VICES FONCTIONNELS DE L\ VISION
dirigé en haut, c'est le strabisme dit ascendant ou supérieur; 4° celle dans laquelle il est vicieusement dirigé en bas, c'est le strabisme dit descendant ou inférieur. On conçoit facilement que dans chacun de ces cas, l'angle d'inclinaison axuelle peut être plus ou moins prononcé, et de là tout autant de variétés secondaires. Les bornes limitées de ce livre ne me permettent pas d'entrer dans des détails à ce sujet.
Les causes du strabisme sont, très nombreuses. Ce vice de la vision est fréquemment produit par l'inégalité congénitale ou accidentelle de la force des deux yeux, ou, ce qui revient au même, comme le dit Boyer, de leur aptitude à être affectés par la lumière. Mais Buffon est évidemment allé trop loin en disant que le strabisme est toujours produit par cette cause.
Le manque d'équilibre entre les muscles moteurs dé l'œil , l'inégalité ou la désharmonie de leur force peuvent aussi donner lieu à cette affection. On en a observé plusieurs exemples. Cet état des muscles de l'œil reconnaît a son tour une foule de causes qu'il serait trop long d'énumérer ici.
Le strabisme peut être aussi le résultat d'une cause mécanique. On a rangé avec raison dans cette classe, les tumeurs intra-orbitaires , les taches centrales de la cornée , une cataracte commençante, la pupille artificielle. Le mode d'action de chacune de ces causes est trop facile à saisir pour que je m'arrête à le décrire.
Mais un ordre de causes qui n'est pas assez généralement connu parmi les personnes du monde, et sur lequel on ne saurrait trop fixer leur attention, consiste dans une habitude vicieuse. Chez les enfants surtout, on ne saurait
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trop se tenir en garde sur ce point. Combien de nouveau-nés sont devenus louches pour avoir été couchés à côté d'une fenêtre ou d'un corps brillant! Mais ce n'est pas seulement à cet âge qu'une habitude vicieuse peut amener le strabisme. Une jeune femme, dit M. Rognetta, traitée pour une coxalgie dans une chambre éclairée par une petite fenêtre, portait continuellement les yeux vers l'endroit de la lumière qui lui arrivait latéralement , elle finit par loucher; on changea la position du lit , on obligea la malade à diriger ses yeux dans un sens opposé et le strabisme se dissipa. (Wardrop.) On a observé plusieurs autres exemples de ce genre. Un grand nombre de faits prouveut en outre que des enfants peuvent contracter le strabisme par la simple imitation.
Le diagnostic de ce vice de la vision est si évident, que je crois pouvoir me dispenser d'en tracer les caractères.
Le pronostic du strabisme varie avec les causes qui produisent cette difformité. C'est ainsi qu'il est favorable lorsque la causedu mal peut être attaquée avec avantage, chez les enfants, par exemple. Lorsque, au coutraire , le sujet est avancé en âge et que le strabisme date depuis un certain nombre d'années, il est rare qu'on puisse en triompher, surtout lorsque le vice de la vision est compliqué de lésion organique ou dépend de causes contre lesquelles la thérapeutique ne possède aucune ressource efficace.
Le traitement du strabisme varie suivant les cas. Disons avant tout que lorsque cette difformité dépend d'une affection propre du globe oculaire, ou d'une tumeur développée dans l'orbite, ou de congestions saburrales ou encé-
528 VICES FONCTIONNELS DE LA VISION, phaliques, c'est sur ces maladies qu'il faut diriger les moyens thérapeutiques. Lorsqu'on en a triomphé, le parallélisme visuel se rétablit de luimême. Lorsque le strabisme dépend d'une habitude vicieuse, récente , il n'est poiut au-dessus des ressources de l'art. Les indications curatives sont ici faciles à saisir : s'il s'agit d'un nouveauné, il faut placer un corps brillant du côté opposé à la direction vicieuse des yeux. Ce simple moyen a bien souvent réussi. Si l'enfant est déjà d'un certain âge, on lui fait porter des lunettes appropriées, dites louchettes, et on le soumet eu même temps à des gymnastiques oculaires convenablement dirigées.
Le masque, les demi-sphères concaves, les tubes noircis, les miroirs en forme de besicles, sont pour la plupart des moyens plus ingénieux qu'efficaces contre le strabisme. Ils ont été modifiés dans ces derniers temps, et il paraît qu'on en a retiré de bons résultats. Us constituent en conséquence des ressources qu'on ne doit point négliger dans la pratique.
Considérant le strabisme comme le résultat constant d'une inégalité de force entre les yeux, Buffon pensa qu'en faisant disparaître cette inégalité, soit en renforçant l'œil faible, soit en affaiblissant l'œil fort , soit enfin en produisant ces deux effets à la fois, on pourrait détruire la difformité. L'expérience a confirmé un grand nombre de fois une idée si heureuse. Voici les moyens employés par ce grand naturaliste : « Tantôt il se contentait de couvrir d'un bandeau, pendant un temps assez long, l'œil le plus fort, laissant à ^l'autre le soin de la vision -, l'exercice augmentait la force de celui-ci, tandis que l'autre s'affaiblissait. Tantôt il faisait porter à la