LES SONS ISOLÉS
VUE d'ensemble des voyelles françaises.
IL Quand un Parisien de vieille souche dit: ma, chat, papa, etc., il produit un a moyen ou a normal. Dans sa prononciation, la bouche est modérément ouverte, les muscles des lèvres, de la langue et des joues relâchés ; la langue est étendue sur le plancher de la bouche, ses bords touchant la rangée des dents inférieures, son dos se soulève très légèrement et s'appuie sur les deux côtés de la voûte palatine, à peu près à la limite du palais dur et du palais mou ^.
12. Écartons de plus en plus les coins de la bouche, sans arrondir les lèvres ; avançons et relevons de plus en plus le milieu de la langue vers le palais dur ; nous obtiendrons les sons
a Ex. : la s Ex. : lait e Ex. : lé i Ex. : lit.
Ces voyelles sont appelées normales d'avant ; normales parce que les positions respectives de la langue et des lèvres contribuent ensemble à l'abaissement ou à l'élévation du timbre ; d'avant, parce que d'tfc en i, la langue se rapproche de plus en plus du devant de la bouche.
^ Rousselot, Études de prononcin fi on parisienne, L;i Parole, 1890.
13. Fermons graduellement la bouche, mais en avançant et en arrondissant de plus en plus les lèvres ; retirons et relevons de plus en plus le fond de la langue vers le palais mou î nous obtiendrons les sons
a Ex. : las o Ex. : Vor o Ex. : Veau u Ex. : loup.
Ces voyelles sont appelées normales d'arrière ; normales, on vient de l'expliquer ; d'arrière, parce que d'à en u, la langue se recule de plus en plus vers le fond de la bouche.
14. Fermons graduellement la bouche, en avançant et en arrondissant de plus en plus les lèvres ; avançons et relevons de plus en plus le milieu de la langue vers le palais dur ; nous obtiendrons les sons
œ Ex. : leur 9 Ex. : le 0 Ex. : leu (de) y Ex. : lu.
Ces voyelles sont appelés anormales d'avant ; anormales, parce que l'action de la langue et celle des lèvres se contrarient : la première élève le timbre, la seconde l'abaisse ; d'avant, parce que la langue se rapproche de plus en plus du devant de la bouche.
Observations. — I. D'autres phonéticiens (MM. Rousselot, Roudet, etc.) appellent a, s, e, i, palatales non arrondies ; a, o, o, u, vélaires arrondies ; œ, a 0, y, palatales arrondies, à cause du point d'application de la langue (palais dur ou palais mou) et de la position des lèvres (arrondies ou non).
IL Au point de vue acoustique, M, Rousselot classe les voyelles françaises d'après leur fréquence vibratoire comptée en vibrations doubles ^ :
15. Toutes les voyelles précédentes sont dites buccales, parce qu'elles se forment uniquement dans la bouche. Lorsque le voile du palais s'abaisse, l'air vibré s'écoule à la fois par la
' Rousselot, Phonétique expérimentale et surdité, Paris, 11)03. Cf. Principe!^, pp. 789-798.