CHAPITRE XIU
HYGIÈNE DE L’OREILLE
A tout âge, l’appareil auditif a besoin d’être protégé contre des causes nombreuses de maladie ou d’affaiblissement. Mais c’est dans l’enfance qu’il réclame le plus de surveillance, car, dans cette période de la vie, la diminution et surtout l’abolition de l’ouïe peuvent avoir les conséquences les plus graves.
Aussitôt après la naissance, l’oreille de l’enfant doit être lavée et séchée avec soin. Ce lavage, répété tous les matins, sera fait avec un linge fin trempé dans l’eau tiède, ou avec une petite éponge spécialement réservée à cet usage. L’eau simple est préférable à tout autre liquide ; mais il faut la faire bouillir avant de s’en servir, pour détruire les matières putrescibles quelle contient.
Lorsque le conduit auditif renfermera des particules de substances étrangères susceptibles de l’irriter,-on les fera sortir au moyen de quelques injections d’eau tiède pratiquées avec douceur, si le lavage seul ne suffît pas à les enlever. Il serait dangereux d’introduire dans l’oreille un corps pointu quelconque, fût-il recouvert de toile ; on blesserait infailliblement la membrane du tympan, qui est très rapprochée du méat dans les premiers temps de la vie.
Les précautions les plus minutieuses doivent être prises pour soustraire l’enfant aux bruits violents et aux causes de refroidissement. La chambre qu’il habite sera toujours bien aérée, et maintenue en hiver à une température de 18 degrés. Avant de le sortir à l’air, il est utile de s’assurer qu’il n’est pas en transpiration, et de lui couvrir légèrement les oreilles ; mais il faut se garder, sous prétexte de les protéger, de comprimer le pavillon contre les parois du crâne ; car cet appendice se déformerait et prendrait une direction vicieuse, aussi nuisible à l’esthétique qu’à l’audition.
Dans la seconde enfance, l’oreille réclame les mêmes soins de propreté que chez les nourrissons. Beaucoup de mères s’appliquent, à tort, à extraire le cérumen du conduit auditif à mesure qu’il est sécrété. Cette matière étant, comme nous l’avons déjà dit, destinée à garantir la membrane du tympan contre diverses influences nocives extérieures, ne doit être enlevée que lorsqu’elle dépasse le méat, ou si elle est assez abondante pour devenir une cause de dysécée.
Dès que les enfants commencent à se livrer aux divers jeux de leur âge, ils s’exposent à de fréquents refroidissements : tantôt le froid venant frapper directement l’oreille ou la tête produit une otite externe, tantôt agissant sur tout le corps, il provoque une angine ou un coryza souvent suivis d’une phlegmasie de l’oreille moyenne. On ne saurait trop leur recommander de ne pas rester immobiles, et de s’essuyer la tête et le cou avec leur mouchoir, lorsqu’ils sont en transpiration.
Pour les aguerrir contre les intempéries atmosphériques, il faut tous les jours leur laver le corps avec de
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l’eau froide, spécialement le cou et la poitrine, puis les frictionner avec énergie.
Les cheveux doivent être courts et le cou découvert. Aux jours de vent et de grand froid lorsqu’ils traversent un pont, lorsqu’ils voyagent en voiture découverte ou sur l’impériale d’un tramway, on leur garnira le conduit auditif avec un peu de ouate.
C’est dans la seconde enfance qu’on peut donner à l’oreille toute sa finesse, sous l’influence d’un exercice approprié ; c’est à cet âge aussi qu’elle est le plus susceptible de recevoir une éducation musicale ; mais il est important, si on veut lui conserver toutes ses aptitudes, de ne pas laisser séjourner les enfants dans le voisinage d’établissements industriels où se produisent des bruits violents, ou des bruits uniformes et continus, qui ne tarderaient pas à altérer la délicatesse du sens de l’ouïe.
A l’âge adulte, la surdité est souvent produite par des causes inhérentes aux professions ou par des habitudes vicieuses. L’hygiène ne peut donner que des avis impuissants pour la prophylaxie de la dysécée professionnelle. Lés marins n’ont pas plus les moyens de se soustraire à l’air froid et humide que les artilleurs aux détonations, ou les chaudronniers aux bruits du marteau. Mais on rendra un service réel aux personnes que leur profession expose aux angines et aux coryzas, en les engageant à soigner le plus tôt possible ces maladies, pour les empêcher de se propager à l’oreille moyenne. A celles dont l’oreille est soumise à des émanations irritantes ou à des ébranlements violents, on ordonnera de mettre du coton dans les oreilles. Les baigneurs qui ont l’habitude de plonger devront égale-
424 MANUEL PRATIQUE DES MALADIES DE L’OREILLE, ment se boucher les oreilles avec de la ouate, pour éviter les otites si fréquentes à la suite de la pénétration d’eau froide dans le conduit auditif externe.
Les sujets sanguins astreints à la vie sédentaire, les femmes à l’époque de la ménopause préviendront les congestions vers l’oreille par un exercice régulier et une diététique sévère.
Pour peu qu’ils aient des prédispositions à la surdité, les fumeurs et les priseurs feront bien de renoncer à leur habitude.
Beaucoup de personnes emploient des cure-oreilles pour extraire le cérumen du conduit auditif. L’usage de ces instruments n’est pas sans inconvénient. Ceux qui sont composés d’une petite éponge fixée sur une tige d’ivoire refoulent la sécrétion au fond de l’oreille et provoquent souvent une surdité par obstruction ; quant à ceux qui ont la forme d’une petite cuiller, et qui sont en argent ou en ivoire, ils deviennent dangereux lorsqu’ils sont portés dans la profondeur de l’organe, et il est rare qu’il n’en soit pas ainsi. On s’en sert d’abord pour fouiller dans le conduit auditif, qu’il y ait quelque chose ou qu’il n’y ait rien à enlever; on les utilise ensuite pour se gratter et calmer les démangeaisons si fréquentes dans l’oreille, ce dont on ne tarde pas à se repentir ; car, au sentiment de bien-être qu’on éprouve d’abord, succède bientôt une douleur plus ou moins cuisante. Beaucoup d’otites externes et beaucoup de furoncles n’ont pas d’autre origine que l’abus du cure-oreille.
Pour calmer les démangeaisons, il suffit, le plus souvent, de badigeonner le conduit auditif avec de l’eau
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chaude simple, avec de l’eau blanche, avec une solution de borax (1 sur 50), d’acide phénique, ou de chloral (1 sur 100), et si ces moyens ne réussissent pas, avec la pommade suivante :
Précipité jaune. 0,20
Acide borique. 0,50
Vaseline. 8,00
Nous avons fait connaître, dans le cours de ce travail, en étudiantles différentes affections de l’oreille, les soins hygiéniques qui conviennent à chaque malade, nous croyons inutile de les rappeler. .