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MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST

Le canal horizontal ou extérieur a sa convexité dirigée en dehors et en arrière ; le canal vertical supérieur ou frontal a sa convexité dirigée vers la face supérieure de la pyramide, qu’il relève en saillie très appréciable ; le canal vertical interne ou sagittal a sa convexité dirigée en haut et en arrière.

Chacun de ces trois canaux présente à l’une de ses extrémités une dilatation ampullaire(l mm 1/2 à2 mm ), mais ils ne s’ouvrent dans le vestibule que par cinq orifices, par suite de la réunion en un seul canal d’une branche du canal supérieur avec une branche du canal postérieur.

Le limaçon , ou cochlée, est un cône creux de 28 à 30 millimètres de longueur, contourné en spirale (deux tours et demi à trois tours d’après Sappey), autour d’un axe situé au-devant du vestibule, entre la caisse et le conduit auditif interne. Une cloison mi-partie osseuse, mipartie membraneuse, lalame spirale, étendue de labase au sommet, divise ce cône en deux cavités secondaires, qu’on appelle rampes du limaçon. La base du limaçon se dirige vers le conduit audif interne, le sommet (coupole) vers la caisse du tympan. L’une des rampes communique avec le vestibule, l’autre aboutit à la caisse, dont elle est séparée par la fenêtre ronde. Un canal, l’aqueduc du lirriaçon, fait communiquer l’une des rampes avec la face supérieure du rocher. A leur sommet les deux rampes communiquent entre elles par une petite ouverture (helicotrema).

L’axe sur lequel s’enroule le limaçon (columelle, noyau) se dirige horizontalement en dehors et en avant; sa base, assez large près du conduit auditif interne, va s’amincissant jusqu’à la coupole. Sa partie centrale cana-

lisée (canal central) est traversée, de la basé à la coupole, par un grand nombre de filets nerveux et de vaisseaux. Sa face extérieure concourt avec les deux lamelles osseuses qui constituent la lame spirale à former le canal spiral de Rosenthal, où se trouve logé le ganglion spiral.

Le conduit auditif interne, de dimensions très variables suivant les sujets, se dirige de la face postérieure du rocher vers le vestibule et la base du limaçon : son extrémité interne est formée par un orifice elliptique ; son extrémité externe est divisée en deux étages par une crête horizontale dont le bord tranchant falciforme regarde en arrière et en dedans. Chacun de ces deux étages est partagé lui-même par une crête verticale en deux fossettes, l’une antérieure, l’autre postérieure.

La fossette antérieure de l’étage supérieur forme l’entrée du canal de Fallope ; elle donne passage au nerf facial : la fossette postérieure de ce même étage forme l’entrée du canal où pénètre la branche supérieure du nerf vestibulaire.

La fossette antérieure de l’étage inférieur répond à la base du noyau du limaçon ; elle se compose de fossettes plus petites qui, disposées sur utie double ligne spirale, forment la lame criblée du limaçon, et donnent passage aux divisions terminales du nerf cochléen.

La fossette postérieure de l’étage inférieur est percée d’un trou par lequel passe le nerf ampullaire inférieur, en traversant un canal qui débouche à l’orifice ampullaire du canal demi-circulaire postérieur; d’autres petits trous laissent passer les divisions du nerf vestibulaire dans le vestibule.

Le labyrinthe membraneux est la partie fondamentale

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 339 de l’appareil auditif ; c’est là que viennent aboutir les dernières divisions du nerf acoustique (fig. 73). Il se compose de deux vésicules membraneuses logées dans le vestibule l’utricule U et le saccule S, de tubes qui parcourent les canaux demi-circulaires D, et d’un ruban contourné dans le limaçon L. Tous ces organes baignent dans le périlymphe qui les sépare de leur enveloppe osseuse, tandis que l’endolymphe remplit les cavités et soutient les parois de ceux qui sont creux.

L’utricule, situé dans la fossette ovoïde, communique directement avec les canaux demi-circulaires ; sa partie interne est épaissie, jaunâtre et opaque dans une certaine étendue. Cette région forme la tache acousti que, dont la face interne est tapissée de Fi &- — Dispositions du laby-

munies de cils, auxquels viennent se rendre des filets nerveux du rameau vestibulaire. On y découvre des cristaux de matière calcaire ou otoconies (Breschet).

Le saccule est fixé à la fossette hémisphérique par le nerf sacculaire. Placé au-dessous de l’utricule, et au-dessus de l’orifice vestibulaire du limaçon, ilprésente, comme l’utricule, une tache acoustique a sa partie interne. De sa paroi antérieure part un petit canal C (canalis réuniens), qui fait communiquer sa cavité avec le canal cochléen du limaçon.

Les canaux demi-circulaires membraneux ont la

340 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, forme et les dispositions de leur enveloppe osseuse. A chaque ampoule existe une tache jaune, parsemée d’otoconies, qui présente à sa face interne une légère élévation (crête acoustique), couverte de cils, auxquels aboutissent les extrémités nerveuses auditives.

Les canaux membraneux, beaucoup plus étroits que les canaux osseux, sont adhérents à ces derniers dans une partie de leur circonférence. Leur face interne présente de petites papilles couvertes d’épithélium (Rüdinger). On n’y a pas rencontré jusqu’à présent d’éléments nerveux.

La surface interne du limaçon est tapissée par une lame périostique, qui, arrivée au point de jonction des lames spirales osseuse et membraneuse, s’épaissit et forme le ligament de Huschke. Un second renflement s’observe au point d’insertion de la lame spirale membraneuse à la lame des contours ; il forme le ligament spiral externe. A partir de la protubérance de Huschke, la lame spirale membraneuse se divise en trois feuillets qui, d’après Lowenberg, circonscrivent deux canaux cochléaires; mais la plupart des auteurs n’en reconnaissent qu’un, sous le nom de canal de Corti (fig. 74).

Le feuillet qui continue directement la lame osseuse porte le nom de membrane basilaire ; il sépare le canal cochléaire de la rampe tympanique. Sa partie interne située au voisinage immédiat des canalicules nerveux, forme la zone perforée, la partie moyenne constitue la zone lisse, et enfin la partie externe, plus étendue, est connue sous le nom de zone striée, à cause de la présence de rayures très fines, rectilignes, très serrées, qui se trouvent àsa face supérieure, recouverte d’épithélium

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 341 polyédrique. Ces stries (fibres radiales) reposent sur une membrane hyaline et se prolongent sur la zone lisse. On les considère comme des cordes destinées à vibrer sous l’action des ondes sonores.

Du sommet de la protubérance de Huschke part un

Fig. 74. — Disposition des parties molles du limaçon sur une coupe radiaire, dessin schématisé. — A, rampe du vestibule ; B, rampe tympanique; C, canal de Lowenberg; D, canal de Corti ; E, ligament spiral externe ; F, protubérance de Huschke et bandelette sillonnée; K, bande vasculaire ; a, membrane de Reissner ; b, membrane de Corti ; c, membrane basilaire ; e, sillon spiral interne ; f, sillon spiral externe; d, organe de Corti; m , ganglion de Rosenthal.

autre feuillet, qui va rejoindre le périoste delà rampe vestibulaire au niveau de l’extrémité supérieure du ligament externe : c’est la membrane de Reissner, qui sépare la rampe vestibulaire du canal cochléaire. Enfin, delà même protubérance de Huschke, et entre lesdeux lames précédentes, part une troisième lame, la membrane de Corti, qui s’étend transversalement au dehors, parallè-

ganglion de Rosenthal ;

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 343 à la partie externe de l’organe de Corti, d’après Kœlliker et Waldeyer (flg. 75).

A partir de la ligne d’insertion de la membrane de Corti, la protubérance de Huschke s’avance dans le canal cochléaire pour former la bandelette sillonnée ; cette bandelette est creusée d’une gouttière spirale (sillon spiral interne), dont la lèvre supérieure proéminente présente des saillies plus ou moins nettement découpées, appelées dents de la première rangée, tandis que sa lèvre inférieure, sous le nom de bandelette perforée, se continue avec la lame basilaire,

La paroi externe du canal constituée par la lame de Corti et la membrane de Reissner porte le nom de bandelette vasculaire, en raison du nombre considérable de vaisseaux qu’on y rencontre. Le bord externe de la lame de Corti s’insère sur une crête (bourrelet spiral externe au-dessous de laquelle existe une excavation (sillon spiral externe), que limite en bas la lame basilaire, et qu’une dépendance de cette membrane tapisse sous le nom de lame striée (fig. 76).

Organe de Corti. — Situé entre la lame basilaire et la lame de Corti, cet organe complexe se compose d’une rangée interne et d’une couche externe de petits bâtonnets (fibres de Corti), dont l’extrémité inférieure repose sur la membrane basilaire, et qui, par leur extrémité supérieure, s’articulent entre elles de façon à constituer des arcades (arcades de Corti). Les angles formés par l’extrémité inférieure des piliers des arcades et la lame basilaire sont occupés par plusieurs rangées de cellules. En dedans des piliers internes se trouvent de longues cellules ciliées dont le plateau est sur le même

planque la tête des piliers; elles renferment un noyau volumineux, sont munies d’un prolongement qui se fixe à la membrane basilaire, et d’un autre prolongement qui provient d’une ramification terminale d’une fibre nerveuse. En dehors des piliers externes on découvre des cellules de même forme,

Fig. 76. — Membrane basilaire et organe deCorti, d’après un dessin un peu sché¬

matique de Lavdowski. — a. b an ‘ delette sillonnée; b, bandelette perforée ; c, piliers internes ; c', noyaux des cellules des piliers internes ; d , tête des

piliers internes; e,

tête des piliers ex ternes ; /.piliers externes; g, noyaux des cellules des piliers externes; «< fibres radiales.

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 34b mais plus régulières ; elles paraissent constituées par deux cellules accolées (cellules jumelles). L’un des corps cellulaires (cellule de Gorti) est cylindrique, régulier ; il porte un plateau et des cils qui dépassent la membrane réticulée ; l’autre (cellule de Deiters) a la forme d’un cône oblique renversé, dont le sommet, terminé par un prolongement, va rejoindre la lame réticulée. Ces cellules reçoivent comme les précédentes des terminaisons nerveuses, variqueuses et très fines; elles portent, au-dessous du point où les deux corps cellulaires se confondent, une partie légèrement striée qui va s’unir à la membrane basilaire. En dehors de ces trois rangées de cellules se trouvent les cellules de Claudius, cellules allongées à noyau transparent, dont la partie la plus rapprochée des cellules jumelles a été désignée par Hensen sous le nom de cellules soutien. A l’extrémité supérieure des arcades se trouve la lame réticulée, membrane qui recouvre les piliers externes, et tous les éléments qui y sont adhérents: elle présente des orifices par où passent les cils des cellules ciliées.

L ’aqueduc du vestibule { fig. 73, A) naît de l’utrieule au voisinage de l’orifice du canal demi-circulaire postérosupérieur, traverse un petit canal osseux, pénètre jusqu’à la paroi postérieure de la pyramide, où il s’ouvre dans «n cul-de-sac limité par la dure-mère; ce canal se divise en deux branches dont l’une communique avec l’utricule, l’autre avec le saccule (Bœttcher).

L 'aqueduc du limaçon commence à la rampe tympa- Rique, au voisinage de la fenêtre ronde, et s’ouvre à la partie inférieure de la pyramide dans la cavité crà-

346 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, nienne. Il fait communiquer l’espace arachnoïdien avec la périlymphe du labyrinthe (Politzer).

Les artères du labyrinthe viennent en partie de l’artère auditive interne, branche de la basilaire, en partie des rameaux communiquants de la caisse. L’artère auditive interne suit le trajet du nerf acoustique et se divise en artère vestibulaire et en artère cochléaire. La première fournit au vestibule et aux canaux demicirculaires, la seconde au limaçon ; la branche principale parcourt le canal central du limaçon.

Les veines du vestibule et des canaux demi-circulaires se jettent dans la veine de l’aqueduc vestibulaire qui s’ouvre dans le sinus pétreux supérieur; les veines du limaçon gagnent la veine de l’aqueduc du limaçon qui s’ouvre dans le sinus pétreux inférieur.

Le nerf acoustique naît de la moelle allongée par deux racines, l’une postérieure ou externe, l’autre antérieure ou interne.

La racine postérieure, la plus superficielle, part d’un noyau de petites cellules ganglionnaires situé dans la profondeur du plancher du quatrième ventricule, près de la ligne médiane. De ce noyau émergent plusieurs fibres, (barbes du calamus scriptorius). Ces fibres, en con- • vergeantde dedans en dehors, forment un tronc qui contourne le pédoncule cérébelleux inférieur, traverse une petite masse de cellules ganglionnaires, et s'unit au tronc provenant de la racine antérieure. Getamas de cellules considéré par Huguenin comme unnoyau dunerf acoustique n’est qu’un ganglion d’après d’autres auteurs (Duval, Baratoux). La racine antérieure pénètre dans le bulbe entre le faisceau latéral et le pédoncule céré-

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 347 belleux inférieur dont elle contourne la face profonde pour aboutir à un noyau diffus de grosses cellules, et en partie au corps restiforme, d’où elles remontent vers le cervelet. Cette dernière branche est le nerf de l’espace, la première forme le nerf acoustique proprement dit : en s’unissant, elles constituent un seul tronc, qui, sous le nom de nerf acoustique, pénètre avec le facial dans le conduit auditif interne, au fond duquel il se divise en deux branches, dont l’une (nerf cochléen) se distribue au limaçon, et fournit un ramuscule au saccule et à l’ampoule du canal postérieur (Retzius) ; tandis que l’autre (nerf vestibulaire), envoie des rameaux à l’utricule, au saccule et aux canaux demicirculaires.

D’après Arnold, le nerf acoustique, le nerf de Wrisberg et le nerf facial sont reliés entre eux par des filets nerveux d’une grande ténuité. Au point d’union du facial et du rameau vestibulaire se trouvent de nombreuses cellules ganglionnaires gris rougeâtres (ganglion de Scarpa).

Le nerf cochléen présente à la base du limaçon une masse ganglionnaire, d’où partent des fibres destinées à l’extrémité vestibulaire de la lame spirale et à la cloison de séparation du saccule et de l’utricule; le tronc luimême, après avoir envoyé quelques rameaux directs à la lame spirale du premier tour, pénètre en se divisant par la lame criblée de la columelle, sous forme d’une bandelette enroulée sur elle-même (Bœttcher). Cette lame nerveuse émet des faisceaux qui se dirigent vers la base de la lame spirale et passent par un canal ovoïde, le canal spiral de Rosenthal, formé par les deux

348 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, feuillets osseux de la lame spirale que traversent des ramuscules nerveux ainsi qu’il a été dit plus haut. Chacun des rameaux nerveux qui arriventdans le canal de Rosenthal présente un renflement ganglionnaire; la réunion de tous ces renflements forme le ganglion spiral. Les tubes nerveux sont à double contour avant leur entrée dans le ganglion ; là ils s’amincissent pour s’unir à une cellule ovoïde, transparente, munie d’un noyau avec nucléole, puis àla sortie ils reprennent leur premier aspect, se réunissent en faisceaux qui pénètrent dans les canalicules de la lame spirale, se rendent à la lame basilaire et vont se terminer aux cellules ciliées.

La physiologie de l’oreille interne est peu connue. Malgré les recherches nombreuses et intéressantes auxquelles se sont livrés les expérimentateurs les plus distingués, nous ne possédons encore que des hypothèses souvent contradictoires sur le rôle des divers organes renfermés dans le labyrinthe. D’après Helmholtz, les organes membraneux du vestibule (utricule et saccule) sont destinés à la perception des bruits, et le limaçon à celle des sons.

Les études de physiologie comparée de Ranke et de Hensen semblent contredire cette manière de voir ; Exner a d’ailleurs démontré que pendantlaperception desbruits nous distinguons leur place dans l’échelle musicale, ce qui prouve qu’ils sont perçus par l’appareil qui distingue la hauteur des sons.

Les canaux demi-circulaires ont pour fonction d’après quelques auteurs de nous faire connaître la direction des sons ; pour d’autres ils ne jouent aucun rôle dans

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 349 l’audition, et sont chargés de maintenir le corps en équilibre. Ceux qui, avec Flourens, adoptent cette dernière opinion, la basent sur les troubles qu’on observe en lésant les canaux (nystagme, mouvements de latéralité de la tête, déviation du corps autour de son axe vertical, etc., etc.). Mais on leur a objecté que ces phénomènes peuvent être le résultat d’une lésion concomitante du cervelet (Bœttcher, Thomascievicz, Baginsky), ou d’une irritation réflexe transmise des ampoules à cet organe (Moos, Lausanna, Berthold', Brown Sequard, Yulpian).

Pour Cyon, les canaux semi-circulaires sont le siège d’un nouveau sens, celui de l’espace.

Il résulte des expériences de Lausanna, que l’irritation seule des nerfs ampullaires donne lieu à des troubles d’équilibre ; on peut sectionner les canaux semi-circulaires, détruire tout le labyrinthe sans provoquer aucun phénomène d’incoordination, à la condition de ménager ces nerfs.

Le limaçon, et dans cette partie de l’appareil acoustique, la membrane basilaire parait jouer le rôle le plus important dans l’audition. Les fibres radiales diminuent régulièrement de longueur de l’extrémité tympanique à la coupole. Leur ensemble nous donne l’image d’un appareil vibrant d’une grande richesse, comme seraient les cordes d’une harpe ou d’un piano.

Ces cordes accordées sur une multitude de tons reproduisent les vibrations qui leur sont communiquées par le liquide labyrinthique, et ébranlent ainsi les terminaisons du nerf acoustique qui se trouvent dans les cellules ciliées. Chaque fibre serait accordée pour un Lévi. 20

350 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, son spécial, les plus courtes pour les sons aigus, les plus longues pour les sons graves. L’oreille contiendrait donc ainsi un appareil musical d’une admirable perfection, et qui rendrait compte de sa merveilleuse aptitude à percevoir les sons, à les reconnaître ou à les mélanger pour obtenir les effets harmoniques les plus complexes (Helmholtz).

La limite inférieure de la perception des sons par l’oreille correspond à 30 vibrations par seconde, des sons de 38,000 vibrations sont encore perceptibles mais causent déjà une sensation douloureuse. La transmission d’un son dure, d’après Bloch (Bulletin de laSociété de Biologie , 1883), 1/72 de seconde de plus que la transmission visuelle et 1/21 de moins que la tactile. La durée de Ja persistance a été évaluée par ce physiologiste à 1/84 de seconde ; elle augmente avec la durée de l’impression. L’énergie de la perception acoustique s’affaiblit sous l’influence d’une excitation prolongée, mais l’épuisement nerveux est exclusivement relatif aux sons qui l’ont produit (Dove) ; le nerf continue à percevoir normalement des sons nouveaux (Urbantschitch).

Nos connaissances sur le rôle des noyaux et des racines du nerf acoustique sont à peu près nulles. Nous savons que le nerf émergeant de ses noyaux est en connexion avec le centre réflexe de la moelle allongée ; c’est ce qui explique les tressaillements pendant les bruits et le déplacement de la tête vers la source sonore. La région du cerveau qui préside à l’audition n’a pas encore été parfaitement déterminée. La partie postérieure et interne de l’encéphale, formée par les circon-

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 351 volutions du coin, est considérée par Luys comme le centre des impressions auditives, et la partie correspondante de la couche optique comme un appareil destiné à propager les impressions.

Ferrier place le centre acoustique dans la circonvolution temporale supérieure. En électrisant cette circonvolution chez des animaux, on provoque un soulèvement du pavillon du côte opposé ; en détruisant cette portion du cerveau on amène une surdité du côté opposé ; il y a donc entre-croisement des nerfs auditifs.

Munck, qui a répété les expériences de Ferrier, a obtenu les mêmes résultats; il admet que la partie postérieure de la circonvoluton temporale perçoit les sons graves, et l’antérieure, celle qui est près de la fosse de Sylvius, les sons aigus.

Wernicke considère la première circonvolution temporale comme le centre des images sonores, comme le siège de la mémoire des sons ; sa lésion a pour conséquence la surdité verbale (Worttaubheit de Kussmaul).

La couche corticale de la face supérieure des hémisphères cérébraux ne renferme aucun centre qui soit directement en rapport avec le nerf acoustique ; Goltz a pu détruire entièrement cette couche sans provoquer la surdité.

§ II. — Anomalies et Tices de conformation du labyrinthe.

Le labyrinthe peut faire entièrement défaut (Saissy, Schwartze). Cette anomalie est généralement accompa-

352 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, gnée d’une malformation de l’oreille moyenne, et quelquefois de l’oreille externe. Michel a observé un cas d’absence simultanée du labyrinthe et du nerf acoustique. L’arrêt de développement ne porte le plus souvent que sur une partie de l’oreille interne; les canaux demi-circulaires ouïe limaçon manquent, ou sont à l’état rudimentaire (Bochdalek, Voltolini,Schwartze); le labyrinthe est remplacé par un canal courbe sans communination avec la caisse (Roederer, Saissy). Les canaux osseux ne présentent rien d’anormal ni dans leur forme ni dans leur volume, mais les canaux membraneux font défaut (Toynbee). L’aqueduc du vestibule est absent ou double (Hyrtl). Les deux fenêtres labyrinthiques n’existent pas, ou il en manque une seule (Gok, Hyrtl, Zukerkandl). La fenêtre ronde s’ouvre dans le vestibule au lieu de s’ouvrir dans le limaçon (Hyrtl, Dardel). Le nombre des otholites est augmenté ou diminué (Yoltolini, Moos, Lucæ, Pappenheim), leur volume est agrandi ou rapetissé.

§ III. — Lésions traumatiques du labyrinthe.

Les lésions traumatiques du labyrinthe se produisent directement ou indirectement.

Les lésions directes, très rares, s’observent quelquefois en même temps que des lésions directes de la caisse du tympan. Les lésions indirectes, beaucoup plus fréquentes, succèdent à un traumatisme agissant sur la boîte crânienne, à une chute sur les pieds, à une impression sonore excessive (coup de tonnerre ou de canon), à une compression brusque de l’air du con-

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 3o3 duit auditif (coup sur l’oreille avec le plat de la main).

Les lésions par suite de commotion portent généralement sur les parties molles du labyrinthe. Lorsqu’il y a fracture du rocher, le labyrinthe seul peut être fissuré (Politzer), mais le plus souvent il existe une fracture de la caisse et du conduit auditif externe.

On ne connaît rien de précis sur les désordres qui existent dans le labyrinthe membraneux, lorsque, enl’absence de fracture, il se produit, à la suite d’une commotion, des symptômes d’affection labyrinthique. 11 est probable que dans certains cas il y a des extravasats sanguins, tandis que dans d’autres les symptômes d’excitation ou de paralysie qu’on observe sont dus à l’ébranlement des fibres terminales du nerf acoustique.

Symptôtnes. — Dans les cas de fracture de labyrinthe où l’oreille externe et l’oreille moyenne sont intéressées, on constate d’abord un écoulement de sang par le conduit auditif externe, puis apparaît un liquide séreux. Brunner a observé un flux séreux par le nez. Les malades se plaignent de vertiges, de bourdonnements, de perte d’équilibre, de surdité.

Lorsqu’il n’y a qu’un ébranlement nerveux léger, il ne se produit qu’un peu d’assourdissement et de faibles bruits subjectifs, qui disparaissent après quelques heures, ou après quelques jours. Mais à la suite d’ébranlements violents les bruits subjectifs sont très forts; la surdité, très prononcée, est presque toujours accompagnée d’hypéresthésie acoustique. Les malades entendent on son métallique analogue à celui qu on provoque en frappant sur une feuille de tôle (Blau, Brunner). La perception crânienne est diminuée ou abolie. Si l’affec-

354 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, tion est unilatérale, le diapason placé au vertex n’est entendu que du côté sain.

La fracture localisée au labyrinthe donne lieu aux mêmes phénomènes.

Diagnostic. — L’examen de la perception crânienne, l’exploration minutieuse de la caisse du tympan et les anamnestiques permettent de distinguer les symptômes provoqués par une affection labyrinthique des manifestations analogues qui succèdent quelquefoisà une otite moyenne.

Pronostic. —Les lésions traumatiques de l’oreille interne sont toujours graves pour l’audition ; lorsqu’elles sont accompagnées de fracture de la base du crâne, elles sont le plus souvent mortelles, mais elle peuvent aussi avoir une issue favorable.

Traitement. —Lorsqu’il y a fracture du labyrinthe, il faut prescrire dès le début un traitement antiphlogistique énergique pour éviter toute complication du côté de l’encéphale. Si l’on soupçonne un simple ébranlement avec épanchement sanguin, le traitement antiphlogistique est encore indiqué, et après lui un traitement diaphorétique parla pilocarpine. Si la guérison tarde à se produire, on donnera l’iodure de potassium à l’intérieur, et on essaiera l’électrisation par les courants continus.

§ IV. — Anémie (lu labyrinthe.

Genèse et étiologie. — L’anémie du labyrinthe ne peut pas être constatée anatomiquement. On met généralement sur son compte les troubles auditifs qui surviennent à la suite d’une perte considérable de sang, dans le

MALADIES DE L’OREILLE INT. ET DU NERF ACOUST. 355 cours d’une chlorose ou d’une affection aiguë débilitante. L’anémie par constriction spasmodique des vaso-moteurs est possible, mais n’a pas été démontrée jusqu’à présent.

Toutes les causes mécaniques qui empêchent l’arrivée du sang artériel au labyrinthe sont susceptibles de produire l’anémie de cette région, ainsi, par exemple, une tumeur intra-crânienne qui comprimerait l’artère auditive interne, une embolie de cette artère (Fridreich), son rétrécissement par suite d’athérome, un anévrysme de l’artère basilaire.

Symptômes. — L’anémie labyrinthique qui succède à une hémorrhagie ou à un spasme vasculaire s’annonce par des bruits subjectifs violents, par une surdité prononcée, par des vertiges, des tendances à la syncope, des nausées. L’anémie chronique donne lieu à des bourdonnements ainsi qu’à de la dysécée qui diminue quelquefois sous l’influence delà position horizontale, parce que cette position permet au sang d’arriver en plus grande abondance vers la tête (Abercrombie).

Traitement. — Un traitement tonique et reconstituant suffît presque toujours pour combattre les bourdonnements et la surdité qui sont sous la dépendance d’un état de faiblesse générale. Nous n’avons aucun moyen de guérir l’anémie produite par les autres causes que nous avons signalées. On essayera les insufflations d’éther et de chloroforme lorsqu’on suppose qu’il y a une angio névrose : Politzer conseille l’électrisation du sympathique cervical.

§ Y. — Hyperémie «lu labyrinthe.

L’hypérémie du labyrinthe est partielle ou totale, simple ou compliquée d’hypérémie des organes voisins (cerveau, oreille moyenne); elle se traduit par une injection vasculaire sous forme d’arborisation ou par une rougeur diffuse.

Genèse et étiologie. — On l’observe dans les maladies infectieuses (scarlatine, fièvre typhoïde, fièvre puerpérale), dans les affections aiguës ou chroniques de la caisse, dans la méningite et l’encéphalite, dans l’empoisonnement par le sulfure de carbone.

Toutes les causes qui mettent obstacle au retour du sang veineux intra-crânien peuvent donner lieu à une hypérémie passive du labyrinthe, notamment les affections du cœur et des poumons, les tumeurs qui compriment les veines du cou, la thrombose et la phlébite du sinus pétreux supérieur.

On a signalé aussi comme donnant lieu à une hypérémie du labyrinthe une paralysie vaso-motrice (hystérie), une affection intra-crânienne du trijumeau, ou de la moelle allongée (Baratoux).

Symptômes et diagnostic. — L’hypérémie du labyrinthe est passagère ou durable ; dans le dernier cas, elle peut donner lieu à des lésions variées, telles que épaississement du labyrinthe membraneux, dépôts pigmentaires et calcaires. Lorsqu’elle est très prononcée, elle provoque des bruissements d’oreille, des vertiges, un assourdissement plus ou moins considérable, de la lourdeur de tête et des troubles d’équilibre.

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