‹ Manuel pratique du fabricant d'alcools; alcools de vin, de cidre, de poire, de betteraves, de mélasses, etcChapitre 1 sur 72 · DE L'ALCOOL · texte numérisé non relu

DE L'ALCOOL

Il est assez difficile, pour ne pas dire impossible, de fair^ un exposé complet de l'historique de l'alcool. L'origine de ce produit se perd dans la nuit des temps et on en retrouve la mention dans les auteurs les plus anciens. Il en est la même chose pour le vin qui, dit-on, fut découvert par Noë, mais les notions légendaires "ne sont pas des preuves historiques. Pour l'alcool, ses sources de provenance sont si diverses,qu'il est difficile d'établir de quel produit il fut extrait pour la première fois.

Il est évident que sa découverte est corrélative avec l'invention du premier appareil distillatoire. Mais quel en est le premier constructeur, c'est ce qu'il est assez délicat d'établir pour les temps anciens. On trouve la mention d'appareils distillatoires dans les auteurs de la Grèce

2 ' ' - , TAERit-ÀTlC^ DE l'alcool

ancîeuîr>eijQiais 'cë^ instriiments étaient des plus primitifs. Ils consistaient en chaudières chauffées à feu nu au-dessus desquelles ont posait une couche d'épongés qui recueillaient les vapeurs, les condensaient, puis on les pressait pour en extraire le jus. Ce procédé, tout barbare qu'il était, permettait cependant de faire un alcool faible de degrés, mais encore assez pur.

Les Romains ne parlent pas, dans leurs ouvrages, d'appareils distillatoires. Cependant ils avaient une connaissance assez exacte des phénomènes de la fermentation, ils faisaient du vin, de l'hydromel etles Germains leur avaient appris à faire une sorte de bière. L'hydromel était la liqueur par excellence des peuples Scandinaves et des races du Midi de l'Europe et de l'Asie.

Ce que nous savons de plus positif, c'est que l'alcool et la distillation furent mis en pratique par les Arabes : en effet, les noms, alcool et alambic, sont d'origine de cette langue. Ce peuple conquérant avait produit les plus célèbres astrologues et alchimistes de ces époques barbares et ce sont ces derniers qui pratiquaient la distillation pour faire leurs drogues qu'ils vendaient ensuite parmi les classes ignorantes qu'ils dominaient.

Un médecin arabe de Bokhara, au dixième siècle, Avicenne, donne dans ses écrits la description d'appareils distillatoires déjà assez complets, mais encore bien primitifs.

Au treizième siècle, Raymond Lulle, qui lit de si curieuses observations sur la fermentation et ses résultats, nous entretient dans ses écrits d'appareils distillatoires et même de rectification, de ce qu'il appelait l'esprit subtil, sur un alcali avide d'eau; c'est Basile Valentin qui^ cinquante-huit ans après, nous apprit la rectification sur de la chaux vive.

Arnault de Villeneuve, professeur à l'Université de mé-

decine de Montpellier, en 1240, fait le premier traité que nous connaissions sur la distillation, on a pu le considérer comme l'inventeur de cet art, mais c'est une erreur, carRhazes, médecin de Carthage, et Albucasis, médecin arabe, avaient déjà décrit des procédés de distillation propres à extraire Tarome des plantes et des fleurs.

Cependant, Arnault de Villeneuve est le premier qui fit réellement de Teau-de-vie et qui en démontra les propriétés hygiéniques et utiles.

Son élève, Raymond LuUe, né h Majorque, en 1235, lui, perfectionna les procédés de son maître et fit réellement de l'alcool. Il faisait jusqu'à sept rectifications, mais d'après lui, dès la troisième, le liquide, qu'il appelait eau ardente ou alcool, était déjà inflammable. Il se servait pour ses travaux d'alambics en verre, sortes de grandes cornues primitives ; mais grâce à. là patience de nos anciens maîtres, malgré l'imperfection de leurs moyens de fabrication, ils arrivaient à obtenir des produits assez bons et assez bien fait.

Michel Savonarole, en 1440, écrit un traité de distillation [Confidencia aqua vitœ) où il décrit le premier l'alambic en métal avec serpentin de même matière, plongeant dans l'eau froide. Il perfectionne même assez complètement son appareil et il arriva à avoir des eaux-de-vie de vin d'un degré assez élevé. En même temps il donne différents procédés pour s'assurer de la force en alcool de son eau-de-vie :

l» On imprègne des linges ou du papier avec de l'eaude-vie, on y met le feu ; elle est réputée de bonne qualité lorsque la flamme détermine la combustion du linge ou du papier.

2** On mêle l'eau-de-vie avec l'huile pour s'assurer si elle surnage.

Il traite également de la distillation de différentes

plantes avec de Feau-de-vie pour en faire des liqueurs ayant Tarome de ces plantes. Ce sont ses eaux- de-vie composées.

D'autres auteurs, Matthioles et Jérôme Rubée ont écrits différents traités sur la distillation.

Jean-Baptiste Porta, Napolitain, vers la fin du seizième siècle, a aussi écrit un traité très complet ^^ur la matière, puis, au dix-septième siècle, Nicolas Lefèvre, le docteur Arnaud, de Lyon, et le chimiste Glaubert ont successivement modifié et complété les connaissances acquises sur la distillation, tant au point de vue de Tobtention de Teau-de-vie que pour la fabrication des remèdes et des liqueurs.

En 1661, Jacques Sachs publie un fort curieux ouvrage sur la vigne, Fart de faire le vin, et enfin les procédés les plus perfectionnés de l'époque pour faire Feau-de-vie de vin. Kircher, le savant jésuite, en 1663, traite également cette question, mais à différents points de vue scientifiques.

Dans sa Pharmacopée^ Moïse Gharas décrit différents systèmes de distillation, puis viennent Berchusen et Boerhave qui indiquent des procédés pour obtenir de Feaude-vie à différents degrés, et même des degrés assez élevés.

Macquer, dans ses éléments de chimie, entre dans des considérations scientifiques et pratiques assez étendues sur la fermentation des matières sucrées et de la formation de l'alcool. Il commence par extraire Feau-devie de ses produits fermentes, puis il rectifie cet eau-devie par des distillations successives et obtient ce qu'il appelle de l'esprit ardent, et enfin de Fesprit de vin alcool lise. Il décrit même avec assez d'exactitude des procédés pour priver cet esprit alcoolisé des huiles essentielles qui lui donnent un goût spécial. Cet auteur parait avoir

poussé assez loin ce genre de recherches. Cependant il n'indique aucun procédé nouveau de distillation, il se sert simplement des appareils connus jusqu'à ce jour.

Le grand Lavoisier, dans son traité élémentaire de chimie, explique, avec sa lucidité habituelle, les phénomènes de la fermentation, la production de l'alcool, son isolement et enfin en détermine la composition. Ce sont de grands pas pour la science, mais au point de vue pratique et industriel, rien n'est encore fait, on est toujours dans la plus grande enfance, cependant à la même époque Argand, de Lyon, en 1780, invente le chauffe-vin, c'està-dire qu'il emploie la chaleur des vapeurs de Tévaporation à chauffer déjà le vin. C'était un progrès, mais c'est à un obscure praticien que devait revenir l'honneur de découvrir l'appareil à distillation continue, permettant d'obtenir à volonté des eaux-de-vie ou des alcools à tous les degrés exigés par le commerce. Edouard Adam, cet homme de génie, appliqua le principe de l'appareil de Woulf à la distillation et résolut du premier coup le grand problème de la distillation et de la rectification sin^ultanée, c'est en 1801 qu'il fit un premier appareil.

Quel bruit n'aurait pas fait sa découverte si elle était sortie du cerveau d'un des grands chimistes de l'époque ; mais elle venait de source obscure, et l'industrie, tout en adoptant avec enthousiasme son invention, ne pensa qu'à une chose, en tirer le plus de profit possible tout en cherchant à dépouiller son inventeur. Le brevet d'Adam est du 2 juillet 1801.

Voici la description de son appareil si simple : le vin est chauffé dans une cucurbite et les vapeurs, en sortant, passent dans une série de vases, en forme d'oeuf, chargés de vin, s'y condensent jusqu'à ce que le vin arrive à la température de l'ébullition ; ce premier vin, surchargé d'alcool, distille à son tour des vapeurs qui chauffent un

second récipient, lequel à son tour en chauffe un troisième et ainsi de suite jusqu'au dernier qui ne contient plus guère que de l'alcool à un degré déjà très élevé qui distille à son tour des vapeurs qui viennent se condenser dans un serpentin plongé dans un réfrigèrent. En multipliant les vases intermédiaires entre la cucurbite et le serpentin on arrive à avoir à la fin un alcool d'un titre très élevé, d'autant plus que dans les derniers vases on ne mettait qu'une faible quantité d'eau pur qui lavait l'alcool.

Pour alimenter la cucurbite, on se servait du vin des vases déjà arrivé à une température assez élevée, il y avait donc économie de combustible, continuité dans le travail et rapidité dans la manutention des produits.

C'était une vraie découverte, une révolution dans la distillerie, aussi, malgré son brevet, Adam fut accablé de tous côtés de procès, on contrefît son invention, et en 1807, il mourut dans la misère , abreuvé de dégoûts. Il dota son pays d'une grande idée, mais elle le tua, comme cela arrive souvent aux inventeurs. Ce n'est qu'en 1837, que le conseil municipal de Rouen, voulant rendre justice à ce martyr de l'invention, décida qu'une plaque commémorative serait placée sur la maison où il était né.

En 1855, le conseil d'arrondissement de Montpellier, décida qu'un monument lui serait élevé dans la ville, car c'est dans cette cité qu'il fit ses premiers travaux. Quatre ans après la découverte d'Adam, un nommé ïsaac Bérard, distillateur au Grand-Gallangues, fit également un appareil fort simple au moyen duquel il obtenait à volonté des esprits de tous les degrés.

Les appareils d'Adam étaient encore bien imparfaits, aussi chercha-t-on immédiatement à les simplifier et à les perfectionner, et Cellier-Blumental remplaça les vases par des plateaux, chargés d'une mince couche de vin, et chauffés par les vapeurs d'évaporation. Il avança de

beaucoup le problème de la distillation continue. Mais c'est Ch. Derosne, de Paris qui, en 1818, lit Tappareil le plus parfait. Il inventa son appareil à colonne, à distillation ontinue et à rectificateur, qui pendant de longues années a été le plus perfectionné qu'ait employé l'industrie. Mais nous nous arrêterons là dans nos données historiques, car nous aurons occcasion, dans la description des différents procédés de fabrication des alcools de diverses provenances, de décrire une foule d'appareils qui, tous, ont leur utilité et leur raison d'être.

En résumé, c'est donc à Argand, puis h Adam et enfin à Ch. Derosne qu'on doit les premiers progrès sérieux fait dans l'art de distiller un liquide fermenté quelconque pour en extraire l'alcool à un degré facultatif, et tous les inventeurs qui sont venus greffer leurs travaux sur ces premières données ne sont, on peut le dire, que des industriels qui ont perfectionné une première idée, le principe est toujours le même, il n'y a que les moyens qui diffèrent.

Le seul grand progrès qui ait été fait depuis quelques années, c'est l'épuration absolue du produit obtenu. En effet, on est arrivé à isoler d'une manière presque complète, et industriellement, l'alcool éthylique pur G^H^O^. Tant au point de vue de l'emploi qu'au point de vue de l'hygiène c'est un service immense rendu à l'humanité, et M. Bang a, certes, droit à la reconnaissance de tous, pour sa belle découverte.

En résumé, l'alcool est un produit connu de toute antiquité et qui n'est arrivé à sa perfection que depuis très peu d'années, grâce aux travaux des chimistes.

l'alcool éthylique

Lorsqu'une matière saccharine quelconque, soit naturelle, soit saccharifîée par un procédé chimique, entre en fermentation, il se produit principalement deux corps, l'un liquide, incolore, inflammable, caustique, c'est l'alcool, l'autre gazeux ; c'est l'acide carbonique. Un seul de ces corps nous occupera pour le moment et au chapitre fermentation nous aurons occasion d'en expliquer la formation ; pour le moment, nous le prenons tout isolé et nous allons en étudier les principales propriétés et la composition .

La formule chimique de l'alcool éthylique est :

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