CHAPITRE III
Exécution de la Submersion.
1** Époque.
M. Faucon a observé que le moment où le Phylloxéra est le plus accessible à Faction destructive de l'eau est celui qui correspond à l'époque de sa vie la plus active, du 15 avril au 15 octobre, et quelquefois plus tard; pendant Thiver, au contraire, lorsque Tinsecte est
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dans la période d'engourdissement, il est beaucoup plus réfractaire à sesefifëts. Ce serait donc Tété que Ton devrait choisir pour opérer le traitement, si Ton n'avait à se préoccuper que de son efficacité vis-à-vis de l'insecte ; mais il faut également tenir compte des nécessités d'existence et de culture de la vigne, qui souffrirait d'une submersion prolongée pendant cette saison, et deviendrait incultivable dans certains moments où il est nécessaire de la travailler. Lors de l'arrêt de la végétation, au contraire, l'eau cesse de nuire, et les travaux, habituelle* ment suspendus à partir de ce moment, laissent le champ libre pour inonder. C'est lorsque les sarments sont complètement aoûtés que Von peut mettre Veau sans danger; le plus tôt à par* tir de ce moment est généralement le mieux. La plupart de nos cépages méridionaux sont dans les conditions voulues vers le l®*" novembre. Le Grenache ou Alicante et la Carignane ne sont pourtant pas toujours suffisamment lignifiés à cette époque ; on devra alors différer pour eux la submersion jusqu'au moment où ils seront arrivés à l'état voulu. C'est pour avoir négligé de tenir compte de cette précaution que de fréquents accidents ont atteint la première de ces variétés lors des premiers essais de submersion.
2^ Durée.
La durée de la submersion doit varier suivant diverses circonstances, parmi lesquelles les plus importantes sont : le climat, la nature du sol et la saison.
A. Inflaenoe du climat. — L'expérience a démontré que dans la partie la plus septentrionale de notre région *, la durée de la submersion peut être réduite sans inconvénient à 25 ou 30 jours, tandis qu'elle se prolonge au moins 35 ou 40 jours dans l'Hérault, le Gard et les Bouches-du-Rhône. Ce fait s'explique facilement par la moindre multiplication du Phylloxéra dans les climats froids, laquelle permet de laisser subsister une plus grande quantité d'insectes vivants que dans le Midi, sans qu'il en résulte de graves inconvénients. Il est probable que l'altitude aurala même influence que la latitude, et que dans les plateaux élevés de la région méridionale les submersions pourront être relativement courtes.
B. Influence du sol. — Les terres compactes et à sous- sol imperméable n'exigent pas non
» Par exemple, chez M. Morin-Latour, à Livron (Drôme).
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plus un séjour sous Teau aussi considérable que celles qui sont douées d'une certaine perméabilité ou qui reposent sur un sous-sol caillouteux ou fissuré. Les premières sont en effet plus promptement purgées d'air que les secondes, et par suite T insecte y succombe plus tôt.
C. Influence de la saison. — La saison influe enfin sur la durée de l'opération, parce que le Phylloxéra est, comme nous l'avons vu, d'autant plus accessible à Faction de l'eau qu'il se trouve à un moment de l'année où sa vie est plus active , de telle sorte qu'en automne, époque à laquelle il pond encore sous le climat méridional, il sera détruit plus promptement que pendant l'hiver, où on le trouve au contraire dans un état d'engourdissement complet. Tandis que dans la première de ces saisons on doit immerger la vigne durant 35 à 40 jours, il en faut 40 ou 50 et quelquefois plus lorsque l'on opère pendant la seconde.
En résumé, la longueur de la submersion devra varier, suivant les circonstances que nous venons dHndiquer^ de 30 à 50 et même QO jours. De plus, pendant toute sa durée. Veau doit recouvrir le sol d^une couche d'^au moins 0™,20 ou 0"*,25 et y séjourner d'une manière continue. Un grand nombre d'insuccès ou accidents ont été le résul-
tat de Pinexécution de ces dernières prescriptions, qui avaient été pourtant données dès le début par M. Faucon; les moindres interruptions suflBsent en eflFet pour amener Tintroduction de l'air, qui permet au Phylloxéra de prolonger son existence quelquefois suffisanunent pour survivre au traitement.
On ne saurait donc s'assurer avec assez de de soin, lorsque l'on entreprend une submersion, que les cours d'eau ou canaux qui doivent l'alimenter fourniront de l'eau d'une manière régulière pendant toute sa durée.
3** Age auquel les vignes doivent être
submergées.
Lorsque l'on plante sur l'emplacement d'une ancienne vigne phylloxérée, on a intérêt à submerger le plus tôt possible, dès la première année, ou mieux avant même la plantation, de manière à détruire les insectes qui risqueraient d'attaquer en grand nombre les jeunes plants dès leur reprise et de causer parmi eux des ravages irréparables. Lorsque, au contraire, la vigne est établie sur un terrain dépourvu du Phylloxéra, on peut généralement attendre la fin de Ja seconde année pour les mettre sous l'eau. Un examen attentif des racines permettra du reste de décider quand il faudra procéder à la pre-
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mière opération ; on devra commencer sans hésiter dès r apparition des moindres traces du mal, afin d'éviter de se trouver par la suite en présence de dommages considérables à réparer.
4"* PÉRIODICITÉ DES SUBMERSIONS.
Les submersions doivent être renouvelées toutes les années. En effet, bien qu'on puisse considérer le traitement, lorsqu'il est effectué dans de bonnes conditions, comme le moyen insecticide le plus parfait, et qu'il soit à peu près impossible dans certaines années de retrouver au printemps un insecte sur les vignes qui y ont été soumises, ces dernières sont réenvahies chaque été, comme l'a prouvé M. Faucon, par les aptères cheminant sur le sol et par dés ailés transportés par le tent, qui proviennent des plantations voisines. Il faut donc, chaque hiver, débarrasser de nouveau les vignes des insectes venus en été, qui par suite de leur multiplication pourraient exercer des ravages considérables.