‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignobles (volume 2)Chapitre 61 sur 71 · II. — Note sur les vins américains · texte numérisé non relu

II. — Note sur les vins américains

M. Saint-Pierre, directeur et professeur de tech- • nologie à l'École d'Agriculture de Montpellier, rë

sume ainsi les résultats de ses recherches sur les vins américains :

«Dans l'ensemble des recherches culturales, œnologiques et économiques qui se poursuivent à TÉcole d'Agriculture de Montpellier sur les cépages américains, l'étude des vins fournis par ces cépages a été l'objet, depuis 1875, de mes constantes préoccupations. Si les questions de résistance, de taille ou de greffe exigent un certain temps pour être résolues, l'appréciation des qualités d'un vin est beaucoup plus facile et surtout plus rapide.

»Je suis convaincu aujourd'hui qu'il ne reste plus de motifs de douter de la valeur des produits obtenus avec plusieurs cépages américains, et je considère comme utile de résumer, en les accentuant, les conclusions contenues dans les mémoires spéciaux que j'ai publiés sur ce sujet *.

»-4. — Un premier point, qu'il est important d'établir, c'est la maturation parfaite, sous le climat du Midi, des raisins provenant des jEstivalis, des Cordifolia et de nombreuses vignes fournies par le groupe des Labrusca ou des Hybrides. Les raisins récoltés à Montpellier en 1874, en 1875, en 1876, en 1877,

* G. Saint-Pierre et F. Foëx ; Rapport sur la composUioa des vins américains ; in-S®. Montpellier, 1875.

G. Saint-Pierre ; Élude sur le vin du Clinton-, iQ-8«. Montpellier, 1876.

G. Saint- Pierre ; Recherches sur les vins des cépages américains récoltés en France en 1876 ; iQ-8«. Montpellier,

G. Saint-Pierre ; Nouvelles recherches sur les vins des cépages américains récollés en France en 1877, (Messager agricole, juin 1878).

ont tous mûri convenablement, et n'ont pas présenté dans leurs qualités plus de variations que n'en ont offert les cépages français dans les récoltes correspondantes.

>C'6st ainsi que les moûts des cépages suivants : Jacquez, Clinton, Rulander, Cynthiana, Black-Julj, Elvira, et de bien d'autres, se sont constamment montrés plus sucrés et plus riches que les moûts de nos meilleurs cépages du Midi.

»Quant à savoir si la maturation pourra s'effectuer dans les autres régions viticoles de la France, je crois être en mesure de l'affirmer. En comparant, dans les collections de l'École d'Agriculture, la maturation relative des cépages américains avec la maturation de divers cépages français (petite Syrrha, Marsanne, Pinot noir, Pulsart noir, Maldoux Cabernet, etc. ), j'ai toujours vu à la môme époque, c'est-à-dire dans la première quinzaine de septembre, l'avantage appartenir aux Américains, et je ne doute pas, par conséquent, de leur maturation avant le 15 octobre, dans les vignobles du Bordelais ou de la Bourgogne.

»jB. — Pour ces vins, on peut déjà établir plusieurs catégories répondant aux diverses classes recherchées par le commerce. — Nous trouvons des vins blancs et des vins rouges. Parmi ces derniers, les vins de plaine sont représentés par THerbemont; la couleur, la saveur, rappellent celles de l'Aramon, la richesse alcoolique est à peu près la môme.

»Les beaux vins de Montagne du midi de la France trouvent leurs équivalents dans le Black-July, le Jacquez, le Norton, l'Eumelan, le Cynthiana ; couleur, alcool, saveur, corps, qualités de conservation, rien

ne manque à ces produits pour égaler les bons vins des coteaux de la Provence ou du Roussillon^

»Parmi eux, le Oynthiana, le Black-July, d'autres sans doute, peuvent acquérir un degré de finesse, un parfuna et une couleur de Rancio qui les rapprochent encore davantage des vins du Roussillon.

»Le commerce trouverait aussi dans les vins des cépages américains les analogues des vins de coupage que produisent Narbonne et Banyuls ; la couleur, la richesse du Jacquez, du Clinton, du Norton, ne le cèdent en rien à celles des vins de couleur français. J'ajouterai que cette couleur est comparable pour ses caractères et ses réactions à celle de pos vins français; sa nuance subit, par le vinage, les mômes influences que la couleur des vins de Narbonne, se prête aux mômes coupages et virent par le vieillissement ou le chauffage, en présentant les mômes teintes.

^Malheureusement, me dira-t-on, les vins du Clinton sont atteints d'un goût désagréable. Si le commerce ne parvenait pas à utiliser le Clinton ( le seul vin foxé de tous ceux que j'ai énumérés ci-dessus ), la liste est déjà assez longue pour satisfaire à tous les besoins. Mais je ne désespère point de voir par les coupages, le vieillissement, les collages, et surtout les soins de la fermentation, le vin du Clinton perdre à peu près complètement le goût foxé. Le plâtrage à la cuve, l'acidification du moût, la séparation des rafles et des peaux, les vendanges précoces, voilà autant de moyens que j'étudie encore, et qui m'ont donné déjà des résultat» bien encourageants. Cn obtiendra certainement des vins du Clinton aptes à entrer dans la consommation par l'association intelligente des conditions ci-dessns.

»Dans la catégoriedes vins blancs, les cépages américains nous offrent également des types de grande valeur. Les vins du Diana et de TElvira rappellent les Picardans et les bons Piquepouls. Le commerce intérieur, la fabrication des vins imités, trouveront dans ces produits tous les éléments de leur consommation. J'ajouterai quô le vin du Cunningham, qui est un raisin rouge, lorsqu'il est fait en blanc par la séparation des rafles et des pellicules^ présente des caractères qui le rapprochent de celui qui fournit le grenache dans les mêmes conditions; et pour que Tanalogie soit complète, ce vin peut être fait sec ou doux par des mutages, comme le vin de grenache : sous leurs diverses formes, ces types continuent à rester comparables.

>C. — Il est donc évident pour moi qu'en dehors du greffage, qui nous permettra toujours de retrouver nos vins français sur pied américain, la culture directe des cépages de nombreux types américains peut donner des produits de véritable valeur. Mon observation est fondée sur l'étude de quatre récoltes, sur la préparation de 95 échantillons * soumis à la fermentation à l'École d'Agriculture, et sur l'étude de plus de 100 autres échantillons venant de divers points de la France. La concordance des résultats offerts par l'analyse et la dégustation, la persistance des caractères, tout m'autorise à penser que la ques-

i 1874-1875, 20 échantillons

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tion des vins américains est résolue. — J'espère que les reproches dont ces vins sont l'objet de la part des personnes qui n'ont goûté encore que les vins de Goncord ou d'Isabelle, tomberont enfin devant les enseignements de l'expérience.

(Extrait de la Vigne américaine^ n** de juin 1878.)

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