celles qu'on observe chez les phthisiques, la fièvre qui s'allume le soir, on doit considérer comme une véritable contre-indication le retour ou la recrudescence de cette même fièvre d'une manière persistante pendant le traitement, mais non pas s'arrêter à ses premiers symptômes, qui souvent ne sont que le produit d'une excitation salutaire et s'amendent d'eux-mêmes ou avec un peu de repos. Quant à l'hémoptysie thermale, elle est depuis longtemps regardée comme un accident assez commun auprès des eaux sulfureuses fortes. Mais les médecins qui exercent auprès de ces stations ont combattu avec succès cette opinion trop accréditée. Il est incontestable que, surtout chez les sujets à antécédents hémoptoïques, l'usage des eaux sulfureuses en boisson peut l'aire» reparaître les crachements de sang, c'est-à-dire que leur action élective, si précieuse sur la circulation pulmonaire, peut s'exalter au poinl de produire des hémorrhagies. Mais, d'un côté, on a contesté la signification trop fâcheuse attribuée à l'hémoptysie en pareille occurrence; on
a même voulu y voir un incidenl favorable, une sorte de déplétion, « de saignée de poumon ». Sans accepter complètement celle opinion optimiste , nous pouvons dire, après les médecins qui ont le plus étudié à noire époque les maladies pulmonaires, que l'hémoptysie n'a pas, comme symptôme et connue signification, la gravité que quelques médecins et des gens du monde lui accordent encore, et que les phthisiques hémoptoïques sonl loin d'être ceux qui doivent le plus décourager l'intervention de l'art. Le docteur Mareellin Cazaux, dans un travail sur l'hémoptysie aux Eaux-Bonnes, a démontré déplus (pie la fréquence de cet accident était beaucoup moindre qu'on ne le pensait généralement, et qu'il devait même être attribué souvent dans les cas où on l'olisenait à des circonstances étrangères an traitement thermal.
Trois maladies que l'on pourrait appeler parallèles, le diabète, l'albuminurie et L'obésité, ont pour caractère l'imparfaite transformation des principes essentiels de toute assimilation, le sucre, l'albumine, I'1 graisse, et pour résultai la production plus on moins rapide de la cachexie. Comme pour la goutte, avec laquelle elles oui d'ailleurs plus d'un point de contact , nous les voyons soit rejeter par les voies naturelles, soi! déposer dans l'épaisseur des tissus
des substances qui n'ont pas épuisé La série de leurs métamorphoses, mais avec cette différence que, dans la goutte, le produil rejeté apparlienl déjà au monde inorganique et n'apparaît que lorsque les aliments ont en entier fourni leur rôle utile, tandis que, 'huiles maladies cachectiques, ces mêmes aliments, ne remplissant pas le but auquel ils étaient destinés, sont pris au point de départ même de leur ehangemenl et éliminés à l'origine de leurs transformations. C'est donc un vice radical de la nutrition el de l'alimentation qui constitue avant tout de telles maladies. Ce vice radical ne peut manquer d'amener, dans un délai qui doit varier suivant l'importance même des aliments, l'épuisement et la consomption. Mais, tandis que la perte du sucre et de l'albumine non utilisés atteint l'organisme dans ses hases les pins profondes, le dépôt des particules graisseuses, eu égard au rôle moins essentiel que joue la graisse dans l'alimentation, n'amène pas les mêmes inconvénients et une détérioration aussi considérable. La parenté du diabète avec la goutte a été bien établie par M. le professeur Charcot. « On voit, dit-il. un père goutteux, diabétique et phthisique, engendrer un lils goutteux, ou bien un père diabétique avoir un lils goutteux. » El plus lias il cite dans un tableau la combinaison suivante :
Cravi'llc Diabète.
L'albuminurie n'est pas sans points de contact bien des fois signalés avec la syphilis et la scrofule; il en est de même de l'obésité. Il règne encore beaucoup d'incertitude sur le compte des rapports qui unissent aux diathèses les maladies cachectiques ; cependant le peu que nous en savons et les quelques laits aujourd'hui bien acquis que nous possédons permettent, sans trop hasarder, de regarder ces dernières comme des résultantes. Toutes les trois ont d'ailleurs ce côté commun : c'est que le produit imparfaitement réduit qu'elles laissent s'éliminer ou se déposer, albumine, sucre, graisse, peut exister dans le sang, les sécrétions et les tissus, d'une façon passagère, en dehors d'un étal morbide bien défini; il peut au contraire s'y trouver d'une manière permanente et y augmenter sous l'influence de causes persistantes qui nous échappent, mais dont la réalité donne à l'affection une bien autre gravité que quand elle est provisoire. Les indications auxquelles en pareil cas doivent satisfaire les eaux minérales sont de deux sortes : en premier lieu, favoriser la reconstitution d'un organisme affaibli, ce qui est infiniment plus urgent dans les deux premiers cas (sucre, albumine), où la perte en substances essentielles est un danger toujours croissant, que dans le troisième (graisse), où c'est surtout par suite d'une action mécanique, d'une compression que peuvent se montrer Jes symptômes inquiétants. En second lieu, atteindre le mal aussi profondément que possible en amenant, soil par les alcalins, soit par les eaux que leur com-
position ii fait qualifier de lymphe minérale, l'assimilaiion plus complète de ces principes, et diminuant d'autant la quantité qui est rejetée e1 perdue. Le diabète a élé divisé en diabète sucré et diabète insipide : dans celui-ci, il y a production d'un excès d'urée que l'on retrouve et que l'on peut évaluer en dosant les urines par le procédé d'Yvon, au moyen de rhypobromite de soude. Dans le vrai diabète ou glycosurie, il peut y avoir ou non coïncidence d'azoturie. Celte distinction a son importance, car on a cherché à baser sur elle quelques différences dans les indications dos eaux minérales. Ou a encore distingué des diabétiques gras et des diabétiques maigres.
Les sources alcalines, Vichy et Vais entr'autres, ont été de tout temps regardées comme les mieux appropriées au traitement du diabète. C'est la théorie cbimique de Mialbe, d'après laquelle la présence du sucre serait due uniquement à une combustion ineomplète, qui a directement conduit à ces applications. Elle fut adoptée d'abord cl soutenue par un grand nombre de médecins, parmi lesquels Petit, de Vichy, lequel, guidé par ces idées et faisant jouer un grand rôle à la plus ou moins grande quantité d'oxygène absorbé par les poumons, admettait qu'il y avait un rapport direct entre la capacité de la poitrine el la production du diabète. Depuis les travaux de ('[.unie Bernard el la découverte de la fonction glycogéniquedu foie, il n'a plus élé permis de juger le problème avec autant de simplicité. Lu somme, pas pins In genèse du diabète que la thérapeutique qui en découle n'ont
pu depuis lors être rattachées uniquement à des réactions chimiques, puisqu'il était démontré qu'en dehors même de toute intervention d'aliments sucrés le foie même faisait du sucre, et qu'il y avait là un acte physiologique intime. Cependant la clinique avait prouvé les lions effets des alcalins, et on a continué à leur reconnaître, une influence favorable dans le traitement du diabète, pourvu qu'il ne soit pas arrivé à ses dernières périodes. Sans effets cura tifs, ils on! des effets palliatifs très-remarquables, maintiennent l'intégrité des forces, diminuent la quantité de sucre, et permettent aux malades d'aller ainsi pendant de longues années, de se soutenir et de vaquer à leurs occupations, pourvu qu'elles ne soienl pas trop fatigantes.
Du relevé qu'il a fait de sa mande pratique à Vichy, M. Durand-Fardel Lire comme conclusion que généralement le sucre diminue dès les premiers jours, qu'il peut même arriver qu'il disparaisse tout à l'ail . ce qui est vrai surtout pour les cas où, comme dans le pelil diabète, il n'y a qu'un ou deux pour 100 de sucre; mais, dans les cas où au contraire le sucre s'élève à 8,10 et 12 pour 100, la disparition est bien moins fréquente. En même temps, l'état des forces s'améliore ; La soif est également un des premiers symptômes à s'amender; il en est de même de la sécheresse de la peau, et le même auteur fait remarquer que ce symptôme cède d'ailleurs plus facilement el plus vite au traitement hydrominéral qu'au traitement ordinaire. U faut aussi faire remarquer que,
dans la plus grande partie des observations, le traitement ordinaire avail précédé la cure par les eaux minérales, et que celle-ci a obtenu des résultats que l'on n'avait pu constater par les moyens précédemment employés. Parmi les symptômes les plus rebelles, il faut citer la fétidité de l'haleine, si prononcée chez les diabétiques et qui est déjà un signe, d'altération grave. Lorsqu'enfln des troubles plus avancés sont intervenus, tels qu'affaiblissement de la vue, œdème, profond affaiblissement moral, les ressources à tirer du traitement thermal sont bien moindres. Si à cela viennent s'ajouter des signes plus prononcés de cachexie, si la fièvre s'allume, si les complications pulmonaires, la tuberculose si fréquente à la troisième période viennent à paraître, il y a contre-indication formelle des alcalins; il ne reste plus en pareille occurrence qu'à taire usage de quelques reconstituants, de ferrugineux de préférence, quelquefois des eaux chlorurées sodiques ou sulfatées sodiques. Ces dernières occupent à l'étranger la place qu'en France nous accordons à Vichy pour le traitement du diabète, et Carlsbad en Bohème a de tout temps été conseillé dans celle maladie. Il semble même que l'on craigne moins dans relie dernière station de fâcheux effets sur la cachexie, puisqu'on la préconise môme dans les cas (le diabète maigre. Plus récemment, les eaux de Tarasp- Schuls, dans la liasse Engadine, analogues de Carlsbad pour leur composition, ont aussi élé indiquées par Valentiner. La diminution du sucre dans le diabète
n'est pas un résultat uniquement obtenu auprès des sources alcalines. On voit au contraire, auprès des stations de minéralisations les plus diverses, le dosage du sucre donner une diminution très-sensible au bout de peu de jours. C'est ce que M. Lebret a signalé pour Balaruc, Niepce pour Allevard, Regnault pour Bourbon-l'Archambault, Garnie t pour les bains île mer, M. Brongniart pour Conlrexéville, le docteur Ticier pour Gapvern. C'est ce que d'autres ont signalé encore pour diverses stations sulfureuses. Il n'y a là qu'un lait bien naturel cl dû à la reconstitution générale qui s'opère dès le début d'une saison à ces différentes eaux; mais il n'y a pas de modification plus intime, se prolongeant au delà avec continuation de l'amêlioralion. Au contraire, par les alcalins, nous voyons que le sucre, quoique reparaissaut, continue souvent à se montrer en quantité moindre qu'auparavant ; que l'organisme conserve son énergie plus longtemps; que les symptômes s'atténuent II ne faut pas perdre de vue que l'on a affaire à une maladie dans laquelle les rechutes sont fréquentes, dont la cause persiste et reprendra son intensité à la première occasion. Par conséquent, on doit insister sur la reprise du traitement minérolbermal quand déjà il a eu quelques bons effets, conseiller plusieurs saisons consécutives ou à des Intervalles bien déterminés. C'est le seul moyen de conserver un diabétique longtemps, de l'empêcher, en entretenant chez lui la résistance vitale, d'arriver trop rapidement à une cachexie irrémédiable.
Los eaux dites à lymphe minérale, LaBourboule, Gliâtel-Guyon, SAt-Nectaire, Bride», peuvenl être préférées à Vichy dans certaines formes et dans quelques périodes du diabète. C'est ce que M. le professeur Guider a fail observer, en montrant que dans des cas où Vichj ne peul plus être employé, taudis que Garlsbad le serait encore, ces sources peuvent devenir les succédanées de la grande station autrichienne et la remplacer. Dans un récent travail à propos de quelques diabétiques traités à La Boiirboule, M. le docteur Danjoy a cherché à préciser quels sont, les cas où de préférence ces eaux dev raient être appliquées au diabète. Pour lui. la médication de LaBourboule réunit deux substances qui isolément ont déjà été employées dans celle maladie; ces deux substances sont le chlorure de sodium et l'arsenic; il y a donc dès l'abord une certaine apparence de raison à expérimenter leurs effets quand elles sont associées. Dosant le sucre par la liqueur de Felling, l'urée par l'hypobromite de soude, 31. Danjoy a constaté une diminution de l'un et de l'autre, et il admet que c'est suriouL dans la glycosurie azoturique que les eaux de La Dourboule, qui, tout en modifiant la glycogénie, agissent contre la production excessive d'urée qui caractérise l'azoturie, trouveront leurs indications. Par elles, le mouvement déperditeur sérail arrêté, car les sources de La Bourboule modèrent 111 formation de l'urée et sont alors préférables aux alcalins, qui, selon lui. augmenteraient cette formalion. Sans entrer dans l'examen de cette explication.