‹ Manuel pratique des maladies des yeuxChapitre 49 sur 74 · STRABISME · texte numérisé non relu

STRABISME

personne Jonche des lunettes, dont l'un des verres était plan et l'autre convexe; le premier était placé devant l'œil faible, le second devant l'œil le plus fort. D'autres fois, il faisait couvrir d'abord l'œil sain pendant quelque temps, et^ avait ensuite recours aux lunettes. Le premier de ces moyens lui paraissait propre à fortifier l'œil dévié; le second, à diminuer la force de l'autre. » (Boyer.) Ces moyens sagement combinés ont produit des guérisons remarquables. M. Rognetta croit avoir rendu le procédé de Buffon plus efficace en y ajoutant la lecture latérale. Ce chirurgien rapporte à ce sujet le fait suivant: Une demoiselle anglaise, âgée de vingtun ans, était myope et louchait considérablement du côté gauche depuis son enfance; elle était sur le point de se marier à Paris, et désirait vivement être débarrassée de son strabisme. Je lui ai couvert l'œil droit avec un mouchoir posé en monocle, et je l'ai obligée à lire pendant deux heures tous les matins dans son lit, couchée sur le côté gauche; le livre étant placé sur une chaise basse à côté de sa table de nuit. Après six jours de cet exercice et de l'emploi du bandeau jour et nuit , la direction de l'œil s'était tellement améliorée, que le strabisme était dissipé en grande partie. A compter du dixième jour, le bandeau n'a été porté que dans la matinée seulement jusqu'à l'heure de la promenade. La guérison, ajoute M. Piognetta, a été assurée et complète en moins d'un mois.

La galvauo-puncture a été aussi appliquée avec avantage dans certains cas. M. Cavara a publié dans le Journal hebdomadaire (1836) quelques succès obtenus parce moyen, qu'on pourrait unir à l'usage du bandeau.

530 VICES FONCTIONNELS DE LA VISION. Diplopie.

La diplopie est une altération, une erreur de la vision, qui fait paraître les objets doubles ou multiples. Ce serait une erreur d'admettre avec la plupart des auteurs deux espèces de diplopie, l'une symptomatique, et l'autre essentielle ou idiopathique. Tout ce qu'on a décrit sous le titre d'altération , de vice fonctionnel de la vision , ne constitue, dans aucun cas, une maladie essentielle ; c'est toujours un symptôme d'un état morbide, soit de l'œil lui-même, soit des parties plus ou moins éloignées de cet organe. Ce premier point étant bien établi, on devine déjà que la dipplopie peut se rattacher à une foule de causes toutes diverses. En effet, elle peut dépendre d'un défaut de similitude entre les images reçues par les deux yeux ; d'autres fois il y a réellement plusieurs images produites sur la même rétine : tantôt elle dépend d'un défaut de rapport harmonique entre les deux axes optiques, tantôt elle est le résultat d'une modification dans les milieux transparents de l'œil, ou dans l'appareil nerveux qui préside à la vision. (Guéneau de Mussy, Thèse. Paris, 1839, n° 356.) Chacun de ces points exigerait des détails dans lesquels je ne puis point entrer. On peut lire avec beaucoup de profit le travail de M. Guéneau de Mussy.

Le pronostic de la diplopie varie : sous le rapport de la vision double, il est toujours favorable, car cet état se dissipe constamment dans l'espace de quelques semaines (Rognetta). Il ne devient fâcheux que quand elle menace de se changer ea amaurose -7 il est basé d'ailleurs sur

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la détermination de la cause qui produit le dérangement de la vision ; et s'il est vrai de dire que, dans certains cas, il est assez facile de déterminer les conditions morbides auxquelles la diplopie se rattache, il arrive souvent aussi qu'on ne peut avoir sur ce point aucune donnée précise , et alors on est obligé de s'en tenir à de simples conjectures.

Je n'ai rien à dire sur le traitement de la diplopic: toutes les indications se rapportent ici aux causes qui lui ont donné naissance ou qui l'entretiennent.

Héméralopie.

Dans l'état actuel de la science, on désigne sous le nom à'hémé ralopie , une diminution ou une abolition complète de la vue, qui dure depuis le coucher du soleil jusqu'à son lever, et cesse quand cet astre est sur l'horizon. L'héméralopie s'observe rarement dans nos climats; elle est, au contraire, très fréquente entre les tropiques; on l'a observée sous forme épidémique; et elle paraît endémique dans certains pays.

L'héméralopic se présente avec des degrés différents d'intensité. Voici la marche qu'elle suit en général : à l'approche du coucher du soleil, la vue s'affaiblit et se trouble; les objets paraissent enveloppés d'un nuage cendré, qui s'épaissit de plus en plus; dès que cet astre a disparu sous l'horizon, les corps ne peuvent plus être distingués qu'à un beau clair de lune ou à une lumière artificielle très vive ; je dois ajouter néanmoins qu'on a observé des malades qui ne perdaient la vue que quelques heures après le coucher du soleil , et qui la recouvraient p!u-

532 VICES FONCTIONNELS DE LA VISION, sieurs heures avant son lever. Il ne faudrait pas croire que l'héméralopie suive toujours une marche progressive ; on Ta vue dans quelques cas être portée dès le début au plus haut degré d'intensité; elle peut, en outre, revêtir une forme périodique bien tranchée.

Richter a rapporté l'observation d'un homme chez lequel la cécité durait vingt-quatre heures, et qui recouvrait la vue pendant un temps égal ; la maladie commençait tous les deux jours à midi, et cessait le lendemain à la même heure ; par l'administration du quinquina , la durée des accès était doublée , celle de l'intermittence restant la même. ( Guéneau de Mussy. )

On a cité quelques observations qui tendraient à prouver que la perte de la vue ne dépend pas de l'insuffisance de la lumière, mais de l'absence du soleil sur l'horizon ; toutefois des faits plus nombreux attestent qu'à toutes les périodes de la maladie, les objets éclairés par une lumière artficielle très vive peuvent encore être distingués.

Le pronostic de l'héméralopie est rarement fâcheux ; en général on triomphe de cette affection avec assez de facilité; le plus souvent même elle guérit par les seuls efforts de la nature ; nous devons ajouter toutefois qu'abandonnée à elle-même, elle peut persister pendant un temps plus ou moins long, et dans quelques cas même, être suivie d'amaurose : cette seule raison doit suffire pour engager le praticien à employer contre elle toutes les ressources de l'art; d'autant plus qu'attaquée à son début par les moyens appropriés , il est en général rare qu'elle résiste. Mais une circonstance à laquelle on doit s'at-

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tendre, c'est la récidive; cette tendance a été notée par tous les observateurs.

L'héméralopie réclame un traitement à peu prés semblable à celui de l'amaurose incomplète : les vomitifs, les purgatifs , auxquels on adjoint les révulsifs et les sudorifiques, eu constituent la base. Voici les conseils donnés par Boyer à cet égard : « On prescrira , le premier jour, deux ou trois grains de tartrate d'antimoine et de potasse ; après l'action du vomitif, on fera prendre une décoction sudorifique de gayac, de sassafras, de squine et de salsepareille ; et le soir même on appliquera un vésicatoire à la nuque, ou derrière chaque oreille; on répétera tous les deux jours , pendant la première semaine , la boisson émétisée , en proportionnant la dose de tartre stibié à la constitution du sujet et à l'intensité de la maladie; plus tard on fera alterner les vomitifs et les purgatifs; ou bien on donnera des pilules éméto-cathartiques , composées avec la dixième partie d'un grain d'émétique et deux ou trois grains de jalap ou de scammonée. Le nombre des pilules à prendre chaque jour est déterminé par l'effet qu'elles produisent; elles doivent amener des vomituritions et quelques évacuations alvines. » D'après Boyer , les saignées ne doivent être employées que lorsque des circonstances particulières les rendent nécessaires. On a proposé de joindre à ce traitement l'action de vapeurs stimulantes de la conjonctive. C'est par un usage sagement combiné de ces différents moyens , qu'on a obtenu des guérisons promptes et durables. Sans contester les avantages de cette médication, Bamficld assure que l'application répétée de petits vésicatoircs volants sur la région tem-

534 VICES FONCTIONNELS DE LA VISION, porale , le plus près possible de l'angle externe des yeux, constitue uu traitement à la fois plus puissant et plus prompt dans son action. Cet auteur dit en avoir retiré les plus heureux résultats sur des sujets qui avaient été soumis inutilement à la médication précédente.

Myctalopie.

La nyctalopie est. un état de la vue opposé à celui dont je viens de parler. Les sujets qui en sont affectés distinguent nettement les objets le soir et dans l'obscurité, et ne les voient que d'une manière plus ou moins confuse pendant le jour. La nvct;dopie est beaucoup plus rare que l'héméialopie. Ses causes sont nombreuses et très diverses ; souvent elles échappent à toutes les investigations. Les svmptômes qui la caractérisent découlent naturellement de la définition que j'en ai donnée. Ainsi les malades ne peuvent point supporter la lumière du jouron le- voit alors tenir leurs paupières continuellement fermées, et quelquefois même couvrir leurs yeux avec un voile épais. Dès qu'ils entr'ouvrent les paupières , ils sont éblouis par la clarté du jour; ils ne distinguent aucun objet; il y a un larmoiement abondant. On comprend facilement que cet état doit être souvent accompagné d'un certain degré de céphalalgie; c'est aussi ce qui arrive dans la plupart des cas. Mais tous ces symptômes disparaissent avec ie coucher du soleil.

Les moyens thérapeutiques doivent être ici diri /s contre les affections auxquelles la nyctalopie se rattache.

Il nie resterait à parler de quelques autres al-

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locations de la vision , altérations qui ont reçu des noms particuliers ; telles sont : l'hémiopie, la nayodepsie , la croupsie , etc. Mais ce ne sont là que des variétés de l'amaurose, et je crois pouvoir me dispenser d'en traiter dans ce livre.

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