EXAMEN DE L’OREILLE SUR LE CADAVRE
L’étucle des lésions cadavériques de l’oreille a une très grande importance pour l’avenir de l’otologie. On n’aura de notions précises sur la physiologie et la pathologie de l’appareil auditif, que lorsqu’on sera parvenu à examiner, post mortem, un très grand nombre de malades, qu’on aura eu occasion d’explorer avec soin et de suivre pendant la vie.
Les méthodes employées pour enlever les temporaux sont celles de Toynbee, de Wendt, de Schalle, de Troeltsch. La méthode de Schalle (Virchows Archiv, 1877, t. LXXI) produit moins de délabrements que toutes les autres, mais elle est d’une exécution assez difficile. La méthode de Troeltsch que nous allons décrire est la plus facile; elle est adoptée par la plupart des anatomistes.
On enlève la voûte crânienne et le cerveau; on détache de chaque côté de la tête les parties molles, le pavillon et une portion du conduit auditif cartilagineux ; puis on pratique avec la scie deux sections verticales, dont l’une passe en arrière des apophyses mastoïdes, l’autre par les petites ailes du sphénoïde et le milieu de l’apophyse zygomatique, toutes deux allant jusqu’à la base du crâne ; on désarticule le maxillaire
EXAMEN DE L’OREILLE SUR LE CADAVRE, inférieur, on sépare l’occipital de son articulation avec l’atlas, et l’on isole ainsi les rochers avec les sinus transverses, les trompes avec la muqueuse du pharynx, depuis les arrières narines jusqu’à la face antérieure de la colonne vertébrale. Pour combler le vide, on intercale une pièce de bois entre la face et l’occiput, on relève ensuite la peau avec le pavillon et on la recout.
Après avoir détaché du temporal toutes les parties molles inutiles, on le fixe sur un étau, et l’on enlève avec des cisailles la paroi antérieure du conduit auditif, pour examiner l’intérieur de ce canal et la face externe de la membrane du tympan (i).
On ouvre la paroi supérieure de la caisse à l’aide d’un ciseau ou de cisailles en commençant en arrière près des cellules mastoïdiennes. Après avoir pratiqué une brèche, on enlève avec précaution, à l’aide de pinces incisives, la plus grande partie de-la voûte, de façon à voir par en haut tous les organes logés dans la cavité de l'oreille moyenne; on reconnaîtra ainsi les exsudats et les brides fibreuses s’il en existe ; on s’assurera de la mobilité des osselets en se servant d’une pince fine. Si l’on désire examiner dans toute son étendue la face interne de la membrane du tympan et la paroi labyrinthique de la caisse, on sectionne d’abord le muscle tenseur du tympan et l’on sépare l'enclume de l’étrier ; on divise ensuite le temporal en deux par un trait de scie vertical passant entre l’étrier et l’os lenticulaire.
(1) Avant d’ouvrir le conduit auditif, Politzer y engage un tube en caoutchouc pour injecter et aspirer alternativement de l’air, après avoir placé dans une ouverture pratiquée au canal semicirculaire supérieur un petit manomètre, dont l’index fera connaître par ses oscillations le degré de mobilité de l’étrier.
Pour isoler la trompe d’Eustache, on enlève l’arcade zygomatique, la portion antérieure de l’écaille temporale et la grande aile du sphénoïde, soit avec une scie, soit avec un sécateur; on fend longitudinalement la portion membraneuse pour étudier sa face interne • on enlève la portion osseuse par petits fragments et l’on examine la muqueuse du canal ; l’instrumerit devra être dirigé du côté externe, vers la partie écailleuse du temporal, pour ménager le muscle tenseur du tympan qu’on verra après avoir fait sauter la paroi supérieure.
Deux sections, l’une verticale passant près de la paroi postérieure du conduit auditif, l’autre horizontale rasant sa paroi supérieure, permettront de se rendre compte de l’état des cavités de l’apophyse mastoïde.
Il suffit d’enlever la paroi supérieure du conduit auditif interne pour étudier le nerf acoustique. En suivant le canal de Fallope depuis la caisse on rencontre les parties les plus importantes du labyrinthe, le limaçon et le vestibule situés au-dessous et sur les côtés du nerf. Il faut découvrir le limaçon par en haut en détruisant la voûte osseuse avec prudence à l'aide d’un ciseau fin. Lorsqu’il est mis à nu, on le détache par sa base qui se trouve placée vers le trou d’entrée du nerf acoustique, pour pouvoir sortir en masse les contours et la lame spirale. En plaçant la préparation dans du sérum ou dans une faible solution de sel marin, la spirale membraneuse se déroule et peut être examinée à la loupe. Le vestibule se voit bien lorsqu’on fait sauter sa paroi externe à l’aide d’un instrument introduit dans la fenêtre ovale ; on y découvre les cinq orifices des
EXAMEN DE L’OREILLE SUR LE CADAVRE. 429 canaux demi-circulaires placés en arrière, la rampe du vestibule placée en avant, etc., etc. Il est facile d’extraire par le vestibule la portion membraneuse des canaux demi-circulaires.
Pour examiner les parties molles de l’oreille interne au microscope, on amincit d’abord la coque osseuse qui les renferme à l’aide d’une lime ou d’une pince coupante, et on la plonge pendant vingt-quatre heures dans une solution d’acide osmique 1/6 p. 100: on la lave ensuite rapidement dans l’eau distillée ; on la place dans une solution faible d’acide chromique 1/8 p. 100, ou bien dans un mélange d’eau et d’acide chlorhydrique de 1/1000 àj^, et mieux encore dans une solution d’acide formique au 1/4.
Il est nécessaire d’ajouter tous les quatre jours une certaine quantité d’acide pour empêcher sa neutralisation par les sels calcaires. La décalcification se fait en trois à quatre semaines; lorsqu’elle est complète, la préparation est lavée plusieurs fois dans l’eau distillée et colorée soit avec de l’hématoxyline, soit avec du carmin. Onia durcit ensuite dans l’alcool absolu, et on l’enveloppe avec du collodion ou avec un mélange de glycérine et de gélatine.
Pour faciliter les coupes, la pièce est entourée soit de moelle de sureau, soit d’un morceau de foie ou de cerveau frais, et placée dans l’alcool. Les coupes sont lavées dans l’eau et montées dans la glycérine.
BIBLIOGRAPHIE