TYPES DE BOUTURES
2" Type de bouture a adopter.
A. Divers systèmes de bouture. — Les types de bouture les plus généralement usités pour la vigne sont la bouture pa,vcrosseUe et celle par rameau ordinaire. La bouture par crossette est formée de la partie inférieure d'un sarment muni d'un fragment de bois de deux ans, on crossette (fig. 1 b) ; r empattement qui se trouve au point
Fig. 1 . — a Bouture par rameau ordinaire ; 6 — à crossette;
c — avec empaltement.
de liaison du rameau avec ce dernier est trèsriche en bourgeons latents susceptibles de se développer sous terre en forme de racines. On l'a longtemps employée d'une manière presque exclusive, à cause de ce fait ; elle offre néanmoins l'inconvénient d'être difficile à plan»
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ter au pal, à cause delà disposition oblique de la crossette ; le bois de cette dernière, en outre, trop âgé pour bien reprendre, s'altère souvent, ce qui est préjudiciable à la bonne santé de la souche. On a imaginé, pour porter remède à ces défauts, de supprimer le bois de deux ans, tout en conservant l'empattement de la base du sarment {/^. 1 c); on se trouve alors dans les meilleures conditions de réussite au point de vue des chances de reprise. Malheureusement, on le comprend, la rareté actuelle des sarments Américains, leur prix élevé, et la nécessité où l'on est, par suite , d'utiliser toutes leurs parties, de la base au sommet, empêchent d'en faire usage d'une manière exclusive, et il faut avoir recours, la plupart du temps, à la bouture par rameau ordinaire (fig. 1 a). Cette dernière, qui est la plus simple et la plus facile à se procurer, donne du reste des résultats parfaitement suffisants ; elle est constituée, comme son nom l'indique, par un simple fragment de sarment, dont la longueur varie suivant les circonstances.
B, Longaenr à donner anx bontnres. — En principe, et si l'on n'a égard qu'au développement et à la bonne constitution du plant qui en proviendra, les boutures les plus courtes sont
TYPBS DB BOUTURES.
les meilleures. Les boutures a uq seul œil, par exemple {fig. 2 et 3 a), donnent lieu à un faisceau
Fig. 2. — Bouture à un œil dite bouture aemêe.
de racines très-puissant et en continuité avecla tige, qui assure à la souche une vigueur remarquable; les boutures très-longues, au contraire (fig. 3o), se couvrent d'un grand nombre
Fig. 3. — a Bouture semée (un œil) ; 6 Bouture c Bouture trop lougue.
de touffes de racines disposées sur chaque nœud, dont aucun ne prend un grand développement, et qui vont de haut en bas en diminuant de longueur, jusqu'à un point où le sarment, incapable d'en émettre, reste sans vitalité apparente et finit quelquefois par périr et se décomposer partiellement. Mais la question n'est pas si simple qu'elle le paraît de prime abord : elle se complique de la nécessité où l'on est de placer le sarment dans un milieu suffisamment humide pour assurer sa reprise; or, dans le plus grand nombre des cas, la fraîcheur nécessaire ne se trouve qu'à une certaine profondeur dans le sol : de là, la nécessité de donner à la bouture une longueur plus considérable que celle qui paraîtrait préférable de prime abord.
Les boutures doivent donc être d'autant plus longues que la terre où elles doivent s'enraciner est plus sèche . Généralement leurs dimensions peuvent varier entre 0",15 et 0™,35 (/îg'. 3 6), le sarment ne dépassant la surface du sol que de un ou deux yeux ; il serait mauvais de sortir de ces limites dans presque tous les cas.
Indépendamment des deux types que nous venons de mentionner, on a proposé de faire usage, pour multiplier économiquement les vignes Américaines, de la bouture semée {flg. 2), ou à un seul œil en terre, et des boutures her--
bacées. La première ne donne malheureusement pas, lorsqu'on rapplique aux V.iEsTivALis, qui seuls, grâce à leur haut prix, peuvent payer les dépenses de bâches, couches, etc., qu'implique ce mode de multiplication dans le Midi, une proportion de reprises sufiBsante pour que Ton ait intérêt à en faire usage. Quant aux boutures herbacées, on ne peut songer raisonnablement à leur consacrer que les repousses que l'on enlève en nettoyant les greffes ; placées dans une terre légère, arrosée, et convenablement ombrées, elles reprennent assez bien, mais ne donnent pas d'aussi bons plants que de bons bois bien aoûtés.
C'est donc des boutures par rameaux simples que l'on sera amené à faire usage dans presque toutes les circonstances. Nous allons étudier maintenant les moyens à employer pour en faciliter l'enracinement.
3® Moyens a employer pour assurer l'enracinement des boutures.
La reprise des boutures, c'est-à-dire l'évolution de leurs racines, ne peut s'effectuer que dans un milieu qui leur offre tout à la fois une température et une humidité suffisantes, sans être excessives. La plus grande difficulté pratique que Ton rencontre pour arriver à ce résultat consiste
à empêcher le fragment de rameau de se dessécher avant le moment où il est en mesure de pourvoir lui-même aux pertes qu'il fait dans l'atmosphère. Certaines espèces Américaines sont particulièrement réfractaires au bouturage, à cause précisément de l'écart assez considérable qui existe entre le moment où les bourgeons se développent et celui où les racines sortent, ce qui fait que la plante évapore beaucoup, alors qu'elle ne peut presque rien puiser dans le sol. C'est ainsi que, tandis que les V. Riparia, V. Labrusca et V. Rupestris reprennent facilement de bouture, les V. ^Estivalis, et surtout VHermann et le Norton's Virginia sont plus difiBciles ; la V. Gandicans et la V. Rotundifolia sont à peu près impossibles à obtenir par ce procédé.
Les moyens d'échapper à cette difiBculté ont été beaucoup étudiés ces derniers temps, notamment à l'occasion des V. iEsirvALis, parmi lesquels se trouvent, comme nous l'avons vu, des cépages d'une réelle valeur; on peut classer ces moyens en deux catégories : 1® ceux qui ont pour but de hâter le développement des racines ; 2** ceux qui tendent à retarder la dessiccation jusqu'au moment de l'enracinement.
Pour atteindre le premier résultat, on peut avoir recours à la stratification, au trempage.
au décorticage, à la torsion ou au maUlochage.
A. Stratification. — La stratification consiste à enterrer entièrement les boutures, pendant l'hiver, dans une terre légère ou dans du sable un peu humide, de manière à déterminer un premier travail préparatoire à la sortie des racines. On a proposé de stratifler les sarments verticalement et renversés par rapport à la position qu'ils occupaient sur la plante : on pensait ainsi déterminer un afflux de matériaux vers l'œil supérieur, qui, revenant au mome|it de la plantation à sa position inférieure primitive, fournirait aux racines un aliment plui abondant. Les expériences tentées dans cejsens, à
rÉcole d'Agriculture de Montpellier, n'ont pas paru donner des résultats supérieurs à ceux fournis par la stratification ordinaire. On doit, lorsque les plants sont retirés du sable, prendre contre le dessèchement les précautions indiquées plus haut à l'occasion du déballage.
fi. Trempage. — Le trempage des boutures dans l'eau produit des effets analogues à ceux de la stratification ; il offre seulement, si on le laisse se prolonger un peu, divers inconvénients que n'a pas ce dernier procédé : le bois risque en effet de perdre par la macération une
partie des matériaux solubles qu'il renferme, ou de se pourrir; aussi ne doit-on en user qu'à défaut de la stratification et en évitant de le laisser se prolonger au-delà de cinq à six jours.
C. Déoortioage. — Le décorticage a pour but de provoquer la formation d'excroissances cicatricielles de nature cellulaire, susceptibles do se transformer en racines. On l'exécute en enlevant des lanières d'écorce sur la partie du sarment qui doit être enterrée, de manière à mettre à nu, sur plusieurs points, les couches génératrices du bois. Par la torsion ou par un léger écrasement du sarment, on arrive au même résultat, mais en déterminant la formation de fentes par lesquelles Teau pénètre dans la moelle, qu'elle désorganise toujours plus ou moins, de telle sorte que l'on obtient rarement (les plants parfaitement sains par ces derniers moyens. En somme, le décorticage, qui était du reste déjà employé depuis longtemps dans l'Hérault, est préférable ; il peut être utilement appliqué sur des sarments stratifiés.
Les procédés dont on fait usage pour retarder la dessiccation de la bouture avant son enracinement sont : les arrosages, les paillis, le recouvrement avec le sable, l'ombrage.
D, Arrosages, etc. — Les arrosages et les paillis permettent de donner au sol ou d'y fixer Teau nécessaire à l'entretien de la fraîcheur de la bouture ; on ne peut guère les appliquer que dans la culture en pépinière, mais ils augmentent considérablement, dans ce milieu, les chances de reprise. Les arrosages doivent être pratiqués par infiltration et modérément. Lorsqu'on les donne sur des terres d'une certaine compacité, surtout, on risquerait de voiries sarments se pourrir si la quantité d'eau était trop considérable au début.
Le recouvrement total de la bouture avec du sable retarde la végétation des bourgeons extérieurs, et par conséquent l'apparition des feuilles, qui sont les principaux organes d'évaporation, sans ralentir celle des racines ; il s'oppose en outre à la dessiccation du bois du sarment lui-même et à celle du sol dans lequel il est planté. On entoure chaque bouture d'une petite butte conique , si les pieds sont un peu écartés entre eux ; dans le cas contraire, on les recouvre d'un véritable biUon continu qui suit la direction de la ligne.
L'ombrage diminue beaucoup la perte d'eau par les feuilles ; on peut le produire, soit au moyen de clayonnages, soit en plaçant les plants sous des arbres dont le feuillage n'est pas trop
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épais : les rayons lumineux verts, qui passent à peu près seuls à travers, sont en effet très-peu favorables à Tévaporation .
Il ne faut pas oublier toutefois que si l'ombrage facilite la reprise, il nuit au développement ultérieur des jeunes plants, qui ont besoin d'évaporer activement pour se bien nourrir et s'accroître rapidement ; il ne faut donc user de ce moyen que d'une manière temporaire.
4° Époque du bouturage.
On pensait autrefois, dans le Midi, que les boutures les plus tôt plantées étaient celles qui réussissaient le mieux, sauf le cas des terres exceptionnellement humides, et, en efifet, on cherchait dans une plantation hâtive ce travail de préparation que l'on demande aujourd'hui à la stratification, mais on ne l'obtenait qu'en faisant courir au sarment les chances d'altération qui résultent quelquefois de l'humidité excessive du sol pendant l'hiver et de l'action des gelées. Il est évidemment préférable de slratifier les boutures dans le sable, et de les planter relativement tard , au moment seulement où la température est suffisamment élevée pour déterminer une prompte entrée en végétation.
C'est vers la fin de mars ou le commencement d'avril, dans la région méditerranéenne,