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Les autres voyelles sont longues

lorsqu'elles sont suivies des consonnes finales r, v, -2^» 5 ^u i- Ex.: mer (ms:r), lav (la:v), phrase (fra:z), tige (ti:3), soleil (solsrj);

ou lorsqu'elles sont suivies d'une syllabe muette. Comparez: lave (la:v), lavé (lave); beurre (bœ:r), beurrier (bœrje) ; lente (lâ:t), lentement (lo-tmâ).

4. La voyelle s est celle qui varie le plus de longueur. Ex.: Rennes (rsn), reine (rs:n); laide (Isd), l'aident (le: d); mettre, mètre (mstr), maître (ms:tr), etc.

5. Dans une syllabe accentuée, une consonne finale est longue après une voyelle brève (Rennes, rsn:), et brève après une voyelle longue (reine, r6:n).

6. Les consonnes Z et r sont plus longues devant une consonne finale vocalique que devant une consonne finale soufflée. Ex. : l'orge (lor:5), torche (torj).

7. En général, toute voyelle surmontée d'un accent circonflexe est longue. Ex.: pâte (pa:t), tête (t6:t).

8. Enfin, « la durée absolue de la voyelle est d'autant plus courte que le groupe phonétique dont elle fait partie est plus long. Par exemple, la syllabe pa dure

27 centièmes de seconde dans pâte.

20 id. pâté.

14 id. pâtisserie.

12 id. pâtisserie Saint-Germain^ ».

^ Rouclet, Éléments, p. 237.

Dans les Phrases. — Dans les phrases, la quantité varie comme dans les mots. Ainsi, vous n'êtes nullement pressé et vous demandez par simple curiosité: «QuelJe heure est-il?» Ces quatre mots se succèdent plutôt lentement. Au contraire, vous craignez de manquer un train et vous posez la même question : vous parlez plus vite. A vrai dire, la proportion des brèves et des longues reste la même dans les deux dictions de la même phrase ; c'est plutôt le mouvement, l'allure de l'ensemble qui varie.

Tout sentiment vif, non contenu, accélère le mouvement. Généralement, et plus ou moins, l'impatience, la hâte, la colère, toute expression vive exige la rapidité. Généralement, et plus ou moins, la méditation, l'abattement, la morne tristesse, toute expression calme exige la lenteur. Mais ici nous sortons de la phonétique pour entrer dans l'art de dire.

Force ou Intensité.

63, Par FORCE ou intensité, il faut entendre l'insistance de ia voix sur certaines syllabes qu'on appelle fortes ou toniques; les syllabes non accentuées sont faibles ou atones.

En français, l'accent est très faible, surtout si on le compare à l'accent allemand ou anglais ; il existe néanmoins et doit être respecté. Voici quelques règles concernant sa place.

Monosyllabes. — Les monosyllabes sont accentués quand ils expriment une idée. Ex. : rat, chaud, vif.

Ils ne le sont pas quand ils servent seulement à marquer des rapports, comme : et, dans, pour, mais, etc.

Les monosyllabes dont la voyelle est c muet ne peuvent, en général, recevoir d'accent : le, de, me, que, etc.^

Polysyllabes. — Dans tout mot de deux ou de plusieurs syllabes, il y a une syllabe accentuée. L'accent est :

^ sauf lorsque e est accentué : dis-le.

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sur la dernière sj'llabe, si la voyelle n'est pas un muet. Ex. : discours (dis'ku:r)\ portrait (por'trs);

sur V avant-dernière syllabe, si la dernière est muette. Ex.: victoire (vik'twair), courage (ku'ra:3).

Phrases. — Dans tout groupe de mots réunis par le sens, le dernier mot reçoit le plus fort accent. Ex. : dis-le-moi — honore tes parents — le jour \ n'est pas plus j9wr | que lefori^ \ de mon cœur.

En général, l'accent porte sur le mot le plus important par le sens. Ex.:

Dans un si grand revers, que vous reste-t-il 1 — Moi ; Moi, dis-je, et c'est assez.

Déplacement d'accent. — Le substantif est ordinairement accentué, mais il perd son accent quand il est suivi de mots avec lesquels il forme une expression correspondant à une idée unique. Ex. : Champs-Elysées, lieutenant-colonel.

L'adjectif épithète perd son accent lorsqu'il est placé avant le nom ; il le conserve lorsqu'il est placé après. Ex. : un excellent homme, un homme excellent.

Les pronoms personnels sont toujours désaccentués quand ils précèdent le verbe. Ex. : nous le dirons. Au contraire, ils conservent leur accent lorsqu'ils suivent le verbe et terminent la phrase. Ex. : dis-/e.

Il en est de même de tout, lequel, quiconque, etc. Ex. : tous les hommes sont mortels. Et : y étaient-ils tous ?

Il y a encore déplacement d'accent quand une des syllabes qui précèdent la syllabe normalement accentuée devient plus intense que cette syllabe elle-même. Ex.: il faut se soumettre ou se ^^mettre. Ce fait se produit encoî-e dans les antithèses, les énumérations, les adverbes intensifs {heaucoiv^, absolument, extrêmement, etc.), et dans les mots qui expriment une sensation ou une émotion violente (mtôérable, épouvantable, etc.).

^ L'accent s'indique par le signe ' placé avant la syllabe accentuée.

Lorsque l'accent d'un mot est ainsi déplacé, il recule autant que possible, mais il a besoin d'une consonne sur laquelle il puisse s'appuyer ^

Conseils aux Etrangers. — Pour apprendre l'accent français, les étrangers feront bien :

d'oublier leur accent national, et, par suite, de ne pas placer un accent sur la racine des mots français ;

de s'habituer à prononcer avec la même intensité tous les mots d'une même phrase et toutes les syllabes d'un même mot ;

enfin, de rompre cette monotonie préparatoire et provisoire, en accentuant d'après les règles précédentes, qui peuvent se ramener à celle-ci : tout mot, toute syllabe, qui ont une importance particulière au point de vue du sens, doivent être accentués.

Intonation ou Ton.

64. L'intonation désigne l'abaissement ou l'élévation de la voix pour exprimer une idée ou un sentiment.

L'intonation française n'est jamais liée aux mots ; elle dépend uniquement du sens, soit du mouvement général de la pensée (intonation logique), soit d'une émotion (intonation émotionnelle).

Intonation logique. — La phrase énonciatrice, qui affirme ou nie des faits, est caractérisée dans l'intonation par un abaissement plus ou moins sensible de la dernière syllabe. Ex. : il n'est pas venu, il ne m'a pas écrit.

La phrase interrogative se distingue au contraire par une élévation de la voix sur la dernière syllabe (est-il venu î) ou sur le mot qui marque l'interrogation (quand est-il venu*?).

La phrase exclamative amène une élévation de la voix sur la dernière sjdlabe, élévation plus grande que celle qui

1 Roudet, Éléments, pp. 250-252.

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convient à l'interrogation. Ex. : tant mieux ! que c'est beau ! qu'il vous aime !

Intonation émotionnelle — Il y a un rapport étroit entre la nature de l'émotion et les intonations qu'elle produit dans la phrase. Ainsi, la scène où Euy Blas empêche don Salluste de sortir exige des intonations très diverses.

Triomphe, exclamation élevée :

— A mon tour !

Mépris, plus bas :

— On écrase un serpent qu'on rencontre. Triomphe ; le ton s'emporte :

— Personne n'entrera, ni tes gens, ni l'enfer !

Et après toute une variété d'inflexions, le ton monte à l'aigu : —

— Vous osez l'outrager quand je suis là !

{Ruy Blas, 3, v.)

En réalité, l'étude de l'intonation est complexe et des moins précises. Dans l'impossibilité où l'on se trouve actuellement de formuler en cette matière des lois rigoureuses et générales, il suffit de faire constater, au moyen d'exemples, la nécessité de recourir à des changements de ton.

Conseils aux Étrangers. — Pour acquérir une intonation convenable, les étrangers feront bien de tenir compte des indications suivantes :

1. Se rappeler qu'en français la voix s'élève ou s'abaisse plus qu'en allemand et en anglais.

2. Bien comprendre la phrase qu'on va lire, éprouver le sentiment qu'elle exprime, afin de la rendre avec justesse.

3. Éviter de laisser tomber la voix à la fin de chaque phrase : cela est d'un effet monotone et désagréable.

4. Varier ses inflexions le plus possible, mais en restant dans la vérité de l'idée ou du sentiment qu'il s'agit de traduire.

5. Observer que la même phrase, le même mot, peuvent recevoir diverses inflexions, et choi.sir celle qui est la plus naturelle et la plus intense. Pour le « qu'il mourût » du vieil Horace, s'offrent trois inflexions très justes.

Que vouliez-vous qu'il fît contre trois ? Le chevalier romain peut répondre d'un mot jeté avec tout un mépris de sa paternité, comme on dit : « qu'il aille au diable ! »

(Eh !) qu'il mourût!

ou bien, comme étonné de la question :

(Parbleu !) qu'il mourût !

ou bien, en toute énergie, en toute noblesse : (Je voulais) qu'il mourût ! ^

6. Faire un séjour assez long en France, fréquenter des Français cultivés, se servir d'un phonographe, ou mieux, d'un pathégraphe pourvu de disques en français.

1 J. Blaize, UArt de dire, Paris, 1910, pp. 174-179.

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