‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignobles (volume 2)Chapitre 23 sur 71 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Provignage.

Le provignage, ou marcottage, consiste, pour la vigne, à faire naître des racines sur un sarment avant qu'il ait été détaché de la souche qui lui a donné naissance. Ce procédé, qui, comme le bouturage, conserve dans la nouvelle vigne les caractères particuliers au pied-mère et même au sarment, offre l'avantage sur ce dernier de mieux assurer la reprise du nouveau plant, puisque sa séparation et sa mise en place ne s'effectuent qu'alors qu'il est pourvu de tous les organes nécessaires à son existence. Aussi doit-il être préféré, malgré ce que son exécution peut offrir d'un peu plus compliqué, pour

les espèces ou variétés dont renracinement par bouture est difficile, telles que le Mustang (V. Gandicans), VHermanUy le Norton' s Virginia (V.iEsTivAus), etc., ou pour les cépages rares ou précieux, dans la multiplication desquels cherche à éviter les moindres déchets.

Nous allons examiner successivement les questions suivantes, qui se rapportent au provignage : 1** Principaux types de provins usités ; 2** Moyen de faciliter Tenracinement des provins ; 3** Époque la plus favorable au provignage.

l"" Principaux types de provins usités.

Les principaux modes de provignages usités sont les suivants : A, Provignage par marcotte simple; — B, — par eouchagede la souche; — C. — par marcotte multiple ou chinois ; — D, — par versadi.

A. Provignage par marcotte simple. — Le provignage par marcotte simple peut être employé à faire des plants enracinés, à remplacer sur place des pieds manquant dans une plantation, à affranchir un sarment américain grefie sur un pied indigène, ou à donner des mérithalles enracinés destinés à servir de sujets pour le greffage à r atelier.

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Lorsqu'il s'agit de produire des plants enracinés, on se borne à coucher sous terre, et aussi près que possible de la souche-mère, une portion du sarment, que l'on relève ensuite de manière à faire émerger un ou deux yeux. On supprime tous les bourgeons intermédiaires entre l'origine du sarment et son point de pénétration dans le sol, afin d'éviter qu'ils ne se développent au détriment du provin lui-même.

Le trajet souterrain du rameau doit être le plus court possible, en vue d'économiser le bois, dont l'extrémité peut servir de bouture et pour éviter la formation d'un trop grand nombre de faisceaux de racines, ces dernières se développant d'autant moins, individuellement, qu'elles sont plus nombreuses.

On peut exécuter des provins de ce genre avec des sarments aoûtés ou seulement herbacés ; dans ce dernier cas, on gagne du temps, puisque l'on obtient l'enracinement pendant l'année même qui eût été nécessaire pour faire une simple bouture.

Lorsque l'on arrache les plants ainsi enracinés pour les transplanter, il est bon, avant de les mettre en place, de les couper de manière à ne leur laisser que une ou deux touffes de racines bien constituées, ces organes prenant alors des dimensions beaucoup plus considéra-

86 VIAKES AHËRICAtNES.

bles que si on les eût laissées en plus grand Dombre.

Le provignage par marcotte simple peut, comme nous l'avons vu, être également employé pojr remplacer un pied manquant dans une plantation ou pour affranchir un sarment américain greflé sur une vigae indigène; dans ces deux cas, le provin doit demeurer d'une manière déânitive à la place où il a été établi; on l'exécute alors comme il suit (/îg. 4) ; Après

Fig. 4. — ProviQ par marcotte sinipift.

avoir fouillé l'emplacement de la souche morte et en avoir soigneusement extrait les racines, on ouvre entre le pied-mère et le point où doit être installé le nouveau cep, une tranchée assez profonde pour que le sarment couché au fond-

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ne puisse être atteint par les labours (O^jSO environ). On choisit un sarment d'une longueur suffisante, et, autant que possible, parmi ceui qui ne peuvent être utilisés à fournir un courson au moment de la taille; on le fait pénétrer dans la tranchée aussi près que possible du pied de la souche, de manière à ce qu'il soit protégé contre les accidents qui pourraient l'atteindre pendant les façons de culture; on le couche ensuite au fond du fossé, puis on le relève verticalement au point voulu, en l'attachant à un piquet enfoncé dans le sol. La tranchée est comblée avec de la terre bien meuble que l'on tasse fortement contre le sarment.

On rabat enfin à deux yeux au-dessus de terre la partie émergente, et on éborgne les bourgeons intermédiaires entre l'origine du provin et son point de pénétration dans le sol. On met souvent dès le début une certaine quantité de fumier dans le fossé où repose la marcotte, afin de favoriser le développement des racines; il semble préférable de ne fumer la première année que le pied-mère, et de ne donner de l'engrais à la nouvelle souche qu'après son sevrage. On évite ainsi l'invasion des racines des vignes voisines, qui autrement se'développent beaucoup dans la fosse et font ime ^eoncurrence fâcheuse à celles qui naissent sur le sarment,

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avant que ces dernières aient acquis des proportions suffisantes pour pouvoir lu^te^.

Lorsqu'un sarment à portée de la souche à remplacer n'a pas une longueur suffisante pour atteindre l'emplacement qu'elle occupait, on peut procéder, soit par une série de couchages successifs répétés d'année en année jusqu'à ce que l'on ait atteint le but, soit en greffant en fente anglaise, sur un rameau que l'on choisit parmi les mieux situés, un sarment d'une longueur convenable, et en opérant ensuite comme à l'ordinaire. Il est possible, par ce dernier procédé, de conserver ou de changer le cépage, en employant, pour rallonger, un sarment de la même ou d'ime autre variété.

Les provins par marcotte simple, destinés à demeurer en place, sont généralement sevrés au bout de deux ans ; un sevrage trop hâtif détermine une diminution momentanée de la végétation, qui est préjudiciable à la fructification. Ce mode de provignage permet enfin, en relevant, en hiver, les sarments couchés depuis le printemps précédent et en les divisant audessous de chaque nœud, d'obtenir un grand nombre de fragments pourvus de racines. Les fragments enracinés auxquels M. Ghampin a donné le nom de mérithalles enracinés, peu* vent se greffer comme des barbées ordinaires

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et avec des chances de succès peut-être un peu plus grandes.

B. Provignage par couchage de la souche. .—

Le provignage par couchage de la souche peut être destiné, soit au remplacement d'une souche manquante, soit à TafiFranchissement sur place d'une greffe Américaine sur pied du pays. Ce système de provignage peut être considéré, d'une manière générale, comme inférieur aux autres ; les souches qui en résultent sont habituellement peu vigoureuses et de peu de durée, ce que l'on doit attribuer au faible développement et à la mauvaise répartition du système radiculaire, né en partie sur du vieux bois et dispersé sur de trop grandes longueurs. Il est en outre plus coûteux à établir que le précédent. On n'a intérêt à en faire usage que lorsque Ton veut obtenir simultanément plusieurs provins du même pied-mère, destination à laquelle il se prête mieux qu'aucun autre procédé.

Les provins de cette espèce s'exécutent de la manière suivante [fig, 5) : une fosse profonde est creusée à partir de la souche-mère et dans la direction où doit être installé le nouveau plant ; on dégarnit les principales racines de la vigne, jusqu'à ce qu'elle possède une mobilité

90 Tir<r4Es américaines.

suffisante pour qu'on puisse, sans l'arracher m la briser, la coucher au fond de la fosse; on relève alors deux sarments, de manière à en ramener un au point où doit avoir lieu le remplacement et l'autre à l'endroit même où se

Pig, 5. — Provin pur couchage de la souche.

trouvait le pied-mère. On fume ensuite fortement et on comble avec la terre bien ameubUe. On conçoit aisément qu'au moyen de fossés convenablement disposes on peut diriger plusieurs sarments vers des points divers et obtenir, par suite, plusieurs pieds par le provignage d'un seul.

C. ProTigaage elinoia. — Le provignage par marcotte multiple, ou chinois, est destiné à la production des plants enracinés ; il offre l'a-

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vantage de rendre possible Tobtention de ces derniers en une seule saison, c'est-à-dire dans un temps aussi court que celui habituellement nécessaire pour faire une bouture, et cela sans perte de bois.

On procède, pour Teffectuer, de la manière suivante {fig. 6) : Une fosse de O'^jSS environ

Fig, 6.— Provin multiple dit chiaois.

de profondeur est creusée à partir du piedmère ; un sarment convenablement choisi est tendu horizontalement dans cette fosse et maintenu à 0*",06 ouO"",0^ au-dessous du niveau du sol, au moyen de petits piquets sur lesquels on l'attache solidement. On enlè^ve enfin tous les yeux intermédiaires entre le point de départ du sarment etTeadroit où il pénètre dans l'excavation. Lorsque la plante entre en végétation,

chaque bourgeon se développe, et, dès que les rameaux qui en proviennent ont atteint 0", 1 5 ou 0°,20 de longueur, on comble la fosse avec la terre précédemment extraite, que Ton se borne à fumer avec du fumier décomposé si elle est de bonne qualité, ou avec un mélange de bonne terre rapportée, de terreau et de sable si elle est médiocre ou mauvaise. Lorsque le sol manque de fraîcheur, on doit le recouvrir d'un paillis et T arroser. Pendant le courant de l'été, des racines nombreuses se développent sur l'ancien sarment et sur les rameaux qui en dérivent. Lorsque arrive le moment de la plantation, on n'a plus qu'à relever le provin et aie diviser en autant de fragments qu'il y a eu de rameaux enterrés ; chacun d'entre eux constitue un bon plant enraciné.

Le procédé peut être considéré comme le plus pratique et le plus économique pour la multiplication des espèces et variétés d'un enracinement diflBcile, telles que le Mustang, VHerbemont, le Norton' s Virginia et VHermann^ toutes les fois que l'on opère dans de bonnes terres pas trop sèches.

/>. Provignage par versadi. — Le provin par versadi peut être utilisé, soit au remplacement d'une souche manquante, soil à l'établissement

PHOVIGNAGB. 93

d'un cep Américain franc de pied, au moyen d'un sarment provenant d'une greffe de cette origine sur vigne du pays. Un sarment (fîg. 7)

Fig. 7. — Provin par versadi.

de dimension suffisante et convenablement situé est dirigé vers le point où doit être établi le nouveau pied ; son extrémité libre est ensuite recourbée et enfoncée à une profondeur de 0", 20 à 0°,25 dans une fosse préalablement fumée.

On doit avoir la précaution d'enlever soigneusement tous les yeux intermédiaires entre l'origine du sarment et son point de rencontre avec le sol, sauf les deux plus près de terre. L'enracinement se faitdans le courant de l'année, et le sevrage peut avoir lieu dès l'hiver suivant, pour peu que le sol soit de bonne qualité. Les

plants provenant de ce système sont généralement robustes et bien constitués ; ils donnent souvent du fruit Tannée même de l'opération.

En somme, ce procédé peut être considéré comme supérieur au provignage par marcotte ordinaire, aussi bien comme moyen de remplacement que pour la production des plants enracinés à demeure; on peut seulement lui reprocher d'empêcher le croisement des raies de labour pendant le temps qui précède la séparation d'avec le pied-mère, et d'entraîner une dépense de bois trop considérable.

2* Moyens de faciliter l'enracinement

des provins.

Bien que l'enracmement des provins de vignes soit à peu près assuré par le seul fait du séjour d'un sarment sain dans une terre suffisamment fraîche et meuble, néanmoins divers moyens peuvent être employés pour favoriser rémission des racines et leur développement.

Tels sont, par exemple, une ligature faite avec un fil de fer vers le milieu du trajet souterrain du provin, une fente maintenue ouverte par une petite cheville, une languette détachée jusqu'à mi-bois ou un simple décorticage dans la même région. Le premier de ces procédés provoque la formation des renflements ligneux

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favorables à la production des bourgeons radiculaires ; les autres ont pour résultat, en mettant à nu les couches génératrices du bois, de faire naître des bourrelets cicatriciels dont plusieurs deviennent par la suite des racines. Les arrosages et les paillis, qui maintiennent le sol dans des conditions de fraîcheur utiles à une bonne végétation, aident également beaucoup à la réussite de l'opération.

3® Époque la plus favorable au provignage.

L'époque qui paraît la plus convenable pour r exécution des provins avec les sarments aoûtés est celle qui succède à peu près immédiatement à la chute des feuilles. Le sarment se prépare alors, par une sorte de stratification, à émettre promptement des racines, dès la reprise de la végétation. On doit pourtant faire une exception pour les terres très-humides en hiver, dans lesquelles les bourgeons risqueraient de s'altérer.

Lorsque l'on fait usage de rameaux herbacés, on doit les enterrer dès qu'ils ne sont plus trop cassants pour être courbés sans danger de se rompre : les tissus semblent, en effet, diautant plus aptes à émettre des racines qu'ils sont plus tendres.

En résumé, comme on a pu le voir par ce qui précède, le provignage est un procédé d'une exécution plus compliquée et généralement moins économique, au point de vue delà bonne utilisation des bois, que le bouturage, ce qui justifie la répugnance qu'éprouvent les viticulteurs à le substituer à ce dernier. Il peut rendre néanmoins de grands services, grâce à la constance des résultats qu'il fournit, même pour les variétés les plus diflBciles à enraciner, et il mérite, à ce titre, de fixer sérieusement l'attention des praticiens.

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