‹ Manuel pratique de viticulture pour la reconstitution des vignoblesChapitre 26 sur 76 · GREFFE · texte numérisé non relu

GREFFE

Lorsque les boutures ont un diamètre suffisant, on peut les greffer dès Tannée qui suit leur plantation. Dans ce cas, on emploie généralement la greffe en fente anglaise.

On obtient dans ces conditions des résultats supérieurs à ceux que Ton peut espérer sur des sujets plus âgés, tant au point de vue de la proportion de reprise qu'à celui de la perfection des soudures et de la bonne constitution du plant qui en résulte. Ces résultats peuvent être attribués à la jeunesse des tissus sur lesquels on opère, et peut-être aussi à la nature même du système que l'on est amené à employer, lequel, ainsi que nous le verrons plus

CHOIX DES GREFFONS. 109

tard, offre par lui-même des garanties exceptionnelles.

Il est encore possible de greffer sur de simples boutures avant leur mise en terre ; malheureusement ce système ne donne, en définitive, qu'une proportion peu considérable de bons plants susceptibles de végéter aussi vigoureusement que ceux obtenus comme il vient d'être dit précédemment. Nous reviendrons du reste un peu plus loin sur cette question.

Si les greffes faites sur des sujets d'un an semblent préférables, on peut néanmoins réussir sur des pieds de tout âge, même sur des souches très vieilles, auxquelles on donne une nouvelle jeunesse en remplaçant * leur charpente extérieure, qui n'est plus formée que des cicatrices des anciennes tailles, par une tige jeune . et saine.

2° Choix des greffons.

A . Choix du sarment. — La greffe assurant, comme les autres procédés de multiplication par segmentation, la permanence des caractères du pied-mère, et dans une certaine mesure du sarment lui-même, il est important de choisir ses greffons parmi. les rameaux les plus' fertiles de souches saines et présentant bien les apti-

tudes spéciales^ de la race que l'on veut multiplier.

Ils doivent être en outre bien aoûtés, pourvus de tous leurs yeux, avoir un développement moyen et renfermer peu de moelle. Ces dernières conditions, que Ton rencontre sur des rameaux provenant de souches déjà âgées, sont importantes en ce sens que le bois risque moins d'éclater lorsqu'on enfonce le greffon, et que la solidité, et par suite la reprise de la greffe, sont mieux assurées.

Les sarments des jeunes plantiers, plus mous et plus faciles à dessécher, offrent moins de chances de réussite.

B. Époque à laquelle les sarments doivent être taillés. — L'expérience a démontré que, pour assurer le succès des opérations de greffage, il faut que la végétation du greffon soit en retard sur celle du sujet ; il importe, par conséquent, de récolter les sarments destinés à la greffe avant qu'aucun mouvement de sève ait commencé à se manifester. Cette opération doit donc se faire, au' plus tard, au commencement du mois de février.

C. Conservation des greffons. — Les conditions pour la bonne conservation des greffons sont,

CHOIX DES GREFFONS. 111

dans une certaine mesure, les mêmes que celles indiquées pour les boutures; on doit de plus chercher à les empêcher d'entrer en végétation. Pour réaliser ces conditions, on peut, ainsi que cela se pratique dans l'Hérault, les placer dans les celliers et les recouvrir de sable, ou encore les réunir en petites bottes que Ton dispose debout dans une tranchée de i m ,50 à 2 m de profondeur. Cette tranchée doit être creusée sous lin hangar ou à l'exposition du Nord, au pied d'un mur élevé. Les sarments sont ensuite recou* verts de sable, puis de terre fraîche. On doit user, lorsqu'on les retire du sable, des précautions indiquées pour les boutures stratifiées.

D. Moyens de reconnaître la vitalité des greffons. — Lorsqu'on coupe un sarment et que l'on reconnaît que la couche verte située sous Técorce est desséchée ou qu'elle a noirci, il esjt fort probable qu'il a perdu sa vitalité. Mais le moyen le plus sûr pourjuger.de la qualité des greffons consiste, comme l'a proposé M. Vialla, à en placer quelques-uns, pris au hasard dans les paquets, dans un vase plein d'eau, et à les maintenir pendant plusieurs jours à une douce chaleur, au soleil par exemple. Si les bour-. geons se gonflent et s'ouvrent, ou si l'on voit l'eau perler sur une section faite à la partie

supérieure du sarment, on peut être assuré que les bois sont dans de bonnes conditions de conservation.

3° Époque du greffage.

En principe, les greffes une fois faites doivent se souder le plus vite possible. Or, la soudure no peut s'effectuer qu'à l'époque où la végétation a commencé, de sorte qu'il est préférable d'attendre ce moment pour greffer. Des greffes faites trop longtemps à l'avance courent diverses chances qu'il importe d'éviter. Les tissus mis à découvert risquent de se dessécher ou de subir, suivant les circonstances atmosphériques, d'autres altérations de nature à empêcher la soudure ; en outre, les gelées de printemps peuvent, en détruisant les bourgeons ou en arrêtant subitement la végétation, compromettre gravement l'avenir de ces opérations. C'est habituellement pendant la fin de mars et le courant d'avril qu'on effectue les greffes avec le plus de chances de succès dans le Midi.

Un temps couvert et doux, mais non à la pluie, qui empêche la dessiccation du greffon sans menacer la greffe d'une humidité excessive et préjudiciable à sa réussite, est celui que Ton doit préférer quand on a la chance de le rencontrer à cette époque.

systèmes de greffe. 113

4° Systèmes de greffe usités pour la vigne.

Les préoccupations relatives à la reconstitution des vignobles ont excité depuis quelques années les imaginations des greffeurs, et beaucoup de procédés nouveaux ont été proposés pour le greffage des vignes Américaines. On peut en trouver une énumération très complète dans l'ouvrage de M. Ghampin 1 ; mais parmi tous ces systèmes un petit nombre seulement semble devoir rester dans la pratique usuelle. Nous ne nous attacherons à décrire que ceux qui ont déjà suffisamment fait leurs preuves pour que l'on puisse les ranger parmi ces derniers.

On peut dire en premier lieu que, pratiquement, il n'est possible de greffer la vigne que sous terre: les greffes faites à l'extérieur échouent le plus souvent, par suite de l'action de l'air, qui dessèche les parties en contact avant leur soudure ; nous laisserons donc de côté tous les procédés proposés pour être effectués dans ces conditions. L'expérience a, en outre, démontré que les divers systèmes de greffe en fente doivent être préférés à ceux de greffe par approche, qui donnent lieu généralement à des individus peu vigoureux et à soudure impar-

1 Traité théorique et pratique du greffage de la vigne -, par Aimé Ghampin. Paris, G. Massoa.

faite. Nous ne nous préoccuperons donc que des premières, parmi lesquelles nous décrirons :

— a. la greffe en fente ordinaire ; — b . — en fente ordinaire pleine ou à cheval ; — c. — à la Pontoise\ — d. — en fente anglaise ; — e. — Champin ; — f. — à cheval ; — g. — à talon ;

— h. — Fermaud.

A. Greffe en fente ordinaire. — Pour exécuter cette greffe (fîg. 12), on déchausse la souche afin

Fig. 12. — Greffe en fente ordinaire. — a. Section <Tun vieux sujet fendu entièrement. — b. d'un jeune sujet fendu partiellement.

de faciliter le travail ; puis on la coupe à une profondeur de m ,02 ou de m ,03 seulement au-dessous du niveau du sol, afin d'éviter le plus possible les chances d'affranchissement, et on rafraîchit la plaie avec une serpette du côté

où doit être posé le greffon. On fend ensuite au moyen d'un ciseau approprié, ou simplement avec une serpette, si la souche n'est pas trop forte. Dans le premier cas, le ciseau est placé un peu en arrière du bord du sujet (fîg. 12a), et, une fois la fente faite, on en élargit la partie supérieure jusqu'au ciseau, en enlevant, à l'aide de la pointe de la serpette, deux petites lames de bois d'une épaisseur proportionnée au volume du greffon à insérer.

Quant à ce dernier, on le coupe à trois yeux, puis on le taille en forme de lame de couteau

Fig. 13. — Coupe de greffon pour la greffe en fente ordinaire.

(fig. 13), les deux biseaux partant de la base de l'œil inférieur. On doit, autant que possible, éviter de mettre la moelle à nu des deux côtés, afin que la partie amincie conserve une plus grande solidité. Le greffon est ensuite forte-

ment enfoncé dans la fente, et on doit lui donner une certaine obliquité par rapport au sujet, de manière à ce qu'il y ait toujours un point où les couches génératrices du bois se coupent, malgré l'inégalité de leur épaisseur. Enfin, on retire le ciseau qui servait à maintenir la fente ouverte.

Ce système de greffe est plus spécialement applicable aux souches d'un certain âge, et par conséquent d'un diamètre assez considérable.

Pour celles d'une moindre grosseur, on peut avoir recours à une ligature, ou bien ne pratiquer la fente que sur un côté au moyen de la serpette {fig. 12 6).

Greffe en fente ordinaire pleine on à cheval renversée. — Cette greffe (fig. 14 a) a été beaucoup

Ftg. H. — Greffe en feule ordinaire pleine.

appliquée depuis quelque leinps sur de jeunes sujets d'un an, à cause de la facilité de son exécution. Après avoir déchaussé le porte-greffe, on le coupe au niveau du sol ou légèrement audessus, puis on le fend par le milieu avec une serpette ou un ciseau à greffer tranchant. Le greffon doit être choisi d'un diamètre égal à celui du sujet ; on le taille en biseau sur ses deux faces, mais de manière à ce que la partie laissée intacte entre les sections soit égale de part et d'autre ; on enfonce ensuite le greffon dans la fente, en ayant soin de le faire affleurer des deux côtés. Les résultats donnés par ce procédé sont très satisfaisants et permettent de le ranger à côté de celui en fente anglaise. Il présente sur ce dernier l'avantage de pouvoir être exécuté par des ouvriers peu exercés encore au greffage ; mais il donne lieu à des greffes moins solides au début et qui sont plus facilement dérangées par le vent.

C. Greffe à la Pontoise. — Dans les dernières conditions que nous avons indiquées en premier lieu, on peut encore employer la greffe dite à la Pontoise, qui diffère de la précédente en ce qu'au lieu de fendre le sujet, on creuse, soit avec la serpette, soit avec une gouge spéciale, une excavation destinée à servir de logement

au greffon, qui est alors taillé en forme de pyramide triangulaire. Ce système, qui est du reste d'une exécution difficile, n'a pas donné d'aussi bons résultats que celui en fente ordinaire ; aussi l'a-t-on généralement abandonné.

D. Greffe en fente anglaise.— Pour exécuter cette greffe (fig. 15), le suj6t est taillé en biseau,

Fg. 15. — Greffe en fente Anglaise.

au niveau du sol, au moyen d'une serpette ou d'un couteau spécial, puis refendu verticalement vers le milieu de la section. On doit éviter de faire un biseau très aigu, ce qui détermine la

formation de languettes trop minces qui se dessèchent facilement et ne peuvent par suite pas se souder. Le greffon étant taillé de la même manière, les languettes ainsi détachées sont mutuellement engagées dans les fentes ; mais il faut avoir soin de faire coïncider les écorces le mieux possible, au moins d'un côté, lorsque le greffon est d'un diamètre plus faible que le su- . jet. Les parties sont ensuite maintenues solidement assemblées, à l'aide d'une ligature forte* ment serrée.

Ce procédé, qui permet de placer de trèsbonne heure (à un an le plus souvent) nos variétés du pays sur pied Àméricaio, donne les meilleurs résultats, tant au point de vue de la proportion des reprises qu'à celui de la bonne constitution des plants qui en proviennent. Ces résultats nous paraissent dus à la multiplicité et à l'étendue des surfaces de contact entre les couches génératrices du bois du sujet et du greffon, qui assurent mieux la reprise, facilitent les échanges de matériaux entre les deux individus réunis, et déterminent la formation d'une cicatrice allongée et peu renflée qui ne nuit pas au bon fonctionnement ultérieur de la plante.

Grâce aux divers avantages que nous venons d'énumérer, à la propriété qu'elle possède de

s'adapter admirablement aux jeunes sujets d'un an, enfin à la possibilité de l'exécuter facilement au moyen de machines, cette greffe tend à se substituer de plus en plus à toutes les autres et jouera vraisemblablement le rôle le plus important dans la reconstitution de nos vignobles greffés sur pied Américain.

E. Greffe Champin.. — La greffe Ghampinest une modification de la greffe en fente anglaise ; on la pratique de la manière suivante (fig. 16) : Le sujet, étant coupé perpendiculai-

Fig. 16. — Greffe Champin.

rement à son axe, est fendu vers les deux tiers de son diamètre, et la partie la plus épaisse est

taillée en biseau allongé jusqu'au bord supérieur de la fente. On procède de même pour le greffon, qui est accroché et lié comme il a été dit précédemment.

C'est par ces deux derniers procédés que s'effectuent le plus souvent les greffes sur des pieds jeunes dont le diamètre ne dépasse pas sensiblement celui des sarments destinés à servir de greffons. On peut ainsi opérer non seulement sur des plants d'un an, en place, mais encore sur des barbées arrachées, des mérithalles enracinés par le provignage et desimpies boutures. On peut alors greffer à l'atelier pendant la plus grande partie de l'hiver et faire usage de machines à greffer ; on a seulement la précaution de recouvrir les plants greffés d'une épaisse couche de sable, au fur et à mesure de leur préparation, et de les laisser dans cette situation jusqu'au moment de leur transplantation.

F. Greffe à cheval. — Ce procédé (fig. 17 a), qui n'est applicable qu'à de jeunes sujets, consiste à tailler le pied en biseau aigu et à le faire pénétrer dans une simple fente pratiquée suivant le diamètre du greffon. On peut le considérer comme supérieur à la greffe en fente ordinaire, à cause de la facilité de son

exéoution et de la bonne protection des plaies contre la pénétration des eaux de pluie ; mai» il offre l'inconvénient de permettre un affranchissement trop facile de la greffe. On a proposé récemment l'application à la vigne de la greffe Camuset (fig. 17 b) t qui n'est qu'une modi-

Fig. 17. — a. Greffe à cheval. — b. Greffe Camuset.

fication de celle que nous venons de décrire : La languette du sujet est fendue par le milieu, de manière à recevoir une esquille réservée dans la fente du greffon. Cette greffe, remarquable au point de vue de la multiplicité des surfaces de contact (elle en présente quatre de part et d'autre), offre l'inconvénient d'être d'une exécution, difficile à la main. Diverses machines ont, il est vrai, été imaginées pour la

réaliser, mais il ne nous semble pas qu'aucune jusqu'ici y soit parvenue d'une manière suffisante.

G. Greffe à talon. — Ce système, ainsi que le suivant, est destiné à assurer une certaine prolongation d'existence à des greffes Américaines que Ton veut amener à produire promptement du bois, en utilisant le reste de vitalité de souches françaises phylloxérées, mais encore assez vigoureuses.

Pour obtenir de ces opérations un résultat durable, il est nécessaire qu'elles soient effectuées sur des vignes situées en terrain riche, susceptible de nourrir suffisamment le nouveau pied qui se forme sur la place môme où l'ancien périt peu à peu.

La greffe à talon s'exécute ainsi qu'il suit : Le sujet étant coupé et fendu comme il a été dit pour la greffe en fente ordinaire, le greffon, que l'on a eu soin de choisir légèrement courbe et muni d'un talon, est aminci sur ses deux faces en forme de lame de couteau. Il est ensuite inséré dans la fente de manière à ce que les écorces coïncident bien entre elles et que le talon se trouve dans une situation convenable pour s'enraciner.

H. Greffe Permaud. — M. P. Fermaud a modifié

le procédé précédent de la manière suivante (fig. iS): Le pied une fois coupé et fendu, on

Fig. 18. — Greffe Fermaud.

enlève avec une gouge appropriée une portion de bois en avant de la fente, de façon à obtenir un biseau aigu sur Tun des côtés. On détache, environ vers le tiers inférieur du greffon, une languette de bois qui doit être dénudée à l'extérieur, et on l'insère dans la fente. L'épaisseur du sarment est logée dans l'excavation produite.

Tels sont les principaux systèmes de greffe applicables aux vignes Américaines que la pratique a adoptés jusqu'ici. Nous allons maintenant examiner les outils et machines qui peuvent servir à leur exécution.

5° Outils et machines a greffer.

A. Outils pour la greffe en fente. — On emploie pour cette opération : 1° Une scie à archet en fer ou une scie de jardinier pour décapiter les pieds de forte dimension ; 2° Un sécateur pour les sujets plus faibles ; 3° Un ciseau en fer, semblable à un ciseau à froid, ou plutôt un ciseau en forme de lame de couteau, qui offre l'avantage d'ouvrir la souche plus sur le devant que vers le centre ; 4° Un marteau ordinaire, ou mieux un marteau-piochon, qui, tout en servant à enfoncer le ciseau, permet au besoin de dégager le pied à greffer ; 5° Une serpette pour aviver les plaies, faire la fente sur les jeunes souches et, en outre, préparer les greffons.

B. Outil spécial pour la greffe dite à la Pontoise. — Pour pratiquer cette greffe, on emploie souvent une gouge à lame angulaire, qui permet d'ouvrir la rainure aiguë dans laquelle on loge le greffon.

C. Machines pour l'exécution de la greffe en fente anglaise et de la greffe Champin. — L'emploi des machines est venu beaucoup faciliter l'application du greffage à la reconstitution de nos vignobles ; il permet d'utiliser

pour ce travail, jusqu'ici réservé à des ouvriers spéciaux, des journaliers quelconques ou même des femmes ; aussi comprend-on l'empressement avec lequel quelques-unes d'entre elles ont été accueillies par les viticulteurs.

La plus estimée et la plus répandue jusqu'ici parmi les machines à greffer, est celle de M. Petit ; voici comment s'exprime à son sujet M. Bréheret, ancien préparateur à la Station viticole de Montpellier, actuellement professeur départemental d'Agriculture dans la Drôme, dans son Rapport sur le concours des outils et machines propres au greffage de la Vigne organisé à V École Nationale d'Agriculture de Mont' pellier, par la Société centrale d'Agriculture de V Hérault, les 8, 9 et 10 mars 1880 :

« La machine à greffer de M. l'ingénieur Petit, de Langon (Gironde), est sans contredit la première qui, depuis quelque temps déjà, a attiré l'attention des viticulteurs, et elle commence à être assez connue du public agricole qui se tient au courant des progrès de l'art mécanique, pour qu'il ne soit pas nécessaire de nous arrêter aux plus petits détails de sa construction et de sa manœuvre (fig. 19).

» L'appareil Petit comprend deux lames : une e pour la coupe en biseau du sarment, l'autre f pour la fente, portées par un levier horizontal

oscillant autour d'un axe fixe a et guidé par une glissière qui passe dans une coulisse mn. Le tout est fixé sur une planchette en fonte qui sert de

Fig. 19. — Machine Petit pour exécuter la greffe en fente anglaise à râtelier.

bâti, et que Ton assujettit sur le bord d'une table au moyen de vis. Le levier, et par suite les lames, ont un mouvement horizontal de vaet-vient. Une poignée p, que l'ouvrier actionne avec la main droite, sert à mettre le levier et les lames en mouvement.

a La lame c, qui fait la coupe et qui est placée sur la droite de la machine, est une sorte de plane de charron, tandis que celle f, qui fait la fente, se rapproche beaucoup de la portion droite d'une serpette ordinaire, sauf les dimensions.

3> Sous la première lame c se trouve une petite

tablette t que supporte le sarment pendant la coupe. Elle se compose dune partie verticale B (fig. 19 et 20) servant de buttoir pour le sar^

Fig. 20. — Tablette de la Machine Petit.

ment, et d'une surface gauche ab cd, inclinée d'arrière en avant, de gauche à droite, servant à donner au sujet, par rapport à l'outil, une inclinaison convenable.

» C'est dans cette pièce que réside l'idée-mère de la machine, elle est la plus importante ; aussi l'application du même principe a-t-elle trouvé depuis un certain nombre d'imitateurs.

» La tablette est maintenue par deux petits boulons glissant dans des rainures pratiquées à la table qui sert de bâti, et elle est soutenue par quatre vis qui permettent de régler son niveau; elle doit être disposée de façon que lorsque le levier est au bout de sa course, le taillant de la lame vient l'affleurer au niveau de la partie supérieure du plan gauche suivant la ligne a b.

- » Pour faire la coupe, l'ouvrier ramène le levier à lui, et, tenant le sarment de la main gauche, il l'appuie sur la tablette perpendiculairement au buttoir; de la main droite, il pousse le levier, et la lame vient trancher nettement le sarment avec la pente voulue. Plus le sarment sera porté vers la gauche, plus la coupe sera longue, de sorte que les bois d'un faible diamètre devront être portés vers ce côté de la tablette, et les gros, au contraire, vers la droite. On peut donc donner à la coupe la pente que l'on veut, et deux sarments de même grosseur, placés l'un après l'autre au même point de la tablette, seront coupés avec la même pente, ce qui est l'essentiel.

» Sous la lame de gauche f est un support s analogue à la tablette dont il vient d'être question, c'est-à-dire que sa partie supérieure présente une pente d'arrière en avant et de gauche à droite. Pour exécuter la fente, l'ouvrier repousse le levier à bout de course, pose le sarment sur le support, le coupe en dessus, de façon que le tranchant de la lame vienne affleurer le biseau au point où doit commencer la fente, et tire le levier à lui jusqu'à ce qu'elle soit terminée.

» Dans la greffe Ghampin, il reste un onglet épais ; lorsqu'on veut le faire, il suffit de régler

la position de la tablette en rabaissant jusqu'à ce que la lame vienne affleurer le buttoir un peu au-dessus de sa ligne de rencontre avec la surface inclinée.

y> Après quelques heures de pratique, un ouvrier arrive rapidement à faire des greffes d'une exécution parfaite.

» Construite dans le but de greffer des boutures ou des plants enracinés et arrachés, la machine Petit, tout en fournissant un excellent travail dont les succès ont déjà été signalés pendant la campagne de 1879, a l'avantage de réunir plusieurs qualités indispensables à tout instrument agricole : simplicité d'agencement et de manœuvre, solidité et bas prix relatif, puisqu'il n'est que de 35 francs, et qu'il s'abaissera encore. Cette machine, parfaitement appropriée aux fonctions qu'elle est appelée à remplir, est un outil rustique, dans toute l'acception du mot. »

M. François Sabatier, membre de la Société d'Agriculture de l'Hérault, a inventé une machine nouvelle destinée à exécuter le même travail que leâ précédentes (fig. 21). Cet appareil, fort bien conçu, n'est malheureusement pas encore très répandu et n'a par conséquent pas été jusqu'ici expérimenté suffisamment pour être jugé d'une manière définitive par la pratique.

Fig. 21. — Machine François Sabatibr pour exécuter la greffe en fente anglaise.

M. Castelbou, de Puisserguier (Hérault), a imaginé un guide-greffe qui permet d'exécuter sur table ou sur place la greffe en fente anglaise; cet appareil fort simple ayant donné de bons résultats dans la pratique, nous en empruntons la description suivante à M. Ferrouillat, répétiteur de génie rural à l'École d'Agriculture de Montpellier * :

« Le guide-greffe (fente anglaise) de M.Castelbou dirige, comme celui de M. Brévier, le

1 Rapport sur le concours des machines et outils destinés au greffage de la vigne, organisé à l'École Nationale d'Agriculture de Montpellier par la Société Centrale d'Agriculture de l'Hérault, les 5, 6 et 7 mars 1883.— Montpellier, Hamelin frères, 1883.

couteau de l'opérateur à la fois pour former le biseau et pour faire la fente. C'est encore un guide-revolver présentant à sa périphérie cinq encoohesde diverses grosseurs, munies exté-

Fig. 22.

rieurement de deux languettes en acier formant ressort. Si l'on appuie sur ces languettes, elles viennent s'appliquer contre le plan incliné de l'encoche, et l'ensemble présente alors l'aspect d'un biseau allongé. Abandonnés à eux-mêmes, les ressorts s'écartent de l'encoche, laissant entre les languettes et les bords de l'encoche une rainure dans laquelle peut s'engager la lame d'un couteau.

« Que Ton introduise dansl'une des encoches une bouture ou un porte-greffe convenablement rabattu, et que l'on fasse glisser sur les bords de l'encoche un couteau en pressant légèrement sur les lames du ressort, on formera

le biseau du greffon ou du sujet. En retournant le couteau et en laissant les languettes se relever, on fera la fente tout naturellement. Une lamelle de plomb limite, dans cette dernière opération, la course du couteau et empêche son tranchant de s'émousser.

» Pour opérer sur place, on tient le greffoir à la main ; sur table, on le fixe à un supportpotence.» (Voir fig. 22.)

D. Machine pour l'exécution de 1» greffe en fente pleine en plaoe. — M. Comy, à Garons (Gard), a imaginé un ensemble d'appareils qui facilitent beaucoup l'exécution de la greffe en fente pleine en place, et sont en même temps d'un transport et d'un maniement faciles ; M. Ferrouillat les décrit ainsi :

« M. Gomy n'a pas seulement voulu mettre entre les mains des viticulteurs une machine qui leur rendît l'opération de la greffe plus facile; mais, convaincu que les résultats du greffage sont subordonnés avant tout au rapport de diamètre qui existe entre le porte-greffe et le greffon, il s'est attaché à construire des instruments à l'aide desquels l'opérateur pût prendre aisément la grosseur du sujet, classer d'autre part les greffons d'après leurs dimensions, et exécuter par suite une greffe parfaite

en unissant à chaque pied le greffon qui lui convient.

» L'ensemble de sa machine comprend :

» 1° Une jauge ; — 2° une caisse porte-greffons ; — 3° un greffoir; — 4° un couteau métro-greffe.

» I. — La jauge n'est autre chose qu'une plaque en métal dans laquelle sont découpées huit encoches dont la largeur varie de 6 à 13 millim. Elle a pour but de permettre le classement par ordre de grosseur des greffons. En présentant au-devant de chaque encoche le mérithalle où doit être taillé le greffon, on trouve bientôt une encoche capable de le recevoir. Chaque encoche portant un numéro d'ordre, c'est le numéro. de l'encoche qui a pu recevoir le greffon que l'on attribue à celui-ci.

» Cette opération, quelque peu compliquée au premier abord, se fait rapidement avec un peu d'habitude et a pour résultat d'éviter ensuite tout tâtonnement, quand on arrive à pratiquer l'opération même de la greffe.

» IL — La caisse porte-greffons est destinée à recevoir les greffons qui ont été soumis à répreuve de la jauge. C'est une caisse en bois, légère, construite en forme de panier. Sa capacité est. divisée en neuf compartiments. Huit, égaux entre eux, sont disposés sur deux rangs

de chaque côté de la caisse et numérotés de 6 à 13. Ils serviront d'entrepôt aux greffons. Au milieu, le neuvième compartiment est réservé aux accessoires indispensables de la greffe, tels queliejis, engluements, etc.

» Sur l'un des côtés de la caisse est placé un coussin rembourré, sur lequel l'ouvrier posera son genou avant de faire chaque greffe, disposition ingénieuse qui permet au greffeur de prendre une position commode, en même temps qu'elle donne au panier une stabilité fort utile. En effet, l'anse de ce panier est formée de deux montants verticaux en bois, réunis par une traverse également en bois à leur partie supérieure, et c'est sur cette traverse qu'est placé et fixé par deux boulons le greffoir proprement dit.

» III. — Le greffoir se compose d'une planchette servant de bâti. Dans l'épaisseur de cette planchette sont creusées des encoches, au nombre de six. Ces encoches ont des formes et des dimensions différentes : les unes sont cannelées, les autres sont à plan incliné sur le devant. Elles sont surtout caractérisées par la position oblique que leur a donnée le constructeur par rapport au tranchant de la lame qui doit agir sur les greffons, disposition qui a pour résultat de donner des sections d'une grande netteté.

Au-devant et au-dessus de ces encoches se déplace horizontalement un couteau, fixé d'un côté au bâti par l'intermédiaire d'un boulon, et muni du côté opposé d'une poignée qui servira à lui imprimer son mouvement. Deux plaques de cuivre sont disposées pour guider le couteau et empêcher qu'il ne se soulève par l'effet de la résistance que lui opposera le greffon à tailler.

» A l'aide de ce greffoir, tout ouvrier peut, après un très court apprentissage, exécuter, soit la greffe en fente anglaise, soit l'une quelconque des greffes en fente simple. Il suffit pour cela qu'il place avec la main gauche le greffon à tailler dans l'encoche spécialement réservée à telle ou telle greffe, et qu'avec la main droite il manœuvre le couteau.

» M. Gomy, désireux de rendre son appareil utilisable dans n'importe quelle circonstance, Ta muni d'encoches supplémentaires qui permettent l'exécution de la greffe Ghampin et de la greffe à la Pontoise, cependant peu pratiquées maintenant.

x> Enfin l'ensemble du greffoir peut être fixé sur une table à F aide des deux boulons qui le retiennent à l'anse du panier porte-greffons, et l'instrument devient ainsi propre au greffage à l'atelier.

» J'ai dit que les greffons étaient classés d'après leur diamètre, et de ce qui précède il résulte que le greffoir ne peut servir qu'à la préparation du greffon. Les dimensions du porte-greffe sont données à l'opérateur par le couteau métrogreffe, qui sert en même temps à la préparation du sujet et qui est destiné, en outre, à faire la fente sur les greffons taillés en vue de la greffe en fente anglaise. M. Comy, persuadé que cette fente se fait toujours facilement avec une serpette, n'a pas cherché à faire exécuter cette opération par son greffoir même.

» IV. — Ce couteau est une serpette ordinaire, sur la lame de laquelle est rivé en un certain point un bouton saillant. En face de ce bouton, et pouvant s'en approcher ou s'en éloigner, à la volonté du greffeur, se meut un glissoir que Ton fait agir» en appliquant le pouce sur un bouton spécial. L'habileté de l'ouvrier consiste à venir faire butter contre le bouton fixe le porte-greffe qu'il est en train de tailler avec ce couteau. Poussant alors le glissoir mobile contre le porte-greffe, maintenu de l'autre côté par le bouton fixe, il prend le diamètre du sujet. Une graduation correspondant à celle de la jauge lui donne la grosseur cherchée pour chaque position du glissoir.

aComme on le voit,cet ensemble d'outils rend

la machine de M. Gomy propre à Pexécution de toutes les greffes. Le sujet se taille facilement avec le couteau, le greffon se prépare avec le greffoir. Enfin, par un simple déplacement du greffoir, l'appareil se prête parfaitement au greffage à l'atelier. »

6° Ligatures et engluements.

Les greffes faites sur des pieds de petit diamètre demandent à être solidement assujetties par des ligatures qui les maintiennent serrées jusqu'au moment où leur consolidation par la soudure est suffisante. On emploie plus spécialement dans ce but la ficelle ordinaire, ou celle provenant de l'effilage des vieilles cordes goudronnées de la marine, ou bien encore le raphia du Japon. Cette dernière matière, qui est plus économique que la ficelle et qui possède une très grande solidité, a le défaut de pourrir un peu rite dans les années pluvieuses. On peut parer à cet inconvénient en la trempant, quelque temps avant de l'employer, dans un bain de sulfate de cuivre, ainsi que l'a proposé M. Ghampin.

Il n'est nécessaire d'avoir recours à des engluements que dans le cas où l'on a affaire à des greffes laissant à découvert de larges plaies,

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ainsi que cela a lieu lorsque l'on fait la greffe en fente ou à talon sur de vieux pieds ; les greffes anglaise, Champin, à cheval, etc., pratiquées sur des boutures ou sur de jeunes pieds, peuvent s'en passer au besoin, à la condition d'être enveloppées dans une ligature de raphia ou de ficelle goudronnée soigneusement exécutée. Quoi qu'il en soit, l'engluement qui a donné jusqu'ici les meilleurs résultats dans la pratique est l'argile pétrie. On l'applique en petite quantité sur des plaies, afin de les protéger du contact de l'air et de la pénétration des eaux. Elle doit être parfaitement purgée de pierres et former une pâte bien liée, ne coulant pas et ne se fendant pas quand on la façonne.

Les mastics résineux, tels que celui de THomme-Lefort, etc., n'ont pas réussi : ils s'altèrent trop promptement sous terre.

On n'a pas été non plus très satisfait , en général, des tentatives faites récemment pour substituer des feuilles d'étain, de plomb, ou de caoutchouc, à l'argile : les premières de ces garnitures ont été traversées fréquemment par les racines de la greffe ; la dernière ne semble pas offrir la rigidité nécessaire dans certains cas.

7° Soins a donner aux greffes.

A. Buttage. — Une fois la greffe achevée, elle doit être fortement buttée, afin de la soustraire à Finfluence du dessèchement produit par le contact avec l'air extérieur. La terre, bien ameublie, est ramenée en forme de cône autour du greffon, de manière à n'en laisser sortir que le dernier œil. Cette opération se pratique au moyen d'une houe triangulaire (trinqué) , et elle doit être faite avec soin, dans la crainte d'ébranler le greffon \

B. Enlèvement des raoines Françaises et des repousses Américaines. — Toutes les fois que la greffe est destinée à faire vivre une vigne d'Europe sur un pied Américain résistant, il est nécessaire de visiter les greffes avec le plus grand soin, à peu près tous les mois, pendant le cours de Tété. Ces visites ont pour but de détruire les racines qui pourraient faire leur apparition sur le greffon, et d'enlever les drageons qui naissent sur le sujet. Le succès du greffage dépend très souvent de la bonne exé-

1 Le recouvrement de la butte avec une couche mince d'une matière noire, telle que des débris de coke ou de charbon, détermine une élévation de température du sol qui est favorable à la soudure de la greffe.

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