‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignobles (volume 2)Chapitre 29 sur 71 · SOINS A DONNER AUX GREFFES · texte numérisé non relu

SOINS A DONNER AUX GREFFES

traire à Tinfluence du dessèchement produit par le contact avec l'air extérieur. La terre, bien ameublie , est ramenée en forme de cône autour du greffon, de manière à n'en laisser sortir que le dernier œil. Cette opération se pratique au moyen d'une houe triangulaire (trinque)^ et elle doit être faite avec soin dans la crainte d'ébranler le greffon.

£. Enlèvement des racines Françaises et des repousses Américaines. — Toutes les fois que la greffe est destinée à faire vivre une vigne d'Europe sur un pied Américain résistant, il est nécessaire de visiter les greffes avec le plus grand soin, à peu près tous les mois, pendant le cours de l'été. Ces visites ont pour but de détruire les racines qui pourraient faire leur apparition sur le greffon et d'enlever les drageons qui naissent sur le sujet. Le succès du greffage dépend très-souvent de la bonne exécution de ces soins d'entretien. Lorsqu'on laisse, en effet, les racines du greffon se développer, la végétation du porte-greffe diminue et la partie aérienne grossit plus rapidement que la partie souterraine. Ce grossissement anormal détermine l'écartement des parois do la fente et finit souvent par provoquer le décollement complet de la greffe. Du reste, mémo

ISO VIGNES AMÉRICAINES.

lorsque cet accident ne survient pas , Taffranchissement du grefifon est toujours préjudiciable: les racines de ce dernier se développent au détriment de celles du porte-greffe, qui est alors absolument insuffisant pour nourrir la greffe lorsque le Phylloxéra a détruit ses racines.

Lorsqu'on néglige de détruire les drageons, ils se développent au détriment des bourgeons de la greffe, qui reste alors chétive et finit quelquefois par mourir. A partir du mois d'août, quand les pieds qui ont échoué peuvent être sûrement reconnus, on cesse d'enlever les drageons, afin de réserver, au besoin, des bois sur lesquels on pourra pratiquer la greffe anglaise Tannée suivante. En cas d'insuffisance de ces repousses, il est toujours possible de regreffer plus bas sur la souche elle-même, mais les chances d'affranchissement augmentent ; aussi doit-on toujours préférer le premier moyen lorsqu'il est possible.

8" Milieu le plus convenable pour assurer

LA réussite des GREFFES*

Toutes les greffes à faire sur de vieux pieds, celles de sarments Américains sur anciennes souches du pays, par exemple, ne peuvent être exécutées qu'en place; on est alors obligé

GREFFAGE EN PLACE A l'aTELIER. 131

de subir les conditions plus ou moins favorables à la reprise que peut offrir le milieu où sont installés les porte -greffes. Il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit d'une plantation à établir spécialement en vue de la greffe : on peut alors opérer sur de jeunes sujets susceptibles d'être transplantés, et, lorsque le champ qui doit être transformé en vignoble ne paraît pas favorable à une très-bonne réussite des opérations de greffage, il vaut mieux préparer du plant greffé dans une pépinière placée dans de meilleures conditions de succès, et ne mettre en place que des pieds enracinés et à greffe soudée. On évite ainsi l'irrégularité qui résulte toujours plus ou moins du greffage en place; on facilite beaucoup les soins d'entretien de première année qui, concentrés sur des surfaces peu considérables, coûtent beaucoup moins qu'en plein champ; enfin, on a l'avantage, la soudure étant effectuée, de pouvoir la mettre hors de terre lors de la transplantation, et d'échapper par suite à toutes les chances d'affrancîiissement ultérieur. Cette manière de procéder devra donc être adoptée toutes les fois que la plantation sera faite dans des terres argileuses ou caillouteuses, où les greffes risquent de souffrir de l'excès d'humidité ou de la dessiccation résultant de la pénétration de l'air entre

les mottes ou les cailloux, et, lorsque Ton opérera dans un milieu plus favorable, on trouvera encore souvent avantage a l'employer, par suite de la possibilité d'opérer à l'atelier et au moyen de machines.

La préparation en pépinière des plants greffés peut se faire de diverses manières; on peut : 1® Greffer en fente anglaise, sans les déplacer, des plants d'un an, que l'on transplante l'année suivante en plein champ ; 2^ Arracher des plants ou des mérithalles enracinés, les greffer à l'atelier et les mettre en pépinière pendant un an; 3*" Greffer des boutures et les faire enraciner et souder* en pépinière.

A, Greffage en pépinière. — Le premier de ces procédés est évidemment celui qui offre les chances de succès les plus considérables, mais c*est en même temps le plus coûteux et le plus diflBcile à exécuter. Il est nécessaire, pour que les greffes ainsi faites en place prennent pendant Tannée un développement suffisant, que les plants soient plus écartés que ne le sont généralement ceux des pépinières; aussi éclairciton habituellement les lignes avant le greffage en enlevant un plant sur deux, ou deux sur trois; les barbées arrachées sont alors greffées à l'atelier, conformément au second procédé indiqué.

GREFFAGE EN PLAGE A l' ATELIER. 133

B. Oreibge des pieds enraomés, àTatelier. —

Ce dernier système présente Tavantage de permettre l'emploi des machines, avec lesquelles on peut exécuter la greffe à très-bas prix et pourtant avec une grande perfection. La proportion de reprise obtenue est évidemment un peu moins considérable que si l'on greffait en place; mais si l'on tient compte du prix actuel, relativement peu élevé, des porte-greffes, on comprend que l'on a intérêt à sacrifier quelques pieds pour bénéficier de la promptitude et de l'économie qui résultent de ce mode d'opérer. On peut estimer que dans une pépinière bien soignée, arrosée, le déchet dépasse rarement 10 à 15 7© ) et il se réduit souvent à un chiffre insignifiant. Les plants greffés ainsi obtenus sont ordinairement très-bien soudés et remarquablement vigoureux; ils sont en général préférables à ceux qui proviennent des greffes sur boutures.

C. ftreffage snr boutures. — Les greffes sur bouture présentent évidemment l'avantage de gagner du temps, puisqu'on un an de pépinière on obtient à la fois l'enracinement de la bouture et la soudure de la greffe; l'opération peut, en outre, s'effectuer à l'atelier et à la machine. Malheureusement elles offrent l'incon-

vénient de réussir dans des proportions moins considérables que les précédentes et de donner lieu, en outre, à une certaine proportion de plants mal soudés et d'une végétation médiocre, que Ton doit renoncer, sans hésitation, à utiliser.

En somme, le deuxième procédé, qui consiste à greffer et à remettre ensuite en pépinière des plants ou des mérithalles enracinés, semble devoir êtrepréféré, en pratique, aux deux autres. Il tend à remplacer déjà, chez beaucoup de viticulteurs, le greffage en plein champ, et seul il permettra de refaire rapidement, à peu de frais et sûrement, les grandes surfaces que la greffe est appelée à remplacer.

Telles sont les indications les plus importantes relativement à l'application du greffage aux vignes Américaines, par lesquelles nous terminerons Fétude des procédés de multiplication. Nous allons aborder actuellement celle de rétablissement de la plantation.

G. — Établissement du Vignoble.

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